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Full text of "Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir"

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DICTIONNAIRE 

THÉOLOGIE I 




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DICTIONNAIRE 



DE 



THÉOLOGIE 



BIBLIOTHEQL'I 
SAINTR I 
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•IMPRIMERIE V^« P, LAROUSSE ET G" 

19, RUE MONTPARNASSE, 19 



I 



BERGIER 



. DICTIONNAIRE 

DE THÉOLOGIE 

APPROPRIÉ AU MOUVEMENT INTELLECTUEL 

DE LA SECONDE MOITIÉ DU XIX° SIÈCLE 

Par L'ABBÉ LE NOIR 



Édition revue et corrigée d'après les indications 
de plusieurs Théologiens Romains 



TOME DOUZIÈME 

TER-ZYM 




PARIS 

LOUIS VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

13, HUE DELAMBRE, 13 
1882 



OBiu-i»: 



m 



DICTIONNAIRE THÉOLOGIQUE 



DE BERGIER 



APPROPRIÉ AU MOUVEMENT INTELLECTUEL 



DE LA SECONDE MOITIÉ DU XIX» SIÈCLE. 



T (Suite) 



TERRE (la planète la) {Théol. mixt. 
teien. astron.) — Le globe que nous 
habitons est une des huit planètes 
principales, ou, plus exactement, des 
neuf planètes, en entendant par la 
neuvième l'ensemble des petites pla- 
nètes qui occupent l'espace entre 
Mars et Jupiter et qui paraissent bien 
être les débris d'une ancienne pla- 
nète qui aura éclaté dans l'espace 
comme une bombe céleste. La mer 
recouvre les quatre cinquièmes de la 
terre; une mince couche d'air l'en- 
veloppe. Elle décrit autour du soleil 
une ellipse annuelle, en 365 jours 2422 ; 
elle tourne sur eUe-mème en unjour 
sidéral, c'est-à-dire en 23 h. 56 m. 4 s., 
temps moyen. Le mouvement de trans- 
lation et le mouvement de rotation 
se font tous les deux de l'ouest à 
l'est. 

Les plus ha'-tes montagnes de la 
surface terrestre, telles que celles de 
l'Himalaya au Thibet (8, 500 mètres) 
ne vont pas à 1/700» du rayon de la 
terre, en sorte que ce ne sont que de 
petites inégalités sans importance 
pour sa rotondité. Les plus grandes 
profondeurs des mers sont, à ce qu'il 
paraît, à peu près égales aux plus 
grandes hauteurs des montagnes, en 
«orle qu'à compter des lieux les plus 
XII. 



bas aux pics les plus élevés, on trouva 
une inégalité àpcu près égale à 1/350* 
du l'ayon et à 1/700° du diamètre. Le» 
rugosités, comme on le dit, de l'écorcé 
d'une orange, paraissent plus sur 
l'orange que ne paraîtraient les mon- 
tagnes et les bas-fonds sur la terre i 
l'œil qui l'embrasserait de môme dans 
toute son étendue. 

La rondeurde la terre est démontrée 
par un grand nombre d'observations 
de diverse nature: la miture d'un vais- 
seau qui s'éloigne du rivage, se raccour- 
cit du côté de sa base à mesure que le 
vaisseau se cache derrière la rotoaditô 
de la surface terrestre; de même, une 
tour située sur le rivage, se raccourcit 
par sa base aui yeux du navigateur qui 
s'éloigne ; quand on s'élève très-haut, 
notamment sur la mer, l'horizon s'é- 
tend tout à l'entour en forme circu- 
laire exacte, ce qui n'aurait pas lieu 
si la terre n'était pas ronde ; quand 
on fait un voyage autour du monde, 
on remarque qu'en suivant la même 
direction on revient au lieu d'où 
l'on était parti; dans les éclipses de 
luno, où c'est l'ombre de la terre qui 
se dessine sur la lune, cette ombre 
a la forme d'un croissant, et est par 
conséquent ronde, ce qui nécessite 
que la terre le soit également ; à me- 
1 



TER 



TER 



snre que l'on marche vers le nord, 
l'étoile polaire s'élève vers le zénith, 
ce qui ne peut venir que de la roton- 
dité de la teire ; etc. 

La rotation de la terre sur elle- 
même se prouve aussi par un grand 
nombre d'observations, dont la der- 
nière découverte et la plus curieuse 
est celle de M. L. Foucault par la 
déviation du pendule et par le gy- 
roscope [V. Rotation terrestre, Gy- 
roscope, Penddle). 

Enhn le mouvement de translation, 
qui est la base de toute l'astronomie 
moderne, se démontre avec évidence 
pour tout astronome par l'ensemble 
des phénomènes célestes. 

La terre est aplatie vers ses pôles, 
c'est-à-dire vers les points nOrd et sud 
de sa surface par lesquels passe son 
axe de rotation ; cette forme doit pro- 
venir d'un état de fusion dans lequel 
elle se trouva au temps de ses ori- 
gines, état d'inconsistance suffisant 
pour que son mouvement de rotation 
plus fort dans les régions équatoriales, 
y attirât la plus grosse somme de ma- 
tière et forçât le globe à se renfler 
dans ces régions. 

Il suit de cet aplatissement vers 
les pôles que l'arc du méridien qui y 
passe a moins de courbure que l'arc 
du même méridien qui passe à l'é- 
quateur. Leméridien, qui est le cercle 
qui fait le tour du globe en passant 
par les pôles, a laforme d'un cerceau 
elliptique dont le jilus grand dia- 
mètre esta l'équateur et le plus petit 
diamètre d'un pôle à l'autre pôle ; 
le rayon polaire, d'après les données 
admises jusqu'à présent, a cinq lieues 
de moins que le rwon équatorial, 
ce qui équivaut à 1/300 de ce der- 
nier. 

C'est de la mesure du méridien 
terrestre que l'on a tiré le mètre lé- 
gal,; on a divisé le quart du méri- 
dien elliptique que nous venons de 
déci'ire en dix millions de parties 
égales, et l'on aa])pelé mètre cette dix- 
millionième partie, qui s'est trouvée 
être de 3 pieds H lignes et \ tiers de 
ligne. 

La densité des couches terrestres 
va en croissant delà surface au centre, 
ce qui doit tenir à ce que, dans l'état 
prionitif de fusion du globe, les ma- 



tières se rangèrent sans doute pai 
ordre de densité, les plus denses tom- 
bant le plus près du centre. 

La densité moyenne de la terre s 
été calculée par divers procédés : 
Cavendish a trouvé qu'en prenant l'eaï 
pour point de comparaison, la den- 
tité moyenne de la terre est cinq fois ^ 
et demie celle de l'eau; Reich e^' 
Bailly, qui ont répété l'expérience, 
ont augmenté cette évaluation d'un 
dixième, en sorte que, d'après ces 
derniers, la densité moyenne de la 
terre serait de cinq fois six dixièmes 
celle de l'eau. Comme les corps quj 
composent la surface n'ont que deux 
fois et demie la densité de l'eau en 
moyenne, on en conclut, comme très- 
probable, que le centre du globe est 
quatre fois plus dense que sa sm'- 
face. N'y eût-il que lapression énorme 
que subissent tous les corps qui 
occupent le centre, par suite des 
gravitations de tous ceux qui consti- 
tuent la «route tout à l'entour, c'en 
serait peut-être assez pour rendre 
raison de cette difiérence de densités» 

S'il n'y avait pas cette différence 
de densité entre les matières qui 
constituent le globe terrestre, et que 
le globe fût partout homogène, la 
pesanteur irait toujours en dimi- 
nuant régulièrement à mesure que 
l'on se rapprocherait du centre, point 
auquel elle doit devenir nulle, puis- 
qu'il y a là équilibre dans tous les 
sens, se confondant avec l'équilibre 
général du globe lui-même dans l'es- 
pace. Mais il n'en est pas ainsi ; le 
poids des corps va en aua;mentant 
jusqu'à une certaine profondeur; 
M. Airy l'a constaté en 1834 au fond 
de la mine de Harton qui a 383 mè- 
tres de profondeur; et il est admis 
qu'au 6" du rayon la pesanteur sur- 
passerait de 1/13 la pesanteur à la 
surface,' puisqu'à partir de là elle 
décroîtrait rapidement jusqu'au cen- 
tre. 

La pesanteur va de même, en di- 
minuant des pôles à l'équateur, et à 
mesure qu'on s'élève au-dessus de 
la surface de la terre; on le constate 
très-bien à l'aide du pendule qui bat 
d'autant plus vite que la pesanteur 
est plus grande. 

La Itrre va se refroidissant, mais 



TER 



TER 



ti '-.î-lentemeii t , puisque Laplace a 
constaté que depuis 2000 ans sa tem- 
pérature mojenne n'a pas varié de 
1/100< de degré. Il est arrivé à ce 
résultat à l'aide des éléments connus 
depuis 2000 ans sur la durée du 
jour sidéral; si, en effet, le globe s'é- 
tait refroidi sen.'iiblement, il aurait 
perdu ,de son volume en perdant de 
son calorique selon la loi de dilata- 
tion et de contraction de tous les 
corps par l'augmentation ou la di- 
minution de leur température; or 
s'il s'était rapetissé sensiblement, il 
aurait diminué sensiblement la du- 
rée de sa rotation qui est son jour 
sidéral; c'est ce qui n'a pas eu lieu 
assez pour faire une différence d'un 
centième de degré sur sa température 
moyenne. 

A mesure qu'on s'enfonce dans la 
terre, on constate une augmentation 
de température ; cette augmentation 
est d'environ 1 degré par chaque 
30 à 33 mètres ; si l'on calcule sur 
cette proportion la chaleur centrale 
du globe, on trouve qu'à une profon- 
deur de 3,000 mètres, la température 
du globe est de 100 degrés, qu'à 
20,000" elle est de GCG degrés et 
qu'au centre elle est de 200,000 de- 
grés, température tellement chaude 
que nous n'en avons pas d'exemple 
sur la terre, que nous ne pouvons 
nous en l'aire une idée et qu'elle ré- 
duirait probablement tous les corps 
en vapeur. Toile serait pourtant la 
déduction logiqile du phénomène 
observé. On recule devant une telle 
conclusion et l'on suppose qu'à 
200,000 mètres de i)rofoiideur il s'é- 
tablit une température uniforme de 3 
à 4 mille degrés, ce qui est déjà une 
ehaleur si grande, que tout, dans un 
tel foyer, devrait se trouver à l'état 
de vapeur, si d'autres causes ne ve- 
naient modifier le résultat. Pourquoi 
ne pas admettre la conséquence telle 
qu'elle se présente naturellement à 
la suite des phénomènes observés? 
Qu'au moins la chaleur soit, au centre 
de la terre, tellement considérable 
que nous ne puissions nous faire 
idée d'un tel brasier, c'est ce qui 
nous semble nécessaire à admettre ; 
quant à l'état de fusion ou de vapo- 
risation, c'est ce qui nous paraîtrait 



difficile à concilier avec la soiidiitt 
de la croûte qui nous porte malgwÉ 
des fissures qui se feraient çà et & 
et qui produiraient les volcans. Nowj 
croyons plutôt que la matière, toute 
chaude qu'elle soit au delà de touAt 
idée, n'en est pas moins dans » 
état solide soit pâteux soit autre- 
ment. 

N'est-il pas étrange que noas 
soyons si ignorants surla constitutwm 
physique du globe (jue nous habi- 
tons ? Qu'y a-t-il donc dans ces ti^oiE 
mille lieues de profondeurs sombreE 
qui nous séparent de nos antipodesS 
C'est le génie de la nature qui ■» 
cesse de taquiner celui de la science 
sur un mystère dont la solution eal 
sous nos pieds! Il lui monti-e ces 
phénomènes de l'augmentation pro- 
gressive du calorique à mesure qu'a» 
creuse, dont nous venons de parler; 
il lui montre les sources thermale^ 
les puits artésiens dont les eaux sont 
d'autant plus chaudes qu'elles vie»- 
nent de régions plus profondes; 3 
lui montre les tremblements de terj^ 
les abaissements et exhaussementê 
du sol, les volcans, et lui dit : Devine 
donc ! devine ce qu'il y a sous tes 
pieds. Le génie de la science médit^ 
et devinera. 

Le Noia. 

TERRE (la) Domaine de l'homi» 
(TIml. mixt. scieib. (jéoijr.) — La tcnt 
est bien le domaine de l'homme;, 
nous le savons par notre expérieC/oe:. 
Peu à peu nous l'assujettissons fx 
nos conquêtes géographiques, paras* 
cultures, par nos assèchements et 
marais, par nos accliuii^tutions d'aai- 
maux et de plantes dans ses zosmB 
diverses, par les transformations qw 
nous lui faisons subir, par les perce- 
ments d'isthmes et de montagnes^, 
par les nivellements, par l'ajipr»- 
priationde ses lleuvcs et de ses océans 
à de grandes voies de communicalioiv 
par les tunnels grandiose.» que nouf^ 
nous pioposons de creuser dans te 
sous-sol des détroits sous les grandes 
eaux elles-mèmos; par ses forcer 
telles que son magnétisme, que nowt 
■ forçons à travailler pour nous totjii 
invisibles qu'elles soient à nos regarda 
en un mot par twutes les modilica- 



•; 



TER 



TER 



tions qu'elle reçoit de nous en assu- 
jétissement de plus en plus complet 
& n«s usages et a nos besoins. 

Jusqu'où ira cette domination de 
l'homme sur la terre? on ne saurait 
le dire, l'avenir gardera les réponses 
jusqu'à leur réalisation. Le génie 
pourtant prévoit et prédit certaines 
choses non pas à coup sûr, mais 
•Tec probabilité. Changerons-nous 
les climats? Cela paraît impossible; 
cependant voici une idée de M. Ba- 
binet dont l'accomplissement don- 
nerait à Paris et à Londres , ces deux 
centres premiers de la civilisation 
cosmopolite, aussi bien qu'aux deux 
grandes nations tout entières dont 
ces villes sont les capitales, un éternel 
printemps. C'est M. Malapert, quî, 
dans une brochure, a publié le plan 
de son défunt maître. Comment fe- 
rait-on pareille chose? en détermi- 
nant le cours entier du Gulf-Stream, 
aux eaux chaudes, vers les côtes de 
cesdeuxpays ; l'Irlande etlaliretagne 
seraient les premières provinces à en 
protiter. â» 

Laissons M. Figuier analyser la 
brochure de l'élève de M. Babinet : 

» Tout le monde connaît le Gulf- 
Stream ; mais il n'est pas hors de pro- 
pos de rappeler sou origine, les causes 
de sa formation et le trajet de ce vé- 
ritable fleuve océanique. 

» Le golfe du Mexique et la mer des 
Antilles forment une mer intérieure 
resserrée sous le soleil de l'équaleur. 
Des courants profonds y amènent des 
masses rt'eaa froide arrivant des deux 
pôles. Ces masses d'eau, se réunissant 
dans cette espèce de chaudièf, im- 
mense, s'échaullent sous les rayons 
du soleil. Après y avoir pris une tem- 
pérature considérablement élevée, 
elles s'élancent, par des routes pro- 
fondes, au sud-est et au nord-est, en 
formant deux immenses fleuves d'eau 
chaude, dont l'un porte le nom de 
Courant équatorial et l'autre de Cou- 
rant du golfe ou Gulf-Stream. 

p Le Courant du golfe, qui sort du 
nord-est du golfe du Mexique, par le 
passage laissé à l'ouest de Bahama, 
s'élance vers le nord sans se mêler 
avec les eaux voisines. Il touche dans 
sa marche le cap H altéras, Naulucket 
ot le banc de 'l'crrc-Nca.û. 



» Il se bifurque à ce dernier point; 
une partie continue sa route en ligne 
directe vers le nord; l'autre prend sa 
direction vers l'ouest et vient se heur- 
ter à l'Europe, que ce bain tiède doit 
réchauffer. Là le courant chaud re- 
tourne sur lui-même et s'enroule en 
spirale, pour aller s'éteindre dans la 
partie centrale de l'océan Atlantique, 
c'est-à-dire dans la mer de Sargasse. 

» Tout le monde connaît la puis- 
sance calorifique des eaux du Gulf- 
Stream. 

» Elles enveloppent l'Irlande et 
élèvent la température de son sol, de 
sorte que les orangers et les myrtes 
y croissent en pleine terre et y ver- 
dissent dans toutes les saisons, auprès 
des genêts d'Espagne et des jasmins 
d'Afrique. 

» Quelques courants qui se déta- 
chent du Gulf-Stream viennent se 
perdre sur le littoral de la France, 
et ce bienfaisant fluide échauffe les 
régions qu'il vient baigner. C'est 
ainsi que s'explique la température 
si douce et si peu variable de quel- 
ques parties de la Bretagne, des îles 
de Jerse}' et de Guernesey, et plus au 
sud, des côtes de Gascogne. 

» On a calculé, connaissant la lar- 
geur du Gulf-Stream sur dilférentes 
parties de son trajet, l'élévation de 
température qu'il peut déterminer 
dans les pays qu'il rencontre. On 
sait aujourd'hui que le Gulf-Stream 
sort du détroit de Bahama avec une 
profondeur de plus de 600 mètres et 
une largeur de quelques kilomètres. 
Puis sa masse se modifie; l'épaisseur 
du courant diminue et sa largeur aug- 
mente encore. On voit ses eaux, d'un 
bleu foncé, s'étendre sur un espace 
de 40 kilomètres de large. Elles sont 
au-dessus des eaux froides et n'ont 
pas plus de 250 mètres de profon- 
deur. Cette masse s'avance vers nous 
en entraînant avec elle une telle 
quantité de calorique qu'en su|)po- 
sant la température de la France et 
de l'Angleterre à zéro degré, la cha- 
leur apportée par ce courant cl jetée 
sur nos contrées donnerait une tom- 
l)érature de 17 degrés au-de;-iis de 
celle que nous aurions sans s:in in- 
fluence. 

* Cette quantité a été dont'^^ p:.r 



TER I 

Maury, qui, partant de zéro, a cal- 
culé que la chaleur de nos côtes se- 
rait, par le seul fait de l'approche du 
courant, portée à 30 degrés. 

» Il est facile de comprendre, d'a- 
près cela, que le printemps perpétuel, 
c'est-à-dire uue température égale et 
modérément élevée, nous serait assu- 
rée si le Gulf-Stream, qui s'écarte de 
nous, pour revenir dans la partie 
centrale de l'océan Atlantique, pou- 
vait, par quelque moyen, être dévié 
de sa direction actuelle, et dirigé sur 
nos côtes; si le courant, qui aujour- 
d'hui remonte vers le nord et puis 
s'infléchit vers l'ouest, pour retourner 
à son point de départ, pouvait être 
maintenu dans sa marche directe jus- 
qu'aux côtes de la France et de l'An- 
gleterre. 

» Ce moyen, Babinet assurait l'a- 
voir trouvé, et son commentateur, 
M. Malapert, nous le révèle. 

» Babinet pensait qu'avec une digue 
convenablement placée au-dessous de 
la dernière des iles du cap Vert, si- 
tuées, comme on le sait, à l'ouest de 
l'Afrique, à environ 25 lieues de la 
côte, on pourrait empêcher le retour 
du Gulf-Stream sur la mer de Sar- 
gasse, dans l'Atlantique. Alors, disait- 
il, les eaux du courant, qui ne per- 
draient pas un degré de chaleur 
depuis leur départ, viendraient jus- 
que dans la Baltique. ( 

» La digue nécessaire pour empê- 
cher le retour du courant du Gulf- 
Stream vers l'ouest serait, d'après 
Babinet, de 6 kilomètres de long. Le 
courant s'établirait entre cette digue 
et la plus méridionale des îles. 

» Les matériaux sont là, dit M. Ma- 
i> lapert, dans les montagnes des îles 
» voisines, et il ne serait même pas 
» utile pour l'achever de précipiter 
» Ténériffe dans la mer, ce que nos 
» moyens nous permettraient en cas 
» de besoin. En effet, les mers de ces 
» parties ont très-peu de profondeur, 
» et il y a relativement au résultat 
» cherché peu de chose à faire. » 

« Le seul énoncé d'un tel projet 
soulève l'incrédulité la plus vive. 
Etablir une digue en plein océan 
sciublo une entreprise plus que ha- 
sardeuse, quand un voit la mer dé- 
truire en peu d'années tous les ou- 



TER 

vrages des hommes ; quand on voit le 
port de Cherbourg, fermé tous les 
ans par les travaux de nos ingénieurs, 
être tous les ans rouvert par la tem- 
pête. Voici la réponse de l'auteur à 
cette objection capitale. 

» Les perturbations des eaux sont 
» superlicielles, dit M. Malapert, le 
' fond des mers est toujours tran- 
» quille. Par conséquent, l'écueil 
» sous-marin qu'il faut se hâter de 

• produire n'aura point à redouter 
» les terribles secousses qui ruinent 
» en un jour les travaux d'un siècle. 
» L'écueil, dis-je, doit être sous-marin 
» et suflire; j'en ai pour garant la 
» durée de celui qui coupe en deux 
» parties égales le courant du golfe. 
» 11 n'y a pas à craindre que lestem- 
» pêtes lui nuisent. Mais s'il était vrai 
» que le bouleversement des flots fût 
» dangereux pour notre travail, il jr 
» aurait encore à réfléchir. L'écueil 
» dont nous parlons n'est pas un mo- 
» nument destiné à plaire aux yeux. 
» La forme nous importe peu. C'est 
» une masse à jeter dans la mer pour 
» faire obstacle à la direction des 
» eaux. Si cent millions de tonnes de 
» roche ne suftisent pas, il faudra 
» ajouter cent autres millions de 

• tonnes aux débris de la première 
» tentative, et ainsi en continuant, 
» jusqu'à ce que l'ensemble soit ca- 
» pable de résister. » 

Le Noir. 

TERRE. Ce mot dans l'Ecriture 
sainte a différentes significations. 
Il signifie, 1 ° le globe encore informe 
et mêlé avec les eaux tel qu'il fut créé 
d'abord, Crcn., c. i, ^ 1 ; 2° ce même 
globe, tel qu'il fut arrangé ensuite, 
avec tout ce qui s'y trouve, les plan- 
tes, les animaux et les hommes, 
Ps. 23, t i ; 3° les habitants de la 
terre, Gen., c. 6, ^ H ; 4° un pays 
ou une contrée particulière, comme 
quand il est dit, Bethléem terre de 
Juda. 5» Nous lisons dans l'Exode 
qu'en Egypte les sauterelles dévorè- 
rent la terre, c'est-à-dire ses fruits et 
ses productions ; 6° le tombeau, Job., 
cap. 10, t22;7o la terre des vivants 
sicrnifie quelquefois laJudée, d'autres 
fois le séjour des bienheureux ; 
8° toute la terre ne désigne quelque- 



TEK 



TER 



%îs que la Judée, cutnme Luc, c. '2, 
) 1, ou l'empire romain seulement, 
ixt., c. H, t 28. Faute de faire at- 
iBïtion à ces divers sens, les cen- 
anrs de l'Ecriture sainte ont souvent 
ftit des objections ridicules contre 
ghisieurs passages. 

TERRE PROMISE ou TERRE 
SAINTE. C'est aujourd'hui la Paies- 
Mue. Cette partie a souTent changé tie 
aoin, et son étendue a varié en dif- 
ftrents temps, suivant les révolutions 
^joi y sont arrivées. Elle fut d'abord 
appelée la Terre ou le pays de Cha- 
mian, parce que les descendants de 
ae petit-iils de Noé s'y établirent; 
Terre promise ou Tare de promission, 
jarceque Dieu promit à Abraham de 
tid«nner à ses descendants ; Tcrred'ls- 
mxêl, lorsque les Israélites, ent'antsde 
Acob, en furent en possession ; Terre 
Monte, pnrce que Dieu seul y était 
aioié. Lorsque les Isiraélites furent 
wwnmés Juifs, après leur retour de 
^captivité de HabyloB«, on appela 
ter pays Judée. 11 parait que ce sont 
1» Romains quilui ont donné le nom 
(fc Palestine, parce qiae cette contrée 
OCt moins roontueuse que la Syrie 
JtKit elle était censée faire partie. 
Sais c'est à juste titre que les chré- 
tiens l'ont appelée la Teire sainte, de- 
]^is qu'elle a été sanctiliée par la 
Baissance de Jésus-Christ et par les 
jnystères de notre rédemption. 

Moïse , parlant de ce pays aux 
Israélites dans le désert, en lait une 
description pompeuse, Dout., c. 8, 
^ 7 ; il dit qoe c'est une terre excel- 
kste, où les ruisseaux, les fontaines 
«1 les eaux coulent on abondance ; 
oà naissent le froment, l'orge, les 
fraits de la vigne, les figues, les gre- 
■ades, les olives, le miel ; où ils ne 
BBenqueront de rien ; où l'on trouve 
le fer parmi les pierres, et le cuivre 
4iBS les montagnes. Il répète sans 
•Bsse que c'est une contrée dans la- 
^pKlIe coulent te tait et le miel; les au- 
tes écrivains sacrés s'expriment de 
Blême. r 

Plusieurs incrédules se sont in- 
aerits en faux contre cet éloge : Il n'y 
■■ait pas lieu, disent-ils, de tant 
«aater ce pays, ni de le promettre 
tant d'emphase à la postérité 



d'Abraham; il a tout au plus vingt- 
cinq lieues d'étendue ; il est sec, pier- 
reux, stérile, surtout dans les envi- 
rons de Jérusalem ; on y chercherait 
vainement les ruis.seaux de lait et de 
miel promis aux Juifs. D'ailleurs ils 
ne l'ont jamais possédé tout entier 
selon les limites qui lui sont assi- 
gnées dans les livres de Moïse. Un 
célèbre incrédule anglais oppose au 
récit des auteurs sacrés celui de Stra- 
bon, qui dit, Gcogr., 1. 16, que ce 
pays n'a pas de quoi exciter l'ambi- 
tion ni la jalousie, qu'il est rempli 
de -pierres et de rochers, sec et dés- 
agréable dans toute son étendue. Ce 
témoignage, selon lui, doit prévaloir 
à tout ce qu'en disent les auteurs 
juifs. On y ajoute celui de saint Jé- 
rôme qui y demeurait et qui l'avait 
parcouru ; dans une lettre à Darda- 
1US il parle trés-désavanlageusement 
de la Palestine, et il en resserre 
beaucoup les limites. Entin l'Ecriture 
sainte même atteste que ce pays était 
souvent afiligé par la disette des 
vivu^es et pair la famiae (i). 



Suivant les incrédules, la PalestiDe n'était, «n 
temps des croisades, qiK ce qu'elle etst aujourd'hui, 
le pin» mauvais pnvs de t<>iis ceux qui goût haLîtés 
daiis r.\iio. t'-aue petite [u-ovioce e^^t dans sa lon- 
gueur d'environ (jnaïaiitû-cluq lieiii*^, et de trente- 
cinq en largeur; elle est Couverlr presqiio partout 
de rochera aridea, snr It'Bqiieli d n'y a paa une 
liçne de terre : fi cette petite province était cul- 
tivée, on pourrait la compiiror i\ la Snis?e. La 
rivière du Jourdaiu, lar^e d'environ cinquante pi)'di 
dans le milieu de son cours, ressemble â la rivière 
d'Aar chez les Suisses, qui coule dans une vallée 
moins attarde que le reste. La mer de Tibériada 

fteut être comparée au lac de Geuôve. Cependant 
es voyageurs qui ont bien examiné la Siùsse et la 
Palestine, donnent tous ta préférenre à la Suiase. 
Il est vraisemblable que la Judée fut plus cultivée ' 
autrefois, qnoud elle était possédée par les Juifà. 
Ils avaient été forcés de porter un peu de terre 
sur les rochers pour y planter des v;ï;nes ; ce peu 
de terre liée avec les éclats des rochers, était sou- 
tenue par de petits murs dont on voit encore des 
restes de di-tiioce en distance. 

La Palestine, malgré tousses efforts, n'eut jamais 
de quoi nourrir ses habitants ; et de mémo que les 
treizM cantons envoient le superflu de leurs peuples 
servir dans les armées des princes ipii peuvent Ie4 
payer, les Juifs allaient faire le métier de courtiers 
en Asie et en .\friqiie. 

Tel est le tableau que Voltaire, marchant snr les 
traces de l'impie Servet nous fait delà Jmlée, pour 
insulter à t'Erriture sainte qui en relevé si souvent 
la fertilité : portrait inûdëte, «'il eu fut jamais, ainsi 
que Dons allons le faire voir par les témoignages 
les plus certains. 

Hécatée, auteur grec, qui eut rbonoem d'être 
élevé avec Alexandre le Grand, parle ainsi d<r la 
fertilité de la JuJéu, dans son Histoire det iuif$ : 



TER 

Tout cela mériteun examen, l"» Se- 
lon la topographie de Moïse la Terre 
promise devait avoir pour bornes îl 
Torient l'Euphrate, à l'occident la Mé- 

» <p 

n Les JiiiFs possèdent environ trois millions d'ar- 
j pents, d'une terra exeellente et abondante en 

■ tontes sortes de fruits. (lîéponse de Josêphe à 
Appiotij I. 1, c. 8.) 

Fline dit tjue la Judée, qui est renommée par 
plusieurs de ses productions, l'est principalement 
dans ses palmiers: « Jndsa vero ioclyta est Tei 
mai^is psimis.i (L. 13, c. 4.) 

11 ajoute un peu plus bas qae la Judée, non par- 
tout, uiaia prinr.ipalement dans le territoire de Jéri- 
cho, l'emporte sur toutes les contrées de la terre 
pour la bonté de ses palmiers. 

Selon Soiiii, la Judée est célèbre par 8*>s eaux... 
Le Jonrdaio dont l'eau est excellente, arrose des 
contrées très charmantes.... Celle terre est la seule 
où se trouve le baume. ■ Jnda>a illustris est a* 

quis JordaniB amnis eximlœ siiavitatia regiones 

prRterfhiit aoicnnissimaa... In hàc t«rrl tantùm 
baUamum nascitur. > (C. 48.) 

Tacite dit que la Judée est un pays abondant, 
quoiqu'il y pleuve peu ; qu'il produit les mêmes 
fruits que l'ttalie, et outre cela te batimt) et les 
dattes. R Rariimbres, uber solum, exubérant frugea 
Dostrum ad morem, prseterque eas balsamum et 
palma.» {JJist., lib. 5, d. i.) 

Ammien Marcellin écrit que la* Palestine est fort 
étendue, (ju'elle a une grande quantité de terres 
cultivées et fertiles, qu'elle contient des villes con- 
sidérables, qui, ne se cédant point les unes anx 
autres, gardent entre elles «ne parfaite égalité, 
fl Palvstina p<>r intervalla magna protenta, cultis 
abtindans terris et nitidis, civitateB habens quas- 
dam egret^ias, Dullam nulli cedentem, sed sibi vi- 
cisslm velut ad perpendicuium smulas. « (Lib. 14, 
..8.) 

Saint Jérdme connaissait bien la Judée, puisqu'il 
y a passé une grande partie de sa vie, et qu il a 
traduit et augmenté la description géographique de 
ce paye, composée par Eusèb'- ; ainsi sou témoignage 
doit être du plus grand poids. Voici eoiume il 
parle : 

it Rien n'ei^t plus ferCclô que la Terre promise, 

■ si, sans faire attention aux lieux montuaux et 

• déserts, on considère toute sa largeur, depuis 1h 
« ruisseau de l'Egypte maqu'à l'Euphrate au câté 
M de l'orient, etson étendue au nord, jusqu'au isCùi 
» TauruB et au promontoire Zéphirium, qui est sur 

• la mer de Cllioie. > uNihilterrô promissîonispin- 
guins; si non montaoa quvque atque déserta, sed 
omnem illius latitudinem considères, À rîvo M^yuû 
neque ad flumen magnum Enphratem contra orieu- 
tem : et ad aepti'ntrionalem placam osque ad Tau- 
rum montnm et Zephiriiim Cilicie quod mari im- 
minet. ■ (Com. in Isa!j.,c. 5.) 

Le uiéiuo saint docteur, après avoir rapporté 
:jne Rabsacès, général de Senoaehérib, disait aux 
babitants de Jérusalem, pour les engager h se sou- 
mettre au roi d'Assyrie: Je vous transporterai 
dans une terre sembUble à la vdtre, et aiDisi fé- 
conde en blé, vin, huile; ajoute que cet officier no 
nomme pas cette terre, parce qu'il n'en pouvait 
♦rouver aucune qui fût égale à. la Terre promis*'. 

■ Transferam vos in terram que similis est terne 
vestrœ frnmenli, vini et nlearum ; nec dicit nomon 
regionis, quia «equalem terrœ repromissionis iuve- ' 
aire non poterat. » (Ibid., c. 36.) 

MoWbi de quelle manière les aouens auteurs ont 
sélébré les avantages de la Judée : les mudornes 
••ont parfaiterat'nt d'aocord avec eux sur ce point. 



TER 

diterranée, au septentrion le mont 
Liban, au midi le torrent d'Egypte 
ou de Rbiuocorurc ; cola fait une 
étendue de quatre-vingts lieues de 

YilIamoDt, dans ses voyages faits sur la fîo da 
seizième siècle, rend témoignage à la fertilité de la 
Falestice. 

« La ville de Jaffa était sur une petite monta- 
gnette, environnée d'un cété de la mer, et de 
l'autre, vers Rama, d'une b- tie plaine que les 
Maures et Arabes n'ont itiilnstrie do cultiver, pour 
n'avoir la connaissance de la vertu d'une terre si 
grasse et fertile. 'Page 234.) 

I Après avoir monté la petite colline de Jafia, 
nous considérâmes encore cJHvnntaga le pays, qui 
est presque désert, principalement du ciHé de JaiTa 
cù la terre tst si bonue q >'elle produit l'herbe do 
trois pieds de haut, le tliytn, fenouil et autres 
herbes odorantes, au lieu île In bruyère et de lu 
fougère qui croissent ordioairement dans tes landes 
désertes, tellement que cela démontre assez qas 
c'était autrefois une terre, laquelle cultivée, rap- 
portait abandamnient toutes sortes d>^ fruits pour 
la nourriture de ses habitants. (P. 239.) 

» Continuant toujours notio chemin, nous eonti- 
onâmes toujours plus en plus à voir la plaine mieux 
labourée et eu tivée que devant, savoir en grande 
quantité de concombres, d'ungouries, de melons, 
bl'S, ognona et auti es biens, tons lesqnt-ls ils sèment 
À l'aide de deux bœufs, sans qu'ils cultivent la 
terre d'enc^rais, fumier, marne ou autre chose aJnaî 
que nons fai^-ons : ainsi iisjotteni la semence en la 
campagne et la laîss^ent venir. (P. 240.) 

> J'allai voir la mootagno ou les lieux montueox 
de la Judée, que TE van-iU appelle mon/a»fi Judx3B. 
Nous Sortîmes dont' de Jérusulem et pasi^àmes par 
des chemins Apres et rudes, étant au demeurant la 
terre assez fe<tiie, semée on blé et plantée de Ti- 
gnes, oliviers et figuiers. (P. 329.) 

a Le territoire d'alento'ir le chât4>au des Pôlerios 
est très-beau et fertile, comme aussi est tout oeluî 
depuis JufFa jusqu'en Tripoli, ne me ressouvenant 
avoir jamais vu côte de murine plus belle ot plai- 
aante. (P. 333.) 

I La situation de Baruth est sur le bord de la 
mer, comme les autreo, eu un pays plaisant et fer- 
tile, lequel pour son aménité ne cède à nul autre, 
comme (-ans mentir', toute la côte de mer que l'on 
voit depuis Jaffa jusqu'à Tripoli, est Tune des 
plus agréables et fertiles, voire les plus belles et 
riches du monde, i» (P. 376.) 

Pietro doiln Valle décrit ainsi la route qu'il 6t d* 
Bethléem à Uébron: 0^ 

a Le pays que nous traversAuies était parfaite- 
ment beau. Ce ne sout que cntliues, que vallées et 
petites mo□tA^Des très-fertiles, mais désertes, parce 
que les habitants des villn^es, ne pouvant plus se 
soutenir ni se défentlre des courses coulinuelles des 
ikrabes qui descendent des montagnes voisines lors- 
qu'on y pense le moins, ont entièrement abandonna 
cette contrée. Eufin, c'est une chose digne de com- 
passion, de voir tant de villages dispersés de côté 
et d'autre, qui étaient aut^efo's très-peuplés, SAi:a 
habitants au loiinl'bui, et ensevelis dans leurs ruines. 

a Nous vîmes auprès la plaine de Mambré, tant de 
fois citée dans rE<'rituroi'fli(ite,etqui est comme tous 
les autres pays de lu autour, d'autant plus {ertila 
qu'ils sont moutueui et piernuix : entre autres ils pr<^ 
auisent encore aujourd'hui de très-beaux raisins, 
dont Iks gi Mppes sont de la grosseur de celles .^ " 
espions de Josué rapportèrent autrefor ' " '"^-aaw, 
promise : les habitants d'aujourd'hui i]u. _ 
■aot maisona (cependant, dans i«» tvou"-^ «*■ «t^ 






! I 



TEU a 

long snr trente-cinq de large, les 
cartes en font foi. Or, par le second 
livre des Rois, ch. 8 ; par le troi- 
sième, c. 4; par le second des Fara- 

rnioes de ces b&timebts anciens, ne se serreot pas 
du raisia pour faire du viu, parc& que, comme 
Arabes scrupuleux et qui saut grands obserrateurs 
de la loi de Mabomet^ ils n'eu boivent point ; mais 
ils les font sécher, et entre tous les autres Us sont 
excetlentisaimes, et particalièrement en ce pays. 
(T. î, p. 95.) 

a Pour aller à Nazareth nous trouvàmei toujonrs 
de petites montagnes, mais fertiles, et tellement 
chargées d'arbres, qu'il j a dn plaisir à les voir. 
La TÎlle est sur la cime d'une belle coltine, situés 
fort agréablement et fort commodément à cause 
de l'eau qui y est, et qui contribuait à sa beauté ; 
mais elle est toute ruinée, et il n'y reste que quel- 
ques cabanes pour les habitants. » (P. 176.) 

Le père Eugène Roger, deos son \oj/age de la 
Terre sainte^ imprimé à Paris cbex fierthier, an 
1646, s'explique ainsi: 

ili y a certains arpents de terre dans ta Pales- 
lioe, qu'on cultive encore aujourd'hui, et l'on 
est étonné de la prodigieuse quantité de blés et de 
rios qu'ils rapportent. En 1634, le setier de fro- 
ment, mesure ae Paris, ne valait en la Terre sainte 
que quarante-cinq sons de notre monnaie, et l'abon- 
dance en fut si c;rande que les Yéaitiens en char- 
gèrent plusieurs Taisseaux. Les vignes d'Hébron, 
de fiethféem, de Sorec et de Jérusalem portent 
pourl'ordinaire des raisins dn poids de sept livres; 
et en l'année que nous avons indiquée, il s'en 
trouva un du poids de vingt-cinq livres et demie 
dans la vallée de Sorec. i 

Le même anteur dit que le miel et le lait sont 
li communs encore aujourd'hui dans la Palestine, 
que les habitants en mangeot à tous leurs repas, 
et en assaisonnoeot toutes leurs nourritures. 

Haundrelt, Anglais, Gt le voyage d'Alep à Jéru- 
salem en 1697; il dit que Samarie est située sur 
one éminence, et qu'il y a une vallée fertile tout 
autour. (P. 97.) Il ajoute que lorsqu'ils furent à six 
ou sept lieues de Jérusalem, le pays leur parut en- 
tièrement différent de celui qu'ils avaient vu jus- 
que-là. (P. 167.) 

« Nous ne vîmes, continne-t-il, que roahers nus, 

Jue montagnes et que pri^'cipices dans la plupart 
es lieux. Cela surprend d'abord les pèlerins qui 
s'en étaient formé une si belle idée, par la des- 
cription que la parole de Dieu en donne. Cette vue 
est capable d'ébranler leur foi ; ils ne sauraient 
t'imagioer qu'un pays comme celui-là ait pu siib* 
venir anx nécessités d'un aussi grand nombre 
d'habitants que celui qui y fut nom ré daDt> les 
douze tribal eu même temps, et que Jnabfait mon- 
ter, au 2* 1. de Sam., c. 24, à treize cent mille 
combattants, outre les femmes et tes enfants : ce- 
pend*ot il est certain que ceux qui n'ont point de 
préjugés an faveur de l'inûdélité, trouvent en pas- 
■ant assez de raisons pour soutenir leur foi contre 
de pareils scrupules. 

t II est visible à ceux qni >eutent se donner la 
peine d'observer les choses, qu'il faut que cas ro- 
chers et ces montagnes aieut autrefois été couvertes 
de terre et cultivées, pour contribuer à l'entretien 
des habitants, autant que si ce pays eAt été uni, et 
mima peut-être davantage, parce que les monta- 
ges et les suifar^es inégales ont une plus grande 
étendue de terrain à cultiver, que n'aurait ce pays- 
là s'il était réduit à un terrain égal. 

> Ils avaient accc^^imé, pour la ruitnre da ces 
montagnes, d'am^ ^ toutes les pierres et do Ici 



TEU 

îipomèneSj c. 8 et 9, il est prouvé que 
David et Salomon Tontpossédée dans 
toute cette étendue sans exception. 
Il n'était pas nécessaire que les 

placer en lignes différentes sur les efttes des mon* 
tagnes, en forme de murailles. Ces bordures em- 
pêchaient la terre de s'ébonlcr ou d'être emportée 
par la pluie; ils formaient par cette manière plu- 
sieurs couches de terra admirables, les unes au- 
dessus des autres, depuis le bas jusqu'au haut des 
montagnes. 

* L'on voit encore des traces évidentes de cett» 
forme de culture, partout où l'on passe dans la Pa- 
lestine. Par ces moyens ils rendaient les rocher» 
mêmes fertiles, et peut-être qu'il n'y a pas un pouca 
de terre dans ce pays-là dont on ne servit autrefois 
pour la production de quelque chose d'utile à l'en- 
tretien de la vie humaine; car il n'y a rien au 
monde de plus fertile que les plaines et les val- 
lées pour la production des blés et du bétail. Lea 
montagnes disposi^es en couches, comme il a été 
dit, produisaient du blé, b en qu'elles ne fussent 
pas propres pour la bétail. Les partiel pier- 
reuses qui n étaient pas bonnes à la production 
das blés, servaient à planter des vignes et des 
oliviers, qui le plaisent dam lei lieux secs et 
pierreux, et les grandes plaines le long de la 
câte de la mer, qui n'étaient propres, à causa du 
lel da cet élément, ni pour les blés, ni pour let 
oliviers, ni pour ien vignes, ne laissaient pas de 
servir pour la nourriture des abeilles et pour la 
production du miel, comme le remarque Josèphe 
dans son livre des Guerres des JuifSy liv. 5, ch. 4 ; 
j'en suis d'autant plus persuadé, que, lorsque j'ai 
passé dans ces lieux-là, j'y ai trouvé uue odeur de 
miel et de cire, comme si l'on eût été proche d'une 
rache ou d'un essaim d'abeillei. Pourquoi donc ce 
pays-là n'aurait'il pu subvenir aux nécessités du 
grand nombre de ses habitants, puisqu'il produisait^, 
partout du lait, des blés, des vins, de l'huile et du 
miel, qui sont la principale nourriture de ces na- 
tions orientales? Car la constitution de leurs corps 
at la nature de leur climat les portent à une ma* 
nière plus »obre qu'en Angleterre et dam d'autre» 
pays plus froids. *■ 

a La plaine délicieuse de ZabnloD, comme à Sé- 
pharia, nous fûmes une heure et demie à la tra- 
verser ; et une heure et demie après nous passâ- 
mes à droite par un village liésolé que l'on nomma 
Satyra ; une demi-heure après nous entrâmes dans 
Is plaine d'Acra, et encore une heure et demie 
après, à la villa même ; nous ne fîmes environ 
que sept lieues ce jour-là, dans un pays très-fertila 
et trës-agréable.i (P. 197.) 

Thévenot, liv. 2. du Voyage du Levant : • Koui 
arrivâmes à trois heures après mïdi à Hbansedond, 
ayant toujours cheminé, depuib Gara ju-qu'audit 
Uhansedoud, dam une fort belle plaine enrichie de 
blés et ornée de quantité d'arbres et d'une inSnité 
de Qeurs qui rendent une odeur merveilleuse. 
Cette plaine est toute tapissée de tolipes et d'ané- 
mones, qui passeraient en France pour belles quand 
c'est la saison; mais quand nous y passAmei allai 
étaient tontes passée;). (P. 570.) 

» En revenant de Rama, après avoir quitte les 
montagnes qui durent environ six on sept milles, 
mais qui sont toutes couvertes de bois fort épais et 
de quantité de fleurs et da pâturages, nous chami- 
nâmpf dans des plaines nssex bonnes. (P. 573.) 

■ h'P I.iron on va coucher à Nnplouse, passant 
presque toujours par des montagnes et d«s vallées 
qui sont néanmoins fiirtiles et sont chinas en di- 
ven androtU de quantité d'oltvieri. fi«i>t)0i9, qm 



TER 



TER 



Israélites en fussent les maîtres plus 
tôt, ils n'étaient pas encore assez 
multipliés pour l'occuper. 
2** Au sentiment de Strabon, nous 

est raDcieooe Sieliem, ei>t posée au pied d'une mon- 
tagne, partie sur le pentlmnt, partie dans la plaine. 
Laterre^y est fertile, produisant des olives à foisoo, 
le« jardins sont remplis d'orangers et de citronniers, 
qu'une rivière et divers ruisseaux arrosoiit, • 
(P. 68i.) 

Morison, qui a parrouru la Palestine en commen- 
tant parjia Galilée, a décrit avec soin la qualité \da. 
toi des divers lieux par où il a paseé. Voici quel- 
ques-unes de ses observations: 

fl La plaine de Ziibnlon était un trésor pour la 
tribu dn même nom, qui s-ans doute avait soin de la 
eultiver ; car quoiqu'elle soit à pré eot négligée, 
on juge aisément de la bonté de ce fonds qui, eans 
âtre cultivé, pousse par une fécondité qui lui est 
naturelle, des plantes, des fleurs champêtres et des 
herbes en abondance ; on fait même passer son ter- 
roir pour le meilleur de la Terre sainte. (P. 178.) 

» Tontes les terres que le Joui duin arrose en 
4eçà, sont très-fertiles. (P. 201.) 

a La plaine ù'Esdrelon est très-célèbre, non- 
•eulement par son étendue prodigieuse, mais ene Ta 
par son admirable fertilité ; elle a six lieues de lon- 
gueur et quatre de lareeur : son terroir est si gras 
et de soi-même si fertile, qu'elle pultîrait, À ce 
qu'on dit, elle seule, si elle était cultivée, pour 
fouruir des grains à toute la Galilée, quand même 
eette province 8t_-rait oeuplée comme elltt le fut au- 
trefois ; mais «ne est presque ontieroraoni lofulto, 
tt la nature se contente, par la verdure rpi'elle y 
entretient sans cesse, de faire voir de quoi elle se- 
rait capable si l'on secondait tant icit peu lei des- 
seins. ■ (P. 220.) 

■ Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit delà 
plaine d'E;dreloo, sinon que j'^ trouvai en beaucoup 
d'endroits grand nombre de melons et d'artichauts 
aaiivages, aussi beaux et aussi gros que la plupart 
de ceux que nous ciiltivo:is dans nos jardins avec 



tant de soius, et que j'y vis des tortues fort grosses, 

3 [l'on nomme tortues de terre , pour les distinguer 
es tortues de mer qui sont de même espèce, mais 



beaucoup plus grosses. (P. 223. 

s La province de Samarie, située entre la Judée 
et la Galilée, est un pnys de montagnes, mais très- 
fertile ; les plaines et les vallées sont arrosées de 
plusieurs ruisseaux qui contribuent à leur fécondité; 
elles sont peuplées d'arbres, mais surtout d'oliviers 
qui y 8urpas:jent inGniment en nombre les plantes 
d'autres espèces. Les bétes sauvages, comme les 
langliers, les chevreuils, les loups, les renarde, tes 
lièvres et autres animaux, n'y sont pas rares. Les 
perdrix r<nis:es y sont encore plus communes qu'en 
Galilée. (P. 227.) 

1 La Jridéo est un pays encore pîut montueux que 
la Samarie à laquelle elle conGne : cireoiistaoïre 

3 ni n'ôt'? rien à la bonté de son terroir qui est 
'une culture facile, et qui est souvent arrosé par 
les pluies qui y tombent et qui font que les mon- 
tagnes ne sont pas moins fertiles que les vallées 
•ont abondantes dans les endroits qu'on a soin de 
eultiver. Les arbres les plus communs sont les oli- 
▼iers, qui y sont en prodigieux nombre j les grena- 
diers, les orangers, les citronniers, les Hguiers ot 
les caroubiers y sont beaucoup moins communs. Les 
chrétiens de tout rrt qui sont établis en Judée, y 
plantent et cultivent de» vignes dont Ils n'attach-nt 
pas comme nous les ei'ps h des écbalas pour leur 
■ervir d'appui, mais ih les laissent ramper nonfha- 
&S!EacDtsur la terrOj et empêdicnt au plus qu'ils 



pourrions opposer celui des auteur» 
grecs et romains, tels qu'Hécatée, 
Diodore de Sicile, Pline, Solin, Tacite, 
Ammien Marcellin; mais cela n'est 

ne la touchent immédiatoi.ieiit par le moyen de 
quelques pierres qui les eu séparent, de crcinte que- 
les ceps ne pourrissent par un ex^'ès d'humidité ; la 
tIo en est parfaitement bon, il est tout de couleur 
rouge, et le raisin étant toujours nourri de cha- 
leurs, il n'est pas possible que le vin n'ait une força 
agréable. L'eau des fontaines i^st excellente et fort 
saine ; mais tes sources n'y sont pas en Tirt grand 
nombre; la fontaine scellée de Salomon, dont je 
parlerai en son lien, est la plus considérable de 
toutes. (P. 245.) 

> De Jérusulein à Bethléem on n'a presque qi'une 
seiilo vallée de deux lieuet do 1 ngtient h passer; 
elle commence au pied du mont Siou, et linit près 
de Bethléem. Cette va'lée, qui peut avoir une liauv 
de largeur, est très-fertile. (P. 453.) 

■ La ville de Thécué est sur une hauteur, et elle 
voit k ses pieds des campaf^nes fertiles, des vallées 
toujours riantesjet dos forêts fort étendues. (P. 487.) 

» La vallée de Sorec, qui a plus de quinze I^Piet 
de longueur, est asseï profonde, et sa largei# est 
médiocre. Les montagnes dont elle est formée du 
côté du couchant ne sont presque que des rochers 
escarpée, dans lesquels il parait qu'on a autrefois 
coupédes colonnes d'une grossaor et d'une longueur 
extraordinaires. Les montagne^ qui ret;arij<iiit 
l'Orient sont plus basses, mai» riantes, toutes da 
verdure; elles sont très-bien cultivées, et sont 
parue en vignes, partie en terres labourables, et 
plantées d'oliviers et de tiguif^rs... f. tte vallée 
porte le nom de Sorec ou do la Viirne, et le torrent 
qui est au fond s'appelle lu torrent du Haisin ; civtte 
contrée est sans doute colle où les espions députés 
par M'â^e, coupèrent eette grap:<(f de raisin !^î 
extraordinaire qu'ils rapportèrent au camp. Cet 
endroit n'est plus en vigne, et on n'y voit qu'ua 
assez ;!;raiid nombre d'oliviers, qui en font une es- 
pèe; do verger. On s'étonne que ce raisin ait été 
assez pesant pour faire la charge dos deux hommes 
qui le rapportaient avec son cep attaché à un bois 
appuyé aux deux bouts sur leurs épaules ; mais 
outre que cette manière do porter co raisin était 
nécessaire pour le conserver dms toiiti^ sa perfec- 
tion ot sa neaiité, les religieux do la Tcire sainte, 
qui voient tous les ans des raisins des montagnes 
de Judée, que les Grecs et lus Arméniens cultivent, 
sont fort éloiirnéfl de regarder comme une exngéra- 
tion ce que l'Ecriture dit do ce raisin, pnis'pi'ils en 
voient qui pèsent six, huit et souvent jusqu'à dix 
livres, C- ux que j'ai vus et goftli-s moi-m<'me dans 
les Iles de Cypre, île Rhodes, deScio, et dins plu- 
sieurs endroits de la Thraco oft ils sont d'une gros- 
seur prodigieuse, ne me permettent pas non plus 
d'être surpris du poids de celui dont il s'agit. Le 
vin de \n contrée de Sorec est un des meilleurs de 
toute la Terre sainte; il est d'un blanc, nu peu 
chargé quant à la couleur, et il est très-délicat, ut 
tres-.léli.-ioux. (P. 492.) 

I Le désert de saint Jean-Baptiste, non plus qnt% 
les moi.tagnes et les vallée» qui le composent, n'a 
rien d'aflVeux ni de sauvage, selon la fausse idée, 
que ceux qui no l'ont pas vu peuvent s'en former. 
C'est une agréable solitude dont l'air est extrême- 
ment pur elle terroir parfaitement bon ; et quoi<iue 
le pays soit très-peu peuplé, on n'y voit guère d'en- 
droits qui ne soient cultivés, et qui ne produisent 
de tri'S-bon froment et ilu vin exquis. » (P. 474.) 

Guillaume, archevêque de Tyr, dit dans son 
histoire que Jéricho était, sous les rois fraudait de 



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pas nécessaire. Ce géographe n'avait 
pas vu le pays dont il parle, et il se 
contredit, puisqu'il ajoute que cette 
contrée est bien arrosée , evùSpov. 

m 

Jérusalem, nne TÎile hoq-f» ntoment célèbre, m«is 
polissante, riche et pleine de biens qu'elle tirait de 
cette fei-tile et vaste plaine dans laquelle elle est 
aiiuée. (P. 529.) 

« Toute cette vaste campagne qui s'étend depuis 
l^ame et Lidda jusqu'à Jd-lTé, et de Jaffé jusqu'en 
Césarée de Palestine, s'appelle dans l'Écritiure, 
6*ûroH?, du Dom d'une ville située dans le milieu, 
sur une éminenee où l'on voit enoore aujourd'bui 
un chétif et petit village nommé Saron. Rîeo 
n'étïit plus l'barmant que la vue de cette campa- 
gne, lorsque ri'ius la traversâmes: la variété des 
Qeurs champêtr.'S et surtout destulipes qui y crois- 
sent d'elles-mêmes et sans être cultivées, les prei- 
cies ornées d'une verdure riaute, et les cbamps se- 
més de diverses sortes de légumes et cbargés sur- 
tout de meloa d'eau ou de pastèques, et d9Qt on a 
graod débit sur les eûtes de Syrie- (P. 545.) 

» Les coteaux du Carmel, en quelques endroits 
et particulièrement du côté de Sartoura, sont char* 
gé» de vignes qui fournissent du vin qui passe pour 
excellent; et si peu que les soins de l'art se joi- 
gnent à ceux de la nature, les campagnes font coq- 
naître, par une abondante récolte, qu'elles ne sout 
stériles que lori^qu'elles sont incultes. > [P. 5o8.) 

Shaw est avcf raison le plus estimé des voya- 
geurs : antiqiinire, littérateur, géographe, physi- 
cien, chimiste, botaniste, maître dans tontes les 
parties de Thi^toire naturelle, il observe tout, Ken 
De se dér()be à ses yeux, rien n'échappe à ses re- 
cherches : avec des relations semblables à la sienne, 
ou peut se procurer toute l'utilité qu'on retire 
des voyages sans en essuyer le? fatigues. Voici 
comment cet illustre auteur s'exprima sur la qua- 
lité de la Palestine : 

fi Si la Terre sainte était aussi peuplée ,et anssi 
bien cultivée aujourd'hui qu'elle l'était autrefois, 
•lie serait encore plus feriile que la plus belle con- 
trée de Syrie et de la Phéuïcie. Le terroir en est 
meilleur pnr lui-mêmo, et à tout prendre, son rap- 

Sort en est préférable. Le coton qu'on recueille 
ans lus plaines deKamah, d'Esdrailon et ae Zabu- 
Ion, est plus estimé que celui de Bidon et de Tri- 
poli, et il oe saurait y avoir de meilleur grain ni 
de meilleurs herbagQs de quelque espèce que ee 
«oit que ceux qu'on a communément à Jënisalem. 
Ls stérilité dont quelques auteurs se plaignent, soit 
far ignorance ou par malice, ne vient pas de mau- 
vaise constitution et de la nature même du terroir, 
mais du peu d'habitants qu'il r a dans ce pays, et 
de leur paresse ft faire valoir les terres qu'ils pos- 
•èdout : outre cela, les petits princes qui partagent 
ce beau pays sont toujours en une espèce ae guerre 
les uns cooire les autres, se pillent récipro- 
quement ; de sorte que, quand même le pays 
eerati mieux peuplé qu il ne 1 est, il n'y aarait pas 
beaucoup d'encourafi;ement8 à cultiver les terres, 
parce que p-ntotme u'oat assuré du fruit de son 
trarad. D'ailleurs le pays est fort bon par Ini-môme, 
et pourrait fournir & ses voisins du blé et de l'huile, 
tout comme il faisait du temps de Salomon. (tom. 
«, p. 56.) f, 

>Le pays, et surtout celoi des environs de J^m- 
MÎetb, étant rempli de rocs et de mootsuçnes, oa 
t'est mis en tète qu'il devait être ingrat et stérile. 
Qoaud il serait aussi vrai qu'il l'est peu, il est cer- 
tain que î'vm ne saurait dire que tout an roysume 
nt^ iusr-at oii stéiile parce qu il l'ebt en quetqu-s 
«odro'ts tonicmPDt . ajoutons k ceci que la hùuit- 



Il dit que la Tmchonitc, qui était l5 
partie la plus pierreuse et la pluî 
remplie de rochers, puisqu'elle er 
avait tiré son nom, avait copendan* 

diction promise à Juda ne fut pas du même ordri 
que celle qui regardait Aser nu Issacbar. Cei 
derniers devaient avoir un pays plaisaut et un pain 
t^ras ; mais il fut dit de l'autre, qu'il aurait lei 
yeux vermeils de vin, et les dents blaoches de lait 
Or, comme Moïse faitconsister la gloire de toutescei 
terres dans l'abondance du lait et du miel^ qiv 
furent en effet les met^i les plus délicicieux et let 
aliments les plus ordinaires des premier-^ temps, 
comme ils le sont encore parmi les Arabes bédouins: 
tout cela se trouve encore actuellement dans tef 
lieux assignés à la portion de Juda, ou du moiof 
pourrait s'y trouver, si les habitants travaillaiieni 
à se le procurer. 

> L'abondance de vin est la seule qni y manque 
aujourd'hui; cependant le peu que Ion en fait à 
Jérusalem et à Hébron est si excellent, qu'il parait 
par là que ces rochers qu'on dit si stériles en pour- 
raient donner beaucoup davantage, si l'abstinence 
des Turcs et des Arabes permettait que l'on plantJJit 
et que l'on cultivût plus de vianes. 

B Le miel 'sauvage que l'Ecriture dit avoir fait 
partie de la nourriture de saint Jean-Baptiste, ooas 
indique la grande quantité qu'il y en avait dans les 
déserts de la Judée, et par conséquent la facilité 
qu'il y aurait à le multiplier considérablement, si 
l'on avait soin de préparer des ruches pour les 
abeilles, et de les mieux cultiver. 

B Si d'un câté les montagnes de ce pays sont 
couvertes en certains endroits de thym, de r4im«rîn, 
de sauge et d'autres plantes aromatiques que 
cherchent 8)ngulièr3ment ces industrieux animaux, 
de l'autre il y a aussi des endroits qui sont remplis 
d'arbustes et de cette herbe courte et délicate que 
les bestiaux préfèrent à tout co qui croit dans les 
pay^ gras et dans les prairies, La manière d'y faire 
pattre les troupaux n'est pas si singulière dans ce 
pays qu'elle ne soit connue ailleurs ; elle est encore 
en usage sur tout le mont Liban, sur les montagnes 
de Castravan et dans la Barbarie, où l'on réserve 
pour cet usage les terrains les plus élevés, pendant 
que l'on laboure les plaines et les vallées. Outre 
que l'on met ainsi à proGt toute la terre, on en tire 
encore cet avantage que le lait des bestiaux nourris 
de la sorte est beaucoup plus gras et plus délicieux, 
somme la chair «a est ueaucoup plus douce et plus 
nourrissante. ''" 

» Mettant néanmoins à part les profit* qne l'eu 
pouvait tirer du p&turage, soit le beurre, le lait, la 
laine, ou le grand nombre de bètes qui devaient se 
vendre tous les jours A Jérusalem pour la nourriture 
des habitants et pouf Us ^v^ifîces; outre cela, dis- 
je, ces cantons monerg';«tLx pouvaient être trôs- 
atiles par d'autres enJroits, surtout par la grande 
quantité d'etiviers qu'on y avait autrefois, et dont 
an seul arpent bien cultivé rapport'* plus que le 
double de cette étendue mise en labour. U est 
aussi à présumer (^ne i'on ne néglii^eait pas les 
vignes dans nn terroir * dans nne exposition qui 
leur était si favorable. Mais comme ces «lernières 
oe durent pas en eÏÏot aussi longtemps que les 
oliviers, qu elles demandent aussi plus d'attention 
et plus de travail, que d'ailleurs les mabométaas iz 
font scrupule de cultiver im fruit qui peut Ôtr* mit 
à des usages que leur religion interdit, toat cela 
ensemble peut bien avoir {ait qu'il reste peu de 
vestiges des anciennes vignes du pays, si ee n'est & 
Jérusalem et à Hébron. Les olivier», au contraire, 
àtastd'iue utilité générale^ et d'ailleiurs d'anavi« 



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H 



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des montagnes grasses et fertiles. On 
sait d'ailleurs que les vins de Gaza et 
deSareptont été célèbres chez les an- 
ciens. 

Que la Judée fut arrosée par la na- 
ture ou par Fart, cela est égal ; 
Moïsa n'avait pas laissé ignorer aux 
Israélites que ce pays demandait 
une culture assidue, Deut.^ c. li, 
f 10, « La terre que vous allez pos- 
» séderleur dit-il, n'est point comme 
» celle de l'Egypte, d'où vo4is êtes 
» sortis, que Ton sème comme un 
» jardin, et qui est arrosée par elle- 
» même, mais elle est coupée de 
rt montagnes et de plaines, elle at- 
» tend les pluies du ciel ; le Seigneur 
» votre Dieu la visite continuelle- 
» ment, et ses yeux y sont ouverts 
» d'un bout de l'année à l'autre. Si 
» vous lui êtes fidèles, il vous don- 
» nera des pluies à propos, et jVous 

loDÇne et d'un boii ferme, il y do^ a plusieurs 
milliers qui subsi^toot enseuiblu, et qui ayaot pasdé 
ainsi jusqu'à uos jours, nmis montreiit la possi- 
bilité qu'il y eu ait eu autrefois, et qu'il pourrait 
eocore y en avoir une pins grande ijuautitô de 
plantages. 

Or, ei à ce produit des montaf^De» nous joipnmig 
plusieurs centaines d'arpeata de terre lalmirable qui 
se trouveut par-ci par-là >laa8 les vallons et dans 
les entre-deux de ces montagnes de Jtida et de 
Benjamin, il se trouvera que la portion de ces 
u-ibus-là même auxquelles od prétend qu'il u'écliul 
qu'un pays presque tout stérile, fut une bonne terra 
et un précieux héritage. 

* Tant s'en fallait que les endroits mnntneneux 
de la Terre saium ftisbeut itihalitaLtleâ, iid'ortiles, nu 
le rebut du paya do Cbanaan, que dan<^ le par'ai'S 
qu'il s'en fit, la montagne Hébron fut cédée à 
Caleb comme une faveur singidière. fîous lisons de 
plus que, sous le règne d'A^a. Juda et Benjurata 
fournirent cinq cent quatre-vingt mille conibattanta ; 
ce qtii prouve d'une manière incontestable que le 
pays pouvait les nourrir, et par conséquent en 
poiivftit nourrir deux fois autant, puisque l'on n'en 
peut pas moins c mpter à proportion pour tes 
vieillards, pour les femmesel pour les enfants. Au- 
jourd'hui même, et quoiqu'il y ait déjà tant île 
siècles que l'agricultnrtt a été si né^iif^ée, les plaines 
•t les vallées de ce pays, quoique ausHÎ fertiles que 
jamais, sont presque entiéremi-ut dé^-ertes, pendant 
qu'U n'y a point de petite montagne qui ne regorge 
d'habitant*. S'il n'y avidt donc dans celte partie d^ 
la Terre ciaiate que des rochers tout purs et quo 
des préripices, comment se ferait-il qu'elle soit 
plus remplie que Im plalneti d'EitiuTdon, de Rnmnrh, 
«le Zabulon ou d'Acre, desquelles on ueut duo, 
comme l'ii fait M. Maundrall, que c'est un [laya 
très-agréable et d'une fertilité qui passe l'iina- 
ginatian? On ne peut pas répondre que cela vient 
rie ce (pie les habitants y sont plus en sùi'eté que 
dans les plaines, car leurs villsires et lenis cami-e- 
ments n'uyant ni murailles ni fortifications, et n'y 
ayant presque pas un endroit qui ne soit aisément 
accessible, ils ne sont pas moins exposés dans un 
lieu que dans Tautre aux conrses-et «ux insultes du 



» accorderadesrécolles abondantes... 
» Si vous adorez des dieux étrangers, 
» le ciel sera fermé, vous éprouve- 
• verez la sécheresse et la stéiilité. » 
La suite de l'histoire atteste que ces 
promesses et ct's menaces ont été li- 
dèlement accomplies. 

3° Pour pri'udrc le vrai sens du 
passage de Scdnt Jérôme, il faut le 
rapporter tout entier. Dans sa lettre 
à Dardanus, o)}. t. 2, col. (iUOet 610, 
il voulait prouver que les éloges 
pompeitx donnés à la Terre pruviise 
n étaient que remblème du bonheur 
éternel promis aux chréliens ; voici 
comme il s'exprime : « Que l'on me 
» dise combien les Juifs sortis del'E- 
» gypte ont posséd^^e la Tvrre pi'o- 
» frase; ils l'ont ternie depuis Dan 
» jusqu'à Bersabée ; c'est tout au 
» plus cent soixante milles en lon- 
» gueur... J'ai honte d'en hxer la 

premier ennemi. La raison de cette préférence e^t 
doDO uniquumeol que, trouvant sur les montagnes 
a8-«ez de con'.modités pour eux-môtues , ils y ea 
trouvent aussi de plus grande^ pour leur be'^tiaiix ; 
y ayant assez de pain pour les hommes, le bétail s'y 
nourrit d'un meilleur pâturage, et les uns et les 
autres ont l'ai^rément d'un grand nombre de 
sources dont l'eau est excellente, et qui ne se ren- 
contrent guère en été, ni dans ces plaines ni mèjn9 
dans celles des autres pays du même clunat. > 

Voyez encore les Voijdfjes île Geuielli-Careri, 
tom. 1, q. 123—178 ; du père Ladoire, p. 2ii8, de 
Totlot et de la Condumine, p. 123. 

Réunissons ù présent sous un coup d'œil tous les 
traits dont les anciens et Ips mnfb'fiiaf se fnnt 
servis pour form r le talb-au de iu Piile»tine. C\-t-t 
uo pays si fécond en blé, qu'une de ises petites pa i - 
lies suffirait seule pour luuinir des grains à do- 
minions d'habitants; son sol produit naturoUemr.L 
des herbes en quantité, qui crois^fin; j«8qu'à ums 
excessive hauteur ; les montagnes, Bu^i>l ftmltjs que 
les vallées, sont les unpf^ ■■ouvertes d'excelleuti 
pfttnrages, les autres ch(*r.'i-os de vignes duut les 
raisins qui pèsent six, huit <-t suuvent jusqu'à (U\ 
livres, douneut un vin déL<^.it et très-délicieux; 
plusieurs sont peuplées <i 'oliviers, de Oguiers, 
d'orangers et de citronniers ; !e miel et le lait sont 
si communs dans cette provii-'-e, que les habitants 
en mentent à ton» lourBrejM- et en assoisonDeut 
toutes leurs nourritures ; on y touve du gibieren 
abondance. Enfin lu Palestine ost si avantageu- 
sement comblée des richesses delà nature, qu'au 
rapport de Schaw qui l'a exuminéL* ar-,',- soin, si elle 
était aussi peuplée et aussi bien cultivte aujourd'hui 
qu'tdie l'était autrefois, elle serait eneorc jfus fertile 
i[uc lu plus belle contrée de la Syrie et <le la 
Phénicie. 

Qu'on juge quelles doivent être les produc'ion.' 
et les agréments d'une province qu'un connuissoui- 
aussi habile que cet Anglais préfère au délicioux 
territoire de Damas, qu'on appelle le paradis de lu 
Syrie. Qu'un la compare à présent, si ou l'oap, 
avec la Suisse, qui, loin d'accorder à ses habitauLi 
lea délices do la vie, leur refuse le néoessaîre. — 
Piêponses critiques, etc., par BuIIet, t. 1. Gousset. 



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TEll 



» largeur, de peur de donner lieu 
» aux païens de basphémer. Depuis 
» Joppé jusqu'à notre petite ville de 
» Bethléem, il y a quarante six milles, 
» après lesquels est un vaste désert 
» rempli de Barbares féroces (c'é- 
» taient les Sarrasins, aujourd'hui les 
» Arabes Bédouins)... Si vous envi- 
» sagez, ô Juifs, la Terre promise telle 
» qu'elle est décrite dans le livre des 
» Nombres, cb.33... j'avouerai qu'elle 
» vous a été promise, mais non li- 
» vrée, à cause de vos infidélités et 
» de votre idolâtrie... Lisez le livre 
» de Josué et celui des Juges, vous 
» verrez combien vous avez été res- 
» serrés dans vos possessions... Je 
» ne dis point ces choses pour dépri- 
» mer la Judée, comme un hérétique 
» imposteur m'en accuse, ou pour 
» attaquer le vérité de l'histoire qui 
■ est le fondement du sens spirituel, 
» mais pour rabattre l'orgueil des 
i> Juifs. » 

Remarquons d'abord que saint Jé- 
rôme parle de la possession des Juifs, 
telle qu'elle était sous Josué et sous 
les juges, et il est vrai qu'elle ne s'é- 
tendait alors que depuis Dan jusqu'à 
Bersabée; mais il y avait au delà du 
Jourdain les tribus 'de Ruben et de 
Gad, et la moitié de la tribu de Ma- 
nassé, et elles n'étaient point res- 
serrées pour lors par les Arabes ou 
Sarrasins. Puisque saint Jérôme ne 
veut point attaquer la vérité de l'his- 
toire, il ne prétend pas nier que Da- 
vid et Salomon n'aient poussé leurs 
conquêtesjusqu'à l'Euphrate, au delà 
de la mer Morte et au torrent de 
l'Egj'pte. La ville de Palmyre, bâtie 
par Salomon à peu de distance de 
l'Euphrate, en était un monument 
subsistant. Ainsi lorsqu'il dit que 
cette étendue ne leur a pas été li- 
vrée, il entend qu'elle ne leur a pas 
été accordée d'abord, et qu'ils ne l'ont 
pas tenue pendant longtemps, puis- 
que cette possession n'a duré que 
pendant soixante ans; et il est vrai 
que c'e.sten punition de leur idolâtrie 
et de celle de leurs rois qu'ils en ont 
été dépossédés. 

4° Le point capital est de savoir si 
la Judée élail un bon ou mauvais 
pays. Voici comme saint Jérôme en 
parle dans sou Cùmmeiitaire sur Isait, 



1. 2, c. S, op. t. 3, col. 45 et 46 
« Aucun lieu n'est plus fertile que 1? 
» Terre promise, si, sans avoir égare 
» aux montagnes et aux déserts, l'o» 
» considère son étendue depuis 1* 
» torrent de l'Egyple juqu'au fleuve 
» de l'Euphrate, et au nord jusqu'au 
» mont Taurus et au cap Zéphyrion 
«en Cilicie.» C. 36, t 17, 1. il, 
col. 287 ; « Le roi d'Assyrie fait dira 
» aux Juifs qu'il les transportera dana 
» un pays semblable au leur, qui 
» abonde en blé et en vin; il ne 
» nomme point ce pays, parce qu'il 
« n'en pouvait point trouver de sem- 
» blable à la Terre promise. » Sur 
Ezéchiel, 1.6, chap. 20, col. 832 : « On 
» ne peut plus douter que la Judée 
» ne soit le plus fertile de tous les 
» pays, si on laconsidère depuis Rhi- 
» nocorure jusqu'au mont Taurus et 
» à l'Euphrate. » Or ce n'était pas la 
partie la plus voisine du mont Taurus 
et de l'Euphrate qui était la plus fer- 
tile, puisque c'est là que se trouvent 
les plus hautes montagnes du Liban. 

Il faut observer encore que saint 
Jérôme écrivait au commencement 
du cinquième siècle; or, avant cette 
époque, la Judée avait été ravagée 
successivement par les Assyriens, par 
les rois de Syrie, par les Romains sous 
Pompée, par les tétrarques qu'ils y 
avaient établis, par les armées de 
Titus et d'Adrien. Un pays moins bon 
n'aurait jamais pu subsister après 
tant de ruines ; et s'il avait été mau- 
vais, tant de conquérants n'auraient 
pas eu l'ambition de s'en saisir. Stra- 
bon, qui écrivait sous Auguste, dit 
que la Judée était pour lorsopprimée 
par des tyrans ; c'étaient sans doute 
les tétrarques; il n'est pas étonnant 
qu'il l'ait jugé peu digne d'exciter 
l'ambition dans ces circonstances. 

5° Les famines dont l'Ecriture 
sainte fait mention n'ont été rien 
moins que fréquentes; on en connaît 
cinq; la première arriva sous Abra- 
ham ;laseconde, cent seizeans après, 
du temps d'isaac; la troisième, au 
bout de quatre vingt-seize ans, pen- 
dant la vieillesse de Jacob; la qua- 
trième, plus de vingt-cinq ans après, 
sous les juges, et dont il est parlé 
dans le livre de Ruth ; enfin, la cin- 
quième sous David, après un inter- 



TEÎl 



13 



TER 



valle d'environ cent ans. Ce sont 
cinq années de disette pendant un 
espace de plus de jhuit cents ans. 
Quel est le pays de l'univers dans le- 
quel il n'en soit pas arrivé davantage 
dans-uii intervalle aussi long? 

6» Pour satisfaire à l'objection des 
incrédules, on leur a représenté qu'il 
ne faut pas juger de l'ancienne fer- 
tilité de la Palestine par l'état de sté- 
rilité et de dévastation dans lequel 
elle est aujourd'hui. Un pays ne peut 
être bien cultivé qu'autant que les 
habitants jouissent de la liberté, 
sont protégés par un gouvernement 
doux et sage, et sont sûrs de ne pas 
êtres privés du fruit de leurs travaux; 
malheureusement les peuples de la 
Palestine n'ont plus aucun de ces 
avantages. Ce n'est pas dans cette 
terre seule que le gouvernement dur, 
oppressif et stupide des Turcs, a 
porté la stérilité, la misère et la 
dépopulation, il produit 'le même 
effet dans tous les lieux de sa domi- 
nation . r 

7° Indépendamment de cette ob- 
servation qui est évidente, les voya- 
geurs modernes attestent que la Pa- 
lestine montre encore aujourd'hui 
les preuves de son ancienne fertilité. 
Nous ne citerons point ceux qui ont 
écrit avant notre siècle, comme Vil- 
lamont, Pietro délia Valle, Eugène 
Roger, le moine Brocard, Sandis, 
Maundrell, Thévenot, Schaw, Mori- 
son, Gemelli-Careri, Pocok, Hassel- 
quist, etc. ; nous nous bornons au té- 
moignage de ceux qui ont écrit plus 
récemment. Niébuhr, qui a voyagé 
en Egypte et en Arabie en 1762 et 
1763, met au rang des plus fertiles 
contrées de l'Orient les environs d'A- 
lexandrie en Egypte, une partie de 
l'Yémen en Arabie, plusieurs cantons 
de la Palestine, les terres voisines 
du mont Liban et celles de la Méso- 
potamie. « Cependant, dit-il, en 
« Egypte, à Habylone, en Mésopo- 
» tamie, en Syrie et dans la Palestine, 
" l'on ne s'applique pas beaucoup à 
» l'agriculture ; il y a si peu de 
» monde dans ces provinces, que 
» plusieurs bonnes terres sont en 
» friche. Les instruments du labou- 
» rage y sont très-mauvais, aussi 
* bien qu'en Arabie et dans les ludcs. > 



Il ajoute que, dans ces contrées, I 
durra, espèce de miflet dont on fai* 
du pain, rend au moins cent pour un; 
qu'ainsi, lorsqu'il est dit, Gen., c. 26 
y 12, Isaac moissonna le centuple 
il est probable qu'il avait semé di 
durra. Descript. de /'Arabie, chap. 24 
art. 4. 

M . de Pages, qui a flni ses voyage 
en 1776, dit qu'après avoir vi 
presque tous les climats de l'univers 
il n'a point trouvé de position plu 
favorable que celle dusud de la Syrie 
c'est précisément celle de la Pales 
tine. La Syrie, selon lui, réunit le' 
productions des climats chauds e' 
celles des pays froids; le blé, l'orge 
le coton, la vigne, le liguier, le mit- 
rier, le pommier et les autres arbres 
d'Europe y sont aussi communs que 
le jujubier, les figuiers bananiers, 
les orangers, les limoniers doux et 
aigres et les cannes à sucre. Les pro- 
ductions communes aux deux climats 
pour les jardins s y trouvent do 
même. L'industrie des habitants a 
fertilisé le sol des montagnes et en a 
fait un jardin très-agréable. Voycvjes 
autouf du Monde, etc., t. 1, p. 
373-375. Ces habitants sont princi- 
palement les Druses et les Maronites, 
qui se sont rendus indépendants des 
turcs; il n'est donc pas étonnant 
que les Juifs aient fait autrefois de 
même, puisque chez les Druses on 
reconnaît encore les anciennes mœurs 
et les usdRes dont parle l'Ecriture 
sainte. Ibid., p. 386. 

Le baron du Toit, qui a côtoyé la 
Palestine à peu près dans le même 
temps, dit que l'espace entre la mer 
et Jérusalem est un pays plat d'envi- 
ron six lieues de large, de la plus 
grande fertilité. Mem., t. 4. p. 10. 

M. Volney, qui a examiné ce pays 
avec un soin particulier en 1783-85, 
confirme le témoiRnage de M. de 
Pages; il est persuadé que, sous un 
gouvernenienl oppressif et moins in- 
sensé que celui des Turcs, la Syrie 
serait le séjour le plus délicieux de 
l'univers. Voyage en ^yi io et t;i 
Egypte, tom. f, p. 288etsuiv. (1). 



(1) Tout cela eat confirmé auiotirH'lini par os 
Toyai^oiir». La Gulilée est un dei plu? I>-Hnr p',y» 
du muuds; la Judùe oat ftjvèia et uliu, .., bit." 



TER 



14 



TER 



Si, malgré tant d'obstacles qui 
s'opposent à la culture de la Tore 
prômisr, elle conserve encore des 
restes de son ancienne fécondité, que 
devait-elle être lorsque la Judée était 
habitée par un peuple immense, 
libre et laborieux? Le lait et le miel 
devaient y couler, selon l'expression 
de l'Ecriture sainte, vu le nombre 
des troupeaux, la quantité ées abeil- 
les et des plantes odoriférantes dont 
elle était couverte. 

Les incrédules, qui ne raisonnent 
qu'au hasard et sans avoir rien exa- 
miné, demandent pourquoi Dieu ne 
donna pas à son peuple le riche et 
le fertile pays de l'Egypte, plutôt 
que la Palestine, Il n'y a qu'à com- 
parer ces deux climats, pour en voir 
la raison. La fertilité de l'Egypte est 
excessive lorsque la crue du Nil se 
fait au point nécessaire; alors la cul- 
ture se réduit à remuer un peu le 
limon formé par le fleuve, pour y 
jeter les semences, et le peuple de- 
meure dans l'indolence et dans l'i- 
naction; mais à quel péril la nation 
entière n'est-elle pas exposée lorsque, 
pendant quelques années de suite, ce 
qui n'est pas rare, le Nil, ou se dé- 
borde trop, ou ne croit pas assez. 
L'inondation de ce fleuve, si néces- 
saire à l'Egj'ptc, est pour elle une 
source de maladies pestilentielles, 
lorsque ses eaux viennent à croupir 
dans les terrains bas. De là une mul- 
titude d'insectes qui tourmentent 
jour et nuit les hommes et les ani- 
maux. Le sable même déposé par le 
Nil et soulevé ensuite par le vent 
d'est, brûle les yeux et les éteint ; 
dans aucun pays du monde il n'y a 
autant d'aveugies qu'en tgypte. Ce 
même sable infecte les aliments, 
quelque soin que l'on prenne de les 
renfermer; il trouble le repos de la 
nuit, parce qu'il pénètre dans l'inté- 
rieur des lits, malgré toutes les pré- 
cautions. I/Egypte ne produit point 
de vin, et les olives y sont bien infé- 
rieures à celles de la Syrie; dans la 
Haute-Egypte les chaleurs de l'été 
sont insù[iportables. La Palestine 
n'est point sujette à ces incoQvé- 

•arait lrès-(«itile «i ella éuit culiirée. Toy. Pi- 
tKjTi««. Lt Noir,. 



nients; elle abonde en plusieurs pro- 
ductions dont l'Egypte manque abso- 
lument. On peut juger de la diffé- 
rence de ces deux climats par la taille 
avantageuse des Maronites que nous 
voyons en Europe, en comparaison 
desquels les Egyptiens rie sont que 
des pygmées difformes. Or, Tacite 
reconnaît que les Juifs étaient sains, 
robustes et laborieux, corpora homi- 
num salubria et ferentia laborum. Il 
n'est point d'homme instruit qui ne 
préférât la position de la Palestine à 
celle de l'Egypte, quoi qu'en disent 
quelques/écrivains modernes qui ne 
nous ont fait des descriptions pom- 
peuses et riantes de l'Egypte, que 
pour contredire ceux qui avaient écrit 
avant eux, Volney, plus judicieux, 
représente l'Egypte comme un' pays 
malsain, désagréable, incommode à 
tous égards, dans lequel les voya- 
geurs ne cherchent à pénétrer que 
pour en visiter les raines. 

Bergier. 

TERTULLIEN, prêtre de Carthage 
et célèbre docteur de l'Eglise. On 
croit communément qu'il est né vers 
l'an 160, et qu'il est mort vers 
l'an 243 ; quoique ces dates ne soient 
pas absolument certaines, tout le 
monde convient qu'il a écrit sur la 
fln du second siècle et au commen- 
cement du troisième. Il a laissé un 
grand nombre d'ouvrages, dont la 
meilleure édition est celle que Ri- 
gaud a fait imprimer à Paris en 1634 
et 1642, in-folio. En général le style 
de Tertullicn est dur et obscur, il 
faut y être accoutumé pour l'enten- 
dre ; il s'est fait, pour ainsi dire, un 
langage particulier; c'est pour cela 
que l'on a mis à la lin de ses ou- 
vrages un dictionnaire des mots qui 
ne se trouvent que chez lui, ou qu'il 
a pris dans un sens qui n'est pas 
commun. Voyez. Index glossarum Ter- 
tulliani. ■■» 

Il nous apprend lui-même qu'il 
était né et qu'il avait été élevé dans 
le paganisme, et il avoue les défauts 
et les vices auxquels il avait été su- 
jet avant sa conversion, de Pœ»it., 
c. 4 et 12. Mais il embrassa la reli- 
gion clirélicnne avec pleiue connais- 
sance de cause, et, p'ur rendre rai- 



TER 



15 



TER 



son de son chatigi-ment, il composa 
son Apolo(jiiique pour défendre le 
christianisme contre les reproches et 
les fausses accusations des païens ; il 
l'adressa aux magistrats de Garlhage 
et aux gouverneurs des provinces; il 
présenta dans la suite un mémoire à 
Scapula, gouverneur de Garlhage, 
pour le même sujet. On retrouve le 
canevas et la première ébauclie de 
ces deux écrits dans celui qu'il a in- 
titulé Ad Nationes. Son Ayiologétique 
et son Traité des Presoriptions contre 
les hérétiques sont les principaux et 
les plus estimés de ses ouvrages ; 
nous avons parlé de l'un et de l'autre 
sous leur titre particulier. 

Comme TcrluUien était d'un carac- 
tère naturellement dur et austère, il 
se laissa séduire sur la lin de sa vie 
par les maximes de morale sévère et 
par les apparences de vertu qu'afl'ec- 
taient les raontanistes ; il en afdopta 
les rêveries et les erreurs : triste 
exemple des travers dans lesquels 
peut donner un grand génie, dès 
qu'il ne veut plus se laisser conduire 
par les leçons de l'Eglise, et qu'il se 
lie trop à ses propres lumières. Les 
écrits qu'il a composés après sa chute 
n'ont pas autant d'autorité que les 
précédents, et on les reconnaît sur- 
tout au ton de sévérité excessive qui 
y domine ; cela n'empêche pas que 
ce Père ne tienne un rang distingué 
parmi les témoins de la tradition sur 
tous les dogmes qui n'ont point do 
rapport à ses erreurs. 

Il n'est aucun des écrivains ecclé- 
siastiques duquel on ait dit autant de 
bien et autant de mal, et l'on a pu le 
faire sans blesser aljsolument la jus- 
tice ni la vérité. Saint Cyprien, qui 
a vécu peu de temps après lui, en 
faisait tant de cas qu'il l'appelait sou 
maître; en demandant ses ouvrages, 
il disait : Da magislrum. Au cinquième 
siècle, Vincent de Lérins, Commcnit., 
c. 18, édit. Baluz., en fait le plus 
grand éloge, a De même, dit-il, 
» qu'Origène a été le plus célèbre de 
» nos écrivains chez, les Grecs, Tcr- 
» tullien l'a élé chez les Latins. Qui 
» fut jamais plus savant que lui, ou 
» plus exercé dans lus sciences divines 
» et humaines? Il a connu tous les 



• philosophes et leur doctrine, luu» 
;> les chefs de sectes et leurs opinions, 
« toutes les histoires et leurs variè- 
> tés; il les a comprises avec une sa- 
» gacité sitigulière. Son génie est si 
» fort et si solide, qu'il n'a rien atta- 
" que sans le détruire par sa jiéné- 
» tration, ou sans le renverser jiar le 
poids de ses raisonnements. Com- 
» ment louer dignement ses écrits, 
i> dans lesquels il y a une telle con- 
» nexion du' raisons et de preuves, 
i> qu'il force l'acquiescement de ceux 
rt mômes qu'il n'a ))as pu persuader? 
» Ghez lui autant de mots, autant de 
» sentences ; autant de rétlexions, 

* autant de victoires. Ou peut inter- 
» roger à ce sujet Marcion, appelé 
» Pr.ixéas, Hcrmogène, les Juifs, les 
» païens, les gnosliques et les autre» 
» dont il a écrasé les blasphèmes 
» par ses livres, comme par autant 
» de foudres. Gepeudunt, après tout 
» cela, ce même TcrtuUion, peu lidèle 
n au dogme catholique, c'est-à-dire 
» à la croyance ancienne et univer- 
» selle, et moins heureux qu'élo- 
)• quent, a changé de sentiments; il 
» a vérilié entin ce que saint Ililaire 
» a dit de lui, que par ses dernières 
» erreurs il a ôté l'autorité à ceux de 
» ses écrits que l'on approuvait le 
» plu»»* 

Aussi Tertulîien a eu des censeurs 
sévères jiarmi les Pères de l'Eglise 
et parmi les auteurs modernes, chez 
les catholiques aussi bien que chez 
les hérétiques et chez les incrédules ; 
indépendamment des erreurs de la 
secte qu'il avait embrassée, on lui en 
a reproché de très-graves, tant sur 
le dogme que sur la morale. S'il nous 
est permis d'en dire notre avis, il 
nous parait que souvent on l'a jugé 
avec trop de sévérité, etqu'on nes'est 
pas donné assez de peine pour prendre 
le vrai sens du langage particulier 
qu'il s'était formé. On ne peut pas 
le disculper en tout ; mais plusieurs 
écrivains judicieux et modérés sont 
venus à bout de dissiper ime partie 
des accusations dont on le cliargo, et 
nous voudrions pouvoir être de ce 
nombre. Pourquoi prendre dans un 
mauvais sens des expressions sus- 
cc^iUbles d'une siguilication très- 



TER 



IC 



orthodoxe, surtout lorsqu'un auteur 
s'est expliqué ailleurs plus clairement 
et plus d'une fois? 

i" L'on reproche à Tertullien d'a- 
voir enseigné que Dieu, les anges et 
les âmes hunoiaines sont de» corps. 
Le passage le plus fort que l'on ob- 
jecte es» tiré de son livre contre 
Praxéas, qui prétendait qu'il n'y a 
en Dieu qu'une seule personne, savoir 
le Père ; que c'est lui qui s'est in- 
carné, qui a souffert pour nous, et 
qui a été nommé Jésus-Christ-, ainsi 
Praxéas fut l'auteur de l'hérésie des 
patripassiens. Voyez ce mot. Consé- 
quemmentil disait que le Verbe divin 
dans l'Ecriture sainte signifie simple- 
ment la parole de Dieu, que ce n'est 
ni une substance ni une personne, 
non plus que la parole humaine qui 
n'est qu'un son ou une répercussion 
de l'air. Advers. Prax., c. 7. Voici 
comme Tertullien argumente contre 
lui, ibid. a Je vous soutiens qu'un 
» néant et un vide n'ont pas pu 
» émaner de Dieu, comme si Dieu 
» lui-même était un vide et un 
» néant; que ce qui est sorti d'une si 
» grande substance et qui a fait tant 
» d'êtres subsistants, ne peut pas être 
9 sans substance. Il a fait lui-même 
« tout ce que Dieu a fait. Comment 
» peut être un néant, celui sans lequel 
M rien n'a été fait?... Appelons-nous 
» un vide et un néant celui qui est 
» appelé Fils de Dieu, et Dieu lui- 
» même ? Le Verbe était en Dieu, et le 
» Verbe était Dieu... Qui niera que 
» Dieu ne soit un corps, quoiqu'il 
» soit un esprit ? L'esprit est un corps 
» dans son genre et dans sa forme 
« (ou dans sa manière d'être) ; toutes 
» les choses invisibles ont en Dieu 
» leur corps et leur forme, par les- 
11 quels elles sont visibles à Dieu ; à 
» combien plus forte raison ce qui 
» vient de la substance de Dieu ne 
» sera-t-il pas sans substance ? Quelle 
» qu'ait été la substance du Verbe, je 
» dis que c'est aue personne, et, en 
V lui donnant le nom de Fils, je le 
» soutiens second après le Père. » 

Il nous parait évident que Tertul- 
lien a confondu le terme de corps 
arec celui de substance, puisqu'il les 
oppose l'un et l'autre au vide c* au 
néant, oi qus p:a forma, effigies, il 



TER 

entend la manière d'être des esprits 
rien autre chose. Le savant Hoet 
n'est point de cet avis; Tertullien, 
dit-il, n'était ni assez ignorant en 
latin ni assez dépourvu de termes, 
pour n'avoir pu exprimer un être 
subsistant, autrement que par le mot 
de corps; Origen. qusest., 1. 2, q. 1, 
§ 8. Beausobre et d'autres se sont 
prévalus de cette réflexion. 

Sauf le respect dii au docte Huet, 
elle n'est pas juste. Tertullien parlait 
le latin d Afrique et non celui de 
Rome ; on ne peut pas nier qu'il 
n'ait donné à une infinité de mots 
latins un sens tout différent de celui 
des écrivains du siècle d'Auguste. 
Cicéron lui-même, obligé d'exprimer 
dans sa langue les matières philoso- 
phiques qui n'avaient ét'é traitées 
jusqu'alors qu'en grec, fut forcé de 
se servir de termes grecs, ou de 
donner aux termes latins une signi- 
fication très-différente de celle qu'ils 
avaient dans l'usage ordinaire. Ter- 
tullien au second siècle s'est ti-ouvô 
dans le même cas à l'égard des ma- 
tières théologiques; avant lui per- 
sonne ne les avait traitées en latin, 
son langage n'a doii". pas pu être 
aussi exact ni aussi épcîré qu'il l'a 
été dans la suite. 

D'ailleurs Huet n'ignorait pas quo 
Lucrèce a dit coj'pus aqux pour la 
substance de l'eau, parce que, dans 
l'usage ordinaire, substantia signifiait 
autre chose qu'un être subsistant; ce 
terme est une métaphore. Quand 
nous disons ie corps d'unepensée, pour 
distinguer le principal d'avec l'acces- 
soire, nous n'entendons pas pour 
cela qu'une pensée est corporelle ou 
matérielle. 

Tertullien a soutenu contre Her- 
mogène que Dieu a créé la matière 
et les corps, donc il est impossible 
qu'il ait cru que Dieu est un corps. 
Dans le livre même contre Praxéas, 
cap. 5, il dit : « Avant toutes choses 
» Dieu était seul, il était à lui-même 
» son monde, son lieu, sou univers ; » 
Ipse sibi et mundus, et locus et omnia. 
Une idée aussi sublime est-elle com- 
patible avec l'opinion d'un Dieu 
corporel? 

Enfin, au quatrième siècle, saint 
Phébade, éveque d'AgeU; dont U 



TER 



17 



TER 



doctrine est bien connue d'ailleurs, a 
donné comme Tertullieii le nom de 
corps à tout ce qui subsiste. Voyez 
Hist. MU. de la France, tome ), 
2° part., P- 271. 

Par c'es mômes réflexions l'on 
pourrait justifier ce qu'il a dit des 
anges et de l'àme bumaine, mais cette 
discussion nous mènerait trop loin. 
Il nous parait qu'il a seulement cru 
qu'un esprit créé est toujours revêtu 
d'un corps subtil pour pouvoir agir 
au dehors, opinion trés-indill'éreute 
à la foi : il ne s'ensuit pas que Ter- 
tullien n'ait eu aucune notion de la 
parfaite spiritualité. 

2° L'on prétend qu'il n'a pas été 
orthodoxe sur le mystère de la sainte 
Trinité ; mais il a été justifié sur ce 
point par Bullus et par Bossuet. Dans 
le livre contre Praxéas, c. 2, il y a 
une profession de foi sur ce mystère, 
qui nous paraît irrépréhensible, quoi- 
que conçue dans des termes dont on 
ne se sert plus aujourd'hui ; on sait 
que, pour l'expliquer avec plus 
d'exactitude, les scolastiques ont été 
obligés d'employer des termes bar- 
bares inconnus aux anciens auteurs 
latins. 

3° C'est surtout en fait de morale 
que l'on a imputé les erreurs les 
plus grossières à TertuUicn; Bar- 
beyrac, Traité de la morale des Piires, 
c. 6, l'accuse d'avoir condamné ab- 
solument l'état militaire et la pro- 
fession de soldat, la fonction de faire 
sentinelle devant un temple d'idoles, 
la coutume d'allumer des lampes et 
des flambeaux dans un jour de ré- 
jouissance, l'usage des couronnes, 
les fonctions de juge et de magistrat, 
la fréquentation des spectacles, sur- 
tout de la comédie, la dignité d'em- 
Screur, les secondes noces, la fuite 
ans les persécutions, la juste dé- 
fense de soi-même, etc. 

Dans divers articles de ce Diction- 
naire nous "vons fait voir l'injustice 
de la plup' rt de ces reproches. Ter- 
iullien a "egardé la profession des 
armes comme défendtie à un chré- 
tien,- \iou-seulemont à cause du br» 
ganùiige auquel les soldats romains 
se livrèrent dans les séditions que 
l'on vit éclore sous Niger et Albin, 
mais à cause du serment militaire 
XII. 



que les soldats prêtaient en présence 
des enseignes chargées de fausses 
divinités, et du culte idolâtre que l'on 
rendait à ces mêmes enseignes ; Tcr- 
tulUcn s'en est expliqué clairement 
dans son Apolojétiijue et ailleurs. 
Vu l'excès de la superstition qui ré- 
gnait pour lors, il n'était guère pos- 
sible de faire sentinelle devant un 
temple d'idoles, sans participer en 
quelque manière au culte qu'on y 
pratiquait. Il en était do même des 
couronnes que l'on distribuait aux 
soldats. Les fêtes et les jours de ré- 
jouissance étaient célébrés à l'hon- 
neur des divinités du paganisme ; un 
chrétien devait-il y prendre part? 
Ce Père a douté si les empereurs 
pouvaient être chrétiens, ou si un 
chrétien pouvait être empereur, dans 
im temps où l'un des points prin- 
cipaux de la politique romaine était 
de persécuter le christianisme ; il a 
pensé de même de la magistrature, 
lorsque les juges et les magistrats 
étaient obligés tous les jours à con- 
damner des chrétiens à mort : avait- 
il tort? 11 n'en avait pas plus de 
réprouver les spectacles, lorsque la 
scène était ensanglantée par les 
combats de gladiateurs et souvent 
par le supplice des chrétiens, et les 
comédies ordinairement très-licen- 
cieuses. Il a blâmé la défense de soi- 
même pour cause de religion, dans 
des circonstances où il fallait aller au 
martyre ; et les secondes noces, dont 
la plupart se faisaient en vertu d'un 
divorce que les chrétiens n'ont ja- 
mais dû approuver. Pour savoir si 
des leçons de morale sont vraies ou 
fausses, justes ou répréhensibles, il 
faut commencer par connaître le ton 
des mœurs qui régnaient et les abus 
que l'on se permettait ; jamais les 
protestants n'ont pris cette précau- 
tion avant do blâmer les Pères de 
l'Eç^lise. 

Quant à la fuite dans les persécu- 
tions, Jésus-Christ l'a formellement 
permise, Matth., c. 10, ^23; Tcr- 
tuUien ne l'a condamnée qu'après 
t'être laissé séduire par la morale 
outrée des montanistes; son livre de 
Fugd in perscculione est un de ses 
derniers ouvrages, 

Mais il y a une difflcuUé touchant 



TER 



Î8 



TER 



ï*Atat militaire : TertuIUen semlile le 
eondamnei' absolument, de h^ululat., 
c. 19 -, cependant il dit dans son Apo- 
logétique, ".ap. 37 et 42, que les ar- 
mées T"7aaines étaient remplies de 
caldaV/ e-iréliens. Suivant l'opinion 
d'un ijBceëdule moderne, cela ne lut 
TTai que sous Constance-Chlore, 
soixante ans après TertuIUen ; il ne 
par' ait ainsi qu'alin de faire paraître 
son parti redoutable. 

Ce grand critique ignorait sans 
doute que déjà sous les Antonins et 
sous Marc-Aurèle , immédiatement 
après la naissance de TertuIUen, le 
fait qu'il avance était connu et in- 
contestable. Il passait pour constant 
que sous Marc-Aurèle était arrivé le 
miracle de la légion fulminante, 
composée principalement de soldats 
chrétiens, miraelc que TertidUen af- 
ih-me comme certain, c. 5. Voyez 
LiiGioN FDLMiKAKTE. Il atteste qu'au- 
cun d'eux n'a jamais trempé dans les 
séditions que l'on vit arriver sous 
Albin, sous Niger, sous Cassius, 
ibid., 3S, ad ScapuL, c. 11 ; il ne 
craignait donc pas d'être contredit. 
Il est probable que ces soldats 
avaient pièlé le serment militaire 
sans être astreints aux cérémonies 
accoutumées, et n'avaient l'ait aucun 
acte d'idolâtrie, puisque, sous les 
empereurs suivants, plusieurs souf- 
frirent le martyre plutôt que de se 
rendre coupables de ce crime. 

4° Plusieurs protestants ont sou- 
tenu que TertuIUen n'attribuait au- 
cune autorité à l'évèqiie de Rome, et 
qu'il ne croyait pas la présence réelle 
de Jésus-Christ dans l'eucharistie; 
par reconniii mce ils ont parlé de 
ce Père avec i-.asde mod<.ratiuu que 
les autres. 

Mais ils se sont vainement flattés 
de son sullVage. Dans sun Traité des 
Prescriptions contre les hérétiques, 
c. 22, il demande >i la doctrine de 
Jésus-Christ a été ignorée par saint 
Pierre, ■ qui a été tiumnié la pùrre 
» de l'édifi e de l'htrlise, qui a reçu 

> les clel^ du rov <• des cieux et 

» le pi>i. ' de liei f. de délier dans 

> le cie' ei sur la lerre > C. 36, il 
dit : « Si vous ète> :i ((urléf de l'Ita- 
» lie, vous avez Huinc dunl l'autorité 
1 est près de vous, i.guii-use Eglise, 



» à laquelle les apôtres ont livré avec 
» leur sang toute la doctrine de 
» Jésus-Christ 1 Voyons ce qu'elle a 
» appris, ce qu'elle enseigne : or, 
» elle est d'accord avec les églises 
il d'Afrique... Puisque cela est ainsi, 
» nous avons la vérité pour nous tant 
» que nous suivons la règle qui a été 
» donnée à l'Eglise par les apôtres, 
» aux apôtres par Jésus-Chiist , à 
» Jésus-Christ par Dieu lui-même; 
» et nous sommes fondé à sonlenir 
» que l'on ne doit pas admettre les 
» hérétiques à disputer par les Ecri- 
» tures, puisque nous prouvons, sans 
» les Ecrit\ires, qu'ils n'ont rien à y 
» voir, u Que les protestants pen- 
sent et parlent comme TertuIUen, 
qu'ils attribuent à la seule Eglise 
apostolique qui subsiste aiijoiu'd'hui, 
la même autorité que ce Père lui at- 
tribuait, nous serons satisfait. Mais 
ils se sont élevés contre ce Traité des 
Prescriptions, et nous avons répondu 
à leurs plaintes. Voyez ce mot. 

A l'article Eucharistie, nous avons 
fait voir qtie TertuUien a. enseigné 
très-clairement la présence réelle de 
Jésus-Christ dans ce sacrement, et 
que les protestants rendent mal le 
sens des passages de ce Père, qui 
semblent prouver le contraire. 

5° Quelques incrédules ont dit qu'il 
a fait un raisonnement absurde dans 
son livre de Carne Christi, c. 5 ; il 
argumente contre Marcion qui ne 
voulait pas croire que le Fils de Dieu 
s'est véritablement inearné et qu'il a 
réellement souiïert; il dit : « Le Fils 
» de Dieu a été crucilié, je n'en rou- 
» gis point, parce que c'est un sujet 
» de honte. Le Fils de Dieu est mort, 
» il faut le croire, parce que cela est 
» indécent; il est sorti vivant du 
» tombeau, cela est certain, parce 
• que cela est impossible. » On né 
peut pas, disent nos censeurs, dé- 
raisonner plus complètement. 

Pour en juger seusémenl il ne fal» 
lait pas supprimer ce qui pré(-èdo; 
il demande à Marcion : « Direz-vous 
» qu'il est honteux à Dieu d'jvoi/ ra- 
» chelé l'homme , et jugerez- vous 
» indigne de lui les moyens sans 
» lesquels il ne l'aurait pas racheté? 
» Par sa naissance il nous r\i>nipte 
» de la mort et nous rëgéuère pour 



TER 



19 



TER 



» le ciel; il guérit les maladies de la 
» chair, la lèpre, la paralysie, la 
» cécité, etc. Cela est-il indigne de 
» Dieu e,t' de son Fils, parce que 
» vous le croyez ainsi? Que cela soit 
» insensé, si vous le voulez; lisez 
a saint Paul : Dieu a choisi ce qui 

> paraît une folie pour confondre la 
» sagesse des hommes. Or, où est ici 
)> la folie? Est-ce d'avoir amené 
» l'homme au culte du vrai Dieu , 
» d'avoir dissipé les erreurs, d'avoir 
» enseigné la justice, la chasteté, la 

• patience, la miséricorde, l'inno- 
» cence? JNon, sans doute. Cherchez 
» donc les lolies dont parle l'apô- 
»tre... C'est évidemment la nais- 
» sance, les sonllrances, la mort, la 
» sépulture du Fils de Dieu... Vous 
» vous croyez sage de ne pas croire 
ï tout cela, mais souvenez-vous que 

• vous ne serez véritablement Sage 

• qu'autant que vous serez insensé 
» selon le monde, en croyant de 
» Dieu ce qui paraît insensé aux 
» mondains... Saint Paul t'ait profes- 
» sion de ne savoir que Jésus cru- 
» cifié... Respectez, ô Marcion, l'u- 
» nique espérance du monde entier, 
» ne détruisez point l'ignominie in- 
» séparable de la foi. Tout ce qui 

• paraît indigne de Dieu est utile 
» pour moi ; je suis sur de mon sa- 
» lut, si je ne rougis point de mon 
» Dieu. Je rougirai, dit-il, de celui 
» qui rougira de moi ; telle est la con- 
» fusion salutaire que je veux avoir, 
» ou plutôt, en la bravant, je veux 
» me montrer impudent avec raison, 

> et insensé pour mon bonheur. Le 
» Fils de Dieu a été crucitié, je 
» n'en rougis point, parce que c'est 

> un sujet de honte ; le Fils de Dieu 
» est mort, il faut le croire, parce 

• que c'est une indécence ; il est sorti 

• vivant du tombeau, cela est cer- 
» taùn, parce que cela est impossi- 

• ble. » Impossible, selon Marcion et 
«eloa le monde, mais non selon les 
lumières de la foi. Il est évident que 
le discours de Tertullien n'est autre 
chose que le commentaire de ces 
paroles de saint Paul : Qux stulta 
sunt mundi elegit Deus ut confundat 
sapientes, etc., I Cor., c. 1, j^ 27; 
aussi les iucrèdules en ont fait un 



reproche à saint Paul de même qu'à 
TerluLUen. 

6° L'un de ces critiques impru- 
dents dit que, dans son livre de Pal- 
lio, ce Père débite une morale qui 
le dispensait des devoirs do la so- 
ciété, et que c'était l'esprit du chris- 
tianisme. Un autre est scandalisé 
d'avoir lu ce passage. Apol., c. 32 : 
« Nous avons encore un plus grand 
» intérêt i prier pour les empereurs, 
» pour tous les états de la société, 
» pour la chose publique, parce que 
» nous savons que la prospérité de 
» l'empire romain est une es[)èce de 
» garant contre la révolution ter- 
» rible dont le monde est menacé, 
> et contre les horribles fléaux par 
» lesquels l'ordre présent des choses 
» doit hnir. • De là le censeur con- 
chit que les chrétiens n'auraient pas 
prié pour leurs maîtres s'ils n'a- 
vaient pas eu peur de la lia du 
monde. 

Voili comme raisonnent des écri- 
vains sans rétle^siou. Dans le livre 
de Pallio, TcrluUien répondait à ceux 
qui le tournaient en ridicule, parce 
qu'il affectait de porter le manteau 
des philosophes au lieu de l'habit 
commun; il n'était donc pas qiiestion 
des devoirs de la société, mais des 
^modes, des coutumes, des usages 
'indifférents. Tertullien se défend en 
jetant du ridicule à son tour sur la 
plupart de ces usages ; c'est une satire 
trés-vive, pleine d'es])rit et de sel un 
peu caustique. Il n'est presiiuc au- 
cun de nos philosophes qui n'en ait 
fait autant'à l'égard de nos mœurs 
et de nos usages ; lorsque leur cen- 
sure a paru ingénieuse, on s'en est 
amusé, et on ne leur en a pas su 
mauvais gré. Quant aux devoirs de la 
société civile, Tertullien atteste, dans 
son Apologétique, que les chrétiens 
les remplissaient avec la plus grande 
exactitude, et il déliait leurs ennemis 
de leur rien reprocher sur ce sujet. 

Dans le chap. 31, il avait cité les 
paroles de saint Paul, qui ordonne 
de prier pour les rois, pour les 
princes, pour les grands, ahn que la 
société soit tranquille et paisible. 
« Lorsque l'empire est ébranlé, dit- 
» il, nous en seutons le contie-coup. 



TER 



20 



TES 



» comme les autres citoyens. » Cha- 
pitre 32, il ajoute le passage que uos 
adversaires lui reprochent. Or, il n'y 
est pas question de la fin du monde, 
mais d'une révolution terrible que 
l'on prévoyait, et qui ai'riva en effet 
au commencement du cinquième 
siècle par l'irruption des Barbares 
dans l'euipire. Déjà dès le troisième, 
vu la continuité des guerres civiles, 
le fréquent massacre des empereurs, 
les dissensions des grands, l'indisci- 
pline des soldats, on prévoyait que 
les Barbares, toujours prêts à fondre 
sur l'empire et qui le menaçaieiU Je 
toutes parts, viendraient à bout de 
le renverser; l'on craignait les mal- 
heurs dont cetle catastrophe serait 
nécesairement suivie, et l'événement 
n'a que trop vérifié ces tristes présa- 
ges. Tertulliim et les autres Pères qui 
ont parlé de même n'avaient pas 
tort, c'est mal à propos qu'on leur 
reproche d'avoir annoncé la lin du 
monde. Comment la prospérité de 
l'empire romain aurait-elle pu être 
un garant contre la fin du monde ? 
Voyez Monde. 

7» Parmi les protestants, l'un sou- 
tient que TertuÛien etJustinle martyr 
ne pouvaient se tirer avec honneur 
de leur controverse avec les Juifs ; 
parce qu'ils ignoraient leur langue, 
leur histoire, leur littérature, et qu'ils 
écrivaient avec une légèreté et une 
inexactitudo que l'on ne saurait 
excuser. Un autre dît que ce Père s'est 
trompé lourdement en attribuant 
toutes les hérésiesà la philosophie des 
Grecs ; qu'il n'a point eu de connais- 
sance du système des émanations et 
de la philosophie des Orientaux, de 
laquelle les gnostiques avaient tiré 
tories leurs erreurs. 

Ne sont-ce pas ces critiques mêmes 
qui écrivent avec un peu trop de lé- 
jèreté ? 11 n'était pas besoin do savoir 
i'hébreu pour disputer contre des Juifs 
aellénistes qui ne l'entendaient plus 
sux-mèmes, et qui ne lisaient l'Écri- 
lu: 3 sainte que dans la version grecque 
des Septante ou dans celle d'Àquila. 
Les Juifs n'ont repris qu'au neuvième 
siècle la coutume générale de ne lire 
,a Bible ians leurs synagogues qu'en 
aébreu et en chaldéen; c'est un fait 
:onstant. Ils ne connaissaient leur 



propre histoire que par l'Ecriture 
sainte, par les écrits de Josèphe, de 
Philon et de Juste de Tibériade ; et 
tous étaient composés en gi'ec. Depuis 
que nos savants ont appris l'hébreu, 
ont-ils converti beaucoup plus de 
Juifs que les Pères des trois premiers 
siècles ? Ceux-ci avaient deux grands 
avantages, savoir, la mémoire des 
faits toute récente, et les dons mira- 
culeux qui subsistaient encore dan» 
l'Eglise; nous ne croyons pas qu'une 
grande connaissance de la langue 
hébraïque puisse les compenser. 

Tcrtullien connaissait les émana- 
tions, puisque, dans son livre contre 
Praxéas, c. 8, il distingue la généra- 
tion du Fils de Dieu d'avec les éma- 
nations des valentiniens, et qu'il en 
montre la différence. Dans les articles 
Emanation et Platonisme, nous avons 
fait voir que les gnostiques ont pu 
emprunter leur système de la philo- 
sophie de Platon, tout aussi bien que 
de la philosophie des Orientaux, et 
que la prévention des critiques pro- 
testants en faveur de cette dernière 
n'est fondée sur rien. 

Encore une fois, nous ne préten- 
dons pas justifier tout ce qu'a écrit 
TertuUien ; il y a des erreurs dans 
ses ouvrages, mais beaucoup moins 
que ne le prétendent certains cri- 
tiques prévenus et pointilleux qui 
se copient les uns les autres sans exa- 
men. Nous persistons à croire que 
souvent il a été jugé et condamné 
trop sévèrement, parce qu'on ne s'est 
pas donné la peine d'étudier son 
style coupé, sententieux, plein d'el- 
lipses et de réticences, ni sa manière 
de raisonner brusque, impétueuse, 
qui passe rapidement d'une pensée à 
une autre, et qui laisse au lecteur 
le soin de suppléera ce qu'il ne dit 
pas. Ce n'estpoint unmodèle àsuivre, 
mais c'est un écrivain qui donne 
beaucoup ;i penser et qui mérite d'être 
lu plus d'une fois. 

BEnciER. 

TESTAMENT. En latin et en fran- 
çais ce terme signifie proprement 
l'acte par lequel un homme jirès de 
mourir déclare ses dernières volon- 
tés ; mais il n'est pas emploA'i dans 
ce sens par les écrivains hébreux. Le 



'.\ 



TES 



21 



TES 



seiil exemple que l'on trouve chez 
le? patriarches d'un testament pro- 
prement m, est celui de Jacob, qui 
au lit de \a mort fit connaître à ses 
enfants sv s dernières volontés; mais 
c'était p^iv;ôt une prophétie de ce qui 
devait leur arriver, et de ce que Dieu 
avait décidé sur leur sort, qu'une 
disposition libre et arbitraire de la 
part de Jacob. Quant aux dernières 
paroles de Joseph, de iMoïse, deJosué, 
de David, on ne peut leur donner le 
nom de testament que dans un sens 
assez impropre. 

L'hébreu bérith, et le grec Sta9->ix-ri 
qui y répond, signifient en général 
disposilion, institution, traité, ordon- 
nance, alliance, aussi bien qu'une dé- 
claration de dernière volonté ; de là 
les traducteurs latins ont rendu com- 
munément ces deux termes par celui 
de testament, quoiqu'ils désignent 
plutôt àla lettre une alliance, vu traité 
solennel par lequel Dieu déclar'e aux 
hommes ses volontés, les conditions 
sous lesquelles il leur fait des pro- 
messes et veut leur accorder . ses 
bienfaits. 

Au mot Allian'ce, nous avons ob- 
servé que Dieu a daigné plus d'une 
fois faire ces sortes de traités avec 
les hommes; il a fait alliance avec 
Adam, avec Noé aa sortir de l'arche, 
avec Abraham ; mais on ne donne 
point à ces actes solennels le nom de 
testament ; il est réservé aux deux al- 
liances postérieures, à l'une que Dieu 
conclut avec les Hébreux par le mi- 
nistère de Moïse, à l'autre qu'il a faite 
avec toutes les nations par la mé- 
diation de Jésus-Christ. La première 
est nommée l'ancienne alliance, le 
vieux Testament ; la secoude est la 
nouvelle alliance, le nouveau Testa- 
ment. 

Saint Paul, Hebr., c. 9, ^ 13 et 
seq., adonné à l'un et à l'autre le 
nom de testament dans le sens le plus 
propre, il les faii envisager comme 
des actes de dernière volonté. « Jô- 
» sus-Christ, dit-il, est le médiateur 
» d'un testament nouveau, afin que 
» par la mort qu'il a soulferte pour 
» expier les iniquités qui se com- 
» mettaient sous le premier testa- 
» ment, ceux qui sontappelés de Dieu 
» reçoivent l'héritage éternel qu'il 



» leur a promis. En effet, où il y « 
» un tcstniHcnt, il est nécessaire qu£ 
» la mort du testateur intervienne, 
» parce que le testament n'a lieu que 
» par la mort, et n'a point dt force 
» tant que le testateur est en vie. 
« C'est pourquoi le premier même 
» fut contirmé par le sang des vic- 
» times, etc. » Jésus-Christ, en insti- 
tuant l'eucharistie, dit aussi : « Ceci 
» est mou sang, le sang du nouveau 
• testament, qui sera versé pour plu- 
» sieurs en rémission dos péchés, m 
Matth., c. 26, ^ 28. Saint Paul avait 
dit dans le c. 8, j^ 6 : « Jésus-ChrisI 
» est revêtu d'un ministère d'autaiu 
« plus auguste, qu'il est médiateur 
» d'un testament plus avantageux el 
» fondé sur de meilleures promesses; 
» car si le premier avait été sans dé- 
» faut, il n'y aurait pas lieu d'en 
» faire un second. » 

Faut-il conclure de ces paroles que 
l'ancien Testament était une alliance 
défectueuse, imiiarfaite, désavanta- 
geuse aux Hébreux, un fléau plutôt 
qu'un bienfait? C'est l'erreur qu'ont 
soutenue Simon le magicien et ses 
disciples, les marcioniles, les mani- 
chéens, et après eux les incrédules 
modernes. Vingt fois, pour réfuter 
leurs sophismes, nous avons été obli- 
gé d'observer que le-; mois bon, mau- 
vais, bien, mal, jHiifait, imparfait, etc. , 
sont des termes purement relatifs et 
qui ne sont vrais que par comparai- 
son. L'ancienne alliance était sans 
doute à tous égards moins parfaite et 
moins avantageuse que la nouvelle, 
en ce sens elle était défectueuse; 
mais ce défaut était analogue au génie, 
au caractère, aux habitudes dos Juifs, 
à la situation et aux circonstances 
dans lesquelles ils se trouvaient. Saint 
Paul lui-même soutient, liom., c. 3, 
f 2, que 1 1 révélation qu' leur avait 
été adressée était un grai.d bienfait; 
c. 9, ^ 4, que Dieu leur avait donné 
le titre d'enfants adoptifs, la gloire, 
l'alliance, des lois, des ordonnances, 
des promesses; c. 11, f 28, qu'ils 
sont encore chei's à Dieu à cause de 
leurs pères, etc. Dieu ne fait rien de 
mauvais en lui-même, se? leçons, 
ses lois, ses promesses, ses châti- 
ments mêmes sont toujours des grâ- 
ces; mais il ne doit point les accor- 



TES 



22 



TES 



dftr toujours aux hommes dans la 
même mesure ; souvent ils sont inca- 
pables de les recevoir et d'en profiler; 
il les dispense avec sagesse, et la ré- 
serve qu'il y met ne déroge en rien 
à sa bonté. 

D'autre part, les Juifs ont donné 
dans l'excès opposé, en soutenant 
que Dieu ne pouvait donner aux hom- 
mes une loi plus sainte, un culte plus 
pur, une religion plus parfaite que 
celle qu'il avait prescrite à leurs pères. 
Dieu avait-il donc épuisé en leur 
laveur tous le? trésors de sa puissance 
etde sa boulé? Vo^/e; Jidaisme, § 4. 

Beausobre, IHst. du Manich., t. 1, 
! 1, c. 3 et 4, après avoir rapporté 
.îammairement les objections que fai- 
saient les manichéens contre l'ancien 
Testament, prétend que les Pères de 
l'Eglise y ont fort mal répondu, qu'ils 
se sont sauvés par des allégorie^ des- 
quelles ces hérétiques ne devaient 
faire aucun cas; il cite pour exemple 
Origèiie et saint Augustin, et il se 
flatte do répondre beaucoup mieux 
qu'eux ù ces mêmes diflicultés. Nous 
n'attaquerons pas ses réponses, quoi- 
qu'il y en ait quelques-unes qui au- 
raient besoin de correctif : mais nous 
défendrons les Pères. Il est absolu- 
ment faux qu'ils se soient bornés à 
des explications allégoriques, pour 
satisfaire aux reproches des mani- 
chéens. 

Saint Augustin, qui en avait fait 
beaucoup d'usage dans son livre de 
Genesi contra manichxoa, et qui com- 
prit que cela ncsufhsaitpas, en écrivit 
un autre de Genesi ud littcrum, dans 
lequel il s'attacha principalement au 
sens littéral. En parlant du mani- 
chéisme, § 6, nous avons fait voir que 
ce Père a très-bien saisi les principes 
qui résolvent la grande question de 
originR du mal, et il nous serait 
';&cile de montrer que, dans divers 
Kiaroits, il a dOnué aux manichéens 
Sf jnèmes réponses que Heausobre ; 
BMs celte discussion nous mènerait 
i:»p loin. 

Il nous parait plus nécessaire de 
lustilier "^Jrigène, puisque notre sa- 
vant critique dit que saint Augustin 
l'a fait iiu'imitcr cet ancien docteur : 
/oyons s'il est vrai qu'Origène a mal 
léfendu le vieux TestamaU, et s'il n'a 



résolu les difiicultés que par des al- 
légories. 

Celse avait fait contre les livres des 
Juifs à peu près les mômes objections 
que répétèrent les marcionites, les 
gnostiques et les manichéens; pour 
y répondre, Origène pose trois prin- 
cipes qu'il ne faut pas perdre de vue : 
Le premier est que, dans les ouvrages 
de la création, ce qui est un mal pour 
les particuliers peut être utile au 
bien général de l'univers; Celse lui- 
même en convenait; d'où il résulte 
que bien et mal sont des termes pu- 
rement relatifs, et qu'il n'y a rien 
dans les ouvrages du Créateur qui 
soit un bien ou un mal absolu ; contra 
Gels., 1. 4, n. 70. Le second est que 
les besoins de l'homme que l'on re- 
garde comme des maux, sont la source 
de son industrie, de ses connaissan- 
ces, et pour ainsi dire la mesure de 
son intelligence; il conlii'me cette ré- 
flexion par un passage du livre de 
l'Ecclésiastique, c.39,f 21 et 26; ibid., 
n. 76. Le troisième qui concerne les 
leçons, les lois, le culte prescrit aux 
Israéhtes, est que comme un labou- 
reur sage donne à la terre une culture 
différente selon la variété des sols et 
des saisons, ainsi Dieu a donné aux 
hommes les leçons et les lois qui, 
dans les dilférenis siècles, convenaient 
le mieux au bien général de l'univers, 
ibid., n. 69. Nous .soutenons que ces 
trois principes, adoptés par saint Au- 
gustin et qui ne sont point des allé- 
gories, suflisent déjà pour résoudre 
une bonne partie des objections des 
manichéens. Mais venons au détail. 

1» Ils disaient que les livres de l'an- 
cien Testament donnent des idées 
fausses de la Divinité en lui attribuant 
des membres corporels et les passions 
humaines, comme la colère, la ja- 
lousie, etc. Beausobre leur répond 
que le langage des écrivains sacrés 
est un langage populaire, et qu'il 
devait l'être ; que les idf'i's métaphy- 
siques de la Divinité sont au-dessus 
de la portée du peuple; que quand 
ces mêmes écrivains attribuent à Dieu 
des passions humâmes, ils ne lui en 
attribuent au fond que les effets lé- 
gitimes. Or, c'est précisément la même 
réponse qu'Origène donne à Celse, 
1. 4, n. 71 et 72. « Lorsque uouspar- 



TES 



23 



TES 



» Ions à des enfants, dit-il, nous le 
» faisons dans les termes qui sont à 
» leur portée, afin de les instruire et 

» de les corriger L'Ecriture parle 

» le langage des liommes, parce que 
» leur intérêt l'exige. 11 n'eût pas été 
» à propos que Dieu, pour instruire 
» le peuple, emiiloyàt un style plus 

» digne de sa majesté suprême 

» Nous appelons colère de Dieu, non le 
1 trouble de l'âme, dont il n'est pas 
» susci^ptible, mais la (conduite sage 
» par JtKjuelle il punit et corrige les 
>; grands pécheurs, etc. » Origène 
protivc ces réfle.xions par des passages 
ae l'Ecriture sainte. 

2° Les manichéens objectaient que 
les préceptes moraux existaient avant 
Moïse, et qu'il les avait déligurés par 
d'autres lois et par des promesses et 
des menaces qui ne convenaient pas 
au vrai Dieu; que la conduite de plu- 
sieurs patriarches était scandaleuse 
et donnait un très-mauvais exemple. 
Beausohre observe avec raison que, 
quoique, la loi morale soit aussi an- 
cienne que le monde, Dieu a dû la 
faire écrire dans le Décalogue, et la 
munir, en qualité de législateur, du 
sceau de son autorité; que l'histoire 
sainte, en rapportant les fautes des 
pati'iarches, ne les approuve point, etc. 
Origène, de son ct'ilé, convient que 
la iùi morale est écrite dans le cœur 
detons les hommes, selon l'expression 
de saint Paul, Rom., c. 2, ^ lo; que 
cependant Dieu en donna les précep- 
tes par éciit à Moïse, co?i^ra Ceis., I. 1, 
c. 4; c'est ainsi qu'il réi>ond à Celse 
qui objectait que la morale des chré- 
tiens et des juifs n'était pas nouvelle, 
et qu'elle avait été connue de tous 
les philosnphos. 

Touchant les lois de MoUe, il dit 
qu'à la vérité plusieurs ne pouvaient 
convenir aux autres peuples, mais 
qu'elles étaient nécessaires aux Juifs 
dans les circonstances où ils se trou- 
vaient, et que, sans ces lois, leur ré- 
publique n'aurait pas pu subsister, 
1. 7, n. 2G. Il s(jutient et il prouve 
que par ces mêmes lois Moïse a formé 
une république plus sagement réglée 
que celles qui ont été fondées par des 
philosophes, même que celle dont 
Platon avait imaginé la constitution; 
que ce philosophe n'a pas eu un seul 



seclateurdeseslois, au lieu que Moïse 
a été suivi par un peuple entier, 1.5, 
n. 42. Il ajoute que plusieurs pré- 
ceptes de Moïse entendus grossière- 
ment à la manière des Juifs, peuvent 
paraître abs\irdes, qu'Ezéchiel ^'e té- 
moigne en disant de '..< ji irt de Uieu : 
Je leur ai donné des jircn'ijtes qui ne 
•'ont pas bons, c. 20, ^' 25 ; mais qu9 
cette législation bien entendue est 
sainte, juste et Lo'^ne, comme l'ensei- 
gne saint Paul, Hjin., c. 2, f 12. 

Quant aux actions répréliensibles 
des patriarches, telle que l'inceste de 
Lût avec ses iiiles, etc., il observe, 
aussi bien que Htausobre, qu'elles 
ne sont point approuvées prr les écrir 
vains sacrés; 1. 4, n. 4.*). 

30 Les manichéens étaient sandali- 
sés de ce que Moïse dans l'ancienne 
loi ne faisait aux Juifs que des pro- 
messes temporelles, conduite con- 
traire à celle de Jésus-Christ, qui 
ne promet aux justes que les biens 
éternels. Cette objection n'avait pas 
échapi)é à Celse. Pour justilicr les 
promesses temjiorelles de la loi mo- 
saïque, Beausobrc nous renvoie à 
Spencer, qui prouve par des raisons 
solides que Dieu devait en agir ainsi : 
1° à cause de la grossièreté des Juifs, 
qui se sont souvent livrés au culte 
des fausses divinilés dans l'espérance 
d'en obtenir l'abondance des biens 
temporels ; 2" parce qu'il ïie conve- 
nait pas d'attacher une rt compense 
éteinelle à l'observation de la loi cé- 
rémonielle comme à celle de la loi 
morale; 3° parce qu'il était à propos 
que les récompenses de l'autre vie 
fussent proposées aux hommes sons 
une espèce irenvelo|i]ie, alln de ré- 
server au Messie le soin de les ex- 
pliquer plus clairement ; 4" parce 
que, les lois cèrèmonii Iles étant un 
fardeau très-|)csant, il était juste d'y 
attacher les Juifs par l'appât des biens 
temporels ; b" parce que Dieu fais: nt 
les fonctions de législai ur temporel, 
il était de sa sugesse d'imiter la con- 
duite des autres législateurs. De Le- 
qib. Hebr.,riiuid., lilj. 1. c. 3. 

Un incrédule ni un mauichéen ne 
trouveraient peut-être pas ces raisons 
péremptoires et sans réplique, mais 
nous ne disputerons pas là-dessus. 
Aussi Beausobro y ajoute que les jns- 



ÉB 



TES 



S^ 



TES 



tes Jg l'ancienne loi ont certainement 
espéré' "une récompense éternelle de 
leurs vertus, et il le prouve par ce 
que dit saint Paul, Heb., c. H. 

Sans entrer dans un aussi grand 
détail, Origèae se borne à soutenir 
que les biens temporels promis par 
l'ancienne loi n'étaient en elTet 
qu'une ombre, une ligure, une en- 
veloppe, sous laquelle il faut néces- 
sairement entendre les biens spiri- 
tuels et éternels que Jésus-Christ 
nous fait espérer. Il le prouve, lo parce 
que plusieurs despromesses de Moïse 
ne pouvaient être accomplies à la 
lettre, il en donne des exemples ; 
S.0 parce que la plupart des justes de 
l'ancien Testament, loin d'avoir res- 
senti aucun elfet de ces promesses, 
ont été affligés et persécutés, comme 
saint Paul le fait remarquer ; 3» parce 
que ces mêmes j u stes n'ont fait aucun 
cas des biens temporels, qu'ils leur 
ont préféré les récompenses futures 
de la vertu ; Origène le fait voir par 
plusieurs passages de David et de 
Salomon, surtout par le psaume 36. 
Sans cela, dit-il, à quelle tentation 
les Juifs n'auraient-ils pas été expo- 
sés d'abandonner leur loi, envoyant 
que ses promesses étaient vaines et 
sans ell'et ? 4° Parce que saint Paul 
dit formellement que la loi était 
l'ombre des biensfuturs. Que les fidèles 
sont les vrais enfants d'Abraham et 
les héritiers des promesses qui lui 
ont été faites, Galal., c. 3, j^ 39. Cela 
serait-il vrai, si ces promesses n'a- 
\ aient renfermé que les biens tem- 
porels ? Il nous semble que ces rai- 
sons d'Origène, fondées sur des faits 
et sur l'autorité des livres saints , 
valent bien les savantes conjectui-es 
de Beausobre et de Spencer. 

4° Le culte côrémoniel prescrit aux 
Juifs paraissait aux manichéens gros- 
sier, absurde, indigne de Dieu; ils 
blâmaient surtout les sacrifices san- 
glants et la circoncision. Beausobre 
leur représente que ces sacrifices 
n'avaient pas été ordonnés de Dieu 
'.omme 'in culte qui lui fût agréable 
,.\ar lui-même, mais pour empêcher 
les Israélites accoutumés à ce culte, 
de sacrifier aux faux dieux : saint 
Augustin, dit-il, l'a très-bien remar- 
qué. Quant à la circonàsiun, s'il est 



vrai qu'elle était pratiquée chez les 
Egyptiens, Dieu a pu laprescrire aux 
Israélites, afin qu'ils fussent moins 
désagréables aux Egyptiens. 

QuerépliqueraitBeausobre, si nous 
lui montrions ces deux réponses mot 
pour mot dans Origène? Ce père les 
a faites non dans ses livres contre 
Celse, qui ne blâmait pas les sacrifices 
sanglants, mais dans ses extraits du 
Lévitique, c. 1, ^ 5. a Comme les 
» Juifs, dit-il, étaient accoutumés en 
» Egypte à voir des sacrifices, et qu'ils 
» les aimaient. Dieu leur permit de 
» lui en offrir, afin de réprimer leur 
■ goût pour le culte des faux dieux, 
» et les détourner de sacrifier aux dé- 
» mons. n II ajoute, c. 6, ^ 18 : « Ces 
» sacrifices servaient encore à nourrir 
» les prêtres et à honorer Dieu ; ils 
• empècliaient les Juifs ^de penser, 
> comme les Egyptiens, qu'un ani- 
» mal que l'on immole est un dieu, 
» et qu'il faut l'adorer. » Op., t, 2, 
p. 181 et 182. 

Quant à la circoncision que Celse 
n'approuvait pas, Origène renvoie à 
ce qu'il en avait dit dans son Com- 
mentaire sur l'Epitre aux Romains. Or, 
dans ce commentaire, lib. 2, Op., t. 4, 
p. 495, il répond aux marcionites, 
aux autres hérétiques et aux philo- 
phes qui regardaient la circoncision 
comme un rit honteux et indécent, 
qu'en Egypte c'était une marque 
d'honneur, que non-seulement les 
prêtres, mais tous ceux qui faisaient 
profession de science la recevaient. 
Origène devait le savoir, puisqu'il 
avait étudié et enseigné dans l'école 
d'Alexandrie. Il ajoute que ce rit avait 
été pratiqué de même chez les Ara- 
bes, chez les Ethiopiens et chez les 
Phéniciens, qu'il n'avait donc rien 
d'indécent ni de honteux en lui- 
même. Il dit aux hérétiques qu'avant 
que le sang de Jésus-Christ eût été 
versé pour notre rédemption, il était 
juste que tout homme, qui vient au 
monde souillé du péché, répandit en 
naissant quelques gouttes de son sang 
pour en être purifié et pour recevoir 
une espèce de présage de la rédemp- 
tion future. « Si quelqu'un, dit-il , 
» imagine quelque chose de meilleur 
» et de plus raisonnable sur ce sujet, 
» on fera bien do le préférer à ce que 



TES 



25 



TES 



» nous disons. » Ibid., p. 496. Déjà 
il avait réfuté les juifs qui voulaient 
que les chrétiens fussent assujettis à 
la circoncision, et il leur avait opposé 
la lettre ^ormelle des livres saints, 
qui n'y obligeaient que la postérité 
d'Abraham. Il ajoute : « Nous avons 
» discuté cette question sans avoir 
» recours à aucune allégorie, aOn de 
•» ne donner aux Juifs aucun sujet 
» de plainte ni de murmure. » Ibid., 
p. 193, col. 1. 

Origène a donc été plus prudent 
que Beausobre, qui a osé écrire qu'il 
n'y a rien de honteux dans le corps 
humain, si ce n'est, selon le système 
insensé des fanatiques, la production 
des hommes. Hist. du Munich., 1. i, 
c. 3, § 7 ; t. 1, p. 279. Il devait se 
souvenir que les livres saints appel- 
lent, verenda, pudcnda, turpitudo, la 
parlie du corps à laquelle on impri- 
mait la circoncision. 

5° L'histoire de la création et celle 
de la chute de l'homme fournissaient 
aux manichéens une simple matière 
de critique ; ils disaient que Moïse 
ôte à Dieu la prescience, en suppo- 
sant que Dieu a fait à l'homme un 
commandement qui fut violé bientôt 
après, en supposant que Dieu a ap- 
pelé Adam dans le paradis, et qu'il 
l'en a chassé de peur qu'il ne man- 
geât du fruit de l'arbre de vie, etc. 
Beausobre répond que le législateur 
doit commander ce qui est juste, 
lors même qu'il prévoit que son 
commandement sera violé ; que tout 
ce que l'on peut exiger, c'est qu'il ne 
commande rien d'injuste ni d'impos- 
sible. 11 observe qne Dieu appelle 
Adam pour lui faire sentir qu'il se 
cachait inutilement, et pour lui in- 
fliger la peine qu'il méritait ; que 
Moïse, qui a parlé si dignement de la 
majesté divine, n'a pas pu lui attri- 
buer deux passions aussi basses que 
a crainte et la jalousie. 

Celse avait fait à peu près les 
VJêmes reproches que les manichéens, 
contra Cels., 1. 4, n. 36. Origène n'y 
répond qu'en passant, il renvoie au 
commentaire qu'il avait fait sur les 
premiers cliiijiilres de la Genèse ; 
malheureusement cet ouvrage ne 
subsiste plus. Une preuve qu'il ne s'y 
était pas borné à des explications al- 



légoriques, c'est qu'il fait contre Celsr 
la même réflexion que Beausobre 
sur la conduite du législateur, n. 40 ; 
il soutient que la chute du premiei 
homme a ét'i non-seulemen'v. (rès- 
réelle, mais que son péché a passé el 
se transmet à tous ses descendants ; 
il a souvent fait remarquer, aussi 
bien que Beausobre, la dignité, l'éner 
gie, les expressions sublimes par les- 
quelles Moïse représente la grandeur 
de Dieu. 

6" Les manichéens soutenaient 
qu'il n'y a dans les prophètes hé- 
breux aucune prophétie (jui regarde 
proprement et directement Jésus- 
Christ, que sa qualité de Kils de Dieu 
est suftisamnient prouvée par ses 
miracles et par le témoignage formel 
de son Père ; ils détournaient le sens 
des prophéties selon la méthode des 
Juifs. Beausobre ne s'est pas attaché 
à réfuter leurs explications ; il s'est 
borné à dire que les Pères, par leur 
all'ectation de tourner tout en allé- 
gories, favorisaient inliniment les 
prétentions des manichéens. 

Mais, puiscpi'il a cité l'extrait de 
l'ouvrage d'Origène, intitulé Philo- 
calia, il a pu y voir, p. 4 et suiv., 
que ce Père soutient le sens littéral 
de plusieurs prophéties qui regardent 
directement Jésus-Christ , et des- 
quelles les Juifs s'attachaient à don- 
ner de fausses explications. 

Avant de censurer avec tant d'ai- 
greur le goût excessif d'Origène pour 
les allégories, il aurait du moins 
fallu examiner les raisons par les- 
quelles il prouve la nécessité de 
recourir souvent au sens ligure. 
C'est 1» parce que les auteurs du 
nouveau Testament en ont donné 
l'exemple; 2" parce que telle a été la 
méthode de tous les anciens sages et 
des philosophes; 3' parce que Dieu 
a voulu laisser à Jésus-Christ le soin 
de déveIopj)er ce qu'il y avait de 
caché et de mystérieux dans la loi; 
4° parce qu'il y a non-seulement dans 
l'ancien Testament, mais encore dans 
le nouveau, des préceptes et des ex- 
pressions que l'on ne peut prendre 
à la lettre, sans tomber dans des 
absurdités grossières; 5" parce qu'en 
s'attachant trop au sens grammatical, 
les Juifs détournent les conséquences 



TES 



26 



TES 



do toutes les prophéties, et que les 
hérétiques y trouvent de quoi auto- 
riser toutes leurs erreurs. Il nous 
ppraît qu'aucune de ces raisons n'est 
absolument fausse ni absurde. 

L'on y oppose, 1° que par la li- 
cence d'alléfioriser, il est encore plus 
aisé aux Juifs et aux hérétiques de 
pervertir le sens des Ecritures. Soit 
pour un moment; que s'ensuivra- t-il? 
Qu'i! faut garder un sage milieu ; 
mais qui le tisera, si l'Eglise ne jouit 
à ce sujet d'aucune autorité, comme 
le soutiennent les protestants? 2" Que 
les écrivains du nouveau Testament 
étaient en droit de donner des expli- 
cations allégoriques , parce qu'ils 
étaient inspirés de Dieu, au lieu que 
les Pères ne l'étaient pas. La question 
est de savoir si une inspiration était 
nécessaire aux Pères pour juger qu'il 
leur était permis, qu'il était même 
louabled'imiterla manière d'instruire 
des apôtres et des évangélistes; les 
protestants prouveront-ils cette né- 
cessité? 3» Que par des allégories 
forcées les philosophes venaient à 
bout de donner un sens raisonnable 
aux fables les plus absurdes. Origène 
a répondu solidement à cette objec- 
tion; il fait voir que les fables 
païennestournées en allégories étaient 
toujours des leçons scandaleuses et 
pernicieuses aux mœurs, au lieu que 
les allégories tirées de l'Ecriture 
sainte sont toujours édifiantes et 
destinées à porter les hommes à la 
vertu, contra Cds., 1. 4, n. 48. Lui- 
même n'en a jamais fait que de 
cette espèce. 

Il s'en faut donc beaucoup qu'O- 
rigène ait jamais autorisé la licence 
excessive en fait d'allégories. En 
premier lieu, il ne veut pas que l'on 
en use lorsque la lettre n'offre rien 
qui soit absurde, impossible, indigne 
de Dieu, Philocal., p. IS. En second 
lieu, il veut que l'on expose d'abord 
aux plus simples la lettre de l'Ecriture 
qui en est comme l'écorce, et que 
l'on réserve la connaissance du sens 
le plus profond à ceux qui ont le 
plus d'intelligence ; il se fonde sur 
l'autorité et sur l'exemple de saint 
Paul, p. 8. En troisième lieu, il exige 
que toute explication allégorique 
tourne à l'édillcatioa des mœurs. 



Avec ces trois précautions, qu'y a-t-il 
de répréhensible dans la méthode 
d'Origéne? 

Mais Beausobre voulait absolument 
le condamner; il lui reprocl.f /igno- 
rance et la présomption, pour avoir 
dit que les deux animaux nommés 
gryps et trageUiphos n'existent pas 
dans la nature. Tout ce que l'on en 
peut conclure, c'est que ces deux 
animaux n'étaient pas connus du 
temps d'Origéne, et que Bochart, qui 
les a connus, était plus habile natu- 
raliste que ce Père. La découverte 
de l'Amérique, les voyages au Nord, 
aux terres australes, aux Indes et à la 
Chine, nous ont fait connaître une in- 
finité d'objets dont les anciens ne pou- 
vaient avoir aucune idée ; mais n'est- 
ce pas un juste sujet d'indignation de 
voir des écrivains modernes traiter 
les anciens d'ignorants, parce qu'ils 
ont sur eux l'avantage d'être nés 
quinze ou dix-huit cents ans plus 
tard ? 

Si les marcionites et les manichéens, 
dit Beausobre, avaient eu ajfaire à 
nos savants modernes, leurs hérésies 
n'auraient pas fait tant de progrès. 
Moïse et les prophètes auraient été 
défendus avec plus de succès. C'est 
ici que l'on voit la présomption. Nos 
habiles modernes ont-ils converti 
plus d'hérétiques que les Pères de 
l'Eglise? Un homme à système, un 
hérétique ignorant, un disputeur 
obstiné, ne cèdent à aucune raison, 
ils ne veulent être ni détrompés ni 
convaincus ; nous le voyons par 
l'exemple des protestants. 

Ceux-ci ont beau déprimer les 
Pères de l'Eglise ; les ouvrages de ces 
grands hommes inspireront toujours 
à un lecteur sensé et non prévenu de 
l'admiration pour leurs talents, de la 
reconnaissance pour les services 
qu'ils ont rendus à la religion, et de 
la vénération pour leurs vertus. 

Comme dans les desseins de Dieu 
l'ancien Testament était un prélimi- 
naire et an préparatif du nouveau, il 
a été très-convenable que Dieu en fit 
mettre par écrit les dispositions, les 
conditions, les promesses, et qu'elles 
nous fussent transmises par Moïse 
lui-même et par les autres hommes 
qu'il avait choisis poixr annoncer ses 



TES 



27 



TES 



volontés. Dieu Ta fait, et leurs livres 
sont au nombre de quarante-cinq : 
savoir, ceux que les Juifs ontuorami^ 
la loif' qui sont : la Genèse, VExoJ<\ le 
Lévitîquc, les Nombres, le Benlùro- 
nome ; , Moïse en est l'auteur, nous 
l'avons prouvé au mot Pentatf.uoue. 

Les livres historiques sont : JuSMé, 
les Juges, Ruth, les quatre livres des 
Rois, les deux livres des Paralifoménes, 
tes deux livres d'Esdras, Tobie, Ju- 
dith, Esther, les deux livres des 
}/ïachabces. 

Les livres moraux ou sapientiaux 
jont : Job, les Psaumes, les Proverbes, 
ï'Ecdésiaste, le Cantique, la Sagesse, 
l'Ecclésiastique. 

Les quatre grands prophètes cont : 
Isaie, Jérémie et Baruch , Ezéehiel, 
Daniel. Les douze petits prophètes 
sont : usée, Joël, Amas, Abdias, Jonas, 
Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, 
Aggée, Zacharie et Malachie. Nous 
avons parlé de chacun de' ces ou- 
vrages sous son nom particulier. 

Les Juifs n'admettent pour authen- 
tiques et ne regardent comme parole 
de Dieu que ceux qui ont été écrits 
en hébreu, préjugé qui n'est fondé 
sur rien : car enfin Dieu a pu sans 
doute inspirer des hommes pour 
écrire en grec ou en toute autre 
langue. Mais, comme les Juifs sont 
encore aujourd'hui persuadés que 
Dieu n'a jamais parlé qu'à eux et 
pour eux, ils ne veulent recevoir pour 
livres sacrés que ceux qui ont été 
écrits dans la langue de leurs pères. 
Si telle avait été l'intention de Dieu, 
sans doute il aurait conservé cette 
langue toujours vivante et toujours 
usitée parmi eux : c'est ce qui n'est 
pas arrivé ; il était prédit par les pro- 
phètes que toutes les nations seraient 
amenées à la connaissance du vrai 
Dieu par les leçons du Messie ; mais 
il ne leur a été ordonné nulle part 
d'apprendre l'hébreu. 

Nous sommes d'autant plus étonné 
de voir les protestants contiinier le 
préjugé des juifs, que quand il s'agit 
de savoir sommant, en quel temps 
et par qui a été formé le canon ou le 
catalogue des livres reçus comme 
divins par les juifs, on ne trouve 
rien d'absulnment certain. Voyez 
Canon, § 4. 



Comme les livres de l'ancien Tes 
tament contiennent les seules véri 
tables origines du genre humain e1 
une infinité de détails historique: 
sur les premiers âges du monde, cet 
livres intéressent essentiellement 
toutes les nations. Quand on voudrai' 
oublier qu'ils sont les seuls qui noui 
apprennent avec cerlilude la nais- 
«nnce, les progrès, les divers pé 
liodes de la vraie religion, l'on 
serait encore obligé de les lire, poui 
remonter à l'origine des nations an- 
ciennes, pour connaître leurs mœurs, 
leurs usages, la dérivation des lan- 
gues, les divers états de la société 
civile et des sciences humaines, etc. 
Hors de là on ne trouve que des té- 
nèbres, des fables, des systèmes fri- 
voles, qu'il est aussi aisé de renverser 
qu'il l'a été de les construire. Voyez 
Histoire sainte. 

Beugier. 

TESTAMENT (nouveau). L'on ap- 
pelle ainsi le nouvel ordre de choses 
qu'il a plu à Dieu d'établir par Jésus- 
Christ son Fils, ou la nouvelle alliance 
qu'il a voulu contracter avec les 
hommes par la médiation de ce divin 
Sauveur. Ce Testament n'est pas nou- 
veau dans ce sens que Dieu en ait 
formé le dessein récemment, sans 
l'avoir annoncé dans les siècles pré- 
cédents, sans en avoir prévenu le 
genre humain et sans l'y avoir pré- 
paré ;nous avons prouvé le contraire 
dans divers articles de notre ouvrage, 
et nous allons le confirmer par le té- 
moignage formel des^ apôtres. Mais 
ce Testament était nouveau dans ce 
sens que Dieu nous a donné par 
Jésus-Christ des leçons plus claires, 
des lois plus parfaites, des promesses 
plus avantageuses, une espérance plus 
ferme, des motifs d'amour plus tou- 
chants, des grâces plus abondantes 
qu'aux Juifs, et qu'il exige de nous 
des vertus plus sublimes. f 

En effet, saint Paul appelle cette 
nouvelle alliance YEvanyile ou l'heu- 
l'euse nouvelle que Dieu avait pro- 
mise auparavant par ses prophètes 
dans les saintes Ecritures, Rorw., c. i, 
^ 3; il dit que c'est la révélation du 
mystère que la sagesse de Dieu avait 
tenu caché, mais qu'il avait prcdes- 



TES 



28 



TES 



tiné avant tous les siècles pour notre 
gloire, I Cor., c. 2, ^7; que dans la 
plénitude des {snnps Dieu a fait con- 
naître le; mystères de ses volontés, 
et le dessein qu'il a eu de tout réta- 
blir en Jésus-Christ, dans le ciel et 
sur la terre, Ephes., c. 1, ^ 4 et 9; 
que les fidèles sont les vrais enfants 
d'Abraham et les héritiers des pro- 
messes qui lui ont été faites, Galat., 
c. 3, f 29. Saint Pierre tient le même 
langage, Epist. 1, cap. i, ^ 10 et 20. 
Saint Paul ajoute que la loi ou l'an- 
cien Testament a été notre pédagogue 
ou notre instituteur en Jésus-Christ, 
afin que nous fussions justiiiés par la 
foi; Galat., cap. 3, f 24. Comment 
cela? parce que les prophéties qui 
désignaient Jésus-Christ nous dispo- 
saient à croire en lui, en voyant qu'il 
portait les caractères sous lesquels il 
avait été annoncé; en second lieu, 
paixe qu'il nous montrait dans les 
anciens justes un modèle de la foi 
qui doit animer toutes nos actions, 
Hebr., c. H et 12. 

Par là nous comprenons le vrai 
sens de la doctrine de saint Paul, 
lorsqu'il fait la comparaison des deux 
Testamaits et qu'il oppose l'un à 
l'autre, Galat., c. 4, f 22 et seq. Il 
dit que nous en voyons la figure dans 
les deux enfants d'Abraham, que l'un 
était hls d'une esclave, l'autre d'une 
épouse libre ; que le premier était né 
selon la chair, le second en vertu 
l'une promesse. Il dit que le Testa- 
ment donné sur le mont Sinaï engen- 
drait, comme Agar, des esclaves; 
que le nouveau, publié à Jérusalem, 
fait naître des enfants libres et des 
héritiers de la promesse divine ; que 
nous ne sommes plus des esclaves 
depuis que Jésus-Christ nous a mis 
en liberté, etc. Si l'on prend toutes 
ces expressions à la lettre et dans un 
sens absolu, on met l'apûtre en con- 
tradiction avec l'Ecriture sainte et 
avec lui-mèuie. 

En effet, Isaac, quoique enfant 
d'une épouse libre, était né d'Abra- 
ham, selon la chair, tout comme Is- 
maï'l, et celui-ci était venu au monde, 
en vertu i'une promesse aussi bien 
qu'Isaac. Avant la naissamce du pre- 
mier, Dieu avait dit à Abraham, Gen., 
cap. 1^, ^ 2 et 3 : • Je vous rendrai 



» père d'un grand peuple... Toutes 
» les nations de la terre seront bénies 
» en vous. » Dieu lui donna enslfet 
par Ismaël une postérité nombreuse 
et qui n'a jamais été esclave, mais le 
plus indépendant de tous les peuples. 
A la vérité, la seconde partie de la 
promesse ne regardait pas Ismaël; 
ce n'est pas de lui, mais d'Isaac, que 
devait descendre le Messie, auteur 
des bénédictions que Dieu destinait 
à toutes les nations. Saint Paul lui- 
même dit, Rom., c. 9, jl' 4, que les 
Juifs ont reçu l'adoption des enfants, 
ou le titre d'enfants adoptifs. Regar- 
derons-nous comme des esclaves 
o Moise, Josué, Gédéon, Barac, Sam- 
» son, Jephté, David, Samuel et les 
» prophètes, qui par la foi ont con- 
» quis des royaumes, ont pratiqué la 
» justice, ont reçu les promesses, ont 
» fermé la gueule des lions^ etc. ? » 
Hebr., c. \i, y 32. Saint Paul dit 
dans ce passage qu'ils ont reçu les 
promesses, et, ^ 39, qu'ils ne les ont 
pas reçues; est-ce une contradiction? 
Non sans doute : ils les ont reçues, 
puisqu'ils y ont cru, qii'ils en ont 
espéré et désiré l'accomplissement; 
mais ils n'en ont pas reçu entiè- 
rement les effets qui ne doivent 
être pleinement accomplis que sous 
l'Evangile. 

Il est donc évident qu'il ne faut pas 
prendre dans la rigueur des termes 
tout ce que dit saint Paul au dés- 
avantage de l'ancien Testament, qu'il 
faut le comparer avec ce qu'il dit ail- 
leurs en faveur de cette même alliance, 
qu'entre les grâces de la nouvelle et 
celles de l'ancienne il n'y a de diffé- 
rence, à proprement parler, que du 
plus au moins, puisque les unes et 
les autres sont également l'efîet des 
mérites de Jésus-Christ. Nous répé- 
tons cette réflexion, parce que, mal- 
gré l'évidence de la chose, il se trouve 
encore des théologiens et des com- 
mentateurs qui s'obstinent à dépri- 
mer l'ancien Testament, afin de rele- 
ver les avantages du nouveau, co.nme 
si Dieu n'était pas l'auteur de l'un et 
de l'autre, comme si Jésus-Christ "'é- 
tait pas le grand objet de tous les 
deux, comme si le second avait be- 
soin de contraster avec le premier 
pour exciter noti-e foi et noti'c recon- 



TES 



TES 



naissance. Au mot JunAisME, § 4, nous 
avons fait voir que saint Augustin ne 
leur 3 pas donné l'exemple de cette 
conduite. 

Dès (jue Dieu avait fait mettre par 
écrit riiistoire, les promesses, les con- 
ditions, les privilèges de l'ancien 
Testiimcnt, il était encore plus con- 
venable qu'il en fût de même à l'é- 
gard du nouveau, parce qu'à l'avène- 
ment de Jésus-Christ les lettres et les 
connaissances humaines avaient fait 
beaucoup plus de progrès qu'au siè- 
cle de Moise. Cependant ce divin 
maître n'a rien écrit lui-même, il en 
a laissé le soin à ses apôtres et à ses 
disciples; nous ne vo3'ons pas même 
qu'il leur ait ordonné de rien écrire. 
Aussi ces envo3'és du Sauveur ne 
nous ont pas laissé un aussi grand 
nombre d'ouvrages que les écrivains 
de l'ancien Testament. Ceux qui ont 
été déclarés canoniques parle concile 
de Trente sont au nombre de vingt- 
sept, savoir : 

Les quatre Evangiles, de saint Mat- 
thieu, de saint Marc, de saint Luc, 
de saint Jean ; les Actes des apôtres; 
quatorze lettres ou épîtres de saint 
Paul, savoir, aux Romains, i'" et 2e 
aux Corinthiens, aux Galates, aux 
Ephésiens, aux Philippiens, aux Co- 
losslens, i'" et 2° aux Thessaloni- 
ciens, !■■'= et 2" à Timothée, à Tite, à 
Philèmon, aux Hébreux; les épîtres 
canoniques, savoir : une de saint 
Jacques, 1" et 2'' de saint Pierre, f", 
2' et 3= de saint Jean, et une de saint 
Jude, enlin l'Apocalypse de saint 
Jean. Nous avons parlé de chacun de 
ces écrits en particulier; aux mots 
Apocuypdes et Evangile, nous avons 
fait mention des livres de l'ancien et 
du nouveau Testament qui ne sont 
pas canoniques ou que l'Eglise ne 
reconnaît point comme sacrés. 

BlîRGIER. 

TESTAMENT DES DOUZE PA- 
TRIARCHES. Ouvrage apocryphe, 
composé en grec par un jiuf converti 
au christianisme, sur la lin du pre- 
mier ou au commencement du second 
siècle de l'Eglise. L'auteur y fait par- 
ler l'up après l'autre les douze en- 
fants de Jacob; il suppose qu'au lit 
de la mort, à l'exemple de leur père, 



ils ont adressé à leurs (.'nfants les 
prédictions et les instructions qu'il 
rapporte. Celte liction n'a lien de 
blâmable, il n'y a aucune raison de 
penser que cet auteur a eu le dessein 
de persuader à ses lecteurs que les 
douze patriarches ont véritablement 
tenu les discours qu'il leur prête. 
Platon dans ses Dialouues fait parler 
Socrate et divers autres personnages 
do son temps ; Cicèron a fait de même 
dans la plupart de ses livres philoso- 
phiques; on a donné de nos jours le» 
Entrilinis de Phocion et d'autres ou- 
vrages de même genre; personne n'y 
a été troni|)é et n'a été tenté d'accu- 
ser d'imposture ces divers écrivains. 

On ne peut pas douter de l'anti- 
quité du Testament des douze patriar- 
ches : Origène, dans sa première Ho- 
mélie sur Josuc, témoigne qu'il avait 
vu cet ouvrage et qu'il y trouvait du 
bon sens; tirabe est persuadé que 
Tertullien l'a aussi connu ; il conjec- 
ture même que saint Paul en a cité 
quelques paroles, mais ce soupçon 
est peu fondé. Pendant longtemps ce 
livre a été inconnu aux savants de 
l'Europe et même aux Grecs; ce sont 
les Anglais qui nous l'ont procuré. 
Robert Gnjsse-Teste, évèque de Lin- 
coln, en ayant eu connaissance par 
le moyen de Jean de Basingestakes, 
archidiacre de Légies, qui avait étu- 
dié à Athènes, en lit venir un exem- 
plaire en Angleterre, et le traduisit 
en latin par le secours de Nicolas, 
grec de naissance, et clerc de l'abbé 
de Saint-Alban, l'an 1202. Depuis il a 
été donné en grec avec la traduction, 
par Grabe, dans son Spicilége des 
Pérès, en 1 098, et ensuite par Fabri- 
cius dans ses Apocryphes de l'ancien 
Testament. 

L'auteur de ce livre rapporte diffé- 
rentes particularités di' la vie et de la 
mort des patriarches riii'il fait parler, 
mais desquelles il ne pouvait avoir 
aucune certitude; il fait mention de 
la ruine do Jérusalem, de la venue du 
Messie, do diverses actions de sa vie, 
de sa divinité, de sa mort, de l'obla- 
tion de l'eucharistie, de la punition 
des Juifs, des écrits des évaugélistes, 
d'une manière qui ne peut convenir 
qti'ù un chrétien. Trois ou quatre pas- 
sages dans lesquels il ne s'exprime 



TET 



30 



TET 



pas assez correctement toucliant la 
naissance et la mort du Messie, et sur 
la voix du ciel qui se iit entendre à 
son baptême, nous paraissent suscep- 
tibles d'un sens orthodoxe. Mais on 
ne peut pas nier qu'il n'ait encore 
été imbu des opinions et des préjuges 
qui régnaient de son temps parmi 
les Juifs hellénistes. Voy. Spicilegium 
Patrum, i. sœculî, p. 12!) et seq. 

Il y a encore eu plusieurs autres 
Testaments apocryphes cités par les 
Orientaux : tel est celui des trois pa- 
triarches, ceux d'Adam, de iNoé, d'A- 
braham, de Job, de Moïse, de Salo- 
mon ; la plupart avaient été composés 
par des hérétiques pour répandre 
leurs erreurs. 

TÈTE. Ce mot en hébreu se prend 
dans plusieurs sens figurés et méta- 
phoriques, aussi bien qu'en français. 
Il signifie, 1° le commencement, Gen., 
c. 2, ^ 10, il est dit d'un fleuve qu'il 
se divisait en quatre têtes, parce qu'il 
donnait la naissance à quatre bras. 
2» Le sommet, la partie la plus élevée 
d'un lieu ou d'une chose. S» Un chef, 
celui qui commande aux autres , et 
l'autorité qu'il exerce, la capitale d'un 
empire. 4° Le principal soutien d'un 
édiiice, Ps. 118, ^ 22, etc.; la tète de 
l'angle, ou la pierre angulaire, dési- 
gne Jésus-Christ, Matth., cap. 21, 
t 42, etc., parce qu'il est le seul chef, 
le fondement et le soutien de son 
Eglise. 5° Ce qu'il y a de meilleur; 
Exod., c. 30, y 23, les parfums delà 
tête sont les parfums les plus exquis. 
6° Le total d'un nombre que nous ap- 
pelons la somme, Exod., c. 30, f 12, 
ou la répétition sommaire de plu- 
sieurs choses, que nous nommons 
récapitulation. 7» Les différents corps 
ou balaillons dont une armée est 
com|)o.sée, Jud., c. 7, t 10, parce 
qu'ils se subdivisent en plusieurs par- 
ties. Dans un sens à peu près sem- 
blable nous appelons c/inp»/rcs,capito, 
les divisions d'un livre qui contien- 
nent jilusieurs aiiicles ou sections. 
8° Daus le Ps. 40, y 8, et llcbr., c. 10, 
f ~, nous lisons : hi capile libri scrip- 
tum est de inc; caput ne signifie pas 
là un fhapitre, mais la toialilé des 
Ecriiures saintes. O» Caput et cauda 
signiUe les premiers et les derniers, 



Beut., c. 28, j!- 13, etc. 10° La tétedes 
aspics. Job, c. 20, ^ 16, est le poison 
des serpents. 

Ce mot se trouve dans plusieurs 
phrases proverbiales dont il est aiss 
d'apercevoir le sens. Marcher la têk' 
baissée, c'est gémir dans la '.ristesse, 
Jerem., c. 2, ^ 10; courber la tête, 
c'est affecter un air mortilié : Isaî., 
c. 58, j^ 5, dit que le jeûne ne con- 
siste point à baisser la tète et à la 
tourner comme un cercle; c'était un 
geste des Juifs hypocrites. Lever la 
tête, c'est reprendre courage, Eccli., 
cap. 20, ^ H, ou s'enorgueillir. Ele- 
ver la tête de quelqu'un, c'est le tirer 
de l'humiliation et le remettre en 
honneur, IV Reg., cap. 17, f 27; 
lui parfumer la tète, c'est le combler 
de biens, Ps. 22, ^ 5 ; lui raser la tête 
decalvare caput, c'est le couvrir d'i- 
gnominie, Isai., c. 3, ^ 17, etc. ; se- 
couer la tête est quelquefois un signe 
de mépris, l\ Reg., cap. 19, d'autres 
fois une marque de joie et de félici- 
tation ; les parents de Job, après sa 
guérison et après le rétablissement 
de sa fortune, vinrent le féliciter, et 
secouèrent la tète sur lui. Job., c. 42, 
^ 1 1 : se raser la tête était une marque 
de deuil, Levit,, c. 10, f 6; il n'était 
permis aux prêtres de le faire qu'à la 
mort de leurs plus proches parents, 
c. 21, jt' 5. Quelquefois aussi on se 
couvrait la tête dans des moments 
d'aflliction, 11 Reg., cap. 19, y 4. Il 
était naturel de cacher l'altération 
qu'un chagrin violent produit dans 
les traits du visage. Donner de la tête 
à quelque chose, c'est s'y obstiner; 
les Juifs, dit Esdras, cap. 9, y 17, se 
mirent dans la tête, dedcrunt capvi, 
de retourner à leur ancienne ser- 
vitude. 

On peut voir dans le Dictionnaire 
de l'Académie que la plupart de ces 
manières de parler ont lieu dans notre 
langue, ou y sont remplacées par 
d'autres semblables. 

Bergier. 

TÉTRADITES. Ce nom a été donné 
à plusieurs sectes d'hérétiques, à 
cause du respect qu'ils all'ectaient 
pour le nombre de quatre, e.\primé 
en grec par thpx. 

On appelait ainsi les sabbataires, 



TEX 



Si 



TEX 



parce qu'ils célébraient la pâque le 
quatorzième jour de la lune de mars, 
et qu'ils yùnaient le mercredi qui 
est le quatrième jour de la semaine. 
On nomma de même les manicLens 
et d'autres qui admettaient en Die\i 
quatre personnes au lieu de trois; 
eutin les sectateurs de Pierre le Fou- 
lon, parce qu'ils ajoutaient au trisa- 
gion quelques paroles par lesquelles 
ils insinuaient que ce n'était pas une 
senle des personnes de la sainte Tri- 
nité qui avait soutlert pour nous, 
mais la Divinité tout entière. Voy. 
Patripassiens, Trisagion, etc. 

Bergier. 

TÉTRAGRAMMATON. V. Jéhovah. 

TÉTRAODION. Hymne des Grecs 
composé de quatre parties, et qu'ils 
chantent le samedi. 

Bergier. 

TÉTRAPLES d'Origène. Voyez 
Hexai'les. 

TEXTE DE L'ÉCRITURE SAINTE. 

Ce terme se prend eu dillérents sens. 
1° Pour la langue dans laquelle les 
livres saints ont été écrits, par oppo- 
sition aux traductions ou versions 
qui ont été laites. Ainsi le texte hé- 
breu de l'ancien Testament et le texte 
grec du nouveau sont les originaux 
sur lesquels les traducteurs ont l'ait 
leurs versions, et c'est à ces sources 
qu'il faut recourir pour voir s'ils en 
ont bien rendu le sens. 2° Pour cette 
même Ecriture originale, par opposi- 
tion aux gloses ou aux explications 
que l'on en fait, en quelque langue 
qu'elles soient écrites : par exemple, 
lorsque le texte porte que Dieu se 
fâcha, ou qu'il se re|)entit, la glose 
avertit qu'il faut entendre que Dieu 
açitcoinme s'il eût été fâché ou comme 
s'il se fût repenti. 

Le texte original de tous les livres 
de l'ancien Testament compris dans 
le canon ou catalogue des Juifs, est 
l'hébreu ; mais l'Église chrétienne 
reçoit aussi comme canonique plu- 
sieur,*" livres de l'ancien Testament 
qui passent pour avoir été écrits en 
grec, ou dont l'original hébreu ne 
subsiste plus : tels sout les livres de 



laS(^lesse, dc]'E''rlésiastiqtie, âaTobie, 
rie Jiidàh, dus Machabécs, luie partie 
du chapitre 3 de Daniel, depuis le 
f 24 jusqu'au f 91, les chapitres 13 
et 14 de ce mèrao prophète, et les ad 
ditions qui sç, trouvent à la tin du 
livre ô'Èstlicr. Il paraît certain que 
Tubic, Judith, ÏEcclésinsli'pir et le pre- 
mier livre des Machabécs ont été ori- 
ginairement écrits en hébreu telqu'on 
le parlait pour lors parmi les Juifs, 
il n'en est pas de même du livre de 
la Saqesse et du second des Machabées. 
Nous avons parlé de ces divers ou- 
vrages sous leur titre. 

Pour les livres du nouveau Testa- 
ment, le texte original est le grec; 
quoiqu'il soit certain que saint Mat- 
thieu a écrit son Evangili' en hébreu, 
nous ne l'avons plus dans celtelangue. 
Quelques-uns ont cru ([uc celui de 
saint Marc et l'Epitre de saint Paul 
aux Romains avaient été d'abord 
écrits en latin ; mais il y a des preu- 
ves du contraire. L'opinion de ceux 
qui ont imaginé que l'Epitre aux 
Hébreux leur avait été adressée dans 
leur langue, et que l'Apocalypse de 
saint Jean avait été composée en sy- 
riaque, n'est pas mieux fondée. Cell« 
du père Hardouin, qui a soutenu qu* 
le latin est la langue originale dt 
nouveau Testament, et ijue L grec 
n'est qu'une version, n'a entraîné 
personne. 

On ne peut pasméconnaUre un trait 
singulier de la Providence divine 
dans la conservation du texte hébreu 
de l'ancien Testament, m;ilgré les ré- 
volutions terribles arrivées chez les 
Juifs. Depuis qu'ils eurent été divisés 
en deux royaumes, plusieurs de leurs 
rois, devenus idolâtras, sembh'ifnt 
avoir conjuré la ruine de leur reli- 
gion, aucun cependant n'est accusé 
d'en avoir voulu détruire les livres; 
les adorateurs du vrai Dieu et les 
prophètes, qui ont vécu sous l'une 
ou l'autre domination, les ont tou- 
jours gardés et en ont fait la règle 
de leur conduite. Nabucliodonosor 
bn'ila le temple et la ville de Jérusa- 
lem ; mais les livres saints furent 
conservés dans la Judée par Jérémie, 
et furent emportés par les saints 
personnages que l'on conduisit en 
captivité; Ezéchiel et Daniel ne les 



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32 



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perdirent jamais de vue. Après le re- 
tour, les rois de Syrie résolurent 
d'abolir le judaïsme, mais les livres 
saints furent préservés de leurs at- 
tentats; cent ans auparavant ils 
avaient été traduits en grec et dé- 
posés dans la bibliothèque d'Alexan- 
drie. 

Le plus grand danger qu'ils aient 
coiu-u a été pendaut la captivité de 
Babylone; aussi quelques juifs mal 
instruits ont prétendu qu'ils avaient 
absolument péri. L'auteur du qua- 
trième livre d'Esdras, ouvrage apo- 
cryplie et fabuleux, dit, chap. 14, 
^ 21 et suiv., que les livres saints 
avaient été brûlés, et qu'Esdras l'ut 
inspiré de Dieu pour les écrire de 
nouveau : au mot PENiAxiiuoDE, nous 
avons fait voir l'absurdité de cette 
imagination. Cependant l'on accuse 
les Pères de l'Eglise de s'être laissé 
tromper par ce juif visionnaire, d'a- 
voir ajouté foi à ce qu'il dit, et de 
l'avoir répété ; Prideaux cite à ce 
sujet saint Irénée, Clément d'Alexan- 
drie, Tertullien, saint Basile, saint 
Jean Chrysostome, saint Jérôme et 
saint Augustin. Ce fait mérite un 
moment d'examen, voyons s'il est 
vrai. 

Nous trouvons dans saint Irénée, 
adv. Hser., 1. 3, c. 21 (al. 25), n. 2, 
que les Ecritures ayant été corrom- 
pues, Sia-fOïpEiïûv, Dieu, sous le règne 
d'Artaxerxès, inspira à Esdras de ré- 
tablir, àv3tTi;asOï'., les livres des pro- 
phètes, et de rendre au peuple la loi 
de Moïse. 

Clément d'Alexandrie semble avoir 
copié saint Irénée ; Strom., 1. 1, édit. 
de Potter, pag. 392, il dit qu'Esdras, 
de retour dans sa patrie, rétablit le 
peuple, lit la reconnaissance ou le 
recensement àv3.yvo>p:z\io<;, et le re- 
nouvellement des Ecritures divine- 
ment inspirées; p. 410, il dit que les 
Ecritures ayant été corrompues 
SiaaOaptiauv , pendant la captivité, Es- 
dras, prêtre et lévite, les renouvela 
par inspiration. Or, des livres cor- 
rompus par des fautes de copistes 
ou autrement ne sont pas pour cela 
des livres brûlés ou détruits; pour 
les rétablir, il faut les corriger et non 
les composer de nouveau. S'ils 
avaient été anéantis, il n'y aurait eu 



ni reconnaissance ni recensement à 
faire. 

Saint Basile, écrit, Epist. 42, ad 
Chilonem, n. 5 : « Ici est la campagni 
» dans laquelle Esdras tira de son 
» sein, EÇf.oEv^a'!"*, par ordre de Dieu, 
» tous les livres divinement inspi- 
» rés; » à la vérité, fe terme dont se 
sert saint Basile est fort, mais ne 
peut-il pas signifier tirer de la pous- 
sière ou de l'obscurité? Un seul mot 
ne suffit pas pour nous instruire de 
l'opinion d'un Père de l'Eslise. 

Suint Jean Chrysostome, Hom. 8, 
in Epist. ad Hebr., n. 4, Op. t. 12, 
p. 96, s'exprime ainsi : « Il survint 
», des guerres, les livres furent brû- 
» lés ; Dieu inspira un autre homme, 
* savoir, Esdras, pour les exposer et 
» en rassembler les restes. Toutes 
» les copies ne furent donc pas brû- 
» lées, puisqu'il en restait. » Voilà 
ce qu'onl dit les Pères grecs. 

Tertullien, de Cultu femin., 1. I, 
c. 3, rapporte qu'après la ruine de 
Jérusalem par les Babyloniens, Es- 
dras rétablit tous les monuments de 
la littérature des Juifs. 

Saint Jérôme, contra Ilelvid., Op. 
t. 4, col. 134 : « Dites, si vous vou- 
» lez, que Moïse est l'auteur du Pen- 
» taleuque, et qu'Esdras en est le 
» restaurateur; je ne m'y oppose 
» point. » Or, un restaurateur n'est 
pas un nouveau créateur. 

Prideaux devait s'abstenir de citer 
le livre de Mirabitib. sacrœ Scriptwse, 
où il est dit que les livres saints ayant 
été brûlés, Esdras les refit par le 
même esprit par lequel ils avaient 
été écrits; les savants éditeurs des 
ouvrages de saint Augustin ont fait 
voir que celui-ci n'est pas de lui, 
mais d'un auteur anglais ou irlandais 
qui a écrit au septième siècle. 

Tout cela ne nous parait pas suf- 
fisant pour prouver que les Pères se 
sont laissé tromper par le quatrième 
livre d'Esdras, et qu'ils y ont ajouté 
foi ; aucun d'eux ne l'a cîté, et peut- 
être qu'aucun ne l'avait lu ; il nous 
parait plus probable qu'ils se sonl 
copiés les uns les autres, et qu'ils ont 
parlé d'après l'opinion des Juifs. 

Mais supposons ce que vi-ul Pri- 
deaux : il s'ensuit que, sur le I lil en 
question, le témoignage des Pères 



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33 



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ne ])rouve rien ; dans ce cas, nous 
lui demandons où il a puisé ce qu'il 
dit des travaux d'Esdras sur l'Ecriture 
sainte. Il prétend que ce juif ramassa 
le plus grand nombre d'exemplaires 
qu'il put des livres sacrés, qu'il les 
coniroiîta, qu'il en corrigea les fau- 
tes, qu'il rangea les livres par or- 
dre, qu'il en lit le canon, et qu'il en 
donna une édition très-correcte. Les 
Juifs, dit-il, et les chrétiens s'accor- 
dent à lui en faire honneur. Mais 
ces chrétiens ne peuvent être autres 
que les Pères dont nous venons de 
parler, et il a commencé par ruiner 
leur témoignage ; reste celui des 
Juifs seuls, et nous ne lui trouvons 
point d'autre fondement que le qua- 
trième livre d'Esdras, qui n'a aucune 
autorité. Il fallait donc mieux avouer 
que nous ne savons pas ce qu'Esdras 
a fait ou n'a pas fait, puisqu'aucun 
monument authentique ne peut nous 
en instruire; il n'en dit rien lui- 
même dans son livre, et Josèphe qui 
l'a copié n'en dit pas davantage. 

Prideaux ajoute qu'admettre le 
miracle supposé par les Pères est un 
moyen très-propre à ébranler la foi, 
les pyrrhouiens ne manqueraient pas 
de dire qu'Esdras, prétendu inspiré, 
n'a été qu'un imposteur qui a donné 
aux Juifs comme livres divins des 
ouvrages qu'il a forgés. Déjà ils le 
disent en eifet. Mais ils demandent 
aussi quelle certitude on peut avoir 
qu'Esdras a été inspiré pour discer- 
ner les livres qui ont dû être placés 
dans le canon, d'avec ceux qui n'ont 
pas dû y entrer, pour choisir entre 
les variantes des copies celles qui 
méritaient la préférence, et pour at- 
tester aux Juifs que ces livres, et non 
d'autres, étaient la parole de Dieu; 
Prideaux ne satisfait point à celte 
difficulté. 

Il fournit encore des armes aux in- 
crédules en supposant que, sous le 
règne de Josias, il ne restait que le 
seul exemplaire des livres de Moïse, 
qui était gardé dans le temple, et 
que le roi, non jMus que le pontife 
Helcias, ne l'avait '^amais vu. Au mot 
Pentateuqce, nous ^vons réfuté cette 
fausse supposition 

Il nous paraît beaucoup plus simple 
de penser que les livres saints n'ont 
XII. 



jamais été oubliés ni négligés parmi 
les Juifs, parce que ces livres renfer- 
maient l'histoire, les lois, les titres 
de possession, les généalogies, aussi 
bien que la croyance et la religion de 
toute la nation ; que les iujets du 
royaume d'Israël, emmenés en capti- 
vité par Salmanazar, en avaient em- 
porté avec eux des exemplaires en 
Assyrie, de même que lirent ceux du 
royaume de Juda transportés à Ba- 
bylone par Nabuchodonosor. Les pre- 
miers ne revinrent point dans la Ju- 
dée sous Cyrus, ils conservèrent au 
delà de rEui)hrate les établissements 
qu'ils y avaient formés; Josèphe at- 
teste qu'ils y étaient encore de son 
temps, Antiq. Jud., 1. Il, cap. 5. Ces 
Juifs de la Babylunie et de la Médie 
ont continué à suivre leur religion et 
leur loi, ils ont conservé des relation? 
avec ceux de la Judée, il n'y avait 
entre eux aucun sujet d'inimitié. 
Après la prise de Jérusalem sousVes- 
pasien et la dispersion des Juifs sous 
Adrien, ceux ([ui se retirèrent dans 
la Perse savaient bien qu'ils n'allaient 
pas dans un pays inconnu ; ils étaient 
sûrs d'y trouver leurs frères. S'il 
nous est permis de former des con- 
jectures, ce sont ces Juifs devenus 
Chaldéens qui, les premiers, ont 
adopté les caractères chaldaiques, 
qui les ont communiqués aux nou- 
veaux venus, et insensiblement à 
toute la nation juive. Mais les juifs 
modernes se sont obstinés à mettre 
sur le compte d'Esdras tout ce qui 
s'est fait chez eux depuis la capti- 
vité, et les protestants ont adopte la 
plupart de leurs visions. 

Une autre question est de savoir 
si, depuis la venue de Jésus-Christ, 
les Juifs ont corrompu malicieuse- 
ment le texte hébreu de l'ancien Tes- 
tament, alin d'esquiver les preuves 
que les docteurs chrétiens en tiraient 
contre eux. Quelques anciens Pères, 
comme saint Justin, Tertullien, Ori- 
gènc, saint Jean Chrysostome, en 
ont accusé les Juifs; mais ce soupçon 
n'a jamais été prouvé. Ces Pères qui 
ne connaissaient pour authentique 
que la version des Septante, et qui 
la croyaient inspirée» imaginèrent 
que tous les passages du texte hé- 
breu, qui n'étaient pas exactement 
3 



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34 



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!i- 



conformes à cette version, araiont 
été altérés; ils étaient portés à le 
penser par les fausses explications 
que les Juifs donnaient aux prophé- 
ties, et qu'ils prétendaient fondées 
sur le texte. Mais cette erreur se dis- 
sipa lorsque saint Jérôme, après 
avoir appris l'hébreu, fit voir que les 
Septante n'avaient pas toujours ren- 
du le vrai sens du texte. Josèphe, 1.1, 
centre Appioii, proteste qu'aucun 
juif n'a jamais eu la témérité de faire 
la moindre altération dans la lettre 
des livres saints, parce que tons sont 
persuadés, dès l'enfance, que c'est la 
parole de Dieu. Saint Jérôme les a 
souvent accusés de détourner le sens 
des prophéties, mais il ne leur re- 
proche point d'avoir touché au texte. 
Saint Augustin observe que Dieu a 
dispersé les Juifs, atin qu'ils rendis- 
yent témoignage partout de l'authen- 
ticité des prophéties, dont la lettre 
(es condamne et a servi plus d'une 
fois à les convertir, de Civit. T)ei, l. 18, 
C. 46, il suppose par conséquent leur 
fidélité à la conserver. 

Cette question a été renouvelée 
entre les savants du siècle passé. 
Dom Pezron, bernardin célèbre, pu- 
blia en 1687 un livre intitulé, V An- 
tiquité des temps rétablie, dans lequel 
il soutint que, depuis la destruction 
ie Jérusalem, les Juifs ont abrégé à 
dessein la chronologie du texte hé- 
breu de plus de loOO ans, pour se 
défendre contre les chrétiens qui 
leur prouvaient par l'Ecriture et par 
les traditions juives que le Messie 
devait arriver dans le sixième millé- 
naire du monde, et qu'il était venu 
en effet à cett-c époque. « Pour se 

> tirer de cel argumi'ut, dit dom 

> Pezron, les Juif» ont abrégé les 
» dates du texte hébreu, ils ont donné 
» au monde près de deux mille ans 
» de durée de moins que les Sep- 

• tante, alin de pouvoir soutenir que 
I le Messie n'élaii pus encore arrivé, 

• puisque l'on \eiiait seulement de 
» finir le quatriotuc inrilèn.nire depuis 

• la création. » De là cet auteur con- 
cluait qu'il faut suuiela chronologie 
des Septante, it inm celle du U:i;te 
hébreu qni est ;iii--i lelli- de la Vnl- 
gate; et il en .Imiuînt des preuves 
jui ont fait inijiir:. i,in sur plusieurs 



savants. Cine des principales est que 
par ce moyen, la chronologie Je r& 
criture sainte s'accorde aisément avef 
celle des nations orientales, des Chai- 
déens, des Eg3'ptiens et des Chinois. 

Dom Martianay, bénédictin, at la 
père Le Quien, dominicain, ont atta- 
qué le livre de dum Pezron, ils ont 
défendu l'intégrité du texte hébreu 
et la justesse de la chronologie qu'il 
renferme. Il y a eu des répliques de 
part et d'autre, et cette dispute a été 
soutenue avec beaucoup d'érudition. 
Si l'on peut en juger par l'événement, 
elle est demeurée indécise. On a 
continué depuis à suivre la chronolo- 
gie de l'hébreu et de la Vulgate 
comme auparavant, quoiqu'il j ait 
encore des savants qui préfèrent celle 
des Septante, 

Au mot Chronologie, nous avons 
fait voir que cette contestation ne 
donne aucune atteinte à la vérité de 
l'histoire, qu'elle n'intéresse donc en 
rien la foi ni la religion. 

Il reste en tin à savoir si le texte 
hébreu, tel que nous l'avons aujour- 
d'hui, est assez pur pour que l'on 
puisse s'y fixer, ou s'il est considé- 
rablement altéré par les fautes des 
copistes. On est tenté de croire qu'il 
est très-fautif, quand on a vu l'a- 
veu qu'en ont fait les rabbins, les 
corrections fréquentes que le père 
Houbigant ùe l'Oratoire a tenté d'y 
faire, et les dissertations que le doc- 
teur Kennicott a publiées sur ce su- 
jet en 1757 et 1739. C'est pour cela 
même qu'il a donné depuis, en 2 vol. 
in-fol., l'édition du texte hébreu 
la plus correcte qu'il lui a été pos- 
sible, avec toutes les variantes que 
l'on a pu trouver dans la multitude 
des manuscrits que l'on a confrontés. 

Qu'en est-il arrivé? la même chose 
qui arriva au commencement de oe 
siècle, lorsque le docteur Millannonça 
une nouvelle édition du txte grec 
du nouveau Testament, avec toutes 
les variantes qui se montaient, selon 
lui, au nombre de trente mille. On 
crut d'abord que dès ce moment le 
sens du texte allait devenir incertain, 
et que l'on ne saurait plus à quelle 
leçon il fallait s'attacher. L'évéïie- 
mi'ut nous a convaincus que cette 
éaorme quantité de variantes uiiuu- 



TEX 



33 



THA 



lieuses n'a pas jrto du doute sur un 
seul passage important. Déjà nous 
voyons qu'il en est de même des va- 
riantes du texte liébreu. 

Il y a quelques fautes sans doute 
dans les "mauuDcrils, et par consé- 
quent dans les éditions qui y sont 
conformes; il a été impossible que 
des livres si anciens, et dont on a 
fait tant de copies dans les diffé- 
rentes parties du monde, en fussent 
absolument exempts ; mais elles ne 
sont pas en très-grand nombre ni de 
grande importance, elles ne touchent 
pas au fond des clioses. Ce sont quel- 
ques dates, quelques noms propres 
d'hommes ou de villes, altérés ou 
changés, quelques conjonctions ajou- 
tées ou supprimées, quelques pro- 
noms rais l'un pour l'autre, quelques 
fautes de grammaire vraies ou appa- 
rentes, quelques différences de pro- 
nonciation ou d'orthographe, eto. Mais 
ces défauts se trouvent dans tous les 
livres du monde; il est aisé de les 
corriger par la comparaison des ma- 
nuscrits ou des anciennes versions. 
Si l'on nous permet de dire librement 
notre avis, nous pensons que la 
plupart des fautes que l'on a cru 
remarquer dans le texte hébreu sont 
imaginaires. Les traductions, les 
commentateurs, les critiques, les phi- 
lologueSj ont supposé des fautes 
co.mme ils ont créé des hébraïsmes, 
parce qu'ils ne comprenaient pas les 
différentes significations d'un mot ou 
ses différentes prononciations, parée 
qu'ils ont fait des règles arbitraires 
de grammaire, parce qu'ils ont cru 
(jue la langue hébraïque a été ipi- 
muable pendant plus de deux mille 
ans, malgré les différentes migra- 
tions des Hébreux, et malgré les 
relations qu'ils ont eues avec diffé- 
rents peuples. Avant d'ajouter foi à 
ce miracle, il aurait fallu commencer 
par le prouver. Voyez Hésbaisme. 
Eléments primitifs des langues, 6" dis- 
sertation. 

Au mot Bibles hébraïques, nous 
avons parlé des plus anciennes copies 
et des plus célèbres éditions du texte 
hébreu; et dans l'article suivant, 
nous avons donné une courte notion 
de» Bibles grecques, 

Bergier. 



TEXTE se dit encore, dans les 
écoles de théologie, des passages de 
l'Ecriture sainte dont on se sert pont 
prouver un dogme, pour établir un 
sentiment, ou pour résoudre une 
objection. Dans nos contestations 
avec les hétérodoxes, nous ne man- 
quons jamais de citer les textes de 
l'Ecriture sur lesquels la croyance 
de l'Eglise catholique est fondée. 

Dans les sermons, l'on appelle 
texte un passage de l'Ecriture sainte, 
que le prédicateur se propose d'ex- 
pliquer, par lequel il commence son 
discours, et duquel il tire son sujet; 
suivant la règle, un sermon ne doit 
être que la paraphase ou l'explication 
du texte. Mais il arrive trop souvent 
qu'un orateur choisit untexte singu- 
lier, qui n'a nul rapport à la ma- 
tière qu'il veut traiter, qu'il y adapta 
p* force en lui donnant un sen» 
qu'il n'a pas; cela se fait surtout 
quand on veut qu'il y ait du rapport 
entre le sermon et l'évangile du jour ; 
mais il n'est pas défendu de prendre 
un texte dans quelque autre livre de 
l'Ecriture sainte. Cela vaudrait peut- 
être mieux ; l'Eglise, daas son office, 
fait usage des livres de l'ancien Tes- 
tament aussi bien que de ceux du 
nouveau, et les Pères, qui sont nos 
modèles, expliquaient également les 
uns et les autres. 

Bergier. 

TEXTUAIRES. Quelques auteurs 
ont ainsi nommé les caraites, secte 
de Juifs qui s'attachent uniquement 
aux textes des livres saints et qui re- 
jettent les traditions du Talmud et 
des rabbios. Voy. Caeaïtes. 

Bergier. 

THABORlTfJS, Vpyez Hussiips.. 

TBAlÈ&iThéol.hist.biog.etbibliog.) 
— Ce philosophe antique, le premier 
et le plus vieux des sept Sages de la 
Grèce, né à Milet vers l'an 640 av. 
J.-C, et mort à l'âge de quatre vingt- 
dix ans, voyagea en Egypte où il 
s'instruisit avec les prêtres de Mem- 
phis des idées philosophiques de l'O 
rient, et les émerveilla par son génie 
dans les sciences physiques. 11 regar 
dait l'eau comme l'agent générateui 



TUE 



36 



THE 



li., 



iès cho?"? de la terre; la géologie 
moderne lui a, en partie, doané rai- 
son. Sa philosophie faisait tout re- 
poser sur une cause première ; elle 
était essentiellement théistique. Tha- 
ïes fut le fondateur de l'école ionique. 
Le Noia. 

THARTAC. Voyez Samahitain. 

THAUMATURGE, terme composé 
du grec 6aO[j:a, meneille, miracle, et 
Epfov, ouvrage, action. L'on a donné 
ce nom, dans l'Eglise, à plusieurs 
saints qui se sont rendus célèbres 
par le nombre et par l'éclat de leurs 
miracles. Tels ont été saint Grégoire 
de Néocésarée qui vivait au commen- 
cement du troisième siècle, saint 
Léon de Catanée qui a paru dans le 
huitième, saint François de Paule, 
saint François-Xavier, etc. 

L'on a souvent objecté aux protes- 
tants que si l'Eglise de Jésus-Christ 
était tombée dans des erreurs gros- 
sières contre la foi, dès le troisième 
ou le quatrième siècle, comme ils le 
prétendent, Dieu n'y aurait pas con- 
servé, comme il l'a fait, le don des 
miracles; que, vu l'impression que 
font sur tous les hommes ces mer- 
veilles surnaturelles, il aurait tendu 
par là aux fidèles xm piège d'erreur. 
Comment se persuader qu'un homme 
qui opère des miracles enseigne une 
fausse doctrine, pendant que Dieu 
s'estservi principalement de ce moyeu 
pour convertir les peuples à la foi 
chrétienne? Les protestants ont pris 
le parti de nier tous ces miracles, de 
soutenir qu'aucun n'est vrai ni sufli- 
«amment prouvé. On a beau leur re- 
présenter que les moyens par lesquels 
•Is les attaquent servent aussi aux in- 
crédules pour combattre la vérité des 
miracles de Jésus-Christ et des apô- 
jes, sans s'embarrasser de cette con- 
séquence, ils persistent dans leur opi- 
jiàtreté. Voyez Miracles, § 4. 

Bergier. 

THÉANDRIQUE. Du grec fieàî, Dieu 
tt àvôpuTOî, homme, l'on a fait Tliéan- 
thrope, qui signifie Homme-Dieu, nom 
souvent donné à Jésus-Christ par les 
théologiens grecs, et ils ont appelé 
tMandriquesles opérations divines et 



bumainos de ce divin Sauveur, terme 
que les Latins ont rendu par deiviri- 
les. Voy. Incarnatio.n. L'on ne sai' 
pas qui est le premier des Pères de 
l'Eglise qui a commencé à se servi» 
de ce mot. 

Dans la suite les eut3'chiens ou 
monophysites, qui n'admettaient er 
Jésus-Christ qu'une seule nature 
composée de la divinité et de l'huma- 
nité, soutinrent aussi qu'il n'y avait 
en lui qu'une seule opération, et ils 
la nommèrent théandrique, en atta- 
chant à ce terme le sens conforme à 
leur erreur. Mais à parler exacte- 
ment, selon leur opinion, la nature 
de Jésus-Christ n'était plus la nature 
divine ni la nature humaine, c'est 
une troisième nature composée ou 
mélangée de l'une et de l'autre. Par 
la même raison son opération n'était 
ni divine ni humaine; elle ne, pouvait 
être nnpelée théandrique q\xe dans ua 
sens abusif et erroné. 

Ce n'est pas ainsi que l'avaient 
entendu les Pères de l'Eglise. Saint 
Athanase, pour donner une notion 
juste des actions du Sauveur, cj/nit 
pour exemple la guérison de l'aveu- 
gle-né et la résurrection de Lazare ; 
la salive que Jésus-Cluist lit sortir de 
sa bouche, et de laquelle il frotta les 
yeux de l'aveugle, était une .jpèra- 
tion humaine ; le miracle de la vue 
rendue à cet homme était une opé- 
ration divine : de même, en ressus- 
citant Lazare, il l'appela d'une voix 
forte en tant qu'homme, et il lui ren- 
dit la vie en tant que Dieu. 

Le nom et le dogme des opérations 
théandriques furent examinés avec 
soin au concile de Lat^an, tenu l'aa 
649 à l'occasion de l'erreur des mo- 
nothélites, qui n'admettaient en Jé- 
sus-Christ qu'une seule volonté. Le 
pape Martin l", qui y présidait, ex- 
pliqua nettement le sens dans lequel 
les Pères grecs avaient employé le 
mot théandrique, sens fort dilférent 
de celui qu'y donnaient les mono- 
physites et les monothélites; consé- 
quemment l'erreur de ces derniers 
fut condamnée. Mais l'abus qu'ils 
avaient fait d'un terme n'a pas dû 
empêcher les théologiens de s'en ser- 
vir dès qu"il est susceptible d'un sens 
très-orthodoxe. CbuGit:a. 



TIIE 



87 



THE 



THÉAMnnOPIE, erreur de ceux 
qui aUribupnl à Dieu des qualités 
humaines; c'p.taitropiniondes païens. 
Non-seulement plusieurs étaient per- 
suadés que les dieux n'étaient autre 
chose que les premiers hommes qui 
avaient vécu sur la terre et dont les 
âmes avaient été transportées au ciel, 
mais ceux mêmes qui les prenaient 
pour des esprits, pour des génies 
d'une nature supérieure à celle des 
hommes, ne laissaient pas de leur 
prêter tous les besoins, les passions 
et les vices de l'humanité. Les doc- 
teurs chrétiens n'ont pas eu tort de 
leur reprocher que la plupart de 
leurs dieux étaient des personnages 
plus vicieux et pluî méprisables que 
les hommes, que Platon méritait 
mieux d'avoir des autels que Jupiter. 

Pour décréditer toute espèce de 
relicfion et de notion de la Divinité, 
les incrédules nous reprochent d'imi- 
ter le ridicule des païens. Ils disent 
que supposer en Dieu l'intelligence, 
des connaissances, des volontés, des 
desseins, lui attribuer la sagesse, la 
bonté, la justice, etc., c'est le revêtir 
de qualités et de facultés humaines, 
c'est faire de Dieu un homme un peu 
plus parfait que nous. D'ailleurs nos 
livres saints lui prêtent les passions 
de l'humanité, l'iira'-''Lr. la. haine, la 
colère, la vengeance, la jclriio. 
l'oubli, le repentir; en quoi ces no- 
tions sont-elles dilférentes de celles 
des païens? 

Nous soutenons que la différence 
est entière et palpable. En effet, nous 
commençons par démontrer que Dieu 
est l'Etre nécessaire, existant de soi- 
même, qui n'a point de cause ni de 
principe, puisqu'il est lui-même la 
cause et le principe de tous les êtres, 
qu'il ne peut donc être borné dans 
aucun de ses attributs, puisque rien 
n'est borné sans cause. Il est donc 
éternel, immense, inlini, souveraine- 
ment heureux et parfait dans tous 
les sens et à tous égards, exempt d* 
besoin et de faiblesse, à plus forte rai- 
son de vices et de passions. L'homme, 
au contraire, être créé, dépendant, 
qui n'a rien de son propre fonds, 
puisqu'il a tout reçu de Dieu, ne pos- 
sède que des qualités et des facultés 
très-imparfaites, parce que Dieu a 



été le maître de les lui accorder en 
tel degré qu'il lui a plu. Il est donc 
évident que Dieu est non-seule- 
ment un Etre inliniment supérieur à 
l'homme, mais un Etre d'une nature 
absolument différente de celle de 
l'homme. D'où il s'ensuit que quand 
l'Ecriture sainte nous dit que Dieu a 
fait l'homme à son image, elle veut 
nous .'aire entendre que Dieu lui a 
donné des facultés qui ont une espèce 
d'analogie avec les perfections qu'il a 
de lui-même et de son propre tonds, 
et dans un degré inlini. Voy. Anturo- 

POLOGIE, AnTUROPOI'ATHIE. 

Mais comme notre esprit borné ne 
peut concevoir d'inlini, et comme 
nous ne pouvons pas créer un langage 
exprès pour désigner les perfections 
divines, nous sommes forcés de nous 
servir des mêmes termes pour les ex- 
primer et pour nommer les qualités 
de l'homme; il n'y a là aucun danger 
d'erreur, dès que nous avons donné 
de Dieu l'idée à' Etre ncccssaire ; idée 
sublime, qui le caractérise et le dis- 
tingue éminemment de toutes les 
créatures. 

Cela ne suffit point, répliquent les 
incrédules; les païens ont pu se ser- 
vir du même expédient pour excuser 
les turpitudes qu'ils attribuaient à 
leurs dieux. Si le peuple n'a pas 
poussé la sagacité jusque-là, du moins 
les sages et les philosophes ne s'y 
sont pas trompés; ils ont rejeté les 
fables forgées par les poètes et crues 
par le peuple. Mais chez les juifs et 
chez les chrétiens le peuple n'est pas 
moins grossier ni moins stupide que 
chez les païens; il a toujours pris à 
la lettre le langage de ses livres, ja- 
mais il n'a été capable de se former 
de la Divinité une notion spirituelle, 
métaphysique, dilférente de celle 
qu'il a de sa propre nature ; l'erreur 
est donc la même partout. 

Il n'en est rien, l" Nous défions les 
incrédules de citer un seul philoso- 
phe qui ait désigné Dieu sous la no- 
lion d'Etre, nécessaire, existant de 
soi-même (1), et qui en ait tiré les 

(1) C'est nuo choie di'-plorable d-i voir l'avooat 
d'une bofioe oartse ne jeter dans de telles exHi^érit- 
tiotis et la défiMiiIro si mal. L'idée de l'tHre iiécei- 
«aire respire part'Mit dans PIntnn «»f .'-A.im ilan^ 
▲nitote; eu» deux ^biloaupliuâ Lt l.ot dnittiu» u 



THE 



38 



THE 



conséquences qui s'ensuivent évidem- 
ment; ils ne le pouvaient pas, dès 
qu'ils supposaientia matière éternelle 
comme Dieu; conséquemraent aucun 
n'a reconnu en Dieu le pouvoir créa- 
teur, ils ont cru Dieu soumis aux 
lois du destin et gêné dans ses opé- 
rations par les défauts irréformables 
de la matière. Ils n'ont donc attribué 
à Dieu qu'une puissance très-bornée; 
ils ne l'ont supposé ni libre ni indé- 
pendant ; cette erreur en a entraîné 
une iniinité d'autres. Yoy. Création. 

2o Aucun philosophe n'a reconnu 
expressément en Dieu la prescience 
ou la connaissance des futurs contin- 
gents (1) ; ils n'ont pas même com- 
pris qu'elle pût s'accorder avec la 
liberté des créatures. Par la même 
raison, ils lui ont refusé la provi- 
dence; loin de penser que Dieu s'oc- 
riipr" à couverner le monde, ils ont 
jugé qu'il n'a pas seulement pris la 
p -une de le faire tel qu'il est. 

Suivant leur opinion, ce double 
soin aurait troublé son repos et son 
bonheur. Il s'en est déchargé sur des 
esprits subalternes qui étaient sortis 
de lui ; ainsi les défauts de l'univers 
sont venus, soit des imperlections de 
la matière, soit de l'impuissance ou 
de rincapacilé de ces ouvriers mal- 
habiles. Voilà la théanthropie. Or, 
comme l'a très-bien observé Cicéron, 
un Dieu sans providence est nul, il 
n'existe pas pour nous. De là les 
païens n'ont reconnu pour dieux que 
ces génies secondaires, fabricateurs 
et gouverneurs du monde. Comment 
auriiit-on pu leur attribuer d'autres 
qualités ou d'autres facultés que celles 
de l'homme ? 



eopQoWeDt si bion qu'ils rejetteot celle de snccMstOD 
et lie tempg dans soa éternité comme ne ponvaot 
s'ni'corder avec elle. Si, d'ailleurs tous lisez les 
^li.l.iS'plies de l'extrême Orient, de l'Iode et de la 
Prn», Lao-Tseï], Manou, Zoroastre, les Védas, le 
Al'tliabarata. etc., vous retronrez partout, comme 
dt-MiioaiioD la plus commune de Dien, Vétre exiS' 
tnnt pnr Itti'tnème ; presaxe tons les mois qui 
■0'n;iieiit Di n, o'uut pas d autre aigaificatiou que 
ceii -ià. 

La Noir. 
(i) Cela n'ost Trai que d'Aristote; et encore 
A>'iatott^ eat-il sur ee point très obsciir. Mais cela 
e<' .ibsolament faux de PUtnn et de tous les philo- 
sophes de rtnde. Non^ ne p nvons relerer toutes 
lus a89«Ttiou8 ioexacles de bifrifier contre les pbi- 
loFopbes ; il t-ntùt q<ie le lecteur soit averti par 
^ifelquea Dotes comme cellcs-ei. Li Nouu 



3" Quand les philosophes auraient 
eu des idées plus saines de la Divi- 
nité, elles n'auraient été d'aucune 
utilité pour le peuple ; ces préten- 
dus sages étaient d'avis que la vérité 
n'est pas faite pour le peuple, qu'il 
est incapable de la comprendre et de 
s'y attacher, qu'il lui faut des fables 
pour le subjuguer et le retenir dans 
le devoir. C'est pour cela qu'ils ont 
décidé qu'il ne fallait pas toucher à 
la religion populaire, dès qu'elle 
était établie par les lois. Ainsi, en 
rejetant les fables pour eux-mêmes, 
ils leur ont donné pour le peuple 
une sanction inviolabe ; telle était 
l'opinion de l'académicien Cotta, rap- 
portée par Cicéron, de Nat. Deor., 
lib. 3. n. 4. 

Ce n'e=l point ainsi qu'ont ensei- 
gné les dépositaires de la révélation ; 
la première vérité q:i ■ Moïse pro- 
fesse au commencement .le ses livres , 
est que Dieu a créé le ciil et la terre, 
qu'il opère par le seul pouvoir, qu'il 
a tout fait par une parole, avec sa- 
gesse, avec intelligence et avec une 
souveraine liberté. Non-seulement il 
nous apprend que Dieu est le seul 
auteur de l'ordre physique de la na- 
ture et qu'il le conserve tel qu'il est, 
mais qu'il y déroge quand il lui plaît, 
comme il l'a fait par le déluge uni- 
versel. Il nous fait remarquer la pro- 
vidence divine dans l'ordre moral, 
en rapportant la manière dont Dieu 
a puni la faute d'Adam, le crime de 
Cain, les désordres des premiers 
hommes, et dont il a récompensé 
Enos, Noé, Abraham ; toute l'histoire 
des patriarches est une attestation de 
cette grande vérité. 

Cette doctrine n'est ni un secret ni 
un mystère renfermé dans l'enceinte 
d'une école et réservé à des disciples 
afiidés. Moïse parle pour le peuple 
aussi bien que poiu" les prêtres et 
pour les savants, il adresse ses le- 
çims à sa nation tout entière. Ecoute 
Israël. Dieu lui-même, du sommet 
de Sinaï, publie ses lois à tous les 
Hébreux rassemblés, avec l'appareil 
le plus capable de leur inspirer le 
respect et la soumission. De même 
que les patriar lies ont été fidèles k 
transmettre à leur famille les vérités 
essentielles delà révélation primitive, 



TUE 



39 



TllE 



ainsi Dieu ordonne aux Israélites 
d'enseigner soigneusement à leurs en- 
fants ce qu'ils ont appris eux-mêmes. 
Chezles pnïens il n'y eut jamais d'au- 
tres catéchismes que les fables; chez 
les adorateurs du vrai Dieu, l'histoire 
sainte, soit écrite, soit transmise de 
vive voix, fut la leçon élémentake 
df, toutes les générations qui voulu- 
ii';u y prêter l'oreille. Il leur a donc 
été impossible de donner dans la 
théanthropie des païens, à moins 
qu'i'lle n'ait voulu s'aveugler de pro- 
pos délibéré. 

Lorsque nos adversaires disent que 
chez les Juifs et chez les chrétiens 
le peuple est encore ausssi grossier 
et aussi stupide que chez les païens, 
ils ne font voir que de la malignité. 
Le chrétien le plus ignorant a reçu 
pour première instruction dans l'en- 
fance que Dieu est un pur esprit, 
qu'il est partout, qu'il connaît tout, 
et que de rien il a fait toutes' choses. 

BSBGIER. 

THÉATINS, ordre religieux, ou 
congrégation de prêtres réguliers, 
institué à Rome l'an 1524. Leur prin- 
cipal fondateur fut Jean-Pierre Ca- 
ralfa, archevêque de Théato, aujour- 
d'hui Chieti dans le ro3'aume de 
Naples, qui fut dans la suite élevé au 
souverain pontilicat, sous le nom de 
Paul IV. Il fut secondé dans cette 
entreprise par Gaétan de Thienne, 
genlilhomme, né à Vicence en Lom- 
bardie, que ses vertus ont fait mettre 
au rang des saints, par Panl Consi- 
gliari et Boniface Colle, nobles Mila- 
nais. Leurs premières constitutions 
furent dressées par le même Pierre 
CaralTa, premier supérieur général 
de celte congrégation ; elles ont été 
augmentées dans la suite par les cha- 
pitres généraux, ut approuvées par 
Clément VIII en 1608. 

Plusieurs auteurs ont écrit que les 
théatins faisaient vœu de ne possé- 
der ni terres ni revenus, même en 
commun, de ne point mendier, mais 
le subsister uniquement des libôra- 
itès des personnes pieuses : la vérité 
ist qu'ilf ne possédèient rien pen- 
dant le premier siècle de leur insti- 
•ut, mais leurs cunstiLutidiis disent 
jue ce lut voluulairemeut et sans 



avoir contraclé aucun engagement ii 
ce sujet, et il est prouvé par les faits 
que ces religieux ont toujours mott- 
tré. beaucoup de désintéressemeat 
dans tous les lieux où ils se sont éta- 
blis. Leur habit est une soutane et 
un manteau noir , avec des bas 
blancs; c'était l'habit ordin.iire des 
ecclésiastiques daus le temps que leur 
ordre a commencé. 

L'objet qu'ils se sont proposé a été 
d'instruire le peuple, d'ajsisler les 
malades, de couibailre les erreurs 
dans la foi, d'excibr l?s la'iques i la 
piété, de faire 'cvivre dans le clergé, 
par leur exempb', I esprit de désinté- 
ressement et de ferveur, l'étude de 
la religion et le respect pour les 
choses saintes ; c est à quoi ils oat 
travaillé constamment et avec cou- 
rage. Aussi cel oi'i.ie a donné à l'E- 
glise un granil numbre d'évêques, 
plusieurs cardinaux et plusieurs per- 
sonnages recomnuiudables par leur 
sainteté aussi bien qu ■ par leurs 
talents. Dès le second siècle de leur 
institut, ils ont eu des inissionuaires 
dans l'Arménie, la Miugrélie, la 
Géorgie, la Perse et l'Arabie, dans 
les iles de Rornéo et de Sumatra, et 
ailleurs. Plusieurs prêtres indiens oot 
été depuis peu reçus à la prolessiott 
chez les ihcatins de fioa, et formeat 
une congrégation de missionnaires. 

Le cardinal Mazarin lil venir ces 
religieux en France en l(!ii-, et leur 
acheta la maison qu'ils possèdent vis- 
à-vis les galeries du Louvre. Il leur 
légua par son testament une somma 
de cent mille écus pour bâtir leur 
église, qui a été achevée parles soins 
de M. Boyer, un de leurs confrères, 
lequel devint évêque de Mircpoix, 
ensuite précepteur de M. le dauphin, 
et administrateur de la feuille des 
bénéûces. i.esthéattnsn'onicn Franco 
que la seule maison de Paris, mais 
ils se sont étendus ailleurs. Ils oat 
actuellement quatre provinces en 
Italie, une en Allemagne, une en 
Espagne, deux maisons en i'ologne, 
une en Portugal etune à Goa. Ilélyot, 
Ilist. des Ordres monnst., t. 4, p. 7; 
Vies iks l'èrcs et desMartijrs, t. 7, 
p. 196, etc. 

Bërgiisr. 



THE 



40 



TIIE 



THÉATINES, ordres de religieuses 
qui sont sous la direclion des théa- 
tms,' Elles forment deux congréga- 
tions qui ont eu pour fondatrice la 
vénérable Ursule Bénincaza, morte 
en odeur de sainteté en 1518. Les re- 
ligieuses de la première ne font que 
des vœux simples, elles furent insti- 
tuées à Naples en 1683 ; elles sont 
appelées théatines de la congrégation. 
Les autres, nommées théatines de 
l'ermitage, font des vœux solennels, 
se consacrent à une vie austère et à 
une solitude continuelle, à la prière 
et aux autres exercices de la vie 
religieuse. Leurtemporel est adminis- 
tré par celles de la première congré- 
gation; aussi leurs maisons se tou- 
chent, et la communication est 
établie entre elles par une salle 
intermédiaire. Leurs constitutions 
furent dressées par la fondatrice et 
confirmées par Grégoire XV. Helyot, 
ibid. 

Bergier. 

THÉISME, système de ceux qui 
admettent l'existence de Dieu, c'est 
l'opposé de l'athéisme. Comme nous 
appelons déistes ceux qui font pro- 
fession d'admettre un Dieu et une 
prétendue religion naturelle, et qui 
rejettent toute révélation, et qu'il est 
démontré que leur système conduit 
directement à l'athéisme, ils ont pré- 
féré de se nommer théistes, espérant 
sans doute qu'un nom dérivé du grec 
serait plus honorable et les rendrait 
moins odieux qu'un nom tiré du la- 
tin (1) : au mot Déisme, nous avons 
démasqué leur hypocrisie. 

Il n'est pas fort difficile de prou- 
Ter que le théisme est préférable à 
tons égards à l'athéisme ; qu'il est 
beaucoup plus avantageux pour les 
sociétés, pour les princes, pour les 
particuliers, de croire un Dieu que de 
n'en admettre aucun ; il faut pous- 
ser l'entêtement de l'impiété jus- 
qu'au dernier période pour contester 
une vérité aussi palpable. 



(1) Le mot déisme implique, pour nous, le 
théisme, m&is avec négatiou de la révélatiou sur- 
Dâturelle, taodis que le mot théisme n'implique 
^oiat celte u^gatioa ; par exemple, Féneloo, p>>ur 
lou, eat uo graud théiata et Voltaire ett un déiste. 

La .No.a. 



1° Les raisonneurs de cotte e.'^pècf 
qui ont répété cent fois que le dicta 
men de la raison, le désir de la gloir 
et d'une bonne réputation, la craintf 
des peines infligées par les loiî ci 
viles, sont trois motifs suffisants poui 
réprimer les passions des hommes 
pour régler les mœurs publiques 
pour maintenir l'ordre et la paix de 
la société, en ont imposé grossière- 
ment. Au mot Athéisme, nous avons 
fait voir l'insuffisance ou plutôt 1? 
nullité de ces motifs à l'égard de la 
plupart des hommes. Un très-grand 
nombre sont nés avec des passion? 
fougueuses, qui souvent étoulfent en 
eux les lumières de la raison; d'autre? 
ne font aucun cas de l'estime de 
leurs semblables, et cette estime ne 
peut quelquefois s'acquérir qu'aux 
dépens de la vertu ; les lois civiles 
ne peuvent punir que les crimes 'pu- 
blics, et souvent il se trouve des scé- 
lérats assez habiles pour couvrir 
leurs forfaits d'un voile impénétrable. 
L'expérience confirme ici la théorie ; 
on n'a jamais vu une société formée 
par des athées, et on n'en verra ja- 
mais. Dans tout l'univers et dans 
tous les siècles, l'ordre social a tou- 
jours été fondé sur la croyance d'une 
Divinité ; aucun législateur n'a cru 
pouvoir réussir autrement : que 
prouvent les spéculations et les con- 
jectures contre un fait aussi ancien 
et aussi étendu que le genre humain? 
Quand on pourrait citer l'exemple 
de quelques athées reconnus pour 
bons citoyens, il ne prouverait rien ; 
ces hommes singuliers vivaient au 
milieu d'une société cimentée par la 
religion, ils étaient forcés d'en suivre 
les mœurs et les lois, et de contre- 
dire continuellement leurs principes 
par leur conduite. 

Quand il serait vrai que la crainte 
d'un Dieu vengeur et le frein de la 
religion ne sont pas absolument né- 
cessaires pour enchaîner les hommes 
à la règle des mœurs, on ne peut pas 
nier du moins que ce lien ne soit 
utile et qu'il ne soit le plus puissant 
de tous sur le très-grand nombre 
des individus; il y aurait donc encore 
de la démence à vouloir le rompre. 
Au lieu de retrancher aucun des 
motifs capables de porter l'homme à 



TnE 



41 



Tim 



la vertu, il faudrait en imaginer de 
nouveaux, s'il était possible. 

2" Les princes, les chefs de la so- 
ciété, ont plus d'intérêt que personne 
à maintenir parmi leurs sujets la 
croyance d'une Divinité suprême qui 
impose des lois, qui veut l'ordre so- 
cial, qui récompense la vertu et pu- 
nit le crime; les athées mêmes en sont 
si convaincus, qu'ils disent que cette 
croyance est l'ouvrage despolitiques, 
et qu'ils ont voulu par là rendre sa- 
crée l'obéissance due aux souverains; 
que les rois se sont lieaés avec les 
prêtres, parce qu'il était de leur in- 
térêt mutuel de mettre les peuples 
%ous le joug de la religion, afin de 
ies rendre plus souples et plus do- 
ciles, etc. 

Mais il est évident qu'il n'importe 
pas moins aux peuples d'avoir pour 
chefs et pour souverains des hommes 
religieux et craignant Dieu ; sans ce 
frein salutaire, les souverains ne 
voudraient dominer que par la force, 
et pour être plus absolus, ils travail- 
leraient sans cesse à rendre les peuples 
esclaves ; ils les regarderaient comme 
xm troupeau de brutes qui ne peut 
être conduit que par la crainte. 

3" Il n'est pas moins évident que 
l'homme, exposé à tant de maux et 
de soulfrances en ce monde, a besoin 
de consolation, et que pour la plupart 
il n'en est point d'autre que la 
croyance d'un Dieu juste, rémunéra- 
teur de la patience et de la vertu. 
Sans l'espérance d'une vie future et 
d'un meilleur avenir, où en seraient 
réduits le pauvre souffrant et privé 
de secours, l'homme vertueux ca- 
lomnié etpersécuté par les méchants, 
le bon citoyen puni pour n'avoir 
pas voulu trahir son devoir, etc. ? 
il n'y aurait point de ressource pour 
eux qu'un sombre désespoir. La mort, 
ce moment si terrible, que la nature 
n'envisage qu'avec effroi, est pour 
l'homme juste et religieux le com- 
mencement du bonheur aussi bien 
que la lin de ses peines. Qu'espère 
alors un athée? un anéantissement 
absolu ; mais il n'en est pas certain, 
et le jimple doute pour lors est la 
plus cruelle de toutes les inquiétudes. 
S'il s'est trompé, qu'a-t-il gagné? 
Rien, puisque le passé n'est plus ; 



et il ne lui reste pour l'avenir qu'un 
souverain malheur. Quand le juste 
serait trompé dans son espérance, il 
n'a rien perdu, puisqu'il n'a pas tenu 
à lui d'être heureux. Cela jous fait 
comprendre que si l'athéisme peut 
être le partage de quelques heureux 
insensés, le théisme ou la religion 
doit être celui du très-grand nombre 
des hommes, puisque ce très-grand 
nombre ne peut jouir du bonheur en 
cette vie. Voy. Religion, § iv. 

Mais y a-t-il du bon sens à vouloir 
s'en tenir au simple théisme? Autre 
question. Si nous consultons les 
athées, cela est impossible, et ils le 
prouvent. 1 " La Divinité, disent-ils, 
n'existant que dans l'imagination 
d'un théiste, celte idée prendra né- 
cessairement la teinte de son carac- 
tère ; Dieu lui paraîtra bon ou mé- 
chant, juste ou injuste, sage ou bi- 
zarre, selon qu'il sera lui-même gai 
ou triste, heureux ou malheureux, 
raisonnable ou fanatique; sa préten- 
due religion doit donc bientêt dé- 
générer en fanatisme et en supersti- 
tion. 2° Le théisme ne peut man- 
quer de se corrompre ; de là sont 
nées les sectes insensées dont le 
genre humain s'est infecté. La reli- 
gion d'Abraham était le pur thrisme; 
il fut corrompu par Moïse; Socrate 
fut théiste^ Platon son disciple mêle 
aux idées de son maître celles des 
Egyptiens et des Chaldéens, et les 
nouveaux platoniciens furent de vrais 
fanatiques. Bien des gens ont regardé 
Jésus comme un [simple théiste, mais 
les docteurs chrétiens ont ajouté 5 sa 
doctrine les superstitions judaïques 
et le platonisme. Mahomet, en com- 
battant le polythéisme des Arabes, 
voulut les ramener au théisme d'A- 
braham et d'Ismaël, et le mahomé- 
tisme s'est divisé en soixante-douze 
sectes. 3° Les ^/léisîes n'ont jamais été 
d'accord entre eux ; les uns n'ont ad- 
mis un Dieu que pour fabriquer l9 
monde, ils l'ont déchargé du soin de 
le gouverner ; les autres l'ont supposé 
gouverneur, législateur, rémunéra- 
teur et vengeur. Entre ceux-ci, les 
uns ont admis une vie Tuture, les 
autres l'ont niée. Plusieurs ont voulu 
qu'on rendit à Dieu tel culte parti- 
culier, d'autres ont laissé ce culte 4 



THE 



42 



THE 



la discrétion de chaque individu. A 
force de raisonnei" sur la nature de 
Dieu, il a lallu peu à peu souscrire à 
tontes let rêveries des théologiens. 
11 a donc été impossible de fixer jamais 
la ligne de démarcation entre le 
théisme et la superstition. 4" Il est 
évident que le théisme doit être sujet 
à autant de schismes et d'hérésies 
que toute autre religion, qu'il peut 
inspirer les mêmes passions et la 
même intolérance. A l'exemple des 
protestants qui, en rejetant la reli- 
gion romaine, n'ont trouvé aucun 
point fixe pour s'arrêter, n'ont formé 
qu'un tissu d'inconséquences, ont 
vu multiplier les sectes et sont deve- 
nus intolérants ; les déistes, avec 
leur prétendue religion naturelle, ne 
savent ce qu'ils doivent croire ou ne 
pas croire. Ainsi, en fait de religion, 
tout ou rien, si Ion v(='ut raisonner 
conséquemment. Système de iaJ^a^are, 
t. 2, chap, 7, p. 21G et suiv. 

Ce devrait être aux déistes de ré- 
pondre à ces objections, mais ils 
savent mieux attaquer que se dé- 
fendre ; aucun n'a j>ris la peine de 
réfuter les athées, parce qu'en géné- 
ra! ils sont beaucoup moins ennemis 
de l'athéisme que de la religion. 

Pour nous, iesargumentsdesathées 
ne nous embarrassent pas beaucoup. 
l°Ils prouvent ce que nous soutenons; 
savoir, qu'il n'y eut jamais et qu'il 
ne peut point y avoir sur la terre de 
religi 'in véritable que la religion ré- 
véléi. ; que, sans la révélation, aucun 
homme n'aurait eu de Dieu une idée 
juste et vraie; que si l'on ferme une 
fois les yeux à cette lumière, chaque 
peuple, chaque particulier se fera in- 
failliblement de la Divinité une no- 
tion conforme à son propre caractère, 
à ses mœurs, à ses passions. L'ex- 
périence n'a que trop confirmé celte 
vérité ; à la réserve des patriarches 
«t des Juifs leurs descendants, toutes 
les nations de la terre ont été poly- 
théistes et idolâtres, et ont attribué à 
leurs dieux les vices de l'humanité. 
Pour prévenir cet égarement. Dieu 
s'était révélé à nos premiers parents, 
il leur avait fait connaître ce qu'il est, 
ce qu'il a fait, ce qu'il exigeait d'eux, 
le culte qu'ils devaient lui rendre. Si 
ces notions se sont effacées chez la 



plupart des anciennes peuplades, ce 
n'est pas la faute de Dieu, mais celte 
des hommes, ce sont leurs passions 
qui les ont égarés. Voyez Paganisme, 
§2; Rkvklation, etc. 

2° 11 n'est donc pas vrai que la 
religion d'Abraham ait été le pur 
théisme ; les notions qu'il a eues de 
Dieu et de son culte ne lui sont point 
venues naturellement, mais par une 
révélation expresse ; il a cru à Dieu, 
dit saint Paul, et sa foi l'a rmdu 
juste. Il ne l'est pas non plus que 
Moïse ait corrompu le théisme d'A- 
braham ; il n'a point fait connaître 
aux Hébreux d'autre dieu que celui 
de leurs pères. Mais Dieu l'instruisit 
de vive voix, il lui dicta les lois qu'il 
fallait prescrire à cette nation, la re- 
ligion qu'il lui donna éiait pure et 
sage, conforme au caractère de ce 
peuple, au temps, au lieu, aux cir. 
constances dans lesquelles il se trou- 
vait ; nous l'avons fait voir au mot 
Judaïsme. Il est con.^tant que Socrate 
fut polythéiste aussi bien que Platon ; 
ils adoi'èrent l'un et l'autre les dieux 
d'Athènes, et ils décidèrent qu'il 
fallait s'en tenir à la religion établie 
par les lois. C'est abuser des termes 
que de confondre le théisme avec le 
polythéisme. Un plus grand abus 
encore est d'appeler théisme la reli- 
gion de Jésus-Christ ; ce divin Maître 
s'e:5t dit envoyé du ciel pour en- 
seigner le culte de Dieu en esprit et 
en vérité ; il nous a fait connaître 
dans la divinité le Père, le Fils et le 
Saint-Esprit, le mystère de l'incar- 
nation et de la rédemption du genre 
humain, etc. Les athées se vante- 
ront-ils de mieux savoir que les 
.ipôtres la vraie doctrine de Jésus- 
t^hrist ? Enfin, il s'en faut beaucoup 
que Mahomet ait été un vrai théiste ; 
il n'a eu de Dieu que des idées très- 
grossières et très-fausses, encore les 
avait-il empruntées des Juifs et de 
quelques hérétiques. Voyez Mahomé- 

TISME. 

3" Quant à la divcrnlé de senti- 
ments qui a toujours régné et qui 
règne encore parmi les déistes, aux 
schismes, aux hérésies, aux disputes, 
à l'intolérance que l'on peut leur re- 
procher, c'est leur affaire de se jus- 
tifier, ro'is n'y prenons -irrnn in- 



THE 



43 



r-' f r T T 



térêt. Nous avouons cependant qu'ils 
peuvent user de récrimination contre 
les athées. En effet, l'on ne voit pas 
parmi ces derniers un concert beau- 
coup plus [variait que chez les déistes : 
les unscroient le monde éternel, les 
autres disent qu'il s'est fait par 
hasard ; quelques-uns pensent que la 
matièi e est homogène, les autres 
qu'elle est hétérogène; en fait de 
lois, de coutumes, de mœurs, les uns 
blâment ce que les antres approuvent. 
Le fiel, la malignité, l'emporte- 
ment, la haine qu'ils montrent dans 
leurs écrits, prouvent assez qu'ils ne 
sont pas fort tolérants; lorsqu'ils 
poussent la démence jusqu'à dire 
qu'il faut, à quelque prix que ce soit, 
bannir de l'univers la funeste notion 
de Dien, ils nous font comprendre ce 
«nie nous aurions à craindre d'eux, 
s ils étaient en assez grand nombre 
pour nous faire la loi. 
4» A notre tour nous disons aux 

Êrotestants et aux autres hérétiques : 
n fait de religion révélée, tout ou 
rien ; tout ce que Dieu a enseigné, 
soit par écrit, soit autrement, ou 
incrédulité absolue ; point de milieu, 
si l'on ne veut pas déraisonner. Cet 
axiome est prouvé non-seulement par 
la multitude de sectes insensées nées 
un protestantisme, mais par le nom- 
bre de ceux qui, en partant de ces 
principes, sont tombés dans le déisme 
et dans l'irréliî^ion. Voy. Errecr, 

PaOTESTANTlSME, elc. 

Behgier. 

THEINER (Augustin) {Théol. hist. 
biog. etbUAifii] ) — Ce lbéi)liic;-icii al- 
lemand, né à Dreslau en 1804, em- 
brassa d'abord les idées de son frère 
aine Jean Tlmner, né en 1799 et mort 
en 1860, laissant un assez grand 
nombre d'ouvrages écrits pour l'é- 
mancipation du clergé et contre l'ul- 
tramontanisme. Ce fut conformément 
à ces idées qu'il publia avec lui son 
premier ouvrage du Célibat des prêtres 
et de ses conséquences. Sa thèse de 
docteur lui valut en 1829 un subside 
du gouvernement prussien pour 
voyagei en Autriche, en Angleterre 
et en France. En 1831, il alla à Rome, 
méditant des doutes sur sa manière 
de penser, entra au collège des jé- 



suites, se fit prêtre de l'oratoire d€ 
Rome et fut nommé conservateur 
adjoint dos archives secrètes du Saint- 
Siège. Depuis cette époque , il a 
publié beaucoup d'ouvrages dans le 
sens ultramontain ; on peut citer : 

Recherches surplaiiieiirs publications 
in^'h't'^a (h^ lUcTiltalcs du monfn âge, 
Pans looi ; lUn-j'.rc du ii'ii.ii,iait di 
Clément XIV; il le justifie de son 
décret d'abolition de la société de 
Jésus, Lfipsick etParis, 1833, '2 vol.. 
Histoire des établissements d'éducation 
ecclrsiastique , Mayence, 1835 ; Étal 
de iéçjlise catholique en Silésie de 1 740 
à 1758, 1852, 2 vol. ; démentis XIV 
epislolsect brevia, Paris 18.')2; etc. 

Le P. Thciner est toujours . biblio- 
thécaire des archives du Vatican. 
Le Noir. 

THÉOCATAGNOSTES. C'est le nom 
que saint Jean Damascène a donné 
à des hérétiques, ou plutôt à des 
blasphémateurs qui blàmaiont des 
paroles ou des actions de Dieu, et 
plusieurs choses rapportées dans 
l'Ecriture sainte; ce pouvaient être 
quelques restes de manichéens; leur 
nom est formé du grec Osà^, ïtieu, et 
xaîïvivwTxu, je juge, je condamne. 

Quelques auteurs ont placé ces mé- 
créants dans le septième siècle; mais 
saint Jean Damascène. lesenl qui en 
ait parlé, ne dit rien du temps au- 
quel ils parnrent. D'ailleurs, dans 
son Traité des hérésies, il appelle 
souvent hérétiques des hnmmo? im- 
pies et pervers, tek i|;i( '.on ci\ ;i «u 
dans tous les loinps et (]iii n'ont 
formé aucune secte. Jamais ils n'ont 
été en plus grand nombre que parmi 
les incrédules de notre sièrle; s'ils 
étaient moins ignorants, ils rougi- 
raient peut-être de répéter les ob- 
jections de Celse, de Julien, de 
Poriihyre, des raarcionltes, des ma- 
nichéens et de quelques autres héré- 
tiques. 

Bergier. 

TUÉOCRATIE, gouvernement dans 
lequel Dieu est censé seul souverain 
et seul législateur. 

Il y a des écrivains qui ont pré- 
tendu que, dans l'origine, toutes les 
nations qui ont commencé à se po- 



THE 



U 



TUE 



lîcer ont été sous le gouvernement 
tfiéocratique; que les Egyptiens, les 
Syriens, les Clialdéens, les Perses, 
les Indiens, les Japonais, les Grecs 
et les Romains, ont commencé par 
ce gouvernement, parce que chez ces 
ditïérents peuples les prêtres ont eu 
grande part à l'autorité ; mais il nous 
parait que ces auteurs n'ont pas vu 
la vraie raison de ce phénomène po- 
litique, et qu'ils ont confondu des 
choses qu'il aurait fallu distinguer. 
On ne peut pas douter que le gou- 
•vernement paternel ne soit le plus 
ancien de tous : quelle autre autorité 
pouvait-il y avoir lorsque les familles 
étaient encore isolées et nomades ? 
Comme le père était en même temps 
le ministre de la religion, le sacer- 
doce et le pouvoir civil se trouvèrent 
naturellement réunis. Lorsque plu- 
sieurs familles se rassemblèrent dans 
une ville ou dans un même canton, 
et s'associèrent pour se rendre plus 
forjfs, il leur fallut un chef (1), et 
sou jiournir fut réglé sur le modèle 
de celui qu avcicrt exercé auparavant 
les pères de famille ; ainsi la puis- 
sance civile et l'autorité religieuse 
continuèrent d'être entre les mains 
du même chef. C'est ainsi que l'E- 
criture sainte nous représente Mel- 
chisédech et Jéthro, que Virgile nous 
peint Anius, et Diodore de Sicile les 
premiers rois. Lorsqu'une nation de- 
vint plus nombreuse, les fonctions de 
la royauté et celles du sacerdoce se 
multiplièrent ; on sentit la nécessité 
•de les séparer. La principale affaire 
du roi fut de rendre la justice civile 
et de marcher à la tête des armées ; 
celle du prêtre fut de présider au 
culte divin. Mais, comme on choisit 
ordinairement pour le sacerdoce les 
anciens, les hommes les mieux ins- 
truits et les plus sages de la nation, 
ils devinrent les conseillers des rois, 
et ils eurent toujours une grande pari 
an gouvernement. Pour concevoir les 
raisons de ces divers états de choses, 



(I) Voilà Bi>rgier qui ta tronve ici obligé, en ro- 
isontRDt i l'origiae de la royauté, de la auppoier le 
réatùat d'an pacte aocial ; car qui jhoiflit ce cbe^ 
si Cri iiB fut la cité ? Pourquoi dooca-t-il crié contre 
ta tli^orie du pacte lociul, daus l'article Roi, daaa 
Vvtjcle SociÂTi, etc. 

1.1 I.'om. 



il est absurde de les attribuer àl'am- 
bitioa, à l'imposture des prêtres, à 
leur affectation de faire intervenir 
l'autorité divine partout ; de même 
que les rois n'exercèrent pas d'abord 
les fonctions da culte religieux en 
vertu de leur autorité civile, ainsi 
les prêtres ne furent point admis à 
partager les fonctions civiles en qua- 
lité de ministres de la religion, mais 
par considération de leur capacité 
personnelle. 

Dans la suite des siècles, les rois, 
trouvant leur attention trop partagée 
entre les soins de la politique et ceux 
de rendre par eux-mêmes la justice 
aux peuples, se sont déchargés de 
cette dernière fonction sur des com- 
pagnies de magistrats. Soupçonne- 
rons-nous ces derniers d'être par- 
venus à partager ainsi l'autorité 
souveraine par ambition, pararlitice, 
par imposture, en séduisant et en 
trompant les peuples et les rois ? non 
sans doute. En consultant le boa 
sens et non la passion, l'on voit que 
la nécessité, l'utilité, la commodité, 
riaiûrêt public bien ou mal conçu, 
ont été les motifs de presque toutes 
les institutions sociales. Mais de 
même que l'on abuserait des termes 
en nommant aristocratique un gou- 
vernement dans lequel un corps de 
magistrature exerce une partie de 
l'autorité du souverain, on n'en abuse 
pas moins en supposant thcocratique 
tout gouvernement dans lequel les 
prêtres ont beaucoup de crédit et 
d'inlluence dans les affjires. 

Posons donc pour principe que la 
vraie théocratie est le gouvernement 
dans lequel Dieu lui-même est immé- 
diatement l'auteur des lois civiles et 
politiques aussi bien que des lois reli- 
gieuses, et daigne encore diriger une 
nation dans les cas auxquels les lois 
n'ont pas pourvu. Suivant cette no- 
tion, l'on ne peut pas disconvenir 
que le gouveruemeul dos Israélites 
n'ait été théocratique. 

Spencer, De Legib. Hebrxor. ritual., 
1. 1, p. 174, a fait une dissertation 
pour le prouver; mais il semble avoir 
oublié la raison principale, qui est 
que la législation ni(j>iiiqut venait 
iininédiaternent de Dii-ii ; il nous pa- 
rait avoir poussé trop loin la couipa- 



THE 



45 



THE 



raison entre la conduite que Dieu a 
tenue à l'égard des Israélites, et celle 
qu'un roi a coutume de tenir à l'égard 
de ses sujets. 

\o II observe très-bien que Dieu 
gouvernait lee Juifs, non-seulement 
par ses lois, mais encore par les ora- 
cles qu'il rendait au grand prêtre, 
et par les juges qu'il établissait lui- 
même; il fallait ajouter encore, par 
les prophètes qu'il suscitait de temps 
en temps, comme il l'avait promis ; 
Dent., c. 18, f 18. Dieu est appelé le 
Roi d'Israël, mais il en est aussi 
nommé le père, le pasteur, le ré- 
dempteur, le sauveur; et tous ces ti- 
tres convenaient également à Dieu ; 
il était donc inutile de remarquer 
que sa royauté à l'égard des Israélites 
avait été formée et cimentée par un 
traité solennel conclu dans toutes les 
formes, par lequel ils s'étaient enga- 
gés à être obéissants et fidèles à Dieu : 
quand il n'y aurait point eu de traité, 
ce peuple n'en aurait pas été moius 
tenu à l'obéissance et à la soumis- 
sion ; ce traité n'était pas encore con- 
clu, lorsque Dieu leur intima ses lois. 
Nous ne pensons pas non plus qu'en 
cela Dieu ait eu aucun égard à la cou- 
tume des autres peuples qui regar- 
daient leurs dieux comme rois, et qui 
adoraient leurs rois morts comme des 
dieux ; aucun de ces dieux prétendus 
n'avait été législateur de la nation 
qui l'adorait, et n'avait fait pour elle 
ce que Dieu faisait pour les Israélites ; 
les folles imaginations des idolâtres 
n'étaient pas un modèle à suivre. 

3° Nous applaudissons à Spencer 
lorsqu'il dit que ce gouvernement pa- 
ternel de Dieu était doux, pacifique, 
avantageux aux Israélites à tous 
égards, et que dans les dilïérentes 
circonstances où ils se trouvèrent, 
surtout dans le désert, il aurait été 
impossible à un homme de les gou- 
verner, puisqu'ils n'y pouvaient sub- 
sister que par miracle. Aussi ne fu- 
rent-ils heureux qu'autant qu'ils 
furent soumis à ce gouvernement 
divin ; toutes les fois qu'ils manquè- 
rent de lidélité à Dieu, ils en furent 
punis par des lléaux, et lorsqu'ils s'a- 
visèrent de vouloir avoir à leur tète 
un roi comme les autres nations, ils 
eurent bientôt sujet de s'en repentir, 



et, comme Spencer le remarque, ce 
changement fatal fut la cause des 
malheurs que les Israélites attirèrent 
sur eux, et enlin de leur vuine en- 
tière. Mais nous ne voyons jias pour- 
quoi il juge qu'à l'élection d'un roi le 
gouvernement </tdo(;)'ah''yuc cessa chez 
cette nation, puisque le code de lois 
que Dieu avait donné continua tou- 
jours d'être suivi. Quelque viiieux, 
quelque impies qu'aient été plusieurs 
de leurs rois, aucun d'eux n'est ac- 
cusé d'avoir voulu l'abroger. Souvent 
ils ont violé les lois religieuses, en se 
livrant à l'idolâtrie et en y entraînant 
les peujiles, mais les lois civiles et 
politiques conservèrent toute leur 
force ; les unes et les autres furent éta- 
blies après la captivité de liabylone. 
Lors(iue Spencer envisage le t.iber- 
nacle comme le palais du roi d'Israël, 
les prêtres comme ses officiers, les 
sacrilices comme sa table, l'arche 
comme son trône, etc., ces compa- 
raisons sont ingénieuses, mais peu 
justes. Dieu ne cessa pas de gouverner 
les Israélites lorsque le temple fut 
détruit par Nabucliodonosor, et que les 
sacrilices furent interrompus. Il dit 
que, sous ce gouvernement théocra- 
tique, l'idolâtrie devait être punie de 
mort, parce que c'était un crime de 
lèse-majesté ; mais, indépendamment 
de la loi positive, l'idolâtrie était un 
attentat contre la loi naturelle; on 
sait de combien d'autres crimes elle 
était la source; elle méritait donc par 
elle-même le plus rigoureux châti- 
ment. La violation publique du sab- 
bat était aussi punie de mort, sans 
être cependant un crime de lèse-ma- 
jesté. Ainsi, quoique la dissertation 
de Spencer sur la théocratie des Juifs 
soit savante et ingénieuse, elle n'est 
certainement pas juste ii tous égards. 
Un de nos philosophes modcrnei 
qui a raisonné de tout au hasard et 
sans réllexion, a voulu faire voir que 
la théocratie est un mauvais gouver- 
nement, puisque sous ce régime il 
s'est commis une inlinité de crimes 
chez les Juifs, et qu'ils ont éprouvé 
une suite presque continuelle de 
malheurs. Mais c'est une étrange ma- 
nière de prouver que des lois sont 
mauvaises, parce qu'elles oiîl été mal 
observées et que îos infracleurs ont 



THE 



i6 



TEI 



'toujours été punis. Dieu n'avait pas 
Jaissé ignorer anx Juifs les maJlieuiTS 
qui ne manqueraient pas de leur ar- 
river lorsqu'ils seraient infidèles à 
ses lois; Moïse les leur avait prédits 
dans le plus grand détail, Diait., 
c. 28, ^ 15 etseq., et ses prédictions 
n'ont été que trop bien accompliies. 
Pour déraoDtrer que le gouvernement 
tAeocraiii/ Me était vicieux en lui-nnÀme, 
il aurait fallu faire voir que les Juifs 
furent mallieureux dans le temps 
niéme auquel ils furent le plus sou- 
mis à leurs lois, c'est ce que notie 
dissertateur n'a eu garde d'entre- 
prendre. Et comme il est ordinaire à 
un philosophe irréligieux de dérai- 
sonner, celui-ci finit sa diatribe en 
disant que la théocratie devrait être 
partout, puisque tout homme, ou 
prince, ou batelier, doit obéir aux 
lois naturelles et étemelles que Dieu 
lui a données: or, ces lois naturelles 
et éternelles sont les premières que 
Dieu avait intimées aux Juifs; elles 
sont daus le code de Moïse à la tête de 
toutes les autres, et toutes les autres 
tendaient à faire observer exactement 
celle-là ; ce code ne pouvait dooie pas 
être mauvais. Voyez Juifs, tj 3. 

UEaaiËB. 

TBÉOCaiTE [TUol. hùt. bieg. et 
biblioy.) — Ce célèbre poète grec, 
auteur d'idylles charmantes que Vir- 
gile a plus qu'imitées dans ses 
Jiglogues , florissait à Syracuse l'an 
182 avant J.-C. Ces petits poèmes, 
écrits dans le dialecte dorique, s,»nt 
pleins de gràoe. 

Le NoiBk 

THÉODORE (TAéoi. hist. pap.) — 
On conjpte deux papes du nom de 
XMûdorc 

THÉODORE 1, Grec de n«iss«ncR, 
monta sur le Saint-Siège en ti42 ; le* 
historiens louent la douceur de ca- 
ractère et la fermeté doctrinale de 
ce Pape qui eut à lutter contre le 
moiMJtiièlisme soutenu par T'cmpe- 
r.eur Constance II, et par les patriar- 
ches de Constantinople Pyrrhus et 
''aul. Ce fut sous son pontificat 
^'aureutliiiulee troubles suscités par 



les professions de foi monothélites 
appelées ïccthése et le type, tùtioç. 

Le monothélite Pyrrhus avait été 
chassé de Constantinople et Paul 
avait été assez irrégulièrement élevé 
au patriarcat. Théodore fit des repro- 
ches à ce dernier de ce que le sym- 
bole condamné, l'ecthèse, était en- 
core publiquement affiché aux portes 
des églises de Constantinople. Dans 
le même moment, Pyrrhus vint à 
Rome, fit abjuration do l'hérésie et 
fut reconnu par Théodore comme le 
patriarche légitime. Mais Pyrrûns, 
retournant en Orient, fut à peine ar- 
rivé à Ravenne qu'il se déclara, de 
nouveau, monothélite et fut extom- 
munié par Théodore aussi bien que 
Paul s'il ne faisait une déclaration 
solennelle contre le monothélisme. 
Alors PauHit retirer l'ecthèse, mais la 
remplaça par un autre symbole qu'il 
avaitredigé et qui ne valait pas mieux ; 
c'était le type dont Constance II 
prit la protection et qu'il Ut affi- 
cher comme un édit de religion: ce 
dernier édit ordonnait aux deux par- 
tis de se taire ; l'orthodoxie aussi 
bien quel'hérésie devait rester muette 
sur le point doctrinal dont il s'agis- 
sait (F. Monothélisme.) Alors T/téo- 
dore convoqua dans l'église Saint- 
Pierre un synode (64-0), qui rejeta le 
type, et il s'en suivit une persécution 
de l'empereur Constance contre les 
orthodoxes. Le pape Théodore mou- 
rut pendant cette persécution. 

THÉODORE II, Romain de nais- 
sance, monta sur le trône apostolique 
en 896. Il réhabilita la mémoire du 
pape Formose dont Etienne VI avait 
fait déterrer le cadavre et qu'il avait 
fait condamner par un jugement en 
forme. Théodore ne régna que vingt 
jours, 

Lb Noir. 

THÉODORE DB MOPSUESTE, écri- 
vain célèbre qui a vécu sur la lin du 
quatrième et au commencement du 
cinquième siècle de l'Eglise. Dans sa 
jeunesse il avait été le condisciple et 
l'ami de saint Jean Chrysostome, et 
il avait embrassé comme lui la vie 
mouastiqoe. Il s'en dégoûta quelque 



THE 



47 



THE 



temps après, reprit le soin des af- 
faires séculières et forma le dessein de 
se marier. Saint Jean Cbrj-sostome, 
affligé de cette inconstance, lui écri- 
vit deux /'ettres très-touchantes pour 
le ramener à son premier çenre de 
vie. Elles sont intitulées ad Theodo- 
rum lapsum, et se trouvent au com- 
mencement du premier tome des ou- 
vrages du saint docteur; ce ne fut 
pas en vain : Théodore céda aux vives 
et tendres exhortations de son ami, 
et renonça de nouveau à la vie sécu- 
lière ; il fut dans la suite promu au 
sacerdoce à Antioche, et devint évê- 
que de la ville de Mopsucste en Cili- 
cie. On ne peut pas lui refuser beau- 
coup d'e-prit, une grande érudition, 
et un zèle très-actif contre les héré- 
tiques; il écrivit contre les ariens, 
contre les apollinaristes et contre les 
eunomiens; l'on prétend même que 
souvent il poussa ce zèle trop loin, 
et qu'il usa plus d'une fois" de vio- 
lence contre les hétérodoxes. 

Mais il ne sut pas se préserver lui- 
même du vice qu'il voulait réprimer. 
Imbu de la doctrine de Diodore de 
Tarse son maître, il la fit goûter à 
Nestorius, et il répandit les premiè- 
res semences du pélagianisme. On 
l'accuse en effet d'avoir enseigné 
qu'il y avait deux personnes en Jésus- 
Christ, qu'entre la personne divine 
et la personne humaine il n'y avait 
qu'une union morale; d'avoir sou- 
tenu que le Saint-Esprit procède du 
Père et non du Fils; d'avoir nié, 
comme Pelage, la communication 
et les suites du péché originel dans 
tous les hommes. Le savant Ittigius, 
Disssrt. 7, § 13, a fait voir que le 
pélagianisme de Théodore de Mop- 
sueste est sensible, surtout dans l'ou- 
vrage qu'il fit contre un certain Aram 
ou Aramus, et que sous ce nom, qui 
signifie Syrien, il voulait désigner 
saint Jérôme, parce que ce Père avait 
passé la plus grande partie de sa vie 
dans la Palestine, et qu'il avait écrit 
trois dialogues contre Pelage. Déplus 
As&ém uni, Bibliot h. orient., t. 4, c. 7, 
§ 2, «■•eproche à Théodore d'avoir nié 
l'éternité des peines de l'enfer, et 
d'avoir re^rfinché du canon plusieurs 
livres sacrés. Il lit un nouveau sym- 



bole et une liturgie dont les nesto- 

riens se servent encore. 

Il exerça aussi sa plume contre 
Origène et contre tous ceux qui ex- 
pliquaient l'Ecriture sainte comme 
ce Père dans un sens allégorique. 
Ehedjésu, dans son Cattdo'jue des écri- 
vains nestoriens, lui attribue un ou- 
vrage en cinq livres, contra AUei/ori- 
cos. Dans ses Commentaires sur VEcri- 
ture sainte, qu'il expliqua, dit-on, 
tout entière, il s'attacha constam- 
ment au seul sens littéral. Il en a été 
beaucoup loué par Mosheim, [iist. 
ecclés., S« siècle, 2' part., c. 3, >; 3 et 
0, et celui-ci blâme d'autant les Pères 
de l'Eglise qui en ont agi autrement. 
Voyci Allégorie. Mais s'il faut juger 
de la bonté d'une méthode par le 
succès, celle de Théodore et de ses 
imitateurs n'a pas toujours été heu- 
reuse, puisqu'elle ne l'a pas préservé 
de tomber dans des erreurs. 11 donna 
du Cantique des cantiques une expli- 
cation toute profane qui scandalisa 
beaucoup ses contemporains; en in- 
terprétant les prophètes, il détourna 
le sens de plusieurs passages que 
l'on avait jusqu'alors appliqués à Jé- 
sus-Chiist, et il favorisa rincrédulité 
des Juifs. On a fait parmi les mo- 
dernes le même reproche à Grolius, 
et les sociniens en général ne l'ont 
que trop méi-ité. Le docteur Lardnrr 
qui a donné imc liste assez longue 
des ouvrages de Théodore de Mop- 
sueste, Creditiility of the Gospel llis- 
tory,t. \i, p. 399, en rapporte un 
passage tiré de son Commentaire sur 
VEoangile de saint Jean, qai n'est pas 
favorable à la divinité de Jèsus-iChrist; 
aussi les nestoriens n'admetluicnt- 
ils ce dogme que dans un sens très- 
impropre. Voyez .Nestoiuanisme. 

C'est donc une affectation très- 
imprudente de la part des critiques 
protestants de do.uter si Théodore a 
véritablement enseigné l'erreur de 
Nestorius, s'il n'a pas été calomnié 
par les allégoristes, contre lesquels 
il avait écrit. Il n'est pas besoin d'une 
autre preuve de son hérésie, que du 
respect que les nestoriens oy! pour 
sa mémoire; ils le regardent comme 
un de leurs principaux docteurs, ils 
rhoBoresnt Q0mme un saint, ils font 



THE 



48 



THE 



lii 



le plus grand cas de ses écrits, ils cé- 
lèbrent sa liturgie. Il est vrai que 
cet évèque mourut dans la commu- 
nion de l'Eglise, sans avoir été flétri 
par aucime censure ; mais l'an 553, 
le deuxième concile de Constanti- 
nople condamna ses écrits comme in- 
fectés du nestorianisme. 

Le plus grand nombre sont perdus, 
il n'en reste que des fragments dans 
Photius et ailleurs; mais on est per- 
suadé qu'une bonne partie de ses 
commentaires sur l'Ecriture sont en- 
core entre les mains des nestoriens. 
On ajoute que son Commentaire sur 
les douze petits prophètes est conservé 
dans la bibliothèque de l'empereur, 
et M. le duc d'Oilèans, mort à Sainte- 
Geneviève en 17o2, a prouvé dans 
une savante dissertation que le com- 
mentaire sur les psaumes, qui porte 
le nom de Théodore d'Antioche dans 
la Chaîne du Père Cordier, est de 
Théodore de Mopsueste. 

Bergier. 

THÉODORE STUDITE (Thcol. hist. 
biog. et bibliog.) Cet auteur ecclésias- 
tique qui s'illustra dans la contro- 
verse des images, était né à Constan- 
tinople en 759. L'empereur Con- 
stantin VII l'exila à Thessalouique ; 
après la mort de Constantin, il fut 
en grande faveur à Constantinople 
près de l'impératrice Irène. Devenu 
en 798 supérieur du couvent de Stu- 
dium, il compta mille moines sous sa 
direction. En collision avec le pa- 
triarche Nicéphore, il fut de nouveau 
exilé par un synode, puis rappelé 
par l'empereur Michel Rangabé en 
811. L'empereur iconoclaste, Léon 
l'Arménien, le bannit encore et son 
successeur Michel lui rendit la li- 
berté. Eniln, accusé d'avoir favorisé 
l'usurpateur Thomas, il fut banni 
pour la quatrième fois, àChalcis où il 
mourut en 826. 

« On doit, dit M. Gams, au P. Sir- 
mond la principale édition de ses 
œuvres, qu'il a publiées dans l'ordre 
suivant : 1. Testammtiim, remis à ses 
disciples avant sa mort ; 2. An(i>- 
rheticus, I, II, III, contre les icono- 
clastes ; 3. Cunfutatio pocmatum Icono- 
machorum ; 4. Quxsliones quxdam 
propositse Iconomachis ; 5. Capita 7 



addersus Iconomachos ; 6. Epistolaad 
Platonem de cidtu ss.imaginum ;1. Let- 
tres, divisées en deux livres, dont 
le premier renferme cinquante-six 
lettres, le second deux cent quinze ; 
8. ïambes, précédés de la vie de 
Théodore, par le moine Michel, en 
grec. Nous avons différents fragments 
de Théodore en latin. Plusieurs de 
ses ouvrages sont perdus. Baronius 
a inséré dans ses Annales un grand 
nombre de documents de Théodore. 
Les œuvres de Thiodore, publiées 
par Sirmond, Opéra varia, t. V, for- 
ment un vol. in-fol. » 

Le Noir. 

THÉODORET, évoque de Cyr, dans 
la province euphratésienne, né à An- 
tioche, selon les uns en 386, selon 
d'autres en 393, et mort l'an 458, a 
été l'un des plus savants et des plus 
célèbres Pères de l'Eglise. A la con-' 
naissance des langues grecque, hé- 
braïque et syriaque, il joignit une 
grande érudition sacrée et profane, 
et beaucoup d'éloquence, 

Prévenu d'estime et d'amitié pour 
Nestorius, il eut pendant longtemps 
de la répugnance à le croire coupable 
d'hérésie : il crut qu'il pensait mieux 
qu'il ne parlait, et il l'exhorta plus 
d'une fois à s'expliquer, mais il ne 
put rien obtenir de cet opiniâtre. In- 
disposé d'ailleurs contre saint Cyrille 
d'Alexandrie, antagonisme de Nes- 
torius, il crut apercevoir d.ms ses ou- 
vrages les erreurs d'Aiiollinaire, et 
il écrivit contre lui avec beaucoup 
d'aigreur; mais, détrompé dans la 
suite, il se réconcilia avec saint Cy- 
rille, et reconnut In catholicité d'^ 
sa doctrine. Attaqué personnellcmi'iit 
à son tour par les eulychiens, comme 
partisan de Nestorius, et appelé au 
concile général de Chalcédoine, il 
présenta dans la septième session, 
tenue le 26 octobre 451, une ri'quèle 
pour demander que l'on exauiinàt 
ses écrits et sa foi ; on lui ri/pondit 
qu'il suffisait qu'il dit anathèmo à 
Nestorius ; il le fit, et ou le déolar.i 
catholique; il n'y a aucun lieu de 
douter que cet anathème n'ait été 
sincère, la conduite de Nestorius l'a- 
vait détrompé sur le compte de cet 
hérésiarque. 



THE 



49 



THE 



Mais les écrits de Théodoret contre 
«aint Cyrille subsistaient, et en les 
composant dans les premières cha- 
leurs de la dispute, il ne s'était pas 
toujourf exprimé avec assez d'exac- 
titude, .Aussi l'an 553, quoiqu'il fût 
mort dans la paix de l'Eglise et ab- 
sous par le concile de Chalcédoine, 
ces mêmes écrits furent examinés 
avec rigueur dans le deuxième con- 
cile de Constantinople, et condamnés 
avec ceux d'Ibas et de Théodore de 
Mopsueste; c'est ce que l'on a nommé 
les trois chapitres. Voyez Constanti- 
nople. 

Outre l'Histoire ecclésiastique de 
Théodoret, qui est la continuation de 
celle d'Eusèbe, on a de lui des Com- 
mentaires sur l'Ecriture sainte, VHis- 
toire des Uêrcsies, les Vies de trente 
solitaires, la Tliérapeutiqxie en douze 
discours destinés à guérir les pré- 
jugés des païens contre le christia- 
nisme, dix sermons ou discours sur 
la l'rovidence, des dialogues contre 
les eutycbiens, des lettres, etc. Ces 
ouvrages furent publiés par le père 
Sirmond, à Paris, en 1642, en quatre 
volumes in-fol. Le père Garnier y 
«n ajouta un cinquième en 1084. Ce 
nouvel éditeur, dans ses dissertations, 
a traité Théodoret avec trop de ri- 
gueur; il lui a imputé des erreurs 
desquelles il est facile ie le disculper. 
Il pousse l'injustice de ses soupçons 
jusqu'à croire que Théodoret n'a fait 
son Histoire des Hérésies que pour 
avoir occasion de rendre suspecte 
la foi de saint Cyrille et des ortho- 
doxes, en faisant l'apologie de sa 
propre croyance et de celle de Nes- 
toriiis. Comme dans le quatrième 
livre, c. 11, il condamne absolument 
le nestorianisme, le père (iarnier 
soupçonne encore que ce chnpitre a 
été ajouté par une autre main. C'est 
pousser trop loin la prévention. Aussi 
le père Sirmond, le père Alexandre, 
Tillemont, Ittigius, Graveson et 
d'autres critiques, ont été phis équi- 
tables ; ils ont justiflé Théodoret. On 
peut voir une bonne notice de sa vie 
et rie ses ouvrages, Vies des Pères et 
(/es Martyrs, t. l,p. 464, et dans 
l.avdner, Credibility, etc., tom. 13, 
c. 131. 

II y a dans la bibliothèque yerma- 
XII. 



nique, t. 48, une dissertation 3eM.Ba- 
ratier, savant précoce, m^ iit avant 
l'âge de vingt ans, dans laq uelle il a 
entrepris de prouver que les [Hdiofjues 
contre les eutychicns, et le; Vies des 
solitaires ne sont pas do Théodoret ; 
Lardner juge qu'en elFet ces Dialoguci 
sur l'Incarnation ioni supposés; quant 
aux Vies des solitaires, intitulées 
Philotée, il pense qu'elles ont pu être 
interpolées, qu'il y a des méprises 
indignes d'un savant tel' que ï'/i-'o- 
dorei, et des faits qui ne saccorilent 
pas avec ce qu'il a rapporté dans son 
Histoire ecclésiastique. Mais ces cri- 
tiques auraient dû faire attention 
qu'un savant très-laborieux, et qui 
a beaucoup écrit, a pu oublier dans 
ses derniers ouvrages ce qu'il avait 
dit dans les premiers, et corriger des 
fautes qu'il avait commises, sans 
se donner la peine de les ellacer dans 
ses écrits précédents. Pour en juger 
avec certitude, il faudrait savoir exac- 
tement les dates des dill'érents ou- 
vrages de Théodoret, et peut-être 
avoir ceux qui nous manquent; sans 
cela les conjectures peuvent toujours 
être fautives. 

Dans ses Discours sur la Providence, 
ce Père fait paraître une connaissance 
de la physique et de l'histoire natu- 
relle plus étendue que son siècle ne 
semblait le comporter. Après avoir 
montré la sagesse et les "attentions 
de la Providence dans l'ordre d(î la 
nature et dans l'ordre de la société, 
il montre dans le dixième celte même 
sagesse dans l'ordre de la grâce, et 
il y donne la plushauteidée du bien- 
fait de la rédemption. La Thérapeu- 
tique est une excellente apoUjgie du- 
christianisme, et une démonstration 
complète des erreurs, des absurdité» 
et des désordres qui régnaient dan» 
le paganisme; on y voit que Théodo- 
ret était parfaitement instruit de 
tous les systèmes de la philosophie 
païenne; il semble y avoir eu le 
dessein de réfuter les calomnies et 
les sophismes de l'empereur Julien. 

En rendant compte de cet ouvrage, 
Lardner, après avoir donné de grands 
éloges aux talents et à l'éloquence 
de l'auteur, lui sait mauvais gré de 
l'apologie qu'il a faite, dans le 8' 
livre, du cuite rendu aux martyrs; il 




THE 



SO 



lui reproche d'avoir dit aux païens 
que Dieu a mis les martyrs à la place 
de leurs divinités, L'Ecriture, dit-il, 
ne nous a point enseigné ce culte, 
les martyrs des premiers temps de 
l'Eglise n'ont jamais ambitionné cet 
honneur; ils détestaient toute espèce 
d'idolâtrie, ils ont donné leur vie 
plutôt que de rendre leur adoration 
à d'autres qu'à Dieu seul et à son 
Christ. 

C'est au moins pour la centième 
fois que les protestants répètent 
contre nous cette accusation d'idolâ- 
trie, et nous en avons démontré l'in- 
justice au mot Paganisme, § 6. 1° 11 
est faux que Théodoret dise que les 
martyrs ont été mis à la place des 
divinités du paganisme ; il déclare 
au contraire que les martyrs ne sont 
ni des génies ni des démons, comme 
les païens à l'égard de leurs dieux; 
il montre la dilt'érence qu'il y a entre 
le culte que les chrétiens rendent 
aux martyrs, et celui que les païens 
rendaient à leurs héros. 2° Il est à 
présumer que Théodoret, très-instruit 
de la doctrine de l'Ecriture sainte et 
de l'histoire des premiers temps de 
l'Eglise, était pour le moins aussi 
capable qu'un protestant du dix- 
huitième siècle, de juger si un culte 
était ou n'était pas idolâtre, et s'il 
avait ou n'avait pas été pratiqué dès 
la naissance du christianisme. Voyez 
Martyr, § 6. 

Barbeyrac, Traité de la morale des 
Pères, c. 17, § 3, blâme Théodoret 
d'avoir approuvé le refus que lit un 
évêque de Perse de rebâtir un temple 
du feu qu'il avait brûlé, et d'avoir 
donné pour raison que, dans cette 
circonstance, rebâtir un temple an 
feu eût été un crime égal, à celui de 
l'adorer comme les Perses, Hist. 
ecclés., 1. 5, c. 39. Déjà au mot Mar- 
tyr, § 3, nous avons fait voir que 
Théodoret n'a pas exacteoient rappor- 
té le fait dont il s'agit. Assémani, 
Biblioth. orient., t. 3, p. 37 1, a prouvé 
par le témoignage des auteurs 
syriens, que le temple du feu n'avait 
pas été hrùlé par cet évèque nommé 
Abdas ou Abdaa, mais par un prêtre 
de son clergé. Théodoret, après avoir 
blâmé ce trait de faux zèle, a donc 
pu approuver le refus de cet évoque, 



THE 

1» parce qu'il y avait de l'injustice à 
le rendre responsable du lait d'au- 
trui. "2° Parce que les chrétien» au- 
raient pu être scandalisés de ce qu'il 
rebâtissait un temple de la destruc- 
tion duquel il n'était pas coupable, 
et que les ennemis du christianisme 
en auraient triomphé. Une circons- 
tance de plus ou de moins suffi'' 
pour changer absolument la naturij 
d'un fait. C'est donc mal à propos 
que Bayle et la foule des incrédules 
ont tant insisté sur celui-ci, pour 
faire voir les excès auxquels le zèle de 
religion a coutume de se porter; 
pour prouver que les chrétiens ont 
souvent été des séditieux qui méri- 
taient d'être punis, et que les Pères 
de l'Eglise ont quelquefois donné de 
mauvaises leçons de morale. C'est 
presque le seul trait d'un faux zèle 
qu'ils aient pu citer dans toute l'an; 
tiquité ecclésiastique. 

Bergier. 

THÉODOTIENS, sectateurs de 
Théodole de Byzance, surnommé le 
Corroyeur à cause de sa profession, 
hérétique qui forma un parti sur la 
fin du second siècle. Les auteurs 
ecclésiastiques qui en ont parlé s'ac- 
cordent à rapporter que, pendant la 
persécution que souffrirent les chré- 
tiens sous Marc-Aurèle, Théodote 
arrêté avec plusieurs autres n'eut 
pas le courage d'être martj'r, qu'il 
renia Jésus-Christ pour échapper au 
supplice. Couvert d'ignominie dès ce 
moment, il crut éviter la honte en 
se sauvant à Rome; mais il y fut/ re- 
connu et autant détesté des chrétiens 
que dans sa patrie. Pour pallier son 
crime, il dit que, suivant l'Evangile, 
celui qui a blasphémé contre le Fils 
de l'homme sera pardonné; il osa 
même ajouter qu'il avait renié un 
homme et non un Dieu, que Jésus- 
Christ n'avait rien au-dessus des 
autres hommes qu'une naissance mi- 
raculeuse, des dons de la grâce plus 
abondants et des vertus plus par- 
faites Il fut condamné et excommu- 
nié par le pape Victor, qui, suivaiit 
les chronologistes, tint le siège de 
Rome depuis l'an 183 jusqu'eir 197. 

A peu près dans le môme temps, 
u«v certain Artémas ou Artémon ré- 



THE 



Si 



THE 



pandit encore à Rome une doctrine 
seml>lable, et trouva aussi dm dis- 
ciples qui furent nommés Artémo- 
nites. Il disait que Jésus-Christ n'avait 
commencé à recevoir la divinité qu'à 
sa naissance. On comprend que par 
la divinité il entendait seulement des 
qualités divines, et que, suivant son 
opinion, Jésus-Christ ne pouvait être 
appelé Dieu que dans un sens im- 
propre. 

11 est difficile de savoir précisé- 
ment en quoi la doctrine de ces deux 
hérétiques s'accordait ou se contre- 
disait, les anciens ne nous l'appren- 
nent pas assez clairement. Il est seu- 
lement probable que les partisans de 
l'une et de l'autre se réunirent et ne 
formèrent qu'une seiile secte, qui ne 
fut ni fort nombreuse ni de longue 
durée. 

En elTet, un ancien auteur que 
l'on croit être Caius, prêtre de Rome, 
qui avait écrit contre Arlériion, et 
duquel Eusèbe a rapporté les paroles, 
Hist. ecclcs., 1. 5, c. 28, semble con- 
fondre ensemble les théodotions et 
les artémonites ; il leur fait les mêmes 
reproches. Ces sectaires, dit-il, sou- 
tiennent que leur doctrine n'est pas 
nouvelle, qu'elle a été enseignée par 
les apôtres, et suivie dans l'Eglise 
jusqu'au pontiUcat de Victor et de 
Zépîiyrin son successeur, mais que la 
vérité a été altérée depuis ce temps- 
là : or, on les réfute non seulement 
par les divines Ecritures, mais par 
les écrits de ceux de nos frères qui 
ontvéeu avant Victor, parles hymnes 
et les cantiijues des premiers lidêles 
qui attribuent la divinité à Jésus- 
Christ, enlin par la censure portée 
par Victorcontre Théodote. Ce même 
auteur les accuse, fton-sculement do 
pervertir le sens des Ecritures par des 
subtilités de logique, mais d'en avoir 
corrompu le texte, et il le prouve par 
la confrontation de leurs copies avec 
les exemplaires plus anciens qu'eux, 
et par la diversité de leurs préten- 
dues corrections, de rejeter même la 
loi et les propliètes, sous prétexte 
que la grâce de l'Evangile leur suffit. 

S'il était certain que les extraits de 
Théodote, qui se trouvent à la suite 
des ouvrages de Clément d'Alexan- 
drie, sont de Théodote le Corroyeur, 



il faudrait lui attribuer encorf 
d'autres erreurs; Jiiais il y a eu un 
second Théodote, surnommé l: Chan- 
geur ou le Banquier, disciple du pre 
mier, et qui lut le chef de la secte 
des melchisédéciens ; on en connaît 
un troisième de même nom^ qu» 
était disciple de Valentin. Or, l'au- 
teur des extraits enseii,'ne que le Fil» 
de Dieu, lesanges, les âmes humaines 
et les démons sont corporels, que le« 
anges sont de dilférents sexes, que 
Jésus-Christ avait besoin de rédemp- 
tion, et qu'il l'obtint lorsqu'une co- 
lombe descendit sur lui après son 
baptême; que Dieu le Père avait 
soullert en Jé'^us-Christ, avait deux 
âmes, l'une matérielle, l'autre spiri- 
tuelle et divine qui se sépara de lui 
avant sa passion; que les choses de 
ce monde, et même les actions hu- 
maines, sont déterminées par le cours 
des astres, etc. Ces rêveries semblenl 
plus analogues aux erreurs des va- 
ientiniens qu'à celle des théodotims. 
Quoi qu'il en soit, on peut faire 
sur ces anciennes hérésies des ré- 
llcxions importantes. 1» Théodote, in- 
téressé par son système à déprimer Jé- 
sus-Christ, avouait cependant sa nais, 
sunce miraculeuse et son éminenta 
sainteté; il jugeait donc que la narra- 
tiondes évangélistes était inattaqua- 
ble. 2° Il s'ensuit qu'au second siècle la 
divinité de Jésus-Christ était un dogme 
universellement cru dans l'Eglise, et 
regardé comme un article fondameit 
tal du christianisme ; sans cette rai' 
son, Tapostasie n'aurait pas été con- 
sidérée comme un crime si énorme. 
3o L'on était convaincu que ce dogmes 
était clairement enseigné dans l'Ecri- 
ture sainte et même dans les pro- 
phéties, l'on y donnait' donc pour 
lors le même sens que nous y don- 
nons, puisque pour soutenir lerus 
erreurs, les tlicodotiens étaient 
réduits à corrompre les unes et i 
rejeter les autres. 4° L'on était persua- 
dé comme aujourd'hui que saint Jus- 
tin, Tatien, Miltiadc, saint Irénée, 
Clément d'Alexandrie, Méliton, etc , 
avaient formellement professé la di- 
vinité de Jésus-Christ, puisquo*Von 
opposait leur témoignage à ceux qui 
la niaient; de quel front les sociniens 
peuvent-ils aujourd'hui soutenir le 



im:^ 



TIIE 



contraire? 5» Pour réfuter les héré- 
tiques, on ne se bornait pas à leur 
citer l'Ecriture sainte ; on leur allé- 
guait encore la tradition, la doctrine 
des. /M'es, les cantiques de l'Eglise, 
la prédication publique et génc'rale, 
comme nous faisons encore. C'est 
aux hétérodoxes de voir les consé- 
quences que nous sommes en droit 
de tirer contre eux de tous ces faits. 
Voyez Tillenionl, tom. 3, p. 68; Plu- 
quet, Dict. des Hérésies, etc. 

Bergier. 

THÉODOTION. traducteur du texte 
hébreu. V". Septante, § 3, Version, etc. 

THÉODULPHE, d'Orléans {Théol. 
hist. biog. et bibliog ) — Cet évèque, 
qui fut un des plus remarquables du 
temps de Charlemagne, avait été 
marié, à ce qu'il paraît d'après la 
quatrième pièce du troisième livre 
de ses poésies, dans laquelle il dit à 
sa fille Gisla : « GisUt, accepte, avec 
la grâce de Dieu, le don que t'offre 
ton père Théoditlphe ; car j'ai fait co- 
pier pour toi ce psautier, que tu vois 
resplendir d'or et d'argent. « 

« Théodulphe, dit M. Gams, fut d'a- 
bord abbé de Fleury,puis,et enmême 
temps, évèque d'Orléans; il assista 
en cette qualité au synode de Franc- 
fort, en 794. En 811 il parut comme 
témoin dans le testament de Charle- 
magne. Il fut, dans le principe, en 
faveur auprès de Louis le Débonnaire; 
mais plus tard, accusé à tort ou à 
raison,d'avoir pris part à la conjura- 
tion de Bernard d'Italie, il fut déposé 
et enfermé dans un couvent d'Angers. 
Il protesta constamment de son in- 
nocence et fut réintégré dans sa di- 
gnité en 821 ; mais il mourut en route 
ou peu après son arrivéi' à Orléans. 
On prétendit qu'il avait été empoi- 
sonné par ceux qui, en son absence, 
8'étaicnt emparés de ses biens et 
Youlaicnt en rester maîtres. Ses con- 
temporains vantent sa piété, son sa- 
Toir et son énergie... » 

U laissa los écrits suivants ; 

1 . Captitula ad presbyterosparochix 
tux. 

2. De Ordinc Baptismi. 

3. DuS.iintEaprit. Preuves tirées des 
Pères del' Eglise que le Saint Esprit pro 



52 THE 

cède du Père et du Fi Is, traité composé 
à la demande do Charle.magne et dédié 
à ce monarque. L'auteuv y cite saint 
Athanase, saint Cyrille, s.nnt Hilaire, 
Siiint Ambroise, Didyme ^lint Au- 
gustin, saint Grégoire, saint Isidore, 
saint Prosper. saint Fulgence, Hor- 
raisdas, saint Léon, Vigile Afer, 
Proclus, Agnellus, Cassiodore, Pru- 
dence, et énumère les textes les uns 
après les autres. 

4. Fragments d'un sormon. 

5. Poèmes en six livres. Le premier 
renferme un poëme intitulé : ad ou 
contra Judkes; le second, un canti- 
que sur le dimanche des Rameaux et 
diverses épitaphes ; le troisième, un 
poëme dédié à Charlemagne, une 
épitaphe du pape Adrien \" , un 
poëme dédié à Angilbert, à Gisla, à 
la reine, etc. Le quatrième et le cin- 
quième renferment des poèmes mo- 
raux sur les sept péchés, une exhor- 
tation aux évèques. Dans le sixième 
livre se trouvent plusieurs pièces de 
vers sur l'avarice, l'hypocris.'e, la 
prochaine tin du monde. 

Le Noir. 

THÉOGNIS (Théol. hist. biog. et bi- 
bliog.) — Ce vieux poète grec flo- 
rissait dans le sixième siècle avant 
Jésus-Christ. Il ne reste de lui que 
des fragments, mais ces fragments 
suffisent pour révéler un grand mo- 
raliste et un grand philosophe dans 
le genre de Pylhagore. Ses idées 
sont d'une beauté morale qu'on n'a 
point dépassée. Ou y reconnaît le spi- 
ritualisme le plus pur. 

Le Noir. 

THÉOGNOSTE [Théol. hist. biog. et 
bibliog.) — Cet auteur grec, qui 
fleurit immédiatement après Origène 
ou pendant Origène, ne nous est 
connu quo parce que nous en a trans- 
mis Photius dans sa bibliothèque. Il 
avait été, comme Clément d'.Vlexan- 
drie, chef de l'école catéchétique de 
cette ville célèbre. 

« Photius, dit M. Kerker, donne 
le sommaire suivant des écrits de 
Théognoste. Le premier livr^ traite 
de Dii'u le Père; le second, ùe Dieu 
le Fils; le troisième, de Dieu Esprit- 
Saint ; le quatrième, des aages et des 



THE 



53 



THE 



démons; le cinquième et le sixième, 
de l'Incarnation; le septième, de la 
création. Pliotius accuse Théognoste 
de plusieurs erreurs graves, notam- 
ment sur la sagesse du Fils de Dieu ; 
il prétend que Théognoste nomme le 
Fils de Dieu xxîaiia, et ne le croit que 
préposé aux créatures raisonnables ; 
qu'en général il soutient avec Origène 
plusieurs autres erreurs sur le File ; 
qu'il a emprunté divers rêves concer- 
nant le Saint-Esprit au livre to pi âp/^ûv 
d'Origène. 

» Mais Théognoste est parfaitement 
lavé de toutes ces accusations par le 
témoignage honorable que saint 
Athanase rend à sa doctrine. Ce grand 
docteur atteste formellement que 
Théognoste enseigne que la substance 
du Fils ne provient pas du dehors, 
n'est pas tirée du néant, mais qu'elle 
est de la substance du Père, comme 
la splendeur qui naît de la lumière, 
comme la vapeur qui s'élève de L'eau : 
O'jx £^a)6£v TÎç £^x:v s'ys-jpsOeTja t, xoù uÎou 
oûaîa, oùôè i/. (xt, ù'vtuv £Z£i!rr,7.0T,, àXXà 

ÈiC Tf,î TOÛ T.OLZf>t>i Û'JSÙ; ï'fU (1). ' « Ni 

la splendeur ni la vapeur, continue 
Théognoste, ne sont ou l'eau ou le 
soleil même, et cependant elles ne 
sont pas autre chose ; ainsi la sub- 
stance du Fils n'est pas autre chose 
que celle du Père; elle est une éma- 
nation, dt-dfpoia, de la substance du 
Père, qui ne perd rien en engendrant 
son Fils; de même que le soleil n'est 
pas amoindri par les rayons qu'il 
darde de son foyer, de môme la 
substance du Père n'éprouve aucun 
changement en se reproduisant dans 
le Fils, sa parfaite image. » 

» Or c'est là évidemment une doc- 
trine orthodoxe, qui exclut la for- 
mule postérieure de l'arianisme, le 
mot de ralliement de la secte : èÇ oO-a 
SvTojv. Si malgré tout cela le mot 
xTi<ï(ia se trouvait dans les hypotypo- 
ses de Théognoste, appliqué au Fils, 
il faudrait le considérer comme une 
expression malheureuse, en contra- 
diction avec les convictions vérita- 
bles de l'auteur. Mais il est difficile 
de croire que ce mot lui appar- 
tienne. De ce que Photius dit à cet 
endroit il résulte, au contraire, avec 

(1) Dt Decretis lyn, liicienx, c. i5. 



assez de certitude, que, lorsque Théo- 
gnoste se sert du mot xTÎtr|xa, il parle, 
non en son nom, mais au nom d'un 
autre. Photius lui-même tient cette 
opinion pour admissible. Théognostef 
dit-il, peut avoir parlé ciinsi'si;' 
Yujivaaîaç ).ÔY'!', ''■^' O'^ Sti^il? i liais danii 
ce cas, ajoute-t-il, il est encore répré» 
hensible, car on peut bien, dans un» 
conversation , parler à l'occasioa 
I'uij.v2(rc;x(l;, mais non dans des écrits 
qui doivent passer à la postérité. 
Saint Athanase a précisément com- 
pris de cette manière l'expression de 
Théognoste , car il dit : Théognoste^ 
après avoir disserté û? èv yv^ivaaiif, 
tinit par exposer sa propre opinion, 
T+|V éauToû hô^xv tiSeÎç {{). 

» Enfin Photius est obligé de re- 
connaître que Théognoste a, dans ses 
cinq livres, écrit avec beaucoup de 
piété (eùae6û;) sur le Fils de Dieu, ce 
qui ne peut guère se dire que d'un 
écrivain orthodoxe. On explique fa- 
cilement aussi les autres reproches 
adressés à Théognoste, pourvu qu'on 
ne s'arrête pas à un simple texte, à 
quelques mots isolés, et qu'on envi- 
sage l'ensemble et les |i -tges qui 
s'expliquent les uns If .i.: •.s;onne 
peut pas exiger non j i, - d'un Père 
antérieur au concile de iNicée la ri- 
gueur des expressions dogmatiques 
formulées plus tard. 

» Ainsi tombi' le dernier reproche 
adressé par Photius à Théognoste, qu'il 
accuse d'avoir attribué des corps aux 
anges et aux démons. Il faut se rap- 
peler que notre Alexandrin écrivit sur 
cette matière en un temps où elle 
n'avait pas encore été théologique- 
ment éclaircie. 

Nous ne pouvons cependant passer 
sous silence que saint- Grégoire de 
Nysse (2) impute à Théognoste d'avoir 
enseigné une erreur empruntée aux 
Eunomiens, et d'avoir soutenu que 
Dieu, en créant l'univers, a posé le 
Fils devant lui comme mesure de tou- 
tes choses, comme prototype des êtres 
créés. Mais cette accusation est par 
trop vague et trop générale; car ou 
ne voit pas comment il y a une erreur 
eunomienne dans les paroles de ThÉo- 




a\ h. 0. 



lir, conira Eunomium. 



THE 



54 



TIÎE 



gnostc, ttllos quu les rapporte saint 
Grégoire de Nysse. Si ces p;iroles ne 
sont pas tout à fait exactes et préci- 
ses, elles ne sont cependant en aucune 
façon liéi'éliques. 

» Il est à remarquer qu'Eusèbe ne 
dit absolument rien de Théor/iwsic. On 
pense que ce silence provient de ce 
que Thcognoste, étant un témoin tout 
à fait ortliodose au point de vue de 
la Chiistolugie, était désagréable à 
Eusèbe (I). » 

Le Noih. 

THÉOLOGAL. {Thénl. hist. dign. ec- 
eîes.) — Le théologal, theologus, est 
en vertu du 11= canon du iv'' concile 
de Latran de 1215, un prébende de 
métropole cbargé spécialement d'ex- 
pliquer aux prêtres et aux ecclésias- 
tiques de tous rangs les saintes Ecri- 
tures et les principales parties du mi- 
nistère pastoral, et d'annoncer, àjours 
lises, la parole de Dieu aux lidùles. 

« Le concile de Trente, dit M. l'er- 
maneder, renouvela cette presci'ip- 
tion, rétendit non-seulement à toutes 
les cathédrales, mais aux collégiales 
des grandes villes, sans prescrire en- 
core que cette fonjction serait coniiée 
à un membre du chapitre (2) ; cepen- 
dant on en chargea dès lors un cha- 
noiue dans la plupart des écoles épis- 
copales. » 

Les concordats les plus modernes, 
qui décrètent l'institution d'un théolo- 
gal de la cathédrale, en ont spéciale- 
ment chargé un chanoine. Comme 
aujourd'hui la théologie, et spéciale- 
ment l'exégèse et la pastorale, sont 
enseignées dans les établissements 
d'instruction publique, dans les uni- 
versités et les séminaires, par des pro- 
fesseurs de théologie institués ad Ivûc, 
le théologal de la cathédrale, thcoloyns 
cathcdralis, doit surtout expliquer 
'.'Ecriture sainte anx lidèles, i certai- 
nes époques marquées de l'année. 
Le Noir. 

THÉOLOG.A.LE (vertu). On appelle 
vertus thivlugalcs celles qui ont pour 
objet Dieu lui-même, et pour motif 

(t) Cf. Marao., JJivimt. J.-C, I. lV,c. 55,51, 
p. 5b7. 

(î) Conc. Tiid.fMU. V, c. 1; sess. XXlU.c. I», 
ée He[urm, 



une de ses perfections. Ainsi la foi, 
par laquelle nous croyons à Dieu e1 
à sa parole, parce qu'il est la vérité 
même, incapable Je se tromper, ou 
de nous induire en erreur; l'espé- 
rance, par laquelle nous nousconiions 
à sespromesses, parce qu'il esthdèle 
à les remplir ; la charité, par laquelle 
nous aimons Dieu à cause de sa 
bonté infinie, sont les trois vertus 
théologales ; nous avons paiié de cha- 
cune en particulier. 

On appelle verlus morales celles qui 
ont pour objet immédiat, non Dieu 
lui-même, mais les actions que Dieu 
commande, et pour motif la justice 
qu'il y a d'obéir à Dieu. Les païens 
ont été capables de quelques vertus 
morales, mais Hs n'avaient aucune 
idée des vertus théologales , parce 
qu'elles supposent la révélation et 
une connaissance surnaturelle des 
attributs de Dieu. Voyez. Veutu. - 

Il faut beaucoup de précision pour 
comprendre que la religion est une 
vertu morale, et non une vertu théo- 
logale. Comme l'acte essentiel de la 
religion est l'adoration intérieure qui 
a Dieu pour objet, et sa grandeur 
suprême pour motif, il semble d'a- 
bord qu'il n'y a aucune dilférence 
entre cette vertu et les trois dont 
nous avons parlé. Mais il faut faire 
attention que la religion peut être 
une vertu naturelle, quoique très- 
imparfaite et toujours abusive lors- 
qu'elle n'est pas éclairée et dirigée 
par la révélation ; au lieu que la foi, 
l'espérance et la charité supposent 
nécessaii'ement une connaissance 
surnaturelle de Dieu. 

Bergieh. 

THÉOLOGIE, suivant l'énergie dti 
terme, c'est la science de Dieu et des 
choses divines, p;u* conséquent la 
plus nécessaire de toutes les connais- 
sances ; elle ne jieut paraître indif- 
férente qu'à ceux qui ue veulent ni 
Dieu ni religion. 

L'on a coutume de la distinguer 
en théologie naturelle ei théologie sur- 
naturelle, et l'on entend par la pre- 
mière la connaissance de la Divinité, 
telle qu'on peut l'acquérir par les 
seules lumières de la raison. Cette 
distinction parait foudée sur ce 9a'a 



THE 



55 



THE 



dit saint Paul, Rom., e. l, ^ 20, que 
« ce qu'il y a d'invisible en Dieu est 
» devenu visible iepuis la création, 
» par les ouvrages qu'il a faits, même 
» sa puissance élerneile et sa divinité, 
» de manière que ceux qui ont connu 
» Dieu, et ne l'ont pas glorifié comme 
» Dieu, sont inexcusables. » I Cor., 
cl, f W, que « comme ce qui est de 
» l'homme ne peut être connu que 
» par l'esprit de l'homme, ainsi ce 
» qui est de Dieu ne peut être connu 
» que par l'esprit de Dieu. » Or, par 
Vesprit de Dieu, saint Paul entend 
certainement la lumière surnaturelle 
acquise par révélation. Par là il nous 
fait comprendre que la connaissance 
de Dieu et de ses desseins, qui vient 
des seules lumières naturelles, est 
toujours très-bornée et très-fautive. 
Nous en sommes convaincu par les 
erreurs grossières dans lesquelles 
sont tombés sur ce sujet les philoso- 
phes païens qui étaient cependant les 
meilleurs génies de l'antiquité. Aussi 
les premiers docteurs chrétiens ont 
soutenu contre les païens que les 
écrivains hébreux, surtout le? pro- 
phètes, éclairés par la révélation, 
ont été beaucoup meilleurs théolo- 
giens que tous les sages et les philo- 
sophes du paganisme. 

Comme c'est uniquement de la 
théoloQie chrétienne que nous avons à 
parler, nous entendons sous ce nom 
la science ou la connaissance de Dieu 
et des choses divines, qui nous a été 
donnée par Jésus-Christ, par ses 
apôtres, par les prophètes et par les 
autres personnages que Dieu a char- 
gés de nous enseigner. C'est donc 
une science, qui, fondée sur des .vé- 
rités révélées, en tire des conclusions 
sur Dieu, sur sa nature, sur ses at- 
tributs, sur ses volontés et ses des- 
seins, et surtout ce qui a rapport à 
Dieu. D'où il s'ensuit que la théologie 
réunit, dans sa manière de procéder, 
l'usage de la raison à la certitude de 
la révélation, et qu'elle est fondée en 
partie sur les lumières de la foi, et 
en partie sur celles de la nature ou 
de la philosophie. 

Il s'est trouvé des critiques assez 
peu sensés pour blâmer ce mélange. 
En fait de religion, disent-ils, il fau- 
drait s'en tenir précisément anx vé- 



rités révélées telles qu'elles sont 
énoncées dans la parole de Dieu ; dès 
que l'on se permet d'en raisonner, 
c'est une source intarissable de faux 
systèmes, de disputes et de divisions. 
Celte fureur des tkéolor/irns n'a servi 
qu'à détigurer, la doctrine de Jésus- 
Christ et des apôtres, à faire naître 
des schismes et des hérésies, à mettre 
aux prises toutes les sectes chrétien- 
nes les unes contre les autres, etc. 

S'en tenir à la pure parole de Dieu, 
est un très-beau projet en spécula- 
tion ; mais est-il possible ? C'est la 
question. 

1" Les philosophes païens ont at- 
taqué le christianisme dès sa nais- 
sance : saintPaul s'en plaignait déjà; 
suflisait-il d'opposer le texte des livres 
saints à des adversaires qui n'en re- 
counaissaient point la divinité, qui 
soutenaient que la doctrine de ces 
livres était op[)osée au sens commun 
et aux plus pures lumières de la rai- 
son? Ou il fallait les laisser dogma- 
tiser en liberté, séduire les Iklèles, 
détruire enfin le christianisme, ou 
l'on était obligé de leiu- démontrer 
que la doctrine de ces livres était 
plus raisonnable que la leur ; donc il 
fallait absolument se servir contre 
eux du raisonnement et de la philo- 
sojihie. Que les apôtres, qui prou- 
vaient la vérité de leur isrédication 
par des miracles, n'aient pas eu be- 
soin d'autres arguments, cela se con- 
çoit ; mais Dieu n'avait pas promis 
le même secours à leurs successeurs; 
ceux-ci ont donc été obligés de battre 
les philosophes par leurs propres 
armes, c'est ce qu'ont fait nos anciens 
apologistes. 

2u Les premiers hérétiques ont 
suivi la même marche que les pliilo- 
sophes; tous ceux qui ont pris le 
nom de ynostiques attaquaient nos 
mystères par des arguments philo- 
sophiques; ils faisaient profession 
d'en savoir plus que les apôtres et 
que tous les auteurs sacrés. On était 
donc forcé de leur prouver par des 
raisonnements l'absurdité de leurs 
principes, la contradiction de leur 
doctrine, l'opposition de leurs senti- 
ments à ceux des meilleurs philoso- 
phes, et de leur faire voir que ceux- 
ci avaient enseigné plusieurs vérités 



4» 



THE 



86 



TIIK 



eonflrmées par la révélation. Les 
tnarcionites et les manichéens ad- 
mettaient deux principes, l'un du 
bien, l'autre du mal ; ils rejetaient 
l'ancien Testament et l'histoire de la 
création ; il ne servait donc à rien de 
la leur opposer, on ne pouvait les 
réfuter que par les arguments qui 
démontrent l'unité de Dieu et la sa- 
gesse du Créateur. 

3" Dans tous les siècles la même 
chose est arrivée, et nous nous trou- 
vons encore aujourd'hui dans le même 
cas que les docteurs chrétiens du pre- 
mier et du second siècle. Non-seule- 
ment les incrédules répètent toutes 
les objections des anciens hérétiques, 
et soutiennent que la doctrine de nos 
livres sacrés choque de front les lu- 
mières de la raison, mais les protes- 
testauts attaquent le mystère de l'eu- 
charistie par des raisonnements 
philosophiques; à l'exeirple des 
ariens, les sociniens se servent des 
mêmes armes pour combattre le 
dogme de la Trinité et tous les autres 
mystères. On a beau leur opposer le 
texte de l'Ecriture sainte, ils en élu- 
dent toutes les conséquences par des 
interprétations arbitraires. Les déis- 
tes ne veulent admettre aucune ré- 
vélation. Réfutera-t-on tous ces mé- 
créants sans raisonner avec eux, et 
sans mêler la philosoi)hie à la théo- 
logie ? Ceux mêmes qui blâment cette 
méthode sont forcés d'y avoir re- 
cours. 

Ils diront peut-être qu'à la vérité 
elle est absolument nécessaire, mais 
qu'elle doit être contenue dans de 
(ustes bornes ; nous y consentons, il 
ne reste plus qu'à savoir qui posera 
ces justes bornes qu'il ne sera plus 
permis de passer. Voyez Philosophie 
et Métaphysique. 

Lue question communément agitée 
entre les théologiens est de savoir 
quel est le degré de certitude des 
. conclusions théologiques. On appelle 
amsi les conséquences évidemment 
déduites de deux prémisses qui sont 
tou'es deux révélées, ou dont l'une 
es( révélée, et l'autre évidemment 
connue par la lumière naturelle; et 
l'on demande, {' si ces conclusions 
sont aussi certaines que les propo- 
sitions de foi ; ï» si elles sont plus ou 



moins certaines que les conclusions 
des autres sciences; 3° si elles le 
sont autant que les premiers prin- 
cipes de géométrie, de pbiVjso- 
pliie, etc. 

On convient généralement que la 
révélation immédiate de Dieu, pro- 
posée par l'Eglise, est le motif qui 
nous fait acquiescer aux vérités de 
foi, et que la connexion évidemment 
aperçue entre la révélation et la con- 
clusion théologique qui s'ensuit, est 
le motif qui nous fait acquiescer à 
celle-ci. De là il est aisé d'inférer, 
1» qu'une vérité de foi est plus certaine 
qu'une conclusion théclogique, parce 
que la première est fondée sur la 
révélation immédiate de Dieu et sut 
l'infaillibilité de l'Eglise qui nou? 
l'atteste, au lieu que la seconde es* 
fondée sur une liaison aperçue par la 
lumière naturelle, lumière qui n'es* 
pas aussi infaillible que la véracité 
de Dieu et que le témoignage de ' 
l'Eglise. 

2» Que les conclusions théologiquea 
sont plus certaines que celles des 
autres sciences eu général, parce que 
ces dernières sont souvent fondées 
sur de simples conjectures, et que 
leur liaison avec les premiers prin- 
cipes n'est pas aussi évidente que la 
liaison des conclusions théologiques 
avec la révélation immédiate de Dieu. 

3" Plusieurs anciens théologiens ont 
soutenu que ces mêmes conclusions 
sont plus certaines que les premiers 
principes de nos connaissances, parce 
que ceux-ci ni' sont pas aussi infail- 
libles que la révélation de Dieu. Mais 
la plupart des modernes pensent le 
contraire ; la première raison qu'ils 
en donnent est que nous acquiesçons 
aussi promptement etaussi fortement 
à ces axiomes : Le tout est plus grand 
que la partie; deux choses égales à une 
troisième sont égales entre elles, etc., 
qu'à celui-ci : Vieu est la vérité même. 
La seconde est que Dieu est égale- 
ment l'auteur de la raison et de la 
révélation, et que l'une nous est 
aussi nécessaire pour connaître les 
vérités naturelles, que l'autre pour 
connaître les vérités surnaturelles. 
La troisième est que c'est la raison 
qui nous conduit à la foi ; nous 
croyons fermement les vérités rêvé- 



THE 57 

lées, parce que nous savons par la 
raison que Dieu ne peut ni se trom- 
per ni nous tromper nous-mêmes 
lorsqu'il daigne nous parler ; nous 
sommes certains qu'il nous a parlé, 
par les .motifs de crédibilité dont il 
a revêtu sa parole ou la révélation ; 
et c'est encore à la raison de peser 
la valeur de ces motifs. Donc, disent- 
ils, il est impossible que le juge- 
ment par lequel nous y adhérons, 
soit plus infaillible que celui par 
leqnel nous acquiesçons aux premiers 
principes du raisonnement. Holden, 
de Résolut, fidd, 1. i, c. 3. (I). 

Comme toutes les vérités dont la 
théologie se propose l'examen, sont 
ou spéculatives ou pratiques, elle se 
divise à cet égard en théologie spécu- 
lative et en théologie morale. La pre- 
mière est celle qui a pour objet d'ex- 
poser et de prouver les dogmes qu'il 
faut croire, et de les défendre contre 
ceux qui les attaquent. I^armi ces 
dogmes, les anciens Pères grecs ap- 
pelaient spécialement théologie ceux 
qui regardent Dieu en lui-même, sa 
nature, ses attributs ; c'est pour cela 
qu'ils appelaient l'évangéliste saint 
Jean, le théologien par excellence, 
parce qu'il a enseigné la divinité du 
Verbe plus clairement que les autres 
apôtres, et que c'est par là qu'il a 
coiiimencé son Evangile. Parla même 
raison saint Grégoire de Nazianze fut 
aussi surnommé le théologien, parce 
qu'il avait défendu avec beaucoup de 
force la divinité du Verbe contre les 
ariens. Dans ce sens les Grecs distin- 
guaient la théologie d'avec ce qu'ils 
appelaient Véconomie, c'est-à-dire la 
partie de la doctrine chrétienne qui 
traite du mystère de l'incarnation, 
de la rédemption du monde, etc. 

La théologie morale ou pratique est 
celle qui s'occupe à déterminer les 
devoirs que Dieu nous impose, et à 
montrer le vrai sens des préceptes de 
l'Evangile, qui traite des vertus et 
des vices, qui fait voir ce qui est 
juste ou injuste, permis ou défendu, 
qui erseigne aux fidèles leurs obli- 

(1) Voilà un deB pa69ac;es dans lesquels Borf:;ipr a 
tout l'oir d'être cartésien sur le prinuipe premier de 
eertitiide, quoi qu'en dise .M. Gousset dans les notes 
^08 oous supprimons. 

UNwB. 



THE 



gâtions dans les différents états; 
charges ou conditions dans lesquels- 
ils peuvent se trouver. Les théologiens 
moraux se nomment aussi casuistcs. 
Voyez ce mot. 

Qiielqnes ennemis de la religion 
n'ont pas rougi d'affirmer que la 
théologie a dénaturé les sciences et en 
a retardé les progrès ; nous avons 
fait voir le contraire aux mots Let- 
TRi-;s et Sciences iicmaines. 

Quant à la manière de la traiter» 
on distingue la théologie posiiive, la 
théologie scolastique et la théologie 
mystigue; il est bon de parler de 
chacune en particulier. 

pKUr.IER. 

THÉOLOGIE POSITIVE. C'est la 
méthode de prouver les vérités de la 
religion par l'Ecriture sainte et par 
la tradition ;elle suppose conséquem- 
ment la connaissance de la manière 
dont les dogmes révélés ont été 
attaqués par les hérétiques et dé- 
fendus par les Pères de l'Eglise ; on 
ne peut la posséder parfaitement 
sans savoir l'histoire ecclésiastique, 
sans avoir une notion des dill'éreutes 
hérésies qui se sont élevées successi- 
vement, sans être familiarisé avec les 
ouvrages des Pères. Puisque la doc- 
trine chrétienne est une doctrine 
révélée de Dieu, la théologie n'est 
point une science d'invention, mais 
de tradition ; par conséquent la théo- 
logie positive est la seule vraie théo- 
logie. C'est ainsi que les Pères, qui, 
après les écrivains sacrés, sont nos 
maîtres, l'ont traitée. Ils ne se sont 
pas bornés à prouver par l'Ecriture 
sainte les dogmes contestés ; mais ils 
ont fondé le vrai sens de l'Ecriture 
sur la manière dont elle avait été 
entendue dans l'Eglise depuis les 
apôtres jusqu'à eux, et dont die 
avait été expliquée par les apôtres 
qui les avaient précédés. Comme la 
plupart de ces saints personnages 
étaient recommandables par leur 
éloquence aussi bien que par leur 
érudition, ils n'ont pas négligé d'en 
faire usage, ils se sont servit des 
lettres humaines et des sciences pro- 
fanes pour la défense de nos saintes 
vérités. 

Aujourd'hui les ennemis de l'Eglise 



THE 



58 



THE 



catliolique ne sont pas moins habiles 
à traverser la doctrine des Pères qu'à 
tordre le sens de l'Ecriture sainte ; 
les tkéoUigiens sont dont obligés de 
cherchei également dans ces deux 
sources la véritable intelligence des 
dogmes révélés. Après dix-sept siècles 
de combats contre les adversaires de 
toute espèce, on doit comprendre de 
quelle immense étendue est la car- 
rière que doivent parcourir ceux qui 
se consacrent à l'étude de la théo- 
logie. 

Les monuments de la révélation 
sont écrits dans deux langues, dont 
l'une a cessé d'être vivante depuis 
deux mille cinq cents ans, l'autre ne 
fut jamais commune dans nos cli- 
mats. Dans toutes les disputes, les 
hérétodoxes, souvent incommodés 
par les versions, en appellent aux 
originaux, et nous sommes obligé 
de les consulter ; nous ne nous en 
jjlaindrions pas, s'ils se bornaient à 
exiger cette précaution. Mais lorsque, 
pour détourner le sens d'un passage 
et pour en esquiver les conséquences, 
ils ont recours à des subtilités de 
grammaire et de ci'itique, à des 
changements de ponctuation, aux va- 
riantes des manuscrits, à 1 ambiguïté 
d'un terme grec au hébreu, à la dif- 
férence des anciennes versions, etc., 
ils prouvent assez qu'ils sont bien 
résolus de n'être jamais convaincus ; 
mais il serait honteux pour uu théo- 
loijien de ne pas être aussi exercé à 
détendre la vérité qu'ils le sont à 
soutenir l'erreur. 

Un aoaveau genre de travail nous 
est sui'vsnu depuis environ un siècle. 
Pour attaquer la vérité de l'histoire 
sainte, les incrédules ont fouillé dauis 
les annales de tous les peuples et 
dans les écrits de tous les auteurs 
profanes ; il a donc fallu vérifier 
tous ces témoignages, en peser la 
valeur, les comparer à celui des au- 
teurs sacrés ; et ceux qui en ont pris 
la peine y ont souvent trouvé des 
avantages auxquels ils ne s'atten- 
daient pas. Pour renverser la chro- 
nologie de l'Ecriture sainte, on a eu 
recours aux calculs astronomiques, 
mais celte nouvelle tentative n'a pas 
mieux réussi aux incrédules que la 
précédeule. On a eatrepris de jus- 



tifier toutes les fausses religions, aux 
dépens de la nôtre; par un parallèle 
injurieux on nous a opposé les livres 
des Chinois, le Zend-Avesta de Zo- 
roastre, les Schasters des Indiens, 
l'Alcoran de Mahomet, les défenseurs 
du christianisme ont été donc obligé! 
d'entrer dans toutes ces discussions, 
et jusqu'à présent il ne paraît pas 
qu'ils y aient eu le dessous. 

A présent c'est la physique, l'his- 
toire naturelle, la cosmographie, dont 
on implore le secours ; après avoir 
interrogé lescieux, l'on des>.'end dans 
les entrailles de la terre, dans le sein 
des mers, dans les débris des vol- 
cans, pour y trouver des preuves de 
l'antiquité du monde et de la fausseté 
de la cosmographie des livres saints. 
On a forgé sur ce sujet des systèmes 
et des conjectures de toute espèce ; 
heureusement des physiciens plus 
sensés et plus habiles que les incré- 
dules ont renversé tous ces édifices 
frivoles, et ont fait voir que jusqu'à 
présent la narration des auteurs sa- 
crés n'a reçu aucune atteinte. Ainsi, 
grâce à l'opiniâtreté des incrédules, 
aucune science ne peut être désor- 
mais étrangère aux théologiens ; et, 
sans être obligés à aucune reconnais- 
sance, ils ont reçu de leurs adversai- 
res mêmes des armes pour les vaincre. 

Depuis que la théologie a fait de =i 
grands progrès, il peut être permis 
de proposer, sans prétention, un plan 
peut-être plus convenable et plus ré- 
gulier que celui que l'on a suivi jus^ 
qu'ici, pour former une tlœologie 
complète. Puisque c'est Dieu, ses at- 
tributs, ses desseins, ses opérations 
dans l'ordre de la nature et de la 
grâce, qui sont l'unique objet de cette 
science, il serait à souhaiter que le 
nom de Dieu fût à la tête de tous les 
traités tkcologiques . Ainsi l'on paille- 
rait, lo de Dieu en lui-même, de ses 
attributs, soit absolus, soit relatifs ; 
2° de Dieu créateur et conservateur, 
par conséquent de ses divers ouvra- 
ges ; 3° de Dieu législateur, rémuné- 
rateur et vengeur de ses diUérentes 
lois, soit naturelles soit positives; 
4° de Dieu Rédempteur et Sauvem'; 
titre qui comprendrait la mission de 
Jésus-Christ, ses divins caractères, et 
l'écoiiomie générale du christianisme; 



THE 



30 



TIIE 



S* de Dieu sanctificateur, et des 
mo)'ens que sa bonté emploie pour 
opérer ce grand ouvrage; 0° de Uieu 
dernière tiu de toutes choses. Il nous 
parait que l'on pourrait aisément 
pi icer sous ces titres divers tous les 
otijels dont les thènlogiens ont cou- 
tume de s'occuper. Mais ce n'est point 
k nous de prescrire do nouvelles mè- 
•diodes ; nous sommes fait pour re- 
cevoir la loi de nos maîtres, et non 
pour la leur donner. 

Dans un recueil de dissertations 
théologiques publié par Moslieim en 
1733, il y en a trois de ThcvloQO non 
contcntioso, et un discours de Jesu 
Christo unice theologo imitando. On y 
trouve de bonnes réflexions et des 
leçons très-sages; mais l'auteur lui- 
même ne les a pas exactement suivies. 
Il y montre tous les préjugés de sa 
secte; il y renouvelle des reproclies 
contre les théologiens catholiques dont 
on a cent fois démontré l'injustice; 
il y fait paraître une prévention in- 
curable contre les Pères de l'Eglise ; 
il tourne en ridicule le respect que 
nous avons pour eux. Le résultat de 
ses dissertations est qu'il faudrait 
qu'un théologien fût im ange exempt 
de tous les défauts de l'humanité. S'il 
y en eut jamais de tels parmi les lu- 
thériens, chose de laquelle il nous 
est très-permis de douter, ils ne res- 
semblaient guère aux fondateurs de 
la réforme. Plus d'une fois Moslieim 
a été forcé de convenir des «ccès 
dans lesquels ils sont tombés, et 
parmi les défauts qu'il a relevés, il 
n'en est aucun que l'on ne puisse 
leur reprocher avec justice. Il semble 
n'avoir fait son discours sur l'obliga- 
tion d'imiter Jésus-Christ, seul par- 
fait théologien, que pour prouver qu'il 
ne faut pas imiter les Pères. Certai- 
nement Jésus-Christ ne lui a donné 
ni cette leçon ni cet exemple ; ainsi 
la prière par laquelle il lui demande 
la çrâce de l'imiter ne parait pas 
avoir été exaucée. 

N'y a-t-il pas de l'indécence et du 
ifidicule à prêcher aux théologiens la 
douceur, la modération, la patience, 
le sang-froid dans les disputes, pen- 
dant que l'on s'étudie à émouvoir 
leur bile par d s impostures, par des 
«alomnies, par des sarcasmes san- 



glants? C'est ce que font tous les 
jours les protestants fidèlement copiés 
par les incrédules. Par ces exhorta- 
tions pathétiques, ils semblent nous 
dire : Soyez modérés, paisibles, doîix 
et patients, afin que nous puL'isions vous 
insulter et vous tourmenter impuné- 
ment. 

L'on peut dire, malgré tous les re- 
proches contraires, que si la théologie 
n'est pas encore portée au dernier 
degré de perfection, elle est du moins 
exempte, surtout dans l'université de 
Paris, de la plupart des déf.Tuts que 
l'on a reprochés aux théologiens sco- 
lastiques desquels nous allons parler. 

TUÉOLOGIE SCOLASTIOUE, mélliode 

d'enseigner la théologie ou de traiter 
les matières de religion, qui s'in- 
troduisit dans l'Eglise pendant le 
onzième et le douzième siècles. Elle 
consistait, 1» à réduire toute la théo- 
logie en un seul corps, à distribuer 
les questions par ordre, de manière 
que l'une pût contribuer à éclaircir 
l'autre, à faire ainsi du tout un sys- 
tème lié, suivi et complet; 2" à ob- 
server dans les raisonnements les rè- 
gles de la logique, a, se servir des 
notions de la métnjihysiquc, ii con- 
cilier ainsi, autant qu'il est possible, 
la foi avec la raison, et la religion 
avec la philosophie. Jusque-là cette 
mauière de procéder n'a rien de ré- 
préhensible, et l'im ne peut pas dire 
que, dans le onzième siècle, ces deus 
méthodes fussent absolument nou- 
velles. 

En effet, au septième siècle, sui- 
vant ce que dit Mosheim, Tayo de 
Saragosse avait tenté de réduire la 
théologie en un seul corps; saint Jeaa 
Daiuascène y réussit mieux au hui- 
tième, dans ses quatre 'livres de la foi 
orthodoxe, et il se servit, pour éclair- 
cir nos dogmes, de la philosophie 
d'Aristote. Longtemps avant lui nos 
anciens apologistes s'étaient attachés 
à faire voir que i)lusieurs vérités ré- 
vélées avaient été du moins confusé- 
ment aperçues par les meilleurs phi- 
losophes. 

Mais comme cet exemple n'avait 
pas été suivi par les théologiens la- 
tins, on regarde saint Anselme, ar». 
chevêque de Cautorbéry, mort l'aa 
1109, comme le iiremier qui ait 



THE 



60 



THE 



donné un système complet de théolo- 
gie. Lanfranc son maître, dans ses 
disputes contre Bérenger au sujet de 
l'eucharistie, avait montré la méthode 
de concilier nos mystères avec les 
principes de la philosophie. On pré- 
tend que l'ouvrage de saint Anselme 
fut surpassé par celui d'Hildebert, 
archevêque de Tours, mort l'an 1132, 
qui, sur la un du onzième siècle, 
donna un corps complet et universel 
de théologie. 

Mosheim convient que ces premiers 
auteurs ne tombèrent dans aucun des 
défauts que l'on a justement repro- 
chés à ceux qui sont venus après eux. 
Ils prouvèrent les vérités de la foi 
par des passages tirés de l'Ecriture 
saintj et des Pères de l'Eglise, et ils 
répondirent aux objections que l'on 
pouvait faire contre ces mêmes véri- 
tés par des arguments fondés sur la 
raison et la philosophie. //ist. eccZés., 
H« siècle, 2*^ part., c. 3, § 5 et 6. 

Malheureusement cet exemple ne 
fut pas suivi. Pierre Lombard, doc- 
teur de Paris, et ensuite évêque de 
cette ville, mort l'an M64, composa 
aussi un corps de théologie, dans le- 
quel il distribua les questions avec 
méthode; il rassembla sur chacune, 
des Sentences ou des passages de 
l'Ecriture sainte et des Pères ; c'est ce 
qui lui lit donner le nom de maître 
des Sentences. S'il est vrai qu'il ait 
copié l'ouvrage d'Hildebert, il ne fut 
pas aussi sage. On lui reproche d'a- 
voir traité beaucoup de questions inu- 
tiles et d'en avoir omis d'essentielles, 
d'avoir appuyé ses raisonnements sur 
des sens ligures ou allégoriques de 
l'Ecriture sainte qui ne prouvent rien, 
et d'y avoir mêlé sans nécessité une 
très-mauvaise philosophie. Son re- 
cueil est divisé en quatre livres, et 
chaque livre on plusieurs paragra- 
phes. Comme les écoles de théologie 
de Paris étaient des plus célèbres, 
les Sentences de Pierre Lombard de- 
vinrent un livre classique et firent 
oublier l'ouvrage d'Hildebert. Pen- 
dant longtemps les théologiens ne 
firent autre chose que des commen- 
taires iur le Maître des Sentences ; c'est 
ce qui' \ fait regarder comme le 
père (\c la théologie scolastique. 

Il n est ^ue trop vrai que, daos la 



suite, ses disciples enchérirent beau- 
coup sur ses défauts. Non-seulement 
ils traitèrent une infinité de questions 
inutiles, frivoles et souvent ridicu- 
les, mais ils poussèrent à l'excès les 
subtilités de la logique et de la mé- 
taphysique, ils préférèrent de prou- 
ver les dogmes de la foi par des 
maximes d'Aristote plutôt que par 
l'Ecriture sainte et par la tradition; 
ils forgèrent des termes barbares et 
inintelligibles pour exprimer leurs 
idées; plusieurs s'attachèrent à ren- 
dre toutes les questions problémati- 
ques, à soutenir le pour et le contre, 
afin de faire briller la subtilité de 
leur génie, etc. 

Dès le douzième siècle, plusieurs 
théologiens très-sensés, comme saint 
Bernard, Pierre le Chantre, Gauthier 
de Saint- Victor et quelques autres, 
s'opposèrent de toutes leurs forces 
aux progrès de la nouvelle méthode, 
et déclarèrent la guerre aux théolo- 
giens philosophes ; ils ne purent 
arrêter le torrent. Dans le siècle sui- 
vant, les sectateurs de Pierre Lom- 
bard avaient prévalu ; ceux qui 
s'attachaient à l'Ecriture sainte et à 
la tradition furent appelés doctores 
biblici, les autres se nommèrent doc- 
tores sentcntiarii; ceux-ci avaient 
toute la vogue et attiraient à eux la 
foule, pendant que les premiers vi- 
rent souvent leurs écoles désertes. 
Le désordre s'accrut au point que les 
souverains pontifes en furent alar- 
més ; Grégoire IX en écrivit de san- 
glants reproches aux docteurs de 
l'université de Paris, et leur ordonna 
rigoureusement d'en revenir à la mé- 
thode des anciens. Du Boulay, Hist. 
Acad.. Paris, t. 3, p. 129. 

Nous ne devons donc pas être 
étonnés des déclamations qui ont été 
faites contre les théologiens scolasti- 
ques, non-seulement par les protes- 
tants qui ont évidemment exagéré le 
mal, mais par plusieurs écrivains 
catholiques. Plusieurs ont confondu 
mal à propos les vices, les défauts, 
les travers personnels de quelques 
théologiens avec la méthode même, 
qui était susceptible de correction, 
puisqu'elle a été corrigée c%. elfet. 
Mais nous n'avouerons pas aux pro- 
testants que ce sout eux qui ont 



THE 

opéré cette révolution; elle était 
commencée longtemps avant la nais- 
sance de leur prétendue réformation. 
Au quatorzième siècle, Nicolas de 
Lyra, le cardinal Pierre Dailly, Gré- 
goire de Rimini, etc. ; au 15", Gerson, 
Tostat,"le cardinal Bessarion et d'au- 
tres, ne ressemblaient plus aux sco- 
lastiques du 13°, où s'étaient formés 
Wiclef et Luther, que l'on nous vante 
comme des hommes d'un mérite su- 
périeur et comme des savants du 
premier ordre, sinon dans les écoles 
de théologie telles qu'elles étaient de 
leur temps? Le dernier, dès qu'il 
parut, trouva des antagonistes qui en 
savaient pour le moins autant que 
lui, et qui pouvaient le lui disputer 
dans tous les genres d'érudition. 

Aussi plusieurs écrivains très-ca- 
pables d'en juger ont-ils fait l'apolo- 
gie de la théologie scokistique. « Ce 
» qu'il y a, dit Bossuet, à considérer 
» dans les scolastiques et dans saint 
» Thomas, est ou le fond ou la mé- 
» thode. Le fond, qui sont les dé- 
» crets, les dogmes, les maximes 
» constantes de l'école, ne sont autre 
» chose que le pur esprit de l;i tradi- 
» tion des Pères; la métliode, qui 
» consiste dans cette manière con- 
» tentieuse et dialectique de traiter 
» les questions , aura son utilité, 
» pourvu qu'on la donne non comme 
» le but de la science, mais comme 
» un moyen pour y avancer ceux 
» qui commencent; ce qui est aussi 
7) le dessein de saint Thomas, dès le 
» commencement de sa Somme, et ce 
» qui doit être celui de ceux qui sui- 
» vent sa méthode. On voit aussi par 
» expérience que ceux qui n'ont pas 
> commencé par là, et qui ont mis 
1» tout leur fort dans la critique, sont 
• sujets à s'égarer beaucoup lors- 



» qu'ils se jettent sur les matières de 
» la théologie. Les Pères grecs et la- 
» tins, loin d'avoir méprisé la dialec- 
» tique, se sont servis souvent et 
» utilement de ses définitions, de 
» ses divisions, de ses syllogismes, 
» et, pour tout dire en un mot, de 
» sa méthode, qui n'est dans le fond 
» que la scolastiquc. » Défense de la 
tradition et des saints Pères, 1. 3, 
c. "20. Si ce fait avait besoin de 
preuve, on pourrait le confirmer par 



61 THE 

l'exemple de saint Jean Damascène, 
qui lit un traite lie logique afin d'ap- 
prendre aux thc-iiogiens à démêler les 
sophismes des hérétiques, et par l'o- 
pinion de Barbeyrac, qui prétend 
que saint Augustin est le père de la 
scolastiquc; Tniilé de la morale des 
Pérès de l'Eglise, préf. p. 38 et 30. 
Leibnitz, protestant plus modéré que 
les autres, n'a pas imité leur préven- 
tion contre les scolastiques , voici 
comme il s'en explique ; « J'ose dire 
» que les plus anciens scolastiques 
» sont fort au-dessus de quelques 
» modernes, en pénétration, en soli- 
» dite, en modestie, et agitent beau- 
» coup moins de questions inutiles. » 
Il cite pour exemple la secte des no- 
minaux. « Les scolastiques ont X^chê 
• d'employer utilement jiour le chris- 
» tianisme ce qu'il y avait de passa- 
» ble dans la philosophie des païens. 
» J'ai dit souvent qu'il y a de l'or 
» caché dans la boue de la barbarie 
» scolastique, et je souhaiterais que 
» quelque habile homme versé dans 
» cette philosophie eût l'inclination 
» et la capacité d'en tirer ce qu'il y 
» a de bon; je suis siir qu'il trouve- 
» rait sa peine payée par de belles et 
» importantes vérités. » Esprit, de 
Leilmitz, t. 2, p. 44 et 48. 

Quand on est capable d'en juger 
sans prévention, l'on ne peut pas 
nier que la scolastique ne nous ait 
rendu un très-grand service ; nous lui 
sommes redevables de l'ordre et de 
la méthode qui régnent dans nos 
compositions modernes, et que nous 
ne trouvons pas dans les anciens. Dé- 
finir et expliquer les termes, pos'er 
des principes desquels tout le monde 
convient, en tirer les conséquences, 
prouver une proposition, résoudre 
les objections, c'est la marche des 
géomètres : elle est lente, mais elle 
est sûre ; elle amortit le feut de 
l'imagination, mais elle en prévient 
les écarts ; elle déplaît à un génie 
bouillant, mais elle satisfait un es- 
prit juste; les hérétiques et les in- 
crédules la détestent, parce qu'ils 
veulent déraisonner en liberté, sé- 
duire et non persuader. 

Si du moins ils étaient d'accord 
avec eux-mêmes, on pourrait exiuiser 
leur prévention, mais d'un côté ils 



TITE 



62 



THE 



Llàmont les nnciens auleiirs ecclé- 
siastiques , parce qu'ils munquoQt 
rî'ordie, de méthode, de précision, et 
ils censurent les smlastiques, parce 
que ceux-ci en ont trop à leu'-gré; 
ils leur rept'ochent d'avoir négligé 
l'Ecriture sainte et la tradition, et, 
quand nous leur opposons l'une et 
l'autre, ils tordent la première et 
rejettent la seconde. Que faudrait-il 
pour les contenter? Un peu de la lo- 
gique de l'école ne serait pas ici de 
trop. 

Cependant si l'on veut juger du 
mérite d'un discours ou d'un traité 
écrit avec art, dans un style brillant 
et séduisant, il faut nécessairement 
en faire l'analyse, et cette analyse 
n'est autre chose que la forme scolas- 
tiqite. Si, avant de le composer, l'au- 
teur n'a pas commencé par en dres- 
ser le canevas , l'on peut déjà 
présumer qu'il a fait des phrases et 
rien de plus. Si l'ouvrage est consi- 
dérable, nous voulons ou une analyse 
exacte des livres et des chapitres, ou 
une table raisonnée des matières, qui 
nous mette en état de voir au pre- 
mier coup d'oeil ce qu'il contient; 
c'est encore le réduire à la forme 
scolastique. Que l'on dise, si l'on veut, 
que ce n'est là que le squelette de 
l'ouvrage, qu'ainsi la scolastique n'é- 
tait que le squelette de la théologie; 
nous pourrons en convenir, mais sans 
cette charpente, l'ensemble ne peut 
avoir ni corps ni solidité. 

Fra-Paolo, proir.^Lant sous l'habit 
de moine, et son commentateur, au- 
tre apostat, ont trouvé mauvais qu'au 
lieu de condamner les hérétiques, le 
concile de Trente n'ait pas commencé 
par condamner les scolastiques, qui 
avaient fait de la philosophie d'Aris- 
totc le fondement do la religion chré- 
tienne, qui avaient négligé l'Ecri- 
ture, qui avaient tourné tout en 
problème, jusqu'à révoquer en doute 
s'il y a un Dieu, et à disputer égale- 
ment pour et contre : Hist. du conc. 
de Trente, I. 2, § 71, note 98. Il est 
évident que ce trait de satire est une 
pure calomnie. Il suffit d'ouvrir la 
Somme de saint Thomas, pour voir 
que, quand il s'agit d'un dogme, ce 
saint docteur ne manque jamais 
d'auportcr en preuve des passages de 



l'Ecriture et des Pères, avant d'y 
ajouter des raisonnements philoso- 
phiques. Or, on sait quel degré d'au- 
torité ce grand théologien a toujours 
eu parmi les scolastiques ; le très- 
grand nombre Font suivi comme 
leur maître et leur modèle. Lors- 
qu'ils ont mis en question s'il y a un 
Dieu, ce n'est pas qu'ils en aient 
douté, ni pour tourner cette question 
en problème : c'était au contraire 
pour la prouver et pour résoudre les 
objections des athées ; et parce qu'ils 
ont rapporté ces objections, il ne 
s'ensuit pas qu'ils ont disputé pour 
et contre. On suit encore aujourd'hui 
cette méthode dans les écoles; il y a 
autant de démence que de malignité 
à la blâmer. Si parmi la foule des 
scolastiques il y en eut quelques-uns 
qui poussèrent trop loin l'entêtement 
pour Aristote et pour sa dialectique, 
comme Abailard et ses disciples (!}, 
ils furent condamnés; nous avons vu 
qu'au treizième siècle Grégoire IX 
censura cet e.xcès ; mais il ne régnait 
plus du temps du concile de Trente; 
il n'y avait donc aucune raison de le 
proscrire de nouveau. Ce saint con- 
cile a fondé ses décisions sur l'Ecri- 
ture et sur la tradition, et non sur 
l'autorité d'Aristote. 

Pendant plusieurs siècles le nom 
de scolastique a signifié un docteur, 
un homme chargé d'enseigner, éco- 
Idtre en est la traduction; dans la 
plupart des chapitres cette fonction 
a passé au théoloyal. 

Behcier. 

THÉOLOGIE MYSTIQUE. Ceux qui 
en ont traité disent que ce n'est point 
une habitude ou ime science acquise, 
teUe que la théologie spéculative, mat" 
une connaissance expérimentale, ut 
goût pour Dieu qui ne s'acquiert poin, 
et qu'on ne peut obtenir par soi- 
même, mais que Dieu communique 
à une âme dans la prière et dans la 
contemplation. C'est, disent-ils, un 
état surnaturel de prière passive, 
dans lequel une âme qui a étoulféen 
elle toutes les all'ections terrestres, 
qui s'est dégagée des choses visibles, 
et qui s'est uccoutumèc à converser 

(I) AbailorJ sulvil plulAt Platon qn'.Vrittote. 



TilE 



63 



THE 



dans le ciel, est tellement élovt'o par 
le Seigneur, que ses puissances sont 
lixées sur lui sans raisonnement et 
sans images corporelles représentées 
par l'imagination. Dans cet état, par 
une prière tranquille, mais très-fer- 
vente, et par une vue intérieure de 
l'esprit, elle regarde Dieu comme une 
lumière immense, éternelle, et, ravie 
en extase, elle contemple sa bonté 
infinie, son amour sans bornes, et 
ses autres perfections adorables. Par 
cette opération, toutes ses alfections 
et toutes ses puissances semblent 
transformées en Dieu par le pur 
amour; ou cette âme reste tranquil- 
lement dans la prière d« la foi, ou 
elle emploie ses affections à produire 
les actes enflammés de louange, d'a- 
doration, etc. 

Par cette description même on nous 
fait entendre que cet état n'est pas 
aisé à concevoir, et qu'il faut "l'avoir 
éprouvé pour s'en former une juste 
idée. L'on ajoute qu'il ne faut ni le 
rechercher, ni le désirer, ni s'y com- 
plaire, parce ju'une pareille disposi- 
tion conduirait à l'orgueil et jetterait 
dans l'illusion. 

Nousne doutons pasque Dieu, pour 
récompenser les vertus et la ferveur 
de certaines âmes, leur fidélité à son 
service et leur constance à s'occuper 
uniquement de lui, ne puisse les éle- 
ver à ce haut degré de contempla- 
tion, et qu'il n'ait accordé en effet 
cette grâce à plusieurs saints. Mais il 
faut avouer aussi que les dispositions 
du tempérament, la chaleur de l'ima- 
gination, un mouvement secret d'or- 
gueil, certaines maladies même, ont 
pu persuader faussement à plusieurs 
personnes qu'elles étaient parvenues 
à cet état sublime, et que les direc- 
teurs les plus habiles peuvent être 
quelquefois sujets à s'y tromper. 
Voyez Contemplation, Extase, Orai- 
son MENTALE, etC. 

Laissons donc de côté les opéra- 
tions merveilleuses delà grâce, puis- 
qu'elles sont au-dessus de nos faibles 
conceptions; bornons-nous à justifier 
la vie contemplative en elle-même, 
la conduite de ceux qui s'y livrent, 
leurs principes, leurs maximes, leur 
langage qui est la théologie mystique: 



on peut le faire sans donner lieu îi 
aucune erreur ni àaucim abus. 

Il est aisé de comprendre que cette 
thi'ologie no pont pas plaire aux jini- 
teslants. Comme ils ont inlérèl lii; 
persuader que la doctrine de JAs.il» 
Christ, ou lo vrai christianisme, 
commencé à dégénérer dés le secou(i 
siècle, et que le mal est allé toLijoui"s 
en empirant jusqu'à la naissance de 
la réformation qu'ils y ont faite, ilj 
ont cru trouver une des causes de 
cette corruption dans les imaginations 
de la théoloijie Mystique, et ils se sont 
donné carrière pour la couvrir de ri- 
dicule. Mosheim en particulier, dans 
son Histoire c}ifcllenne et dans son 
Histoire ecclésiastique, n'a rien né- 
gligé pour y réussir. Il n'i'st [iresque 
pas un seul siècle sous lequel il n'ait 
lancé des inveclives contre la vie des 
contemplatifs; il l'appelb^ mélancolie, 
clémence, fanniisme , exlruvai/mice , 
délire de l'imagination, etc. On est 
]iresque tenté de douter s'il n'a pas 
été lui-même atteint de la maladie 
dont il a voulu guérir les autres. 

Avant d'examiner l'histoii'e satiri- 
que qu'il en a faite, voyons si les prin- 
cipes et les motifs qui ont dirigé la 
conduite des contempbilifs, sont aussi 
chimériques et aussi mal fondés qu'il 
le prétend. Nous croyons les trouver 
dans l'Ecriture sainte; et puisque les 
protestants ne veulent point d'autre 
preuve, nous avons de quoi les satis- 
faii'c. 

1° Jésus-Clui.-~t dit dans l'Evangile 
qu'il faut toujours prier, et jamais 
se lasser, Luc, c. 18, i^ 1. Il a con- 
firmé cette leçon par son exemple; 
nous lisons qu'il passait les nuits cn- 
lières à prier, cap, 6, ^ 12. Lorsqu'il 
demeura pendant quarante jours et 
pendant quarante nuits dans le désert, 
nous présumons qu'il employa prin- 
cipalement ce temps à la prière et à 
la contemplation. Pondant la nuit 
qui précéda sa passion, il se retira, 
suivant sa coutume, dans le jardin et 
sur la montagne des Oliviers; il y 
recommença sa prière jusqu'à trois 
fois, il reprit ses apôtres de ce qu'ils 
ne pouvaient veiller et prier pendant 
une heure avec lui. Malt., c. 26 il' 44; 
Luc, c. 22, y 39. Saint Paul répète 



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64 



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«ux tidèles les leçons de notre divin 
Maître ; il les exhorte à prier en tout 
temps, à multiplier leurs oraisons et 
leurs d {mandes, à veiller et à prier 
surtout en esprit, Ephes., c. 6, t IS; 
à prier sans relâche, I Thess., c. 5, 
y il; Aom., c. 12,^ 11; à joindre les 
veilles et les actions de grâces à leurs 
prières, Coloss., c. 4, ^ 2; à prier 
jour et nuit, I Tim., c. 5, -jt îi. 11 
faisait lui-même ce qu'il prescrivait 
aux autres, 1 Thess., c. 3, f 10. Saint 
Pierre tient le même langage, Epist. 1 , 
C. 4, ^ 7. 

2° Quant à la manière de prier, 
Jésus-Christ nous enseigne à recher- 
cher la solitude : pour le faire, il se 
retirait dans les lieux déserts, Luc, 
c. 5, t 16 ; il allait sur les montagnes, 
c. 6, f 12; c. 9, i^ 28; il priait dans 
le silence de la nuit. « Lorsque vous 
» voulez prier, dit-il, entrez dans 
>) votre chambre, fermez la porte, et 
» priez votre Père en secret, » Matth., 
c. 6, f 6. 

3° Il nous fait entendre que la prière 
intérieure, la prière mentale est la 
meilleure, puisqu'il dit : « Lorsque 
» vous priez, ne parlez pas beau- 
» coup. «Matth., c. 6, 5^ 7. Saint Paul, 
de son côté, nous donne la même 
instruction : « Priez en tout temps 
et en esprit; » E^phes., c. 6, f 18. 
» Je prierai et je louerai le 'Seigneur 
> intérieurement et en esprit, » I 
Cor.,c. 14, f 15. 

i" L'Ecriture nous apprend encore 
que la prière doit être accompagnée 
du jeûne : c'est l'avis du saint homme 
Tobie, c. 12, ^ 8. L'Evangile fait lé- 
lûge d'Anne la propbétesse, qui ne 
sortait pas du temple, qui s'exerçait 
à la prière et au jeûne le jour et la 
nuit, Luc, c. 2, j^ 37. Nous ne répé- 
terons pas la foule des passages que 
nous avons cités à l'art. Mortifica- 
tion, dans lesquels Jésus-Christ et 
les apôtres font l'éloge de la vie 
retirée, austère, pénitente et mor- 
tiliée. 

5" S'il était besoin de consulter 
«neore l'ancien Testament, nous y 
Terrions que les psaumes de David 
sont remplis d'exhortations à la 
prière, non-seulement à la prière 
vocale, mais à la prière mentale, à 
la prière de l'esprit et du cœur, à la 



méditation et à la contemplation ; que 
ces leçons divines sont confirmées 
par les exemples de David lui-même, 
de Tobie, de Judith, de Daniel et des 
autre» prophètes, aussi bien ^ue par 
ceux de saint Jean-Haptisti?, d'Anne 
la prophétesse, des apôtres dans le 
Cénacle, du centurion Corneille, etc. 

Nous ne demandons pas si le» 
protestants trouveront des explica- 
tions et des subterfuges, pour tordre 
le sens de tous ces passages et pcjr 
en esquiver les conséquences, ils 
n'en manquent jamais; mais nous 
demandons si les chrétiens du second 
et du troisième siècles, qui n'étaient 
pas aussi habiles, ont eu tort de 
prendre l'Ecriture à la lettre, et 
d'en conclure, i" qu'une vie consa- 
crée en grande partie à la prière est 
agréable à Dieu ; 2o que la meilleure 
prière est l'oraison mentale, la mé^ 
ditation ou la contemplation ; 3° que 
comme il est à peu près impossible 
d'y être assidu dans le monde, il vaut 
mieux se retirer dans la solitude poyir 
y vaquer avec plus de liberté ; 4» qu'il 
ifaut joindre à la prière une vie aus- 
tère et mortifiée. S'ils se sont trom- 
pés, c'est Jésus-Christ, ce sont les 
apôtres et les autres écrivains sacrés 
qui les ont induits en erreur, comme 
le soutiennent les incrédules. S'ils 
ont eu raison, il y a de l'impiété à 
déclamer sans aucune retenue contre 
les ascètes, les anachorètes, les moines, 
et contre tous les contemplatifs. 

Leibnitz, plus sensé que le com- 
mun des protestants, ne blâme point 
la théologie mystique. « Celte théologie, 
» dit-il est à la théologie ordinaire à 
» peu près ce qu'est la poésie à l'élo- 
» quence, e'est-à-dire elle émeut da- 
» vantage ; mais il faut des bornes 
» et de la modération en tout. » 
Esprit de Leibnitz, iom. 2, p, 51. 
Pour les autres qui ont eu peur san» 
doute d'être trop émus parle langage 
de la piété et de l'amour de DieUj 
ils n'ont pas poussé les réfl( nions si 
loin, ils ont trouvé plus aisé d'avoir 
recours au ridicule, aux n l'Aeries, 
aux sarcasmes, et d'objecter de pré- 
tendus inconvénients. Si tout Icmonde 
embrassait la vie sùlitaire et contem- 
plative, que deviendrait la société? 
Nous avons déjà rApondu plus d'une 



THE 



65 



THE 




fois que la Providence y a pourvu ; 
Dieu a tellement diversifié les talents, 
les goûts, les inclinations, les voca- 
tions des hommes, qu'il n'est jamais 
à craindre qu'un trop prand nombre 
•embrassent un genre de vie extraor- 
dinaire." 

Mais la question est toujours de 
savoir si Dieu n'a pas pu donner à 
un certain nombre de personnes du 
goût et de l'attrait pour la vie con- 
templative, et s'il n'a pas pu récom- 
penser par des grâces particulières 
celles qui ont été fidèles à suivre cette 
vocation de Dieu, qui se sont occu- 
pées constamment à méditer ses per- 
fections, à exciter en elle le feu de 
son amour, à étouffer toutes les af- 
fections qui auraient pu affaiblir ce 
sentiment sublime, tant exalté par 
saint Paul. Nous défions nos adver- 
saires de le prouver jamais. 

Après ces préliminaires, nous pou- 
vons examiner en sûreté les imagi- 
nations de Mosheim. 

Il rapporte l'origine de la théologie 
mystique au second siècle et aux 
prir:cipos de la philosophie d'Ammo- 
nius, qui sont les mêmes que ceux de 
Pytliagore et de Platon. Comme 
ceux-ci ont vécu longtemps avant 
Jésus-Christ, il en résulte déjà que 
cette théologie est plus ancienne que 
le christianisme. Aussi Mosheim sup- 
pose que les esséuiens et les théra- 
peutes en étaient déjà imbus, et que 
Philon le juif a contribué beaucoup 
à la répandre. Elle était d'ailleurs, 
dit-il, analogue au climat de l'E- 
gypte, où la chaleur et la sécheresse 
de l'air inspirent naturellement la 
mélancolie, le goût pour la solitude, 
pour l'inaction, le repos et la con- 
templation. Il déplore les consé- 
quences pernicieuses que cette dis- 
position des esprits a produites dans 
la religion chrétienne. Ilist. christ., 
sœc. 2, §35; Hist. eccles., sœc.2,part. 
2, c. 1, §12. Nous avons réfuté toutes 
ces visions aux mots Ascètes, Ana- 
CEouÈTES, Moine, Mortification, Pla- 
tonisme, etc. Il est bien ridicule de 
supposer que le commun des chré- 
tiens du second et du troisième siècles 
étaient des savants et des philosophes 
imbus des principes de Platon, d'Am- 
CQonius et de Philon, et qu'ils les ont 
XI. 



suivis plutôt que l'Ecriture sainte 
il ne restait plus à Mosheim qn'l 
dire, comme quelques incrédules 
que Jésus-Cbrist lui-même et sor 
précurseur étaient prévenus def 
mêmes erreurs, qu'ils n'ont fait qu'i- 
miter les esséniens et les thérapeutes. 

A l'époque du troisième siècle, 
il prétend qu'Origène adopta le sen- 
timent de ces philosophes, qu'il la 
regarda comme la clef de toutes les 
vérités révélées, qu'il y chercha les 
raisons de chaque doctrine ; il ima- 
gina, comme Platon, que les âmes 
avaient été produites et avaient pé- 
ché avant d'être unies à des corps, 
que cette union était un cliàliment 
pour elles, que pour les faire retour- 
ner et les unir ;i Dieu, il fallait les 
détacher de la chair et de ses incli- 
nations, les purilior par des austéri- 
tés, parle silence, par la prière, par 
la contemplation. Sur cette fausse 
hypothèse, Mosheim prête ii Origèua 
un plan de théologie qu'il a forgé lui- 
même, et dont l'absurdité est révol- 
tante, Ilist. christ., sœc, 3, § 29; 
Hist. ecclesiiist . , 3 sœc, 2 part., c. o, 
.§ 1. Si Origêne en était véritablement 
l'auteur, il faudrait le regarder non- 
seulement comme un visionnaire in- 
sensé, mais comme un apostat du 
christianisme. 

Heureusement il n'en est rien. 

I ° Il est faux que ce Père ait re- 
gardé le système de Platon comme 
la clef de toutes les vérités révélées. 
Après avoir proposé l'opinion de ce 
philosophe touchant la préexistence 
des âmes, de Princip., 1. 2, c. 8, il 
dit, n. 4 : « Ce que nous venons de 
» dire, qu'un esprit est devenu um 
» âme, et tout ce qui peut tenir à 
» cette opinion doit être, soigneuse- 
» ment examiné et discuté par le lec- 
» teur : que l'on n'imagine pas que 
» nous l'avançons comme un dogme, 
» mais comme une question à traiter 
» et comme une recherche à faire. » 

II le répète, n. 5. 2° Origène a for- 
mellement admis le péché originel, 
Homil. 8 in Levit., n. 4, Homil. 12, 
n. 4; Contra Cels., 1. 4, n. iO; Ho- 
mil. 14mLucrtm; Comment, in Epist. 
ad Rom., 1. 5, pag. 546 et 547. Il a 
pensé que ce péché avec sa peine a 
passé dans tous les hommes, parco 

5 



THE 



66 



THE 




que toutes les âmes étaient renfer- 
mées dans celle d'Adam, opinion in- 
compatible avec celle de Platon. 
3° II fonde la nécessité de mortifier 
la chair, non sur la raison qu'eu don- 
naient les platoniciens, mais sur celle 
qu'en apporte saint Paul, savoir, que 
les inclinations de la chair nous 
portent au péché, et il cite à ce sujet 
plusieurs passages de cet apôtre, 
Comment, in Epist. adRom.,l. 6, n. 1. 
4° Origène a eu, pendant sa vie et 
après sa mort, des partisans et des 
ennemis, des accusateurs et des apo- 
logistes ; ni les uns ni les autres ne 
l'ont regardé comme l'auteur ou le 
propagateur de la théologie mystique ; 
Mosheim le sait-il mieux qu'eux ? 
0° D'autres critiques ont attribué 
cette invention à Clément d'Alexan- 
drie, sans lui prêter pour cela toutes 
les rêveries que Mosheim vent mettre 
surle compte d'Origène.Son prétendu 
plan de la théologie de ce Père est 
donc faux à tous égards. Voyez Ori- 
gène. 6° Enfin il se réfute lui-même, 
en disant que les esséniens et les 
thérapeutes avaient puisé leurs prin- 
cipes dans la philosophie orientale, 
que les solitaires et les moines n'ont 
fait que les imiter, Hist. christ. Pro- 
leg., c. 2, § 13. ' 

Au quatrième siècle, suivant son 
opinion, les philosophes éclectiques 
ou les nouveaux platoniciens de 
l'école d'Alexandrie cultivèrent la 
théologie mystique sous le nom de 
science secrète. Un fanatique impos- 
teur, qui prit le nom de saint Denis 
l'Aréopagite, la réduisit en système 
et en prescrivit les règles. Notre cri- 
tique déplore de nouveau les erreurs, 
les superstitions, les abus que cette 
prétendue science introduisit dans le 
christianisme ; Hist de l'Eglise, qua- 
trième siècle, 2» part., c. 3, § 12. 

Nous répondons qu'il n'y avait 
rien de commun entre la science se- 
crète des éclectiques, fondée sur un 
paganisme grossier, et la théologie 
mystique des docteurs chrétiens, si ce 
n'est quelques termes ou quelques 
expressions que les premiers em- 
pruntèrent du christianisme pour 
tromper les ignorants. A cette époque 
la religion chrétienne était établie 
non-seulement chez les Arabes, chez 



les Syriens, les Arméniens et les 
Perses, mais eu Italie, en Espagne, 
sur les cotes d'Afrique, dans les 
Gaules et en Angleterre, Nous fera- 
t-on croire que les platoniciens d'A- 
lexandrie ont envoyé des émissaires 
dans ces différentes régions, dont les 
langues leur étaient étrangères, pour 
y répandre leurs principes et leur 
science secrète, pour y introduire 
les superstitions et les abus dont Mos- 
heim prétend qu'elle a été la cause? 
Nous persuadera-t-on que Lactance, 
Julius Firmicus Matemiis, Eusèbe et 
Arnobe, qui dans ce siècle ont écrit 
contre les philosophes païens, qui 
en ont combattu les principes et 
les conséquences, qui ont démon- 
tré les absurdités, les superstitions, 
les abus auxquels la doctrine de 
ces rêveurs avait donné lieu, et qui 
n'ont pas mieux traité Platon que 
les autres, ont cependant vu de 
sang-froid introduire dans le chris- 
tianisme ces mômes abus sans en 
témoigner aucun regret ai aucun 
étonnement? Voilà le phénomène 
absurde que les protestants ont en- 
trepris de prouver. Aux mots Eclec- 
tisme et Platonisme, nous en avons 
déjà fait voir la fausseté, et nous 
avons réfuté la savante dissertation 
de Mosheim sur les troubles préten- 
dus que les nouveaux platoniciens 
ont causés dans l'Eglise. 

Il est fort incertain si les ouvrages 
du faux Denis l'Aréopagite ont été 
faits au quatrième siècle, puisqu'ils 
n'ont été connus que deux cents ans 
après. Cet écrivain ne peut être traité 
d'imposteur, à moins qu'il n'ait pris 
lui-même le surnom d'Aréopagite, et 
qu'il ne se soit donné pour disciple 
immédiat de saint Paul. On prétend 
qu'il l'a fait dans une lettre qui se 
trouve à la suite de ses traités sur la 
théologie mystique; mais cette lettre 
peut être supposée ou int«*rpolée. Il 
n'est pas de l'intérêt des protestants 
de regarder cet auteur commi fort 
ancien, puisque, dans ses livres de la 
Hiérarchie ecclésiastique, il représente 
la discipline et les usages de l'Eglise, 
tels à peu près qu'ils sontaujonrd'hui. 
Mosheim renouvelle au v» siècle, 
3* part., c. 3, § H, ses plaintes et 
ses invectives coatrA la multitude de 



TIÎE 



67 



TIIE 



moines contemplatifs qni ■fiiTaient la 
société des Ijouimes et qui s'exté- 
nuaii ut le corps par des macérations 
excessives; celle peste, dit-il, se ré- 
panditde loules parts. Ce n'était donc 
plus la -chaleur de l'almusphère ■ de 
l'Egypte qui produisait cetteconta- 
gion. Elle avait déjà pénétré chez les 
Latins, puisque Julien Pomère, abbé 
et professeur de rhétorique à Arles, 
écrivit un traité de Vita contempla- 
tiva; et bientôt elle gagna les pays 
du Nord. Voyez Mortification, Stt- 

LITES, etc. 

Notre sévère censeur avait oublié 
ces faits, lorsqu'il a dit qu'au neu- 
vième siècle les Latins n'avaient pas 
encore été séduits par les charmes 
illusoires de la dévotion mystique, 
mais qu'ils le fuient, iorsqu'en 824 
l'empereur grec Michel le Bègue en- 
voya à Louis le Débonnaire une copie 
des ouvrages de Denis l'Aréopagite, 
IX' siècle, 2° part., c. 3, § 12. Il est 
cependant certain qu'au sixième et 
au septième les moines des Gaules et 
de l'Angleterre étaient pour le moins 
aussi appliqués à la vie contemplative 
que ceux du neuvième et du dixième. 

Un des abus que ce critique fait 
remarquer dans les théologiens du 
douzième est leur affectation de re- 
chercher dan* i'Ecriture sainte des 
sens mystiques, et d'altérer ainsi la 
simplicité de laparole de Dieu, 2^ part. , 
c. 3, g 5. Mais les lettres de saint 
Barnabe et de saint Clément, disciples 
des apôtres, sont toutes remplies d'ex- 
plications mystiques et allégoriques 
de l'Ecriture sainte, Mosheim lui- 
même le leur a l'eproché comme un 
défaut; ils exhortent les lidèles à la 
méditation et à la mortification : 
étaient-ils platoniciens? Il reconnaît, 
§ 12, que les mystiques de ce même 
siècle enseignaient mieux la morale 
çue les scolastiques ; que leur dis- 
eoTits était tendre, persuasif et tou- 
eUaht; iqne leurs sentiments sont sou- 
vent beaux et sublimes, mais qu'ils 
éèriVariènt' sans méthode, et qu'ils 
mêlaient souvent la lie du platonisme 
avec les vérités célestes. Fausse ac- 
cusation. S'il y eut au douzième siè- 
cle un excellent maître de théolo- 
gie mystique, c'est incontestablement 
»aint Bernard; mais il puisait ses le- 



çons dans l'Ecriture sainte, et no» 
d.ms Platon; ce philosophe était pro- 
fondément oublié pour lor.<, les sco- 
lastiques mêmes ne connai.ssaieni 
qu'Aristote. «, 

Au XTn°, 2» part., c. 3, § 9, notre 
historien s'adoucit un peu à l'égard 
des mystiques ; comme il avait dit 
beaucoup de mal des scolastiques, il 
a su bon gré aux premiers de leur 
avoir déclaré la guerre, d'avoir tra- 
vaillé à inspirer au peuple une dévo- 
tion tendre et sensible, de s'être fail 
goûter au point d'engager les scolas- 
tiques il se réconcilier avec eux. Mats 
.samt Thomas d'Aquin ne fut jamaii 
dans ce cas; pendant toute su vie it 
sut alher à une étude assidue la piété 
la plus pure et la plus tendre, et il 
eul au plus haut degré le talent de 
l'inspirer aux autres. Mosheim parle 
à peu près de même des mystiques a« 
quatorzième; il semble leur accordof 
la victoire au quinzième et au com- 
mencement du seizième, parce qu'a- 
lors la barbarie et le philosophisme 
des scolastiques avaient beaucoup 
diminué, comme nous l'avons remar- 
qué en parlant d'eux ; mais ce cea- 
seur malicieux n'onblie jamais d» 
lancer contre les premiers quelque 
trait de haine et de mépris. 

Enfin l'on vit éclore ii cette époque 
la brillant(! lumière de laréformation, 
et l'on sait les elfcts qu'elle produisit; 
elle étoufla la piété jusque dans s» 
racine, en décréditant toutes les pra- 
tiques qui peoTent la nourrir, en oc- 
cupant tous les esprits de controver- 
ses théologiques, en allumant daui 
tous les cœurs le feu de la haine A 
de la dispute. Tout le monde voulsfe 
lire l'Ecriture sainte, non pour y re- 
cevoir des leçons de morale et de 
vertu, mais pour y trouver des armes 
offensives contre l'Eglise calholiqn^ 
et le moyen de soutenir toutes sortes 
d'erreurs. Vainement, après tous ce» 
orages, quelques protestants, hon- 
teux de l'anéantissement de la piétS 
parmi eux, ont voulu la ranimer ; ik 
ont été forcés de faire bande à part;^ 
comme ils agissaient sansy ;êçle' <S 
qu'ils marchaient sans boussole, ton» 
ont donné dans h» fanatisme ; tels o* 
été les quakers, les piétisles, les mé- 
thodistes, les hernhutes, etc., et toat 



THE 



68 



THE 



sont regardés par les aiilres protes- 
tants comme des insensés. 
, Ilf alffictent de supposer contre 
tonte vérité que les solitaires, les 
moines, les religieuses, se sont uni- 
quement voués à la contemplation, 
«ju'ils ont mené une vie absolument 
cisive et inutile. Il est constant que 
les anciens solitaires, à la réserve 
d'un très-petit nombre, ont joint à la 
prière et à la méditation ie travail 
des mains; ils ont cultivé des déserts, 
et ils son; rtis de leur retraite toutes 
les fuis qu ■ ;es besoins et le salut du 
prochain l'ont exigé. Ils ont converti 
des nations barbares, et c'est ainsi 
qu'ils ont humanisé et policé les 
p^^uplos du No-rd. Dans les siècles d'i- 
trnorance ils ont cultivé les lettres et 
les sciencps, et ce sont eux qui les 
ent conservées en Europe. Tous les 
instituts, qui se sont formés depuis 
cinq cents ans, ont eu pour principal 
objet l'utilité du prochain ; mais les 
fondateurs ont compris qu'il était im- 
possible de conserver la constance, 
le courage, les vertus nécessaires 
pour remplir constamment les devoirs 
pénibles et souvent rebutants, à moins 
que l'on ne s'occup;\t beaucoup de 
Dieu, et que l'on en obtînt des grâces 
dans la prière, dans la méditation, 
dans de fréquentes réflexions sur soi- 
même, etc. Ils se sont doue proposé 
de réunir la vie contemplative à une 
vie très-active et très-laborieuse. En- 
core une fois, il y a de la frénésie à 
les blâmer, à les calomnier à les 
tourner en ridicule. Voyez Moine, etc. 
Bergier. 

THÉOLOGIE (la) et LE MOUVE- 
MENT INTELLECTUEL DEPUIS UN 
SIÈCLE [Théol. mixt. philos, mor ) — 
Les grands théologiens du treizième 
siècle, Albert le Grand, saint Thomas 
d'Aqiiin, Roger Bacon, Raymond 
Lulle et res autres n'avaient point 
séparé la théologie de la philosophie, 
des Sciences, et des arts; la science 
humaine leur avait apparu comme 
indivisible, et tous avaient été des 
encyclopédistes, des génies uni- 
versels qui rattachaient la théologie 
à tout, et tout à la théologie. Une 
métaphysique à la fois sacrée et 
profane était l'âme de leurs études et 



de leurs connaissances, et ils ne ro 
culdient devant aucune des applica- 
tions scientifiques, politiques, litté 
raires, artistiques et industrielles, of 
ce guide universel les conduisait. N» 
voit-on pas saint Thomas d'Aquin 
par exemple, le plus grand de toui 
comme théologien, citer à tout in 
stant Aristote (te philosophe) et aasâ 
Platon, à côté de la Bible, dans l'éta 
blissement de ses thèses ? Ne le voit- 
on pas professer, en même temps, 
dans plusieurs universités la théologie, 
la philosophie, qui chez lui n'en 
diffère point, et les sciences pro- 
fanes de son temps? Ne tiouve-t-oa 
pas dans ses oeuvres deux volumes 
in-folio de science et d'art purs, ins- 
pirés au savant, qui n'est [loint, en 
lui, inférieur au théologien philo- 
sophe, par les Galion otlcs.Vvicenne? 
Sa physique est étoîiiiantL' par la pro- 
fondeur de ses vues sur la matière et 
la force, sur les lois du motivaricnt ;- 
il y résume les travaux d'Arislole, 
des Alexandrins et des Arabes. Sa 
météorologie est aif niveau lu |ilus 
élevé de la science do son temps, et 
s'il y a dans ses théories des erreurs 
sur les comètes, sur les étoiles filan- 
tes, sur les sources et le reste, c'est 
à son époque qu'il faut les attribuer, 
nullement à son génie ni à sa mé- 
thode. Sa minéralogie nous donne 
les aperçus les plus curieux sur le» 
destinées futures de l'industrie hu- 
maine ; elle nous annonce, par 
exemple, que cette industrie dont la 
source est dans le mot de Dieu à 
l'homme, son image : domine la 
terre, fabriquera des pierres artifi- 
cielles qui imiteront les pierres pré- 
cieuses avec tant de perfection que 
les yeux y seront trompés; on y 
trouve des indications de procédés 
par lesquels on peut, en colorant le 
cristal, imiter l'émcraude, la topaze, 
le saphir, le rubis, etc., etc., et l 'au- 
teur relie toutes ces choses à la théo- 
logie. 

Si nous ouvrons les volumes in-fcSo 
des Albert leGrand, des R. Bacon, des 
R. Lulle, des V. de Beauvais, nous y 
trouvons un mélange pareil de la théo- 
logie au mouvement intellectuel philo- 
sophique, scientifique, littéraire, artis- 
tique et industriel; nous y trouvons ce 



THE 



mélangR avec un développenifnt 
beaucoup plus grand encore du coté 
profane. Albert le Grand, à propos 
des six jours de la création, fait une 
encyclopédie complète dans laquelle 
n'est oubliée aucune des sciences de 
son temps ; et il se montre sur tous 
les points bien en avant des connais- 
sances de ses contemporains. Roger 
Bacon, dans ses "fccberches scienti- 
fiques est d'une pénétration prophé- 
tique qui étonne lorsqu'il annonce 
les progrès futurs de l'esprit humain 
et les conquêtes de l'iudustrie; il 
prédit les télescopes, les ponts sus- 
pendus et les chemins de fer. Ray- 
mond Lulle rattache toutes les cun- 
naissances sacrées et profanes à son 
grand art, clé universelle qui ouvre 
à l'esprit toutes les portes. Il en est 
de même de Vincent aeBeauvaiset des 
autres génies de ce grand siècle des 
moines. Nousnepouvonsapercevoir en 
eux aucune tendance à faire absorber 
la science humaine par la théologie, ou 
àfaire taire l'une devant l'autre ;nous 
ne voyons chez eux tous, à commencer 
par l'ange de l'école, que des efforts 
heureux d'harmonisation de la phi- 
losophie et de son brillant cortège 
des sciences et des arts, avec la science 
théologique, sans asservissement réci- 
proque. Pour saint Thomas d'Aquin, 
les vérités axiomatiques de raison 
valmt en certitude les vérités de 
révélation; il mettes deux de niveau, 
et les pose à la fois comme bases de 
ses argumentations. 

C'est ainsi que se comportèrent la 
théologie et la science humaine dans 
ce treizième siècle de l'Eglise, un de 
ceux dont le génie de l'homme doit 
être le plus lier, un de ceux qui pla- 
nent et planeront à jamais sur l'his- 
toire de l'esprit. 

'Mais dans les siècles suivants se fait 
peu à peu un changement considéra- 
ble dans la marche des idées ; la théo- 
logie s'élève à des prétentions exagé- 
rées à mesure que la science humaine 
tend à prendre un plus grand essor; 
les découvertes des énigmes du Créa- 
teur vont venir avec Copernic et les 
autres; et la théologie voudra que la 
philosophie avec sou escorte, ne soit 
que sa servante et s'arrête à des fron- 
tières qu'elle délimitera yriorique- 



69 THE 

ment. Les vérités et les certitudes, de 
quelque ordre qu'elles soient, ne sont 
j)as servantes les unes des autres-, 
elles sont des sœurs libres dans leurs 
méthodes respectives, étant, comme 
le dit le concile du Vatican, des tilles 
du même Dieu, source commune d« 
toute vérité. Elles doivent se dévelop- 
per parallèlement sans asservis- 
sement de l'une à l'autre. Il est 
seulement nécessaire, comme le 
dit encore le concile du Vatican, 
qu'elles se trouvent d'accord et dans 
une parfaite harmonie; quand la con- 
tradiction semble se montrer, c'est 
que le progrès de l'esprit n'a point 
atteint son terme et qu'il reste à trou- 
ver le point de rencontre soit d'une 
part soit de l'autre, soit du côté de 
l'épanouissement scientitique, soit du 
côté de l'exégèse théologique. La théo- 
logie n'eut donc pas, devant la science 
envahissante, la prudence qui aurait 
tout sauvé ; elle voulut lui poser des 
entraves. Qu'arriva-t-il? 

Descartes, gêné dans ses allures, 
dit à la théologie : Votre domaine, 
c'est la foi; je crois avec vous et 
comme voue, je ne m'insurge en rien 
contre vos enseignements; mais je 
ferai, sans mettre le pied dans votre 
sanctuaire, de la philosophie, de la 
science et le reste en toute liberté. Et 
Descartes mit sagement à exécution 
son projet. Jamais esprit ne fut, au 
fond, plus hardi que celui-là sans en 
prendre les airs. Pour avoir son pas 
hbre dans le naturel et dans le pro- 
fane, il les sépara du sacré, et relégua 
par ià même le sacré dans une sorte 
de prison. Aussi est-ce à partir de Des- 
cartes que la science humaine se di- 
late, creuse, invente par la spéculation 
hypothétique, invente par l'observa- 
tion baconienne, et nous fait apparaî- 
tre tout un monde nouveau. 

Mais que se passait-il par devers 
la théologie durant ce travail de l'es- 
prit humain ? La théologie, refoulée 
dans son sanctuaire, acceptait l'isole- 
ment, se déblayait du profane, se fai- 
sait science spéciale et laissait aller le 
monde. Quelques génies luttèrent 
pourtant avec une puissance et un 
éclat sans égal contre cette délimita- 
tion ; ce furent les génies théolo- 
giens philosophes du dix-septièma 




TJIE 



70 THE 



I 



«iècle, les Leibuitz, les Malebranclie, 
les Fénelon, les Bossuet ; et ils arrê- 
tèrent pour un emps la séparation 
qu'avaif lancée Descartes par réac- 
tion cf/itreles /)rétentions excessives 
de 1? IhéoloQit, ; c'est à ce travail de 
conciliation aes deux forces quenous 
devons les splendeurs du grand siècle 
littéraire ; mais 1 elan.dansle sens de 
l'isolement était donné, et était par- 
tagé par les théologicns^proprement 
dits. 

Vient le dix- huitième siècle : la. sé- 
parations'acoentue ; et Bergier faisant 
sapartie^de théologie pure, dans une 
même œuvre, à côté des encyclopé- 
distes qui font toute la partie philo- 
sophique, scientifique, littéraire, po- 
litique, artistique , industrielle , et 
tcouventifacilement moyen de démo- 
lir, dana leurs spéciuliiés qu'ils ont 
soin de dépasser, tout ce iqu'.édifie 
Bergier dans la sienne, Bergier di- 
soBSrnous, représente, aussi bien 
qae possible, la séparation profonde 
«ntre le sacré et lé profane ; il y a 
plus que séparation ; il y a anti- 
thèse ; l'espEit philc>sophico-«cientir 
fiqueiel l'espriti théologiqne ensont 
Tenus, dèsle temps de 'Bergier, à se 
présenter devant le monde en en- 
aemis ; cesonldéjà.deui. partis ir- 
léconcillables. 

Depuis Icffs, .c'est -à-dira depuis un 
siècle, que s'est-il passé? Une reprise 
de l'alliancedes deuxforcesa élé ten- 
tée, sur le terrain du seutimenlet de 
Tart, dans le mouvementromunlique 
de la première moitié du dix-neu- 
vième siècle, provoqué par Ghâteau- 
Èrhind ; mais bientôt, ce mouvement 
ï/est amorti, et nous, retmnbans, du- 
rant ce troisième quart de notre 
siècle, an positivisme voltairien 
excédant de beaucoup celui de Vol- 
taire, et constituant plus que jamais 
la séparation qui nous préoccupe. 

Or, dans celte séparation radicale 
etià toHt.pointde vue, quelle est la 
part de luthéologief quelle «stla part 
iui Biouvemeiit humain? 

Quand nous y pensons, nous som- 
BieT effrayé ; nons voyons la tMolugie 
aocapter son isolcmeut et devenir de 
plu* en plus CDinmc' une sauvage qui 
o'a.pas droit di' cité; nous voyons le 
monde ettoulas'sesforceë, les sciea.- 



tifiques et les industrielles surtout, 
se développer avec I une exubérance 
envahissante ; et nous voyons les 
esprits considérer ce développement 
comme essentiellement négatif de U 
métaphysique et de la théologie'. 
Que ferons-nous? en venimerons-noua 
cette plaie, pour notre part, en ne 
faisant comme les autres, selon la 
tradition devenue -classique, que de la 
thùi'.ogie pure? Nous ne sommes pas 
quelque chose et nous n'avons rien 
de ces génies qui planent sur les 
siècles. C'est un malheur; mais au 
moins nous avonsassezdecœuret as- 
sez d'idée jiour voie le danger ; or nous 
ne négligerons aucune des occasions 
quinousseront offertes, de lutteravec 
notre impuissance contre cette ten- 
dance du mouvement intellectuel de 
notre temps à faire, de la théologie, 
selon le désir célèbre de Frédéric de 
Prusse, nii hibou. Nous ferons les 
Harmonii» de la raison et de la. foi : 
nous ferons les Droits de lu raison' 
danalafoi, et nous. aurons. au. moins 
la satisfaction de voir, un jour, 
l'idée foudamentale de ces ouvrages 
élevée par le concile du Vatican au 
nombre des dogmes. Nous nous insr 
crirons en fau.\ contre la rage, impie 
qui menace d'emporter l'esprit hu- 
main aux abimes en divisant ce que 
Dieu a uni, ce cjui est;mettre la mort 
où était la vie. 11 y aura, au moins 
une'pinme, toute faible qu'clla puisse 
être, qui protestera, pratiquement, 
dans notre époque, contre les Prou- 
dhonien faveur de-la tluiohgie et do la 
métaphysique, qui leur rattachera 
tout le mouvement humain etjusT 
qu!au mouvement industriel, et qui, 
par-un mélange des choses humaines 
aux choses divines essaiera > de rap- 
peler le treizième siècle. Nou-^ forons 
selon noS'forces, avec les sciences mo- 
dernes et. leurs applLciilions, ce qus 
tirent les Albert le Grand et les Tho- 
mas d'Aqii in avec les sciences de leur 
temps et leurs applications. Si ces 
grands-hommes vivaient, que diraibut- 
ilsen voyant la tlùologie séquestrée de 
la sorte ? Us penseraient ce que nous 
pensons ; ils diraient : Civilisons la 
théologie; christianisons la philoso- 
phie et sa brillante escorte dus 
scieacasetdes arts; et ils le feraient 



TDE 



71 



THE 



avec la puissance du génie. Nous 
n'avons point celte puissance; nous 
l'avons dit quelque part : Si nous 
sommes ;op fort pour être un dis- 
ciple, nous sommes trop faible pour 
ètie lin maîlre. Mais chacun ne doit 
au monde que ce qu'il a reçu de 
Dieu; nous lui donnerons ce que 
nous avons reçu, et nous serons 
quitte envers Dieu et envers le 
monde. 

Une occasion nouvelle s'est pré- 
sentée i>our nous, celle de reprendre 
précisément le théologien français 
du dix-huitième siècle à théologie 
■pure, et de l'approprier au mouve- 
ment intellectuel de notre époque ; 
nous l'avons saisie avec empresse- 
ment, nous engageant même, par 
contrat, à improviser en deux ans un 
travail énorme de douze gros volumes 
in-8 à deux colonnes en petits carac- 
li'res; et nous nous sommes dit : 
Réagissons de notre mieux oontre 
l'isolement dans lequel le monde a 
poussé la théologie. Le concile du 
Vatican, parsa constitution Dei filius, 
semble nous y inviter ; ouvrons à la 
théologie les portes du monde ; ou- 
vrons au monde les portes de la 
théologie; que rien, autant que pos- 
sible, ne soit oublié ; que l'œuvre 
soit encyclopédique ; que la philo- 
sophie, la science, la politique, l'art, 
l'industrie elle-même viennent, dans 
cette œuvre, embrasser la théologie, 
se réconcilier avec elle en s'épurant ; 
que les deux forces s'attèlent au 
même char qui est celui du bien-être 
naturel et surnaturel de l'humanité, 
et cela en dépit du monde et malgré 
Satan qui dispose sa tactique en vue 
de les séparer de plus en plus. Oui, 
nous parlerons de tout, n'en déplaise 
aux théologiens qu'une mauvaise ha- 
iitude à laquelle on les a formés, a 
rendus spécialistes en leur manière, 
tfea Jépiaise au mouvement du de- 
."ors qui prétend les murer dans la 
prison qu'ils ont acceptée. Quelle in- 
;luence 'ihristianisatrice peuvent-ils 
exercer., avec un tel système? Sans 
négligin- la théologie pure, que nous 
'('produirons* telle que Bergier l'a 
faite, ivec des notes correctives, et 
que nous enrichirons de dissertations 
importantes ou d'exposés que cet au- 



teur avait négligés, nous ferons, Si 
côté de celte théologie pure, la théo- 
logie historique qui, au point de rue 
de l'histoire, rayonnera aussi sur 
toutes les matières; nous ferons sur- 
tout la théologie mi.rtc, qui s'occupera 
de philosophie, de sciences, d'art, 
d'industrie, Il suffirait , pour nous 
donner le droit de l'aire entrer dans 
notre œuvre tous les épanouissements 
de cette dernière, de la parole adres- 
sée par la révélation antique à 
l'homme, « image de son créateur » : 
« Domine la terre et tout ce qui se 
meut dessus. » Nous mettrons donc, 
à côté des articles de théologie pure 
du premier auteur, des articles de 
toute nature, tantôt pour faire ad- 
mirer la richesse du créateur, et 
confirmer l!,s démonstrations de 
l'existence d(i Dieu, base de tout en 
théologie, tantôt pour montrer com- 
ment la prophétie antique se réalise 
peu à peu et marche de plus en plus 
vers son accomplissement total, encore 
très-éloigné; tantôt pour attirer l'at- 
tention du théologien sur ce qui se 
passe en dehors de son sanctuaire et 
le mettre à même de tenir sa partie 
dans toute conversation mondaine, 
sans qu'il ait besoin d'autres études 
spéciales que la lecture de notre en- 
cyclopédie Ihéologique à dimensions 
restreintes ; tantôt pour faire res- 
sortir des rapports plus ou moins 
ignorés entre les principes dogmati- 
ques ou moraux de la théologie et 
le développement des connaissances 
humaines; tantôt pour réfuter des 
attaques injustes. En un mot, il ne 
sera pas une matière qui ne puisse 
faire l'objet d'un article nouveau. 
Oui ! nous parlerons de tout, même 
de la puce et de la punaise parmi le» 
produits du génie de Dieii, même de 
la brouette et du ballon parmi les 
produits du génie de l'homme. Nou» 
aiipellcrons les réllexions de l'esprit 
sur l'instrument original inventé par 
une imagination thôologique et reli- 
gieuse en accomplissement,' tardif en 
apparence, du commandement de 
Dieu, subjicite terram ; nous ferons 
ressorlir, à l'occasion de cette banale 
originalité, la supériorité de l'homme 
sur l'animal auquel le positivisme de 
notre temps prétend l'assimiler. Quel 



THE 



72 



THE 



animal inventerait la brouette ? Nous 
rappellerons à l'industrie humaine 
qu'elle n'aura réalisé le prxsit vola- 
tilibus mli que le jour où elle se 
sera frabiqué des ailes artilicielles 
avec lesquelles elle volera dans les 
airs comme l'oiseau. Quiconque ne 
concevra pas le motif profondément 
théologique qui nous fera écrire ces 
petits articles et une foule d'autres de 
même espèce, n'entrera pas dans la 
pensée de notre plan général, et il en 
prouvera, par sa critique même, l'im- 
portance et l'utilité. Celui-là fera crier 
bravo au positiviste du siècle, lui fera 
dire : Vous voyez que j'ai raison, quand 
je dis que la théologie n'est qu'un oi- 
seau de nuit. 

Oh ! s'il nous était donné plus de 
temps et d'espace, si nous pouvions 
faire 24 volumes au lieu de 12, c'est- 
à-dire sextupler le Bergier primitif, 
au lieu de le tripler à peu près, nous 
en ferions bien d'autres, de ces sortes 
d'articles à double coup. 

Nous savons que nous courons la 
chance, plus encore à cause de la lar- 
geur même de notre plan, qu'à cause 
des imperfections d'exécution qui ré- 
sulteront nécessairement d'une im- 
provisation aussi rapide jointe à notre 
faiblesse, personnelle d'être repoussé, 
d'une part, par les théologiens, trop 
nombreux hélas ! aujourd'hui, àl'es- 
prit étroit, et, d autre part, d'être mé- 
prisé par le monde; s'il en est ainsi il 
nous sera démontré que l'humanité 
est encore plus malade que nous ne 
l'avions cru ; et alors, notre désola- 
tion sera grande de voir la théologie 
s'enfermer de la sorte dans sa cha- 
pelle, sans s'occuper de ce qui se 
passe dehors ; aussi bien que de voir 
le mouvement intellectuel du monde 
s'épandre sur la terre n'ayant que des 
dédains pour la pauvre séquestrée ; et 
nous n'aurons, pour nous consoler,que 
la ressource de pouvoir dire au moins 
à ces multitudes de lettrés qui rient 
du clergé et de la théologie : Voyez ce 
Bergier nouveau; voilà ce qui vous 
réfute; cjuand on donne aux prêtres 
un tel aliment sous l'étiquette : Dic- 
tionnaire de théologie, ne fait-on pas 
mentir toutes vos accusations? 

Le Noib. 



THÉOPASCHITES. Voyez Patripas- 

SIENS. 

THÉOPHANE le Byzantin [Théol. 
hist. biog. et bibliog.) — 11 est pro- 
bable que ce continaateur de la Chro- 
nographie de Georges Syncelle, son 
ami, naquit vers l'an 748. Il était 
hlsd'lsaac, gouverneur de l'île d'Egée. 
Sa vie fut celle d'un saint. Il fonda un 
couvent dans les environs de Cyzique 
eten devint vraisemblablement l'abbé. 
11 assista au second concile de Nicée 
en 787. Sous le règne de Léon l'Ar- 
ménien, l'iconoclaste, il fut persécuté. 
L'empereur l'apprla, tout vieillard 
inOrme qu'il fût, àConstantinople; il 
s'y rendit avec peine; on essaya de 
le séduire par la douceur puis de le 
vaincre par les menaces : il fut iné- 
branlable. Le tyran le fit déporter 
dans File de Samosate où il mourut 
vingt trois jours après, vers 820. Il 
n'avait commencé la suite de l'his- 
toire de Syncelle que dans les com- 
mencements du neuvième siècle. 

« La Chronographie de Théophane 
(Xfovoypaifia.,) dit M. Kerker, com- 
mence au moment où s'arrête Syn- 
celle, c'est-à-dire au règne de Dio- 
clétien. Théophane avait longtemps 
résisté à la prière que lui avait ad- 
dressée son ami pour qu'il continuât 
son œuvre; il la mena jusqu'au 
commencement du règne de Léon 
l'Arménien. 

» Théophane dit, dans la préface, 
qu'il a continué l'histoire de son ami 
jusqu'au règne de Michel Curopalate 
et de son lils et corégent Théoph)'- 
lacte (an 803). C'est pourquoi les 
Bollandistes présument que ce qui suit 
fut ajouté par un autre ; car la Chro- 
nographie, telle qu'elle est dans les 
nouvelles éditions, contient encore 
la chute de l'empereur Michel Curo- 
palate, l'élévation de Léon l'Arménien 
et les événements des premières an- 
nées de son règne. 

» Cette hypothèse est vraisem- 
blable, parce que le npoc'|xiov, dans 
lequel Théophane s'exprime, comme 
nous l'avons dit, sur l'extension de 
son ouvrage, ne semble avoir été 
écrit qu'après la clôture de la Chro- 
nographie. Théophane se sert pour 
sa chronologie de Fère alcxaudriue. 



THE 



73 



THE 



jui, comparée au calcul dionysien, 
préwnte, pour les temps chrétiens, 
lin retard de huit ans. On a voulu 
jonclure de cette circonstance que 
Théophanc n'est pas l'auteur de la 
Chronographie, attendu que, ayant 
été par sa naissance si près de la 
cour de Constantinople, Une se serait 
pas servi d'une autre ère que celle 
qui était en usage parmi les Byzan- 
tins (i). Mais on répond que l'Eglise 
et les moines, auxquels appartenait 
Tlièophane avaient alors l'habitude du 
sompter d'après l'ère alesandrine{2). 
» Quant au travail lui-même, on 
en critique le style vulgaire et gros- 
sier, encore plus l'ordre, qui entraîne 
Théophanc à d'inutiles répétitions ; 
on lui reproche de= inexactitudes de 
dates et de lieux, qui produisent ^des 
erreurs graves (3). 
, » Cette critique atteint encore da- 
vantage les tableaux chronologiques 
qui accompagnent une partie du 
texte, et qui renferment chaque fois, 
dans des rubriques particulières l'an- 
née du monde, de la naissance de 
Jésus-Christ, de l'empereur, du roi 
de Perse, des califes arabes, qui, 
après les Perses, dominèrent en Pa- 
lestine ; enfln la série des cinq pa- 
triarches et les dates qui les concer- 
nent. Ces tableaux sont remplis de 
faits erronés et hasardés. Hensché- 
nius et Papebroch ont, par ce motil^ 
refusé de les attribuer à Théophanc, 
dans VExegesis i^rsetimmaris de la 
chronologie qui précède le tome III 
des Acta Sanctorum Martii, et ont sou- 
tenu qu'un inconnu s'est emparé du 
manuscrit laissé par Théophanc, s'est 
permis de le compléter et de farcir 
d'une manière si maladroite de 
chiffres chronologiques les lignes tra- 
cées, mais non remplies par l'au- 
teur. » Le Noir. 

THÉOPHANIES, nom que l'on a 
donné autrefois à VEpiphanie ou à la 
fête des rois; on l'a nommée aussi 
Théopsie. et ces deux noms signifient 

(1) Voir OndtD Commentar. de Script, eccl., 
l. Il, s. V, Thcophan. 

[l] Cf. Acttt Sanctor.. éd. BoIljiDd., in XII 
Jlait. Comment, histar., § 1, n. 6. 

(3) Voir Cave, .Srript, ectjei. hislw. litler,, 
Baiil., 1741, t. 1, p. Ml. 



également apparition ou manifestation 
de Dieu. V. Im'iphanie. 

Les païens étaient persuadés que 
leurs dieux se montraient quelquefois 
à eux, soit en songe, soit dans les 
mystères; et ils appelaient cette fa- 
veur théopni: ; vue des dieux. Quelques 
savants ont aussi pensé que les Grecs 
et les Egyptiens ont admis des Ihéu- 
phanies dans un autre sens; ils ont 
cru qu'un de leurs grands dieux, Ju- 
piter, par exemple, s'était en quelque 
manière incarné dans un roi de laèle 
qui s'attribua ce nom, voulut eu 
avoir tous les honneurs, et les obtint 
de la crédulité des peuples. Par cette 
supposition l'on parvient assez heu- 
reusement à concilier les actions de 
Jupiter, roi de Crète, avec celles de 
Jupiter, dieu. Il y a là-dessus doux 
savants mémoires dans le recueil de 
l'Acad. des Inscript., tom. CC, iu-12, 
pag. 62. Ce n'est point à nous de 
juger si ce sentiment est bien ou mal 
fondé; cette question no tient en rieu 
à la théologie. Nous craignons cepen- 
dant que, contre l'intention de l'au- 
teur, les incrédules n'en prennent 
occasion de dire que la croyance de 
l'incarnation du Fils de Dieu n'est 
qu'une ancienne imagination des 
païens. D'autre part, siits païens ont 
véritablement cru aux thcophanies, 
c'a été peut-être une des raisons pour 
lesquelles Uieu n'a point révélé for- 
mellement et clairement aux anciens 
Juifs le mystère de l'incarnation fu- 
ture. Bergier. 

THÉOPHILANTHROPISME(le) 

{Théol. hist. sect.} — Ce culte philo- 
sophique fut fondé en I7f)li par Jean- 
Baptiste Chemin-Dupontès né en 
17CI, au moyen d'un Manuel des 
théophilanthropes qu'if publia ; il fut 
secondé par Dupont de Nemours, 
Bernardin de Saint-Pierre et la Ré- 
veillère-Lépeaux qui en fut le plus 
ardent apôtre. Ce dernier qui était 
l'un des membres du Directoire, ob- 
tint pour l'exercice de son culte une 
salle du petit hôpital de Sainte- 
Catherine, dans la rue Saint-Denis. 
« Cette salle, dit M.Gams, contenait 
une table couverte de bouquets de 
fleurs et de gerbes de blé. Dupontès 
prêchait ; il enseignait la doctrine de 



i:: 



If 



TIÏE 



74 




^'1 




l'immortalité, qui renferme l'idée 
d'un Dieu récompensant le bien, 
punissant le mal. Après le sermon, 
des musiciens aveugles chantaient 
un hymne au Père de l'univers, à la 
Raison suprême, au Bienfaiteur in- 
connu de l'aveugle humanité. Cet 
hymne avait déjà servi à la fête de 
l'Être suprême, en l'794. Quelques 
jours après cette lète, les nouveaux 
sectaires s'étaient réunis, avaient 
nommé un comité directeur de trois 
membres, avaient adopté un Manuel, 
et résolu de célébrer leur culte tous 
les décadis. 

» Leur religion était un déisme 
mêlé de panthéisme. L'Année reli- 
gieuse de Chemin-Dupontès est un 
recueil de fragments tirés des œuvres 
de Confucius, Zoroastre, Théognis, 
Féiielon, Voltaire, Rousseau, long, 
Franklin, destinés à être lus du haut 
lie la chaire les jours de fête; il 
ne contient rien de l'Évangile, à 
cause de la profonde haine que les 
nouveaux adeptes portaient au Chris- 
tianismc. Chaque père defamille était 
prêtre dans sa maison. Le père fonc- 
tionnant àl'autelse nommuit lecteur; 
il portait une robe bleu deciel, allant 
du cou jusqu'aux talons, une cein- 
ture rose etun pardessus blanc ouvert 
pardevant. Les prêtres de la nouvelle 
religion présidaient à la naissance, 
au mariage et à la mort. On portait 
le nouveau-né, accompagné de ses 
parrain et ■ marraine, au milieu de 
l'assemblée. Le lecteur, s'adressant à 
la personne qui portait l'enfant, lui 
disait : « Vous promettez devant 
Dieu et les hommes d'apprendre à 
K.', dès l'aurore de sa raison, à adorer 
Dieu, à aimer le prochain, à se ren- 
dre utile à la patrie? » Le parrain 
répondait : « Je le promets. » On fai- 
sait un sermon, on chantait on 
hymne ; on frottait de miel les lèvres 
de l'enfant, en disant : « Sois doux 
comme le miel des abeilles. » Des 
philanthi'opes de prOMUce voulurent 
frotter les lèvres de l'enfant dégelée 
de groseille ; ils consultèrent sur 
cette grave question le comité de 
Paris, qui leur envoya un commis- 
saire pour maintenir l'unité du culte. 

» Quant au mariage, après quel- 
ques phrases adressées aux époux. 



THE 

qu'on entourait de fleurs et de ru- 
bans, on faisait un discours, onchan- 
tait.un hymne au dieu de l'hyménée. 

» On procédait avec moins de cé- 
rémonies à l'ioliumation, des morts. 

)j Quatre jours de 1' nnéc étaient 
dédiés aux quatre saisons ; il y avait 
en outre des fêles consacrées à la 
jeunesse, aux époux, à la reconnais- 
sance, àragrjculture,à la- souverainetS 
du ])enpie. etc., etc. 

» Les théophiianUiropes deman- 
dèrent et obtinrent quatre églises 
dans Paris. En 1798, au mois de 
nïars, ils réclamèrent Notre-Dame ; 
on leur accorda le chœur, l'orgue, et 
le trône épiscopal comme tribune. 
Leur culte dui^ ainsi pendant deux 
ans. En 1799, La Réveillère ayant 
donné sa démission de membre du 
Directoire, le théophilanthrapisme , 
dont il était resté le chef, tomba avec 
lui. Un arrêté des consuls, du 12 ven- 
démiaire an X (3 octobre 1810), in- 
terdit à la secte le droit de se réunir 
dans des édifices publics et mit ainsi 
fln à son existence^» Le Noie. 

THÉOPHILE (saint) évêque d'An- 
tioche, fut placé sur ce siège l'an 
168, et mourut vers l'an 190; c'est 
l'un des plus savants Pères de 
l'Eglise du second siècle. 11 ne nous 
reste' de lui que trois livres à Auto- 
lique, qui sont une apologie de la reli- 
gion chrétienne et une réfutation du 
paganisme. L'auteur y fait grand 
usage des poètes et des philosophes 
païens; il démontre l'absurdité de 
leur doctrine, la vérité, la sagesse, la 
sainteté de celle de l'Evangile. Cet 
ouvrage se trouve à la suite de ceux 
de saint Justin, de l'édition des bé- 
nédictins. Saint Théophile en avait 
fait plusieurs autres, dont il ne reste 
que quelques fragments, et dont il y 
a lieu de regretter la perte ; il est le 
premier qui se soit servi du mot de 
Trinité pour désigner les trois per- 
sonnes divioes. Ce Père a été accusé 
mal à propos d'avoir e.mployé des 
expressions favorables à Tarianisme; 
Bullus, dom Le Nourry, dom Prudent 
Marand, éditeur de saint Justin, et 
d'autres ont fait voir que sa doctrine 
est très-orthodoxe. Voyez Tillemont, 
t. 3, p. 88 ;D. Ceillier, tom. 2, p. 103; 



THE 



75 



TUE 



Vies des Pères et des Martyrs , toni. i i , 
p, 695, etc. 

11 ne faut p;is confondre ce. saint 
évêque d'Antioohe avec Théophile, 
patriarche d'Alexandiùe, oncle et pré- 
décesseur de saint Cyrille: celui-ci 
n'a vécu qu'au quatrième siècle, et il 
se rendit célèbre par son aversion 
contre la doctrine d'Origène. 

Bergieb. 

THÉOPHYLACTES(T/icoZ. hist. 

biog . et bibliog .) — Ce théologien, qui 
passa pour le plus savant de son 
temps, fut le précepteur du lils de 
l'empereur Michel Ducas, Constantin; 
il devint, enl078, archevêque d'Acha- 
ris en Bulgarie. On a de lui des com- 
mentaires sur les petits prophètes, 
sur les évangiles, sur les actes des 
apôtres et sur les épitres aposto- 
liques, ainsi que des lettres et des 
discours. 

Le Nom. 

THÉOPHRASTE {Théol. hist. biog. 
et bibliog.) — Ce philosophe de l'an- 
tiquité grecque, né aÉrèse, ville de 
L'île de Lesbos, fut disciple de Platon 
puis d'Aristote, et succéda à ce der- 
aiervers l'an 322, avant Jésus-Christ. 
Il fut surtout botaniste. La plupart 
de ses livres sont perdus; il nous 
reste de lui trois œuvres également 
remarquables à divers titres : Un Traité 
des pierres, c'est de la minéralogie ; 
une Histoire des plantes digne du dis- 
ciple de l'historien des animaux ; et 
ses Caractères, œuvre d'esprit et de 
morale, dont la Bruyère nous a don- 
né en français une traduction qui 
est une imitation délicieuse. Ce lut 
Théophraste qui conserva les œuvres 
d'Aristote; celui-ci, obligé defuir, les 
'.ai avait confiées. 

Le Noir. 

THÉRAPEUTES, nom, formé du 
grec eepaTtéuu, qui signifie également 
guérir et sei-vir; par conséquent l'on 
a nommé thérapeutes des hommes 
qui travaillaient à se guérir des ma- 
ladies de l'âme, et dont l'exemple 
pouvai' 'servir à en guérir les autres. 
Philon, dans son premier livre de la 
Vie contemplative, dit qu'il y avait en 
Egypte, surtout aux environs d'A- 



lexandrie, un grand nombre d'hom- 
mes et de femmes qui menaient un 
genre de vie particulier. \\> renon- 
çaient à leurs biens, à leur fumille, 
à toutes les affaires temporelles; ils 
vivaient dans la solitude, ils avaient 
chacun une habitation séparée, à 
quelque distance les uns des autres, 
ils la nommaient semnée ou monas- 
térc, c'est-;'i-iliri"- lieu de solitude. 

Là,, continue Philon, ils se livraient 
entièrement aux esercjces de la 
pi'ière, de la contemplation, de la 
présence de Dieu; ils faisaient leurs 
prières ensemble le soir et le. matin; 
ils ne mangeaient qu'après le coucher 
du soleil ; quelques-uns demeuraient 
plusieurs jours sans manger; ils ne 
vivaient que de pain et de sel assai- 
sonnés quelquefois d'un pexi d'hy- 
sope. Ils lisaient, dans leurs semnées, 
les livres de Moïse, des prophètes, 
des psaumes, dans lesquels ils cher- 
chaient des sens mystiques et allé- 
goriques, persuadés que l'Ecriture 
sainte, sous l'écorce de la lettre, ren- 
fermait des sens profonds et cachés. 
Ils avaient aussi quelques livres de 
leurs anciens, ils composaient des 
hymnes et des cantiques pour s'exci- 
ter k louer Dieu; les hommes et le» 
femmes gardaient la continence ; ils 
se rassemblaient tous les jours de 
sabbat pour conférer ensemble et 
vaquer aux exercices de religion, etc. 

Le ; récit de Philon a fourni une 
ample matière aui conjectures et 
aux disputes des savants ; on de- 
mande si les théiapeutos étaient chré- 
tiens ou juifs; s'ils étaient chrétiens, 
étaient-ils, moines ou laïques? S'ils 
étaient juifs, était-ce une branche 
des esséniens ou une secte dilféreate? 

loEusèbe, Histoire ecdés., 1.2, c. 17, 
saint Jérôme, Sozomène, Cassien, 
Nicéphore, parmi les anciens; Baro» 
nius, Petau, Godeau, le père da 
Montfaucon, le père Alexandre, le 
père Hélyot, etc., parmi les mo- 
dernes, même quelques auteurs an- 
glicans, ont cru que les thérapeutet 
él aient desJuifs convertis au christia- 
nisme par saint Marc ou par d'autres 
prédicateursde l'Evangilei Photius,au 
contraire, de Valois, dans ses Note* 
sur Eusèbe^ le président Bouhier, , le 
PèreOrsi, dominicain, dom Galmetet 



THE 



76 



THE 



la foule des critiques protestants, sou- 
tiennent que les tliémYieutes étaient 
juifs fit non chrétiens. Voici les prin- 
cipales raisons qu'ils opposent à 
celles qu'Eusèbe adonnées pour prou- 
ver son sentiment. 

En premier lieu, si les thérapeutes 
avaient été les premiers chrétiens de 
l'Eglise d'Alexandrie, il serait éton- 
nant qu'aucun auteur ecclésiastique 
n'en eut parlé avant le quatrième 
siècle, et qu'Eusèbe ne les eût connus 
que par la narration de Philon. Ori- 
gène et Clément d'Alexandrie, qui 
avaient passé une partie de leur vie 
dans les écoles de cette ville, auraient 
dû les connaître, et le second les eût 
mis sans doute au nombre de ceux 
qu'il appelle les vrais gnostiques. Plu- 
sieurs peut-être embrassèrent le chris- 
tianisme sur la fin du premier siècle, 
mais il n'y en a aucune preuve po- 
sitive. 

En second lieu, Philon fait en- 
tendre que cette secte était déjà an- 
cienne, et qu'elle avait des livres de 
ses fondateurs ; qu'elle était répandue 
de toutes parts, quoique le plus 
grand nombre des thérapeutes fussent 
en Egypte : or, cela ne peut pas 
s'entendre d'une secte chrétienne. 
L'an 40 de Jésus-Christ, lorsque Phi- 
lon fut envoyé en ambassade à Rome, 
l'Eglise de cette ville n'était pas en- 
core fondée, il n'y avait encore au- 
cun des livres du nouveau Testament 
publié que l'Evangile de saint Mat- 
thieu; le plus tôt que l'on puisse pla- 
cer la fondation de l'Eglise d'Alexan- 
drie est à l'an 50; et peut-être ne 
s'est-elle faite que beaucoup plus 
tard. Quand Philon aurait encore 
vécu quarante ans après son ambas- 
sade, il n'a pu dire que des théra- 
peutes chrétiens étaient une secte 
ancienne, ni qu'elle avait des livres 
de ses anciens. 

Il est d'ailleurs constant que le 
christianisme, qui avait commencé à 
Jérusalem, se répandit d'abord dans 
la Judée et dans la Syrie, à Antioche 
et dans les environs ; c'est là, et non 
en Egypte, que se trouvaient le plus 
grand nombre de chrétiens. Ils se 
multiplièrent dans fAsie mineure, 
dans la Grèce, dans la Macédoine et 
eu Italie par les travaux de saint 



Pierre et de saint Paul : dans le nou- 
veau Testament il n'est parlé nulle 
part des chrétiens de l'Egypte. 

L'amour de la solitude, la vie aus- 
tère, le détachement de toutes choses, 
la contemplation, la continence même 
des thérapeutes, ne sont pas des 
preuves infaillibles de leur christia- 
nisme ; les esséniens de la Judée 
pratiquaient à peu près le même 
genre de vie, personne cependant ne 
croit plus que les esséniens aient été 
chrétiens. Il y a bien de l'apparence 
que l'établissement de notre religion 
contribua beaucoup à l'extinction de 
ces deux sectes de Juifs. 

D'autre part, les thérapeutes avaient 
des observances judaïques desquelles 
les chrétiens ont dû s'abstenir, ils 
gardaient le sabbat, ils ne faisaient 
usage ni du vin ni de la viande, ils 
célébraient les fêtes juives, particu- 
lièrement la Pentecôte ; ils prati- 
quaient de fréquentes ablutions, etc. 
Les chrétiens, au contraire, dès leur 
origine, ont observé le dimanche ; 
saint Paul leur prescrivait de manger 
de tout indifféremment, il reprit sé- 
vèrement les Galates, parce qu'ils 
voulaient judaïser ; les apôtres avaient 
condamné cette conduite dans le 
concile de Jérusalem, il n'est pas 
probable que saint Marc eût voulu la 
tolérer dans l'Eglise d'Alexandrie. 

Enfin, le repas religieux des thé- 
rapeutes n'était point la célébration 
de l'eucharistie, comme Eusèbe se 
le persuadait; ce repas consistait à 
manger du pain, du sel et de l'hy- 
sope, et il était suivi d'une danse où 
Jes hommes et les femmes étaient 
réunis; rien de tout cela ne se faisait 
dans les assemblées des premiers 
chrétiens. Le parallèle qu'Eusèbe a 
voulu faire entre ceux-ci et les thé- 
rapeutes n'est donc ni juste ni exact. 

2» Beaucoup moins peut-on soute- 
nir que ces derniers étaient des 
moines. La vie solitaire et monas- 
tique n'a commence en Egypte que 
l'an 2o0, sous la persécution de Dèce, 
lorsque saint Paul, premier ermite, 
se retira dans le désert de Thébaïde ; 
saint Pacôme n'introduisit la vie cé- 
Dohitique que plus de cinquante ans 
après; depuis longtemps il n'était plus 
question d'esséniens m de thérapeutet. 



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77 



THE 



Ceux-ci avaient des femmes parmi 
eux, les moines n'en eurent jamais ; 
les premiers n'observaient pas tous 
la continence, les moines la gardèrent 
toujours; le mot de monastère, dont 
se serf Philon, ne prouve rien, puis- 
qu'il signifie simplement une demeure 
iulitaire. 

Rien n'est donc plus mal fondé 
que rimagiaation des protestants, 
qui prétendent que ce sont princi- 
palement des moines qui ont accré- 
dité l'opinion du christianisme et du 
monachisme des thérapeutes, et qu'ils 
l'ont fait par intérêt, aiin de persua- 
der la haute antiquité de leur état ; 
Eusèbe, saint Jérôme, Baronius, les 
anglicans n'étaient pas des moines ; 
en soutenant que les thùrapcutes 
étaient chrétiens, ils n'ont pas dit 
que leur vie était monastique. Per- 
sonne n'a plus fortement attaqué 
cette opinion que le père Orsj, domi- 
nicain, et dom Calmet, bénédictin. 
Des savants tels que dom Montfaucon 
et le père Alexandre étaient trop 
instruits pour mettre aucun intérêt à 
l'antiquité de leur état; ils n'ont 
pas eu besoin de suppositions fausses 
ou douteuses pour en prouver la sain- 
teté, et le venger des calomnies des 
protestants. 

Ceux-ci n'ont pas mieux réussi, en 
disant que les cénobites ont imité la 
vie que menaient tes esséniens dans 
la Palestine, et que les anachorètes 
ont suivi l'exemple des thérapeutes. 
Encore une fois, il y avait longtemps 
que ces deux sectes juives étaient 
oubliées, lorsque saint Paul et saint 
Pacôme ont paru ; il y a cent à pa- 
rier contre un que ni l'un ni l'autre 
n'en avaient jamais entendu parler, 
qu'ils n'avaient jamaislu les ouvrages 
de Josèphe ni de Philon. Nous avons 
fait voir ailleurs que la seule lecture 
de l'Evangile leur a suffi pour con- 
cevoir une haute estime de la vie 
qu'ils ont embrassée. V. Théologie 

MYSTIQUE. 

3» Les opinions des critiques n'ont 
pas moins varié sur la question de 
Bavoir si les thérapeutes étaient une 
branche des esséniens, ou si c'était 
une secte différente, parce que l'on 
en est réduit sur ce point à de 
(impies conjectures. Prideaux, qui a 



rapporté et comparé ce que Josèpha 
a dit des esséniens de la Palestine, 
avec ce que Philon en a écrit, et avec 
ce qu'il raconte des thérapeutes de 
l'Egypte, fait voir que ces deux au- 
teurs sont d'accord toucha.^t les opi- 
nions, les mœurs, la manière de 
vivre des esséniens, soit de la Judée, 
soit de l'Egypte où il s'en trouvait 
aussi; que Iks thérapeutes n'en étaient 
différents qu'en ce (pi'ils renonçaient 
à tout pour se livrer à la contempla- 
tion. C'est pourquoi il nomme les pre- 
miers esséniens pratiques, et les se- 
conds essénieiîs œntemyilatifs, Ilist. des 
Juifs, 1. 13, an. 107 avant Jésus- 
Christ, t. 2, p. 166. 

C'en est assez pour réfuter quel- 
ques auteurs en petit nombre, qui 
ont imaginé que les thérapeutes éia.ient 
des païens judaïsants ; et Jablenski 
qui a soutenu que c'étaient des prêtres 
égyptiens appliqués à la médecine, 
aussi bien que leurs femmes. Con- 
séquemment, l'opinion commune 
des critiques est que les thérapeutes 
sont une branche de la secte des es- 
séniens. 

4o En quel temps cette secte a-t-elle 
commencé, où avait-elle puisé sa 
doctrine et les motifs de sa manière 
de vivre? Nouvelle , ;lière à conjec- 
tures. Brucker, Hist. crit. de la philos., 
t. 2, p. 763 et seq., pense qu'environ 
trois cents ans avant Jésus-Christ, 
plusieurs Juifs, pour se dérober aux 
troubles et aux désastres de leur pa- 
trie, se retirèrent les uns dans les 
lieux écartés de la Judée, les autres 
en Egypte, et embrassèrent chacun 
de leur côté un genre de vie particu- 
lier ; qu'ils y adoptèrent les senti- 
ments des philosophes pythagoricien» 
qui y enseignaient pour lors, qu'il» 
puisèrent dans cette philosophie l'a- 
mour de la solitude, du détachement 
de toutes choses, des austérités, de 
la contemplation et des explications 
allégoriques de l'Ecriture sainte. Il 
ajoute, t. 6, p. 437 et 438, que ces 
Juifs étaient dans les sentiments des 
cabalistes et des philosophes orien- 
taux, analogues àceuxde Pythagore. 
Mosheim, Hist. crit., proleg., c. 2, 
§ 13 et suiv., pense de même. Néan- 
moins, dans son iiî'st. eccto., premier 
siècle, première part., c. 2, § 10, il 



THE 



78 



THE 



dit qu'il ne voit rien dans la narra- 
tion de Pliilôn ni dans les mœurs 
df's thérafeates, qni puisse engager 
à les reirarder comme une branche 
dos O'ifiiinions, que ce pouvait être 
«ne si'cte particulière de? Juifs mé- 
laneoliques et enthousiastes. Proba- 
blemont il n'a pas comparé ce que 
dit Pliilon dans son premier livre de 
Vita cmitemplativa, avec ce qu'il a 
écrit dans son ouvrage intitulé Om- 
1ÙS probus liber ; il y aurait vu que 
cet auteur distingue nettement les 
essénicns en deux branches, l'une 
d'esséniens pratiques, l'autre d'essé- 
niens contemplatifs, nommés théra- 
Tpeutes. 

Plus d'une fois nous avons eu oc- 
casion de faire remarquer l'aifecta- 
tiou de Mosheim et de Brucker de 
tout rapporter à leur système favori, 
touchant le mélange qui s'est fait 
dans l'école d'Alexandrie, de la phi- 
losophie de Pythagore et de Platon 
avec celle des orientaux et avec la 
cabale des Juifs, système par lequel 
ils»se sont Uatlés de tout expliquer, 
et ae donner la clef de toutes les 
erreurs. Mais nous avons fait voir 
que ce système est non-'seulement 
une pure conjecture dénuée de toute 
preuve, mais qu'il est absolument 
faux, qu'il confond toutes les époques, 
et qu'au lieu de rien éclaircir, il ne 
sertqu'à tout brouiller. Voyez Cabale, 
Emanai ION, Puilosophieorieneale, etc. 

En particulier, sur la question que 
nous traitons, il choque toute vrai- 
semblance. Il est fort incertain si, à 
l'époque de la retraite des esséniens 
en Egypte, il y avait des pythagori- 
ciens, s'ils y enseignaient, s'ils y ré- 
pandaient leur doctrine. Nous per- 
sHadera-t-on que sous les indignes 
successeurs de Ptolémée Philadelphe, 
pi'ince dont les débauches, la rapa- 
cité, la cruauté, la tyrannie sont 
connues, les sciences étaient fort 
cultivées en Egypte, et que l'on avait 
la commodité de s'y livrer à la phi- 
losoidiie ? On n'a recommencé à 
s'en occ<iper que sous le gouverne- 
ment des Romains. L'école d'Alexan- 
drie n'a vu renaître sa réputation 
qu'au temps d'.\mmonius, et au plus 
tôt sur la lîn du second siècle, cent 
ans au moins après Philon; parce 



que celui-ci était philosophei il ne 
s'ensuit pas qu'il y avait pour lors 
des écoles publiques de philosophie; 
Philon n'a jamais connu aue la phi- 
losophie des Grecs. 

Nous persuadera-t-on encore que, 
pendant les trois cents ans qui ont 
précédé la naissance de Jésus-Christ, 
les Juifs de la Palestine successive- 
ment pillés et tourmentés par les ar- 
mées des rois d'Egypte ou de Syrie, 
ensuite par les Romains et par le.' 
Hérode, ont eu la liberté d'étudier 
la philosophie, soit des Orientaux, 
soit des Grecs? On sait l'aversion 
qu'ils avaient conçue pour les païens 
pendant tout ce période, et combien 
ils étaient éloignés d'en recevoir des 
leçons. 

En second lieu, Brucker convient 
que les Juifs qui se retirèrent, soit 
dans les déserts de la Judée, soit en 
Egypte, étaient des familles du com- 
mun, cela e^t prouvé par la culture de 
la terre, par les arts mécaniques, par 
les métiers qu'exerçaient les essé- 
niens de la Judée, selon le témoi- 
gnage de Philon et de Josèphe; Phi- 
lon ajoute que les esséniens en gé- 
néral dédaignaient la philosophie, 
la logique, la physique et la méta- 
physique ; qu'ils ne s'occupaient que 
de Dieu et de l'origine de toutes 
choses ; or, ils la trouvaient dans 
Moïse mieux que partout ailleurs. 
11 dit euiin que la seule étude des 
esséniens était la morale, d'où il 
s'ensuit que les sens mystiques et 
allégoriques qu'ils recherchaientdans 
l'Ecriture sainte étaient des leçons 
de morale. 

Enlin nous avons fait voir que, 
pour concevoir de l'estime et do goût 
pour la vie solitaire, pauvre, austère, 
contemplative, il suffit de connaître 
les leçons et les exemples des pro- 
phètes et des justes de l'ancien Tes- 
tament ; que leurs livres ne s'expli- 
quent pas moins clairement sur ce 
sujet que ceux du nouveau, et que 
saint Paul les a proposés pour modèle 
aux chrétiens. Il n'a donc pas ilé 
nécessaire que les thérapeutes con- 
sultassent des philosophes païens pour 
embrasser le genre de vie qu'ils ont 
suivi. C'est plus qu'il n'en faut pour 
conclure que l'opinion de Mosheim, 



THE 



7'J 



TirE 



de Brucker et des autres protestants, 
n'est qu'un rêve systématiquL', qui 
n'a ni preuve ni solidité. Voyez Es- 

SÉNIKMS. 

Bergieb.. 

THÉRAPEUTIQUE (la) (Théol. mixt. 
scien. méd.) — Que peut-on penser 
de la tfiérapeutiqiic au point de vue 
du progrès auquel elle peut atteindre ? 
Descartes lui promettait un bel ave- 
nir; il ne lui disait pas, sans doute, 
qu'elle arrivera à préserver l'homme 
de la mort, c'eût été trop ; mais il 
lui laissait espérer qu'elle arriverait 
à force de temps, en se mettant d'ac- 
cord avec l'hygiène à préserver l'hu- 
manité des grandes maladies épidé- 
niiques et autres, et même à lui 
épargner toutes les infirmités de la 
vieillesse. 

Déjà les deux siècles qui se sont 
écoulés depuis Descartes onV donné 
quelque peu raison au philosophe : 
des remèdes, soit curatifs soit prophy- 
lactiques, à certains maux ont été dé- 
couverts : le sulfate de quinine, par 
exemple, guérit de la fièvre à peu 
près à coup sûr; la vaccine préserve 
de la variole à tel point que, par son 
extension la variole qui faisait de 
si grands ravages, a, pour ainsi dire, 
cessé d'exister; le mercure combat 
avecpuissance la syphilis ; et quand on 
considère les elfets obtenus par l'hy- 
giène dans les grandes cités, on est 
bien obligé de reconnaître que la sa- 
lubrité a fait des progrès considéra- 
bles : nous n'avons plus de ces pestes 
noires qui faisaient la terreur de nos 
pères; les apparitions du choléra 
asiatique dans notre siècle n'ont été 
que de petits jeux de la mort en 
comparaison. 

On a donc obtenu en deux siècles 
dans notre Europe civilisée à peu près 
tout ce qu'on pouvait attendre d'un 
temps si court, en supposant que le 
philosophe avait bien conjecturé. 

Mais il est un élément dont la thé- 
rapeutique avait espéré d'abord des 
effets merveilleux et qui n'en a point 
encore donné: c'est l'électricité gal- 
vanique. Nous voulons surtout parler 
dans cet article de cette source nou- 
felle d'espérances. 

Ce n'est pas seulement depuis que 



l'éli'otricilé est devenue pour nous 
une des branches les plus curieuses 
de la physique qu'elle a été appli- 
quée en médrcinn, car d'npres M., de 
Huiiuliolut, les hidiens de Cumana 
baisiiaient leur.^ parnlviiques dans 
des uiares habitées par les gymnotes, 
afin que ces poissons électriques {V. 
ce mot et Torpille) leur fissent 
éprouver les commotions qu'ils ont 
la propriété d'exciter dans les systè- 
mes nerveux des êtres vivants ; mais 
c'est dans l'Europe savante et depuis 
cent vingt-cinq ans que l'on cherche, 
au fiambeau du raisonnement, quel- 
que chose d'inconnu dans ce champ 
des merveilles. Le médecin genevois 
Jalabert proposait déjà en 1740 des 
applications de l'électricité statique 
de la machine à frottement, seule 
électricité connue de son temps, au 
traitement de certaines maladies, 
mais les essais ne produisirent pas 
grand résultat. Bientôt on inventa la 
bouteille de Leyde et les tentatives 
recommencèrent. L'abbé Nollet et 
plusieurs autress'attaquèrciit surtout, 
par les déchaiges de cet appareil ac- 
cumulateur d'électricité statique, aux 
paralysies. Une commission fut insti- 
tuée à ce sujet par la société royale 
de médecine et l'on obtint quehjues 
succès principalement sur les rhu- 
matismes. Vinrent ensuite l'électricité 
physiologique de Galvani et l'électri- 
cité dynamique de Volta, qui provo- 
quèrent de nouvelles recherches, 
mais ces recherches furent à peu près 
sans résultat. Vers 1825, le professeur 
Jules Cloquet ayant mis en vogue la 
fameuse méthode rapportée de la 
Chine et du Japon, sous le nom d'a- 
cupuncture, la<juelle consistait à intro- 
duire dans les tissus des aiguilles 
métalliques de 10 à (2 centimètres, 
soit à l'aide de petits coups de mail- 
let, soit en les f'ais«int luuruci- rapide- 
ment entre le po ;ce et l'index, Sar- 
landière imagina d'électriser ces 
aiguilles, et ses expériences contre .es 
névralgies, les paralysies, les rnuma- 
tismes eurent tin moment îrédit; 
mais l'oubli succéda bientôt encore 
à l'engouement' d'un jo.ur; enfin le 
D' Dncheniie de Boulogne a réusiii, 
depuis 18uO et ih'A'à, à l'jiide de se» 
publications sur ce sujet et de se» 



m 



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80 



THE 



(ippareils fondés sur les courants d'in- 
duction ou maguéto-élertriques, à 
donner beaucoup de célébrité à la 
thérapeutique par ce qu'il nomme le 
Faradisme, du nom de Fareaay l'in- 
venteur de la méthode par induction, 
et V électrisation localisée, mais cette 
méthode Duchenne ne parait encore 
destinée qu'à tomber dans l'oubli mal- 
gré la vogue immense qu'elle a eue 
depuis un quart de siècle. 

Lorsque Galvani fit ses découvertes 
sur les grenouilles et sur les corps 
vivants nouvellement tués, on put 
croire à des merveilles; il semblait 
que les cadavres allaient reprendre 
vie sous les excitations électriques ; 
mais depuis un siècle que l'on cher- 
che, on ne trouve rien, et en effet on 
ue peut pas, ce nous semble, trouver 
grand' chose, parce que l'électricité 
est une force trop mécanique, trop 
brutale et qui ne va pas trouver la 
cause des afTections; elle ne produit 
que des secousses violentes dans les 
Qerfs et dans les muscles, elle ne s'at- 
taque qu'aux effets, et par conséquent 
ne produit que des adoucissements 
momentanés plutôt illusionnaires que 
réels. 

Que l'on fasse passer un courant de 
la pile le long d'un nerf d'un homme 
nouvellement mort, il résultera de 
cette électrisation des contractions de 
tous les muscles dans lesquels ce nerf 
étend ses ramifications, et, par suite, 
des mouvements qui ressembleront 
aui mouvements de la vie; mais 
qu'est-ce que cela? Un pur elïet mé- 
canique produit dans un cadavre par 
une force étrangère, n'ayant rien de 
plus mystérieux que le mouvement 
du bras d'un mort agité par un homme 
vivant; l'âme, principe dévie, n'y est 
plus ; il n'est que dans le directeur ex- 
terne de l'opération, dans l'opérateur. 
Aussi y a-t-il des conditions purement 
mécaniques elles-mêmes à l'effet méca- 
aique ; si le courant est dirigé en tra- 
vers du filet nerveux, et que la vibra- 
tion soit essayée perpendiculairement 
k la longueur, il n'y a plus de résultat 
parce que l'attraction et la répulsion 
rapides sont en sens inverse de la di- 
rection des nerfs et des muscles. De 
même, si la mort est un peu ancienne 
4t que la chaleur qui rend le muscle 



élastique soit partie, il n'y a plus de 
contraction. Pour la même raison, les 
animaux à sang froid garderont plus 
longtemps leur élasticité et leur sen- 
sibilité apparente à l'électrisation que 
les animaux à sang chaud, parce que 
ces derniers se mettent rapidement au 
niveau de la température ambiante, 
ce qui est, pour eux, devenir froids et 
raides, tandis que les autres conser- 
vent leur chaleur relative sous l'in- 
fluence de la température ambiante 
qui est égale à la leur. 

11 y a aussi des effets des courants 
sur les plantes, et ces effets pourraient 
donner lieu à une thérapeutique végé- 
tale ; mais sur les plantes vraiment 
mortes, ce ne sont encore que des ef- 
fets purement mécaniques ; l'électri- 
cité n'a ajouté aucune lumièic aux 
mystères de la vie ; la vie est ou n'est 
pas ; c'est le oui ou le non ; c'est la 
présence ou l'absence de quelque 
chose qui ne se voit pas, qui ne se 
voit que par ses effets, mais qui est 
un tout indivisible. Si ce tout existe, 
l'électricité, comme tout autre agent, 
aura sur lui son inUuence; ainsi on a 
remarqué, en fait d'action sur les 
graines, que celles qui sont placées 
au pôle négatif de la pile germent 
rapidement et que celles qui sont 
placées au pôle positif germent len- 
tement. C'est un effet plus considéra- 
ble, plus remarquable et plus avéré 
que tous ceux que l'on a constatés sur 
les animaux vivants. Quant à ce qui 
est mort, il est bien mort, et toute 
électricité reste impuissante à ressus- 
citer. 

L'effet le plus positif qu'on ait ob- 
tenu jusqu'ici en thérapeutique élec- 
trique sur les animaux vivants, c'est 
la coagulation du sang dans le traite- 
ment des tumeurs anévrismales : On 
enfonce dans la tumeur une aiguille 
formant le pôle positif et l'on appli- 
que, au dehors de la tun)eur, une pla- 
que qui est le pôle négatif; le courant 
s'établit à travers la tumeur et coa- 
gule le sang. On voit que c'est bien 
peu de chose. 

Faut-il cependant désespérer de ces 
moyens, trop mécaniques par rapport 
à la vie? Non, il faut chercher tou- 
jours, mais ce qu'il y a de bien dé- 
montré jusqu'à présent, c'est que les 



TUE 



81 



THE 



fluides impondérables, électriques, 
magnétiques, caloriques, lumineux, 
ne laissent entrevoir aucune identité 
d'es*enc-e entre eus et le principe vi- 
tal, ni même entre eux et les fluides 
organiques parmi lesquels le Uaide 
nerveux, que l'on suppose, occupe le 
premier rang. Si l'idée se porte sur 
l'âme pensante, tous ces fluides ne 
sont devant elle, comme la matière 
brute, que la nuit près du jour, l'om- 
bre près du rayon. 

Le Noir. 

THÉRAPHIM, mot hébreu qui, 
dans les versions de l'Ecriture, est 
traduit par idoles, statues, sculptures, 
mais dont il est difficile de connaître 
la vraie signiflcatiou grammaticale. 
Ce qu'en a dit Spencer, de Legib. 
Eehr. rituid., 1. 3, dissert. 7, c. 3, 
nous apprend peu de chose. Les rab- 
bins qui prétendent que c'étaient des 
statues qui parlaient et qui prédi- 
saient l'avenir, et qui ont enseigné 
la manière dont on les faisait, ne 
méritent aucune croyance ; toutes les 
idoles que le païens consultaient pour 
connaître l'avenir, ne parlaient pas 
pour cela; en hébreu, comme en 
français, parler signifle souvent in- 
diquer, faire connaître par un signe 
quelconque. Ceux qui ont assuré que 
les théraphim étaient une invention 
des Egyptiens, que c'étaient des fi- 
gures du dieu Sérapis, adoré en 
Egypte, ne peuvent en donner aucune 
preuve; Laban qui vivait dans la 
Chaldée, n'était certainement pas 
allé chercher ses théraphim en Egypte. 
D'autres qui ont pensé que ce mot 
est le même que séraphim, des ser- 
pents ailés, que c'étaient des talis- 
mans, tels que le serpent d'airain 
fait par l'ordre de Moïse, ne sont pas 
mieux fondés. EnUn Jurieu, qui a 
décidé que les théraphim d» Laban 
étaient ses dieux pénates et les 
images de ses ancêtres, a voulu de- 
viner au hasard. Du temps de Laban, 
l'idolâtrie ne faisait que commencer 
chez les Chaldéens, elle n'était pas 
encort portée au point de diviniser 
des hommes morts. 

Il vaut donc mieux avouer notre 
ignorance que de nous livrer k des 
conjectures frivoles ; le nom général 
XH. 



d'idoles suffit pour entendre tous les 
passages dans lesquels le mot Thé- 
KAPiiiM est employé. 

BERGir 

THÉRÈSE (sainte) {Théol. hist. btog. 
et bibliog.) — Cette célèbre mystique 
orthodoxe naquit à Avila, en lofii, 
d'un gentilhomme considéré et d'une 
mère, Beatrix, dont la famille était 
également distinguée. Dès l'âge de 
sept ans, elle s'enfuit de la maison 
paternelle avec son frère Rodrigue 
pour aller chercher le martyre chez 
les Maures. On reprit bientôt les fu- 
gitifs. Une image de la Samaritaine 
qui était chez son père et au bas de 
laquelle était écrit : « Donnez-moi à 
boire de cette eau, » l'impressionna 
si fort qu'elle l'eut devant ses 
yeux toute sa vie. A l'âge de douze 
ans, elle se passionna pour les ro- 
mans de chevalerie et fut exposée 
poursa verLuavec de jeunes mondains 
ses parents. Son père la mit alors 
dans un couvent de religieuses d'A- 
vila, où elle fut gravement malade. 
A l'âge de dix-huit ans, elle entra, 
malgré son i)ère, (1533 ou 1535) au 
couvent des Carmélites de riiioarna- 
tion où elle fit son noviciat. Thérèse 
vécut dans ce couvent ju>q;i lu 1363, 
époque à laquelle elle éprouva une 
cruelle maladie qui lui dura trois ans. 
N'étant pas cloîtrée et ayant de sa 
supérieure la permission de recevoir 
toutes sortes de visites, elle vit affluer 
des visiteurs sans nombre qu'atti- 
raient sa beauté, son amabilité, son 
esprit, sa sagesse et ses gi'âces. Elle 
renonça à la prière intérieure pendant 
une année, et, sur les conseils d'un 
savant prêtre, y revint en 1542, pour 
ne la plus abandonner malgré de 
terribles sécheresses. A dater de 
1555-56, elle sentit son âme triom- 
pher de tous les obstacles, n'eut plus 
que de sublimes visions et s'éleva ^^ 
la plus haute perfection. On ladécriii 
comme une possédée et elle fut me- 
nacée du tribunal de l'Inquisition ; 
mais ses vertus évidentes etplusencoro 
ses protecteurs, tels que saint Fran- 
çois Borgia et saint Pierre d'Al- 
cantara, la préservèrent de la persé- 
cution. Elle réussit, en 1562 à fonder 
à Avila un petit couvent dont elle lit 
6 



THE 



82 



THE 



4 



une règle réformée et pour lequel 
elle obtint uu bref de Pie IV en loOo. 
De 1567 à 1582, époque de sa mort, 
elle fut amenée, peu à peu , à en 
fonder seize autres de femmes, sur le 
même modèle en dillérentes villes 
d'EspLigne, et quinze d'iiommes sous 
le nom de Carmes réformés. Saint 
Jean de la Croix fut un des premiers 
qui adoptèrent la nouvelle réforme. A 
1 occabioii de ces fondations de cou- 
Tents d'hommes, on lui lit de terribles 
oppositions dont elle ne triompha 
que sous le pontiticat de Grégoire XIII 
en 1580. Elle mourut à l'âge de 
soiiante-huit ans. Grégoire XV la ca- 
nonisa en 1 622. 

Ses principaux traités qui sont le 
Chemin de la pcrfectiun, le Château de 
f âme, les Pensées sur l'amour de Dieu, 
ont été traduits en français par Ar- 
nauld d'Andilly (1620) et par l'abbé 
Chanut (1681). Ses Li tires ontété éga- 
lement traduites de 166i à 1698. Les 
œuvres di' sainte Thrèse sont main- 
tenant traduites dans toutes les lan- 
gues de l'Eu 1 ope. 

« Il est généralement reconnu, dit 
M. Schrôdl, que les éirils de sainte 
Thérèse sur la théologie mystique sont 
des meilleurs qui aient paru dans 
l'Eglise sur ce sujet, et que personne 
n'a jamais traité ces matières d'une 
manière plusintclligiiile, plus claire, 
plus compréhensible, plus spirituelle. 
On trouve réalisée dans les écrits de 
celle céleste voyante la vérité de ce 
qu'elle dit dans sa vie (I), qu'on ap- 
prend dans la divine himièie de la 
contemplation, en une seule foi.s, une 
masse de vérités dont, par la pensée 
et la réUe.xion, on n'obtiendrait pas 
pendant bien des années la mdlième 
partie. Non-seiilenienl elle a droit 
au }>remipr rang îles auteurs qui ont 
traité de la théologie niy.sticjue, mais 
elle est au nombre de-- pr«'miers écri- 
vains de son pays. Quant au style 
épislolairc, on [leiil se demander si 
elle a jamai.s élé surpassée. Ue qui 
peut-on (lire qu'il ail |iénélréle tceur 
et J <ss[)ril de l'hoiiune plus que sainte 
Thérèse ! Le |ihilii-.i|iiie peut appren- 
dre dans les éeiii~ de ri-itc merveil- 
leuse sainte la plu- proioudo sagesse 



comme le Chrétien y puise des leçons 
de vertu et de perfection intérieure. 
Quant à l'onction, cette ex[)ression 
de la pure piété, quant à l'humilité, 
cet esprit de la foi et de la contiance, 
nul ne s'est jamais élevé à son ni- 
veau. Qu'elle raconte, qu'elle ensei- 
gne, qu'elle observe, on peut dire 
que ses livres sont une oraison per- 
manente. Il ne découle pas un mot 
de ta plume qui n'ait été pensé en 
présence de Dieu. Quelle âme ! quelle 
douceur unie à la grandeur 1 Femme 
incomparable, elle a peu d'égaux 
parmi les hommes. » 

Le Noin. 

THERMALES (sources) (Théol. 
mixt. scien. méd. et géol.) — Voici la 
liste des soiu'ces thermales de France 
dont la température s'élève à 30° cen- 
tigrades et au-dessus. 

Chaudes- Aiguës (Cantal), source 

duPao SI'S 

Olette (Pyr. Orient.) 78° 

Ax (Ariége), source du Rossiynol. 77" 
Plombières (Vosges), source de 

Bassûtnpierre 71° 

Bagnères-de-Luchon(Haut.-Gar.) 

s. Bayeu 66" 

Amélie-les-Bains (Pyr. Orient.) 

s. du grand Escaldadoce et de 

Lamcrbcssière 61° 

Dax (Landes) 61» 

Canterels(llaut.-Pyr.) s. Griffon 

des œufs 60° 

Lamotte (Isère) 60° 

Bourbonne - les - Gains (Ilaut.- 

JAm:), font, de la Place 58° 

Métrapola 'Corse) 58° 

Le Vernet (Pyr. Orient. ) 58» 

Bourbon - Caucy (Saône - et - 

Loire), s. du Limbe 56* 

Luxeuil (Haut.-Saône), gra/id 

bain 56* 

Evaux (Creuse), s. de Ccsar 55» 

Saint- l.aureut-les- Bains (Ar- 

dèche) 53° 

Bourbon-l'Archambaul t'A Hier). 52° 

La Bourboule (Puy de Douie).. 52° 

Guugiio iCorbe], grande Source.. 32° 

Néris (Allier) 52* 

Bagnères-de- Bigorre (Ilaut.- 

i>yr.) 51» 

Rennes-les-Bains (Aude) 5i» 

Bains (Vosges), grosse source. . . 50* 



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83 



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On voit que la source thermale la 
plus chaude en France est celle de 
GhatidesrAigues dans le Gaulai, et 
qu'elle ne s'élève pas à 82" centi- 
grades. Il en existe une en Algérie, 
à vingt kilomètres de Guelina, dont 
l'eau est chaude à 95° ; c'est presque 
l'eau liouillanle. Cette source se 
nomme Hannmam-Meskoulin. L'Is- 
lande en possède plusieurs, au grand 
Geyser, dont la temiiérature s'élève 
jusqu'à IOU=' et jusqu'à H2o après 
les grandes érun'ions. 

Il y a deux manières d'expliquer 
la cause des températures élevées 
des sources thermales minérales et 
non minérales, car il y en a des deux 
espèces. Les uns disent qu'elles pro- 
viennent de profondeurs telles que la 
température des terrains où elles 
passent les échauffe assez pour 
qu'à leur sortie elles conservent- en- 
core la chaleur qu'on leur connaît ; 
d'autres expliquent celte chaleur éle- 
vée par des voJcans dont elles tra- 
versent les voisinages; ces volcans 
seraient, d'ailleurs, ou en activité oa 
éteints, mais ayant suffisamment 
échaulfè les roches environnantes 
pour que ces roches soient encore au- 
jourd'hui capables d'écliaulfer à ce 
point les eaux qui les traversent. Il 
est probable que ces deux causes con- 
courent à produire les sources ther- 
males ; on ne peut nier sur quebjues 
unes, telle que celle du grand (ie\ser 
en Islande, l'influence du volcan, 
mais nous pensons que la cause la 
plus ordinaire est la grande profon- 
deur des terrains qu'elles ont traver- 
sés dans leurs voyages sous terre. 

Au point de vue thérapeutique, la 
grande chaleur de ces eaux est plutôt 
un inconvénient qu'une qualité; car 
il est impossible de la supj)orter et 
l'on est obligé d'altérer la vertu des 
eaux sulfureuses ou ferrugineuses 
en les refroidissant par des mélanges, 
ou les laissant se refroidir à l'air, 
avant de s'en servir soit en bains, 
soit en boissons. D'après Guersent, 
néanmoins, on supporterait une eau, 
ainsi chauffée par la nature beaucoup 
plus facilement que si elle était 
tliaulfée arliticiellement. Cet auteur 
allirme dans le Bkliotmaire de Mé- 
decine, t. vu, p. 238, que si unliquide 



chauffé de 30° à 40° réauu.ur n'^sl 
pas supporté par nos orgaa's, uno 
eau thermale à 30° ou 40° du mèma 
thermomètre ne causera aucune sen- 
sation désagréalile. Mais il reste h^za- 
coup d'obscurités encore dans ces 
questions. Ce qu'on peut dire, c'estquo 
la sagesse du créateur n'a pas mis sans 
but les sources thermales sur la 
terre, et qu'il est à supposer que la 
thérapeutique en tirera dos res- 
sources qu'elle n'a pas encore soup- 
çonnées. 

Le Noir. 

THERMO-ÉLECTRICITÉ (Théol. 
mixt. scien. phi/s.) — On donne ce 
nom à une branche de la physique, 
qui ne s'est révélée qu'en 1821, grâce 
aux expériences de Seebeck en fait 
de développement de courants élec- 
triques ; ce physicien découvrit que 
le simple changement de température 
dans les corps produit des courants, 
et il appela ces courants thermo- 
électriques. On ronnait aujourd'hui 
trois sortes de courants thermo-élec- 
triques : ceux qui se développent 
dans un circuit métallique homo- 
gène ; ceux qui se développent dans 
un circuit métallique hétérogène^ et 
ceux qui se développent au coutnct 
des métaux et de matières non mé- 
talliqiKîs par réchauffement ou le 
refroidissement de l'un des deux 
objets. 

Dans tous ces cas, il se développe, 
d'un côté, de l'électricité positive, de 
l'autre, de l'électricité négative, en 
sorte que, s'il y a, par exemple, deux 
métaux différents soudés ensemble, 
l'un s'électrisera positivement, s'ils 
sont chauffés à des températures 
différentes, et l'autre négativement ; 
on a même classé les métaux soiis 
ce rapport, selon qu'ils sont les uns 
par rapport aux autres, positifs ou 
négatifs ; ainsi l'or est positif par 
rapport au cuivre et négatif par 
rapport au zinc ; le zinc est positif 
par rapport à l'or et négatif par 
rapport au fer, etc. 

Ce n'est pas le lien d'exposer ces 
phénomènes ; nous devons dire soii- 
lement qu'ils ont beaucoup servi à 
pousser les physiciens modernes ver» 
l'hypothèse d'une commune origine 



THE 



84 



THE 



de tous les fluides impondérables 
dans l'éther qui serait leur généra- 
teur et dont ils ne seraient que des 
mouvements divers. L'abbé Moigno a 
fait un )ivre intéressant dans lequel il 
a ramassé tous les phénomènes de 
transformation d'un fluide en un 
autre en vue de la démonstration de 
tette thèse. Nous voj'ons ici la cha- 
leur se transformer en électricité, 
comme l'électricité tant statique que 
galvanique et voltaïque se transforme 
en chaleur. Il y a de même phéno- 
mènes d/ production d'électricité 
par la lumière comme il y en a de 
production de lumière par l'électri- 
cité; il y en a de production de 
l'électricité par le magnétisme, 
comme il y en a de production de 
magnétisme par l'électricité, (électro- 
magnétisme ; appareils d'induction) ; 
et ainsi de tous les fluides dans toutes 
leurs combinaisons; on peut dire en 
général, qu'il n'en est aucun qui ne 
soit susceptible de se transformer en 
l'un quelconque de tous ses frères. 
Toutes les forces physiques se cen- 
tralisent dans un générateur unique, 
comme toutes l'es créatures se centra- 
lisent en Dieu leur père commun. 
L'unité seule est l'explication des 
mystères. 

Le Noir. 

THESSALONICIENS. Suivant l'opi- 
nion commune, à laquelle on ne 
peut rien opposer de solide, les deux 
lettres de saint Paul aux Thessalo- 
niciens sont les deux premières qu'il 
ait écrites aux fldèles qu'il avait con- 
vertis. On les rapporte aux années 
52 et 53 de l'ère vulgaire, pendant 
lesquels il parait que l'apôtre demeu- 
ra constamment à Corinthe. Le but 
de ces deux lettres est de confirmer 
ces nouveaux chrétiens dans la foi, 
dans la pratique des bonnes œuvres, 
dans la patience au milieu des per- 
sécutions auxquelles ils étaient expo- 
sés. La seconde contient plusieurs 
choses touchant le second avènement 
de Jésus-Christ; saint Paul, c. 2, y 
parle d'un homme pécheur, d'un lils 
de perdition, d'un adversaire qui s'é- 
lève au-dessus de tout ce que l'on 
appelle J)ieu, et que l'on adore, qui 
se place dans le temple de Dieu, 



comme s'il était Dieu lui-même... 
« Ce mystère d'iniquité, dit-il, s'o- 
» père déjà... et l'on connaîtra dans 
» le temps ce coupable que lésus- 
» Christ tuera du souffle desabouche, 
» et détruira par l'éclat de son avé- 
» nement, etc. » Ce chapitre a beau- 
coup exercé les commentateurs ; 
chacun l'a entendu selon ses préju- 
gés. Plusieurs ont cru y reconnaître 
l'antechrist qui doit venir à la fin du 
monde. 

Ceux qui ne cherchent point de 
mystères sans nécessité, ont observé 
que, dans tout ce chapitre ni même 
dans toute la lettre, il n'est point 
question de la tin du monde, mais de 
la fin de la religion et de la répu- 
blique des Juifs ; que par homme 
dépêché, lils de perdition, etc., l'a- 
pôtre entend les Juifs incrédules, en- 
nemisjurés du christianisme, obtinés à 
persécuter les lidèles, et de la part 
desquels les Thessaloniciens avaient 
éprouvé plusieurs avanies. Cette ex-- 
plication simple acquiert la plus 
grande probabilité, lorsque l'on com- 
pare le mystère d'iniquité qui s'opé- 
rait déjà pour lors, suivant saint Paul, 
avec ce qui se passait en ce temps-là 
dans la Judée, où divers imposteurs 
se donnaient pour messies, sédui- 
saient le peuple par des prestiges, et 
finissaient par être exterminés avec 
leurs adhérents ; où les Juifs par leur 
esprit séditieux et turbulent prépa- 
raient l'orage qui fondit sur eux 
quelques années après. 

Les protestants aveuglés par leur 
haine contre l'Eglise romaine, ont 
cru voir, dans cette prédiction de 
saint Paul, la chute de l'empire ro- . 
main, lu domination des papes éta- 
blie sur ses ruines, l'antichristianisme 
ou l'idolâtrie catholique fondée sur 
des prestiges ou de faux miracles 
opérés par l'intercession et les reli- 
ques des saints, etc. Cette imagina- 
tion, sortie de quelques cerveaux 
fanatiques, a trouvé des approba- 
teurs, même parmi les savants; Beau- 
sobre n'a pas rougi de l'appuyer par 
son suffrage, mais sans .se mettre 
trop à découvert, dans ses Remarifues 
sur la seconde Epitre aux Thessalotii- 
ciens, c. 2, f 8. 

Pour en voir l'absurdité, il .>ufQt 






THE 



85 



THE 



•de remarquer, l" que la ruine de 
l'empire romain n'est arrivée dans 
l'Occident que quatre cents ans après 
l'aniée fv3 de Jésus-Christ; 2" que, 
suivant saint Paul, f 3, elle devait 
être précédée d'une rébellion , aTtoCasia, 
discessio ; Beausobre lui-même l'en- 
tend ainsi : or, la chute de l'empire 
romain n'est point arrivée par une 
rébellion, mais par l'inondation des 
Barbares. 3» La grande autorité des 
papes et leur pouvoir temporel n'ont 
commencé que plusieurs siècles après 
celte révolution. 4<i Saint Paul dit 
aux Thessaloniciens, f 6 : Vous savez 
ce qui, retient ou ce qui retarde sa 
manifestation dans son temps ; je vous 
l'ai dit lors que j'étais avec vous. 
Etrange charité de la part de l'a- 
pôtre, d'avertirles Thessaloniciens d'un 
événement duquel ils ne pouvaient 
pas être témoins, et de ne donner 
aucun signe qui pût prémunir .ceux 
devaient y être présents et s'y laisser 
tromper? 5° Saint Paul ajoute que 
Dieu leur enverra une opération d'er- 
reur, afin qu'Us croient au mensonge, 
parce qu'ils ont refusé de croire à la 
vérité; ^ 10, les fidèles du cinquième 
siècle étaient-ils des opiniâtres qui 
avaient refusé de croire en Jésus- 
Christ? 6" Le mystère d'iniquité s'opé- 
rait déjà, t 7 ; il faut donc que l'ido- 
lâtrie de l'Eglise romaine, le culte 
des saints, des images, des reliques, 
aient commencé du temps de saint 
Paul; ce n'est pas là ce que veulent 
les protestants. 7» Poiar compléter le 
tableau, Beausobre devait nous ap- 
prendre en quel temps Jésus-Christ 
doit arriver pour tuer le méchant par 
le souffle de sa bouche et par l'éclat de 
son avènement, y 8 ; nous aurions 
mis sa prophétie à côté de celle de 
Joseph-Méde, de Sanchius, de Jurieu 
et des fanatiques des Cévennes. Voyez 
Antéchrist. 

On comprend que ces paroles de 
saint Paul, Dieu leur enverra une opé- 
ration d'erreur, etc., ne signifient 
point que Dieu trompera les incré- 
dules, qu'il les aveuglera, qu'il les 
endurcira positivement dans l'erreur; 
mais qu'il les laissera se tromper et 
s'aveugler eux-mêmes ; cette prédic- 
tion ne s'est que trop bien accomplie 
à l'égard des Juifs, puisque la des- 



truction de leur ville et de leur 
temple, les massacres et la dispersion 
de leur nation ne furent pas capa- 
bles de leur ouvrir les yeux. On est 
tenté de croire qu'une partie ûp. cet 
esprit a passé aux protestants, \ors- 
qu'ils abusent aussi indignemen de 
l'Ecriture sainte. Foj/e; AvEUGLEML.n, 
Endurcissement. 

Il y a, dans l'Hist. de l'Acad. des 
Inscript., t. 18, in-12, p. 208, une 
histoire abrégée, mais curieuse, de 
Thessalonique; il y est parlé de la 
fondation de l'Eglise de cette ville 
par saint Paul, des révolutions qu'elle 
a subies, des grands hommes qui 
l'ont gouvernée ou qui y ont reçu la 
naissance. Aujourd'hui, sous la do- 
mination des Turcs, l'iiglise grecque 
scliismalique, qui y subsiste encore, 
déchoit sensiblement, et semble tou- 
cher de près a. sa ruine entière. 

lÎEUCIER. 

THÉURGIE, art de parvenir à des 
connaissances surnaturelles, el d'o- 
pérer des miracles parle secours des 
esprits ou génies que les païens 
nommaient des dieux, et que les 
Pères de l'Eglise ont appelé des 
démons. 

Cet art imaginaire a toujours été 
recherché et pratiqué par un bon 
nombre de philosophes; mais ceux 
des troisième et quatrième siècles de 
l'Eglise qui prirent le nom d'éclec- 
tiques, ou de nouveaux platoniciens, 
tels que Porphyre, Julien, Jamblique, 
Maxime, etc., en furent principale- 
ment entêtés. Ils se persuadaient 
que par des formules d'invocation, 
par certaines pratiques, on pourrait 
avoir un commerce familier avec les 
esprits, leur commander; connaître 
et opérer par leur secours des choses 
supérieures aux forces de la nature. 

Ce n'était dans le fond rien autre 
chose que la magie : mais ces phi- 
losophes en distinguaient deux es- 
pèces; savoir, la magie noire et mal- 
faisante, qu'ils nommaient goctie, et 
dont ils attribuaient les effets aux 
mauvais démons, et la magie 'aien- 
faisante, qu'ils appelaient théurgie, 
c'est-à-dire opération divine, pai 
laquelle on invoquait les bonsgénies 
Il n'est pas possible de démontrei 



THE 



86 



THE 



i 



l'illusion et l'impiété de cet art dé- 
testable, et nous l'avons déjà dit à 
l'article Magie. 

1" L'existence des prétendus gé- 
nies, moteurs de la nature, qui en 
animaient toutes les parties, était 
ane erreur; elle n'était prouvée par 
Oncun raisonnement solide ni jiar 
'Tucun fait certain : c'était une pure 
imagination fondée sur l'ignorance 
des causes physiques et du méca- 
nisme de la nature ; voilà néanmoins 
tout le fondement du polythéisme et 
de l'idolâtrie. Voyez Pagamsme. Le 
peuple aveugle attribuait faussement 
à des intelligences particulières , à 
des esprits répandus par tous les 
phénomènes que Dieu, seul auteur 
et gouverneur de l'univers, opère ou 
par lui-même ou par les lois géné- 
rales du mouvement qu'il a établies 
et qu'il conserve ; et malheureuse- 
ment les philosophes , au lieu de 
combattre ce préjugé, l'adoptèrent 
et le rendirent plus incurable. Mais 
comment savaient-ils que ce n'est 
point le Créateur du monde qui le 
gouverne, qu'il s'est déchargé de ce 
soin sur des esprits inférieurs? Cette 
opinion déroge évidemment à la 
puissance, à la sagesse, à la bonté de 
Dieu. Les plus sensés convenaient 
que Dieu a t'ait le monde par incli- 
nation à faire du bien ; et ils se 
contredisaient en supposant qu'il en 
3 conlié le gouvernement à des es- 
prits qu'il savait être très-capables 
de faire du mal, ou jiar iaipuissance, 
ou par mauvaise volonté. Telle a élé 
la cause pour laquelle on a rendu à 
ces esprits le culte su[)rème, le culte 
d'adoration et de conliance que l'on 
n'aurait où rendre qu'à Dieu seul ; 
et les philosophes conhrmèrent en- 
core CCI abus, en décidant qu'il ne 
fallait rendr-e aucun culte au Dieu 
suprême, mais seulement aux es- 
prits ; Porphyre, de Abstin., 1. 2, 
D. 34. Celse reproche continuellement 
Kux chrétiens leur impiété, parce 
qu'ils ne voulaient point adorer des 
génies distributeurs des bienfaits delà 
nature. Dans Origène, 1. 8, n. 2, etc. 

2° Comment savait-on que telles 
paroles ou telles pratiques avaient la 
vertu de subjugmr ces prétendus 
esprits et de les reudre obéissants? 



Les thiurgistcs supposaient que les 
mêmes esprits avaient révélé ce se- 
cret aux hommes; mais quelle 
preuve avait-on de cette révélation? 
Quelques imposteurs, qui s'avisèrent 
de le croire, osèrent aussi l'affirme^, 
pour se donner du relief et se faire 
respecter; ils éblouirent les ignorants 
par des tours de souplesse, ou par 
quelques secrets naturels qui paru- 
rent merveilleux ; on les crut sur 
leur parole, et l'erreur se perpétua 
par tradition. L'on put savoir que 
certains hommes avaient opéré de? 
miracles ; mais ils les avaient faits 
par l'invocation et par le secours 
de Dieu, et non par l'entremise des 
génies. Lorsque Jésus-Christ eut para 
dans le monde, on fut convaincu 
qu'il avait opéré des miracles, et que 
ses disciples en faisaient encure ; mais 
les juifs aveuglés par la haine, le» 
païens fascinés par leur i royance, se 
pcrsuadèrentque ces prooi^es étaient 
faits par l'intervention des esprits. 
Celse accuse les chrétiens d'en opérer 
par l'invocation des démons, 1. d , 
n. 6. Par une contradiction grossière, 
il jugea que ces esprits bons ou mau- 
vais obéissaient à des hommes qui 
refusaient de leur rendre aucun 
culte, etqui faisaienttoiis leurseiforts 
pour en détourner les païens. C'est ce 
qn'Origèue lui reproche continuel- . 
lement ; nous ne devons donc pas 
nous étonner de ce que la théurgie 
devint si commune après l'établis- 
sement du christianisme ; les philo- 
sophes païens voulaient détruiie par 
là l'impression qu'avaient faite sur 
tous les esprits les miracles de Jésus- 
Christ, des apôtres et des premiers 
chrétiens. 

3" Plusieurs pratiques des thétir- 
gistes étaient des crimes, tels que 
les sacrifices de sang humain, et l'on 
ne peut pas douter que les vision- 
naires n'en aient olfert; l'histoire en 
dépose, et les incrédules mêmes de 
nos jours n'ont pas osé le nier. Plu- 
sieurs curent la témérilé de con- 
sulter leurs dieux fantastiques sur la 
vie et la destinée des em[)ereurs; 
cette curiosité fut regardée avec rai- 
son comme un crime d'état, capable 
d'émouvoir les peuples et d'ébranler 
leur félicité : aussi quelques-uns fil- 



THE 



87 



THl 



rent punis de mort pour cet attentat. 
En général la thcunjic était crimi- 
nelle, jinisque c'était un acte de po- 
lythéisme ■ ft d'idolàti-ie; ceux qui 
s'y livraient étaient dune tout à la 
fois insensés, imposteurs et mé- 
chants. 

Dans l'impuissance de les justifier, 
quelques inci'édules modernes ont 
dit que la plupart des cérémonies 
du christianisme ne sont pas diiré- 
rentes, dans le fond, de la théurgie; 
que, par les sacrements, les béné- 
dictions, les exorcismes, etc., un 
prêtre prétend commaridi^r à la Di- 
vinité, comme les théanjistes se flat- 
taient de commander aux esprits. 
Malheureusement les protestants sont 
les premiers auteurs de celte ca- 
lemnie : Mosheim et Brucker sou- 
tiennent qu'un çrrand nombre des 
cérémonies de l'Eglise catholique 
sont venues des idées de platonisme 
suivies par les éclectiques ; Beausobre 
nous reproche d'attribuer à des céré- 
monies ut à certaines compositions, 
telles que le chrême, une espèce de 
vertu divine ; La Croze prétend que 
le myron des Grecs et le chrême des 
Latins ne sont qu'une imitation du 
kyj'jld dont les Clialdéens et les 
Egyptiens se servaient dans les ini- 
tiartims. 

Si la malignité n'avait pas ôté à 
ces critiques protestants toute ré- 
flexion, ils auraient compris qu'ils 
donnaient lieu à un incrédule de 
leur reprocher que le baptême et la 
cène qu'ils admettent comme deux 
sacrements, que le signe de la croix 
et les formules de prières qu'ils ont 
conservés , sont des cérémonies 
thétmjiqucs; mais pourvu que les 
protestants satisfassent leur haine 
contre l'Eglise romaine, ils s'em- 
barr;issent fort ])eu des conséquences ; 
c'est donc à nous de répondre aux 
incrédules. 

lo Par les cérémonies chrétiennes, 
un prêtre ne s'adiessi; ni aux esprits 
ni à d'autres êlri's imaginaires ; il 
invoque Dieu seul, et croit que c'est 
Dieu seul qui opère : or, Dieu est 
sans doute le maître d'attacher ses 
grâces et ses dons spirituels à tels 
rites et à toiles foriiuiles qu'il lui 
plait. Comme l'homme a besoin de 



signes extérieurs pour exciter son 
attention, pour exprimer les senti- 
ments de sonàme,(;t pour les inspiier 
aux autres, il était de la sagesse et 
de la bonté divine de prescrire les 
cérémonies qui j)Ouvair'iit lui plaire, 
alin de préserver riiomine des abus, 
des absurdités, des profanations, dans 
lesquels sont tombés tous ceux qui 
n'ont jias été guidés par les leçons 
de la révélation. Aussi Dieu a daigné 
prescrire dès le ccunmencement du 
monde le culte extérieur qu'il dai- 
gnait agréer. Vvycz (Cérémonie. 

2° C'est Dieu lui même qui a 
prescrit les céiénKinii's chrétiennes 
par Jésus-Christ, par les apôtres, par 
l'Eglise, à laquelle Jésus-Christ a 
promis son es|irit, son secours et son 
assistance; et, loin d'avoir eu au- 
cune intention d'imiter les païens, 
l'Eglise a eu dessein au contraire 
de délourner et de préserver ses en- 
fants des abus et des sviperstitions du 
paganisme, l'n prMre dans ses fonc- 
tions ne préliTid donc point com- 
mander à Dieu, mais lui obéir ; il 
n'y met rien du sien, il se conforme 
exactement à ce qui lui est prescrit 
de la part de Dieu, et il est C(.;ivaincu 
que Dieu l'a ainsi ordoniu'',, partoutes 
les preuves i[ui démontrent la divi- 
nité du christianisme. 

3° Aucune céiémonie chrétienne 
n'est un crime, une jirofanation ni 
une indécence; toutes respirent la 
piété, le ri'spcct, la conliance en 
Dieu; lorsque l'on en prend l'esprit 
et que l'on en conçoit la significa- 
tion, toutes sont de^ leçons de mo- 
rale et de vertu 11 n'y a jxis plus de 
ressemblance entre les rites et la 
t}i('ur(jic qu'entri', ridulàti'ie et le culte 
du vrai Dieu. INouseoncevo'ns qu'avec 
un esprit faux, avec de la malignité 
et de l'impiété, on peut les tourner 
en lidiciile; mais on ne réussit pas 
moins à l'égard des usages, des for- 
mules et des cérémoni(.'S les plus 
respectables de la vie civile : des 
railleries et des trails de satire ne 
sont pas des rai-ons, ils amusent les 
sols et fout lùtié aux sages. Voy. CÉ- 
nÉWOiNlE. Bercier. 

Tl! 1 IRRY (Jacqnes-Nioolas-Augus- 
tin) {TkéuL hist. biuij. et bibliog7) — » 



THI 



88 



THI 



Ce grand historien français, qui se 
place, conmie explorateur des docu- 
ments, et comme ayant fait sa grande 
par! de la révolution du dix-neu- 
vième siècle dans l'art d'étudier et 
d'écrire l'histoire, à côté des Guizot, 
des Thiers et des Michelet, naquit à 
Blois en 1795 d'une famille|pauvre, et 
mourut à Paris en 1856. Il fit de 
brillantes études au collège commu- 
nal de celte ville et puisa, comme il 
le dit lui-même, le sentiment de la 
vérité historique et de la couleur 
locale dans la lecture de Chateau- 
briand, notamment des Martyrs. 
D'abord membre de l'université, il la 
quitta pour s'attacher à Saint-Simon 
près duquel il fut trois ans secré- 
taire, (1814-1817), et avec lequel il 
publia diverses brochures. Des diver- 
gences d'opinion le conduisirent à 
s'en séparer, et alors il s'attacha aux 
doctrines philosophiques de M.Comte, 
avec lequel il publia le volumineux 
recueil : l'Industrie ou Discussions 
politiques, morales et philosophiques 
4 vol. in-8, 1817. Il s'appelait encore 
sur le titre de ce livre le fils adoptif 
de Saint-Simon. Thierry fut jeté dans 
l'étude de l'histoire par une polé- 
mique libérale qu'il soutint dans le 
Courrier français contre les préten- 
tions de la noblesse ; il annonça par 
les dix lettres qu'il donna à ce jour- 
nal toute une révolution historique, 
et travailla tellement pendant cinq 
ans sur son fameux ouvrage l'His- 
toire de la conquête d'Angleterre par 
les Normands qui parut en 1825 (3 vol. 
in-8»,) qu'il en devint aveugle. Il con- 
tinua ses travaux à l'aide de jeunes 
secrétaires, dont le premier fut Ar- 
mand Carrel. Etant aux eaux de 
Luxeuil pour sa santé, il épousa 
mademoiselle de Querangal, femme 
de lettres, qui se consacra à soulager 
sa triste existence, et il la perdit en 
1844. 

Les autres ouvrages principaux 
d'Augustin Thierry sont : Lettres sur 
niistoire de France et introduction à 
l'étude de cette histoire in-S", 1827 ; 
Dix ans d'études historiques, in-S», 
1834 avec une Introduction très- 
éloquente ; Récits des temps mérovin- 
giens, 2 vol. in-8o, 1 840 ; Recueil des 
monumentê inédits de l'histoire du 



Tiers -Etat, 1849 à 1856, avec 
MM. Louandre et Bourquelot; Essai 
sur l'histoire de la formation et det 
progrès du Tiers-Etat, in-S", 1853; etc. 
Son frère, Amédée Thierry, né i 
Blois, est auteur d'un Résumé de l'his 
toirc de la Gui/enne, 1825 ; d'une His- 
toire des Gaulois, 3 vol. in-8o, 1828; 
d'une Histoirede la Gaule sous l'admi- 
nistration romaine ; etc. 

Le Noir. 

THIKRS (Jean-Baptiste) {Théol. 
hist. biog. et bibliog.) — Cet écrivain 
ecclésiastique du dis-septième siècle, 
célèbre par ses travaux sur la litur- 
gie et l'archéologie, naquit à Char- 
tres en 1636, et mourut à Ribray 
en 1703. Il professait, à l'âge de 
vingt-deux ans, la seconde au collège 
du Plessis à Paris. Curé de Chem- 
prond, en Gastine, il eut des démê- 
lés avec l'archidiacre de Chartres et 
échangea sa cure, en 1692, contre 
celle de Ribray, dans le diocèse du . 
Mans. Ses ouvrages sont fort origi- 
naux, pleins d'érudition et ne trai- 
tent en général que des questions 
curieuses relatives à l'archéologie. On 
peut citer : 

Exercitationes adversus. J. de Lau- 
noy dissert, de Auctoritate negantis ar- 
gumenti, Paris, 1 662 ; De retinenda in 
Ecclesise libris voce Paraclitus, Lugd., 
1669; De festorum dierum imminu- 
tione, Lugd., 1668; cet écrit fut mis 
à l'index, donec coirigatur; Consulta- 
tion faite par un avocat du diocèse de 
Saintes à son curé sur la dimiJiution 
du nombre des fêtes ordonnée par Mgr 
l'évéque de Saintes, Paris 1670; D«s. 
sur l'inscription du grand portail de 
l'église des Cordeliers de Reims : « Dec 
homini et Beato Francisco, utrique 
crucifixo, » par S. de Saint-Sauveur 
(pseud.), Bruxelles, 1670; polémique 
inconvenante , dirigée contre une 
inscription non moins inconvenante • 
De stola in archidiaconorum visitatio- 
nibus gestanda a parochis discept., 
1674; Traité de l'exposition du saint 
Sacrement de l'autel, Paris, 1673, in- 
12, un de ses traités les plus connus. 
On reproche à cette dissertatioa ■ît à 
d'autres écrits de l'auteur, d'énumé- 
rer avec un grand soin et une scru- 
puleuse exactitude les objections et 



THI 



89 



THO 



les injures hérétiques, et de n'y ré- 

pondfp que faiblement; Traité des 
Superstitions, selon l'Écriture sainte, 
Paris,, 1679, ia-12; V Avocat des pau- 
vres, Paris, 1676; il traite de l'ap- 
plication des revenus des bénéfices 
aux pauvres ; Traité de la Clôture des 
religieuses, Paris, 1681 ; Diss. sur les 
principaux autels, la clôture du chmiir 
et les jubés des églises, 1688; Histoire 
des Perruques, Paris, 1630, contre 
l'usage introduit par les ecclôsiasti- 
|ues de porter perruque ; Traité con- 
tre les Carrosses; Traité de l'Absolution 
de l'hérésie, Lyon, 1693 ; Diss, sur la 
sainte Larme de Vendôme, Paris, 1669 ; 
l'auteur demande à l'évêque de Blois 
de ne pas permettre l'exposition de 
cette relique; Mabillon lui répondit ; 
Lettre d'un Bénédictin à Monseigneur 
de Blois, touchcuit le discernement des 
anciennes, reliques , Paris, 1700; la 
plus solide et la plus négligée de toutes 
les dévotions, Paris, 1702 ;' Observât, 
sur le nouveau Bréviaire de Cluny, 
1702; Critique de la révision faite 
par Letourneur; Traité des Cloches, 
et de la sainteté de l'offrande du pain 
et du vin aux messes des Morts, Paris, 
1731. 

Le Noir. 

THIERS (Louis-Adolphe) {Théol. 
hist. biog. et bibliog.) — Ce célèbre 
écrivain et grand homme d'état fran- 
çais contemporain, qui commit en 
1871 la faute grave d'enlever à la 
France ses armes, véritables garan- 
ties de son indépendance et de sa li- 
berté, alors que sa victoire sur Paris 
insurgé lui imposait seulement le 
désarmement de la capitale, mais 
qui a exercé, avec tant d'honnêteté et 
tant de gloire sérieuse, la charge 
de président de la république fran- 
f^ise dans le moment le plus critique 
où se soit jamais trouvée la France 
(1871, 72 et 73), naquit à Marseille en 
1797 d'unefamille de commerçants de 
draps, ruinée par larévolution. U en- 
tra avec une bourse au lycée de 
Marseille en 1806, fit son droit à Aix, 
fut reçu avocat en 1820, laissa le 
barreau pour l'étude de l'histoire et 
dfe la philosophie, et vint chercher 
fortune à Paris en 1821. Manuel le 
protégea ; le Constitutionnel lui ouvrit 



ses colonnes et il y écrivit sur tous 
les sujets avec tant de sûreté d'aper- 
çus, de précision et de clarté de style 
qu'il devint bientôt une autorité. Sa 
renommée commença sous le patro- 
nat^o de Lafitte et sous celui du vieux 
Talicyrand. Voici quels ont été les 
principaux ouvrages qui lui ont valu 
cette renommée : 

L'Histoire de la Révolution fran- 
çaise depuis 1789 jusqu'au 18 bru- 
maire, 1823 à 1827, 10 vol. in-S"; 
l'Histoire du Consulat et de l'Empire, 
20 vol. 1843 à 1863; Du droit de pro- 
priété, iSiH -jLuiv et son système de fi- 
nances, hroch. Paris, 1 826 ; la Monar- 
c/itedel830, broch. Paris, 1831 ; une 
multitude d'articles politiques et 
littéraires dans l'ancien Constitu- 
tionnel, l'ancien National, le Globe 
(1824), l'Encyclopédie progressive , 
(1826), la Revue française (1829), la 
Revue des Deux-Mondes (1840); et ses 
nombreux discours comme homme 
d'État, dans lesquels la clarté, la 
simplicité, le naturel, le bon sens et 
le patriotisme brillent au degré su- 
prême. 

Le Noir. 

THOMAS, apAtre (saint). Nous sa- 
vons par l'Evangile que cet apôtre 
était tendrement attaché à son divin 
Maître. Lorsque les autres disciples, 
dans la crainte que Jésus-Christ ne 
Kit mis à mort par les Juifs, voulu- 
rent le détourner d'aller à Béthanie, 
ressusciter Lazare, Thomas leur dit : 
Allons aussi, nous autres, afin de 
mourir avec lui, Joan., c. 11, ^ 16. 
Pendant la dernière cène, le Sauveur 
ayant dit qu'il allait retourner à son 
Père, cet apôtre lui demanda : Sei- 
gneur, nous ne savons oii vous allez ; 
comment pouvons-nous connaître la 
voie ? Jésus lui répondit : Je suis la 
voie, la vérité et la vie ; personne ne 
va à mon Père que par moi, c. 14, 
j^ 5 et 6. Thomas ne s'étant point 
trouvé avec les autres apôtres, lors- 
que Jésus-Clirist leur apparut pour 
la première fois après sa résurrec- 
tion, refusa de croire à leul temoi- 
gnage, et ajouta qu'il ne croirait pas, 
à moins qu'il ne vit et ne touchât le» 
plaies de son Maître. Le Sauveur eut 
la condescendance de le satisfaire; 



Tno 



90 



Tno 



■'!« 



alors Thomas convaincu s'écria : Ifon 
Seigneur et mon Dieu, c. 20, ^ 28. 
Profession de foi remarquable; saint 
Pierre s'était borné de dire dans une 
autre circonstance : "Vous êtes le 
Christ, Fils du Dieu vivant, Matlh., 
c. 16, y lC;mais Jésus-Christ voulut 
que sa divinité fût exprimée claire- 
mont et sans équivoque par saint 
Thomas. C'est ce qui a fait dire à 
saint Grégoire le Grand, Homil. 26 in 
Evang. : « Nous sommes plus affer- 
» mis dans notre foi par le doute de 
•» saint Thomas , que par la foi 
» prompte des autres apôtres. » 

Quant aux travaux apostoliques de 
celui-ci, ce que nous avons de plus 
certain est le témoignage d'Origène, 
qui a écrit dans le 3° livre de son 
Commentaire sur la Genèse, que saint 
Thomas alla prêcher l'Evangile chez 
les Parthes; témoignage conservé 
par Eusèbe, Hist. ecclés., I. 3, e. 1, 
et confirmé par la tradition du troi- 
sième et du quatrième siècles, suivant 
laquelle le corps de cet apôtre repo- 
sait dans la ville d'Edesse en Mésopo- 
tamie. On sait que, du temps d'Ori- 
pène, les Parihes étaient en posses- 
sion de la Perse et des pays voisins 
qui confluent aux Indes; d'où l'on a 
conclu que saint Thomas avait établi 
l'Evangile dans toutes ces contrées. 
Cela est d'autant plus probable, qu'il 
y a eu de bonne heure des chrétiens 
dans ces parties de l'Asie, et qu'ils 
ne connaissaient point d'autre origine 
de leur christianisme que la prédica- 
tion de saint Thomas ou de ses dis- 
ci])les. 

A la vérité il s'est établi une tradi- 
tion plus récente, qui porte que cet 
apôtre étendit sa mission jusque dans 
la presqu'île des Indes, en deçà du 
Gange, qu'il souffrit le martyre dans 
la ville lie Calamine, nomn ée ensuite 
Saint-Thomi}, et aujourd'hui Melia- 
jiour, et que l'on y avait son tom- 
Leau. M lis cette croyance ne parait 
pas assez bien fondée pour lui don- 
ner la préférence sur l'opinion des 
premiers siècles. Les peuplades de 
chrétien? que les Portugais ont trou- 
vées sur la côte de Malabar en arri- 
vant 1-' ins les Indes, vers l'an loOO, 
et qi: rc nommaient ri, retiens de saint 
Tluimas, y avaient été établies par 



les nestoriens, et ils en avaient em- 
brassé les erreurs. Voyez Nestoria- 
NiSME, § 4; Tillemont, Mem., t. 1, 
p. 230; Vies des Pères et des Martyrs, 
t. 12, p. 230. 

BEHCrER. 

THOMAS D'AQUm (saint), célèbre 
docteur de l'Eglise et religieux domi- 
nicain, naquit l'an 1226, et mourut 
l'an 1274. C'est un malheur qu'il 
n'ait vécu que quarante-huit ans, 
puisque toute sa vie fut consacrée à 
l'étude et au service de l'Eglise, et 
que ses vertus ne furent pas moins 
éclatantes que ses talents. Il est ap- 
pelé le docteur angéliguc, ou ïange de 
l'école, parce qu'aucun autre n'a traité 
la théologie scolastique avec autant 
de clarté, d'ordre et de solidité que 
lui ; aussi aucun autre n'a eu autant 
de réputation, soit pendant sa vie, 
soit après sa mort; dans quelque 
siècle qu'il eût paru, il aurait été un 
grand homme. Ceux mêmes qui ont 
cherché à diminuer son mérite et sa 
gloire, ont été forcés de convenir que, 
s'il avait pu réunir à l'étendue et à 
la pénétration de son génie les se- 
cours que nous avons à présent pour 
acquérir de l'érudition, il n'y aurait 
aucune espèce d'éloge dont il ne fût 
digne. Sa Somme thcologique, qui est 
l'abrégé de ses ouvrages de ce genre, 
est encore regardée avec raison 
comme un chef-d'œuvre de méthode 
et de dialectique. 

Mais il en a fait beaucoup d'au- 
tres ; tous ont été recueillis et publiés ; 
la meilleure édition est celle de 
Rume, faite l'an 1570, en dix-sept 
volumes in-fol. Elle contient, 1° ses 
ouvrages philosophiques, qui sont des 
commentaires surtoute laphilosophie 
d'Aribtote; 2° des cuminenlaires sur 
les quatre livres du maître des sen- 
tences ; 3° un volume des questions 
disputées en théologie; 4o la Somme 
contre les gentils, divisée en quatre 
livres ; 5» la Somme théologique^ de 
laquelle nous venons de parler : on 
prétend que saint Thomas l'a compo- 
sée dans l'espace de trois ans ; 6o des 
explications ou commentaires çur 
plusieurs livres de l'ancien et du 
nouveau Testament; 7° un volume 
d'opuscules et d'œuvres mêlées sar 



TIIO 



CI 



TÎIO 



If 



différents sujets, au nombre de soi- 
xante-treize, mais dont quelques-uns 
peuvent i^'étre pas de lui, au juge- 
ment des critiques. 

L'écrivain le mieux instruit de la 
vie de saint Thomas, et qui avait vécu 
avec lui. dit avec raison que l'on ne 
conçoit pas comment, dans un inter- 
Jallfc de' vingt ans, à dater du nio- 
'Uient auifuel ce saint docteur coin- 
toença d'enseigner, jusqu'à sa mort, 
îl a pu faire un aussi grand nombre 
d'ouvrages et sur autant de matières 
différentes. L'étonnement redouble, 
quand on se rappelle que la prière 
et la méditation, la prédication de 
la parole de Dieu, les affaires dont ce 
gr?nd homme fut chargé, les vo3-ages 
qu'il a faits, ont dû occuper près de 
la moitié de son temps. Aussi disait- 
il qu'il avait plus appris au pied du 
crucifix que dans les livres. 

Depuis que l'on a négli!;é l'étude 
de la scola:>tique pour s'attacher prin- 
cipalement à la tluologie positive, les 
ouvrages de saint Thomas sont beau- 
coup moins lus qu'autrefois, mais un 
théologien qui veut s'instruire solide- 
ment ne regrettera jamais le temps 
qu'il aura mis à consulter la Somme 
théologique ; il y trouvera sur chaque 
question les preuves et les réponses 
à toutes les objections que l'oo pei't 
tirer du raisonnement. 

Les protestants, qui méprisent 
beaucoup les scolasUques, et qui en 
ont dit tout le mal possible, n'ont pas 
plus respecté saint Thomas que les 
autres : ils lui accordent à la vérité 
plus d'esprit et de pénétration; mais 
ils disent qu'au lieu de travailler à 
corriger la mauvaise méthode et le 
respect superstitieux pour Aristote, 
qui régnaient de son temps dans les 
écoles, il a rendu cet abus plus incu- 
rable par l'admiration qu'il a inspi- 
rée à son siècie ; qu'il y a beaucoup 
à rabattre des éloges que l'on a 
donnés à ses talents. Quelques-uns 
prétendent que ses définitions sont 
souvent vagues et obscures, que ses 
plans et ses divisions, quoique pleins 
d'art, manquent souvent de clarté et 
de justesse; que sa mélhode ne sert 
fréquemment ipi'à brouiller les ques- 
lioni iu lieu de les éciaireir. D'autres 
ont affecté de renouveler les ■accusa- 



tions qui furent formées contre co 
saint docteur ]i.'ir des ennemis jaloux, 
licndant les troubles de l'universiti 
de Paris. Ils n'ajoutent aucune foi à 
ce que ses historiens racontent de 
ses vertus et de ses miracles. 

Jamais la prévention dos protes- 
tants n'a éclaté davantage' qu'i cette 
occasion, l'eut-on blâmer saint Tho- 
mas de. n'avoir pas entrepris de chan- 
ger absolument la méthode ([ui ré- 
gnait de son temps dans toutes les 
écoles de la chrétienté? Nos adver- 
saires conviennent que ceux qui s'at- 
tachaient principalement à l'Ecriture 
sainte et à la tradition, et que l'oa 
appelait les dartiurs Oiljliqucs, ne 
jouissaient d'aucune estime ni d'au- 
cune considération, et voyaiLMit leurs 
écoles désertes : un docteur sage était 
donc forcé de se conformer au goût 
général et dominant Mais saint Tho- 
mas n'a pas négligé l'étude de l'iicri- 
ture sainte, puis([u'il en a expliqué 
et commenté ])lusieurs livres, et qu'il 
a fait plus d'usage de la tradition que 
les autres. Quand on n'est pas au fait 
du langage sailastiqite usité pour 
lors, il n'est pas étonnant que l'on 
trouve obscures la plu])arl des défi- 
nitions de ce grand ilicolngien; mais 
il suflit de jeter seulement un coup 
d'œil sur la table des li\res el des 
chapitres de sa Somme, pour être 
convaincu qu'il y règne un ordre in- 
fini dans'la distribution des matières; 
il s'en faut beaucoup qu'il y en ait 
autant chez la plupart des théologiens 
protestants. Ceux-ci ont trés-liien 
compris que la précision avec laquelle 
ce savant scoUisiique a traité les ques- 
tions qui les divisent d'avec nous, a 
fait leur condamnation d'avance. 
Leur incrédulité touchant les vertus 
héroïques, et les miracles de saini 
Thomas ne prévaudront jamais sur 
l'attestation des témoins oculaires de 
sa vie, ni sur les informations juri- 
diques qui en ont été faites; on n'a 
pas pu en imposer sur les actions et 
sur la conduite d'un personnagr aussi 
célèbre, qui a èlé vu et connu dans 
toute la France et dans toute l'Italie. 

Voyez SCOLASTIQUE. BEUGIEri. 

Les deux articles suivants que nous 
ajoutons à ctilni de Bergier ne serout 



THO 



92 



THO 



pas jugés superflus pour un aussi 
grand homme que saint Thomas 
d'Aquin. Le Noir. 

THOMAS D'AQUIN (la théologie de 
saint) {Thcol. hist. bibliog.) — Bergier 
signale avec raison l'abandon dans 
lequel sont tombés les ouvrages de 
saint Thomas d'Aquin * depuis que 
l'on a négligé l'étude de la scolas- 
tique pour s'attacher à la théologie 
positive. » Il fait remarquer, avec 
non moins de justesse, que l'on 
trouve dans les œuvres de ce grand 
docteur, « sur chaque question les 
preuves et les réponses à toutes les 
objections que l'on peut tirer du rai- 
sonnement. » C'est qu'en effet Thomas 
cTAquin, comme son maître Albert le 
Grand et comme tous les théologiens 
du xiii» siècle, ainsi que nous le ferons 
observer dans notre article Théo- 
logie, n'isole pas cette science sacrée 
de l'ordre profane, de la philosophie 
et de la science ; sa théologie est une 
théologie philosophique ou, si l'on 
veut, une philosophie théologique. Ce 
n'est que depuis la séparation opérée 
par Descartes entre lesdeux domaines 
que les théologiens se sont retirés dans 
cette théologie positive et pure qui 
s'isole de la philosophie naturelle et 
-des sciences profanes. Auparavant la 
scolastique embrassait tout et mélan- 
geait tout. Pour nous, la nouvelle mé- 
thode qui consiste à spécialiser les 
sciences et à les rendre indépendantes 
les unes des antres est une calamité . 
La philosophie, la science, les lettres 
et les arts, par suite de cette sépara- 
tion des domaines, suivent leur 
marche progressive dans le monde, 
et la théologie, isolée, cantonnée dans 
le sanctuaire, perd de plus en plus 
son action sur la société. C'est l'obser- 
vation de cette malheureuse tendance, 
dont les résultats sont incalculables 
pour des yeux perçants, qui nous a 
fait prendre dans nos ouvrages et 
dans nos articles ce genre mixte qui 
rapproche ce qu'on a divisé. Nous 
avons suivi , dans notre jeunesse, 
comme tous les élèves en théologie 
de notre temps, cette théologie posi- 
tive et pure dont parle Bergier, quia 
rélégué à la queue de ses thèses, sous 
la modeste étiquette de Raison théo- 



logique, les raisonnements qui consti- 
tuèrent le corps même de la théolo- 
gie de saint Thomas, pour n'attacher 
d'importance qu'aux preuves d'auto- 
rité. Mais nous avons reconnu l'in- 
convénient de cette méthode et n'a- 
vons eu à cœur, depuis que nous 
écrivons, que de nous en guérir. 
C'est ce qui expliquera à ceux qui 
nous comprendront comment et pour- 
quoi nous introduisons un nouveau 
langage qui n'est pas le langage 
théologique proprement dit, qui est 
tout à la fois scientifique, philoso- 
phique et thôologique, qui est mixte 
en un mot, et qui nous paraît rame- 
ner, en lui donnant une couleur mo- 
derne, celui de saint Thomas. Si ce 
génie vivait dans notre époque, il 
exécuterait un plan semblable avec 
sa force prodigieuse : que n'avons- 
nous cette force!... Il suClitde le lire 
aujourd'hui et de le comprendre pour 
n'en pas douter. Ce qu'on appelle la 
précision théologique peut y perdre 
un peu, mais on dit, au fond, les 
mêmes choses et, si quelques théolo- 
giens rigoureux qui ne sont habitués 
qu'à leur langue technique, peuvent 
se trouver quelque peu dépaysés dans 
ce nouvel idiome, tous les esprits let- 
trés de la société profane, qui ont 
besoin de conversion, pourront l'y 
trouver. N'est-ce pas là le point imp- 
ortant? 

La Somme théologique de saint 
Thomas est une encyclopédie philoso- 
phique. Voici l'analyse qu'eu donne 
M.Mattès dans le Lict. eney. de la 
thcol. cathol. trad. de l'allemand par 
Goschler: 

« La Somme se divise en trois 
parties, chaque partie en questions, 
chaque question en articles. 

» La première partie (de Dieu) 
comprend 119 questions. La seconde 
(l'Éthique) se partage en deux sec- 
tions, dont la première (dite prima 
secundse, cit. 1-2, ou I-II, ou encore 
1-2, l'Éthique générale) renferme 114 
questions; la seconde (secunda se- 
cundx, 2-2, l'Éthique spéciale) com- 
prend 189 questions. Quant à la troi- 
sième partie (du Christ), saint Thomas 
n'en a traité que 90 questions. Le 
supplément est de deuxième main et 
contient encore 99 questions. 



THO 



93 



THO 



» Ainsi, avec le supplément, il y 
a 6H questions. Chaque question se 
divise en 5 ou 6 articles (quelquefois 
moins, très-souvent tO, J2 et plus). 
Chaqut ^,article abonde en proposi- 
tions destinées soit à la réfutation des 
opinions adverses, soit à la démons- 
tration positive des vérités en ques- 
tion. On p>eut, d'après cela, se faire 
une idée de l'immense richesse de 
pensées que présente cet ouvrage. 
Saint Thomas avait nommé la pre- 
mière partie Pars naturalis, parce que 
son objet est la réalité comme telle 
(Dieu et la créature) ; la seconde, Pars 
moralis ; la troisième , Pars sacra- 
mentalis, parce que c'est la doctrine 
des sacrements qui en compose le 
fonds. 

» La première partie traitant de 
Dieu, il faut étudier en Dieu : 

» I. Son essence, essenîia divina. On 
se demande : 

» t. Si Dieu existe; 

» 2. Comment Dieu est, ou plutôt 
n'est pas, et de là la connaissance 
des attributs de Dieu en tant qu'Être 
absolu (simpUcitas, perfectio, infinitas, 
imrmttubilitas, imitas) ; 

» 3. Comment, Dieu ac;it, et de là 
la connaissance des attributs de Dieu 
en tant qu'Esprit {scientia, volunlas, 
potentia, beatiludo). 

» II. La Trinité, et de là trois ques- 
tions : 

» 1. L'origine des personnes divi- 
nes, origo s. processio personarum ; 

» 2. Les relations divines, relatioites 
oriyinis s. relat. divinse; 

» 3. Les personnes divines, personx 
divinx; les personnes considérées en 
elles-mêmes, et dans leurs rapports 
les unes avec les autres. 

» m. Dieu comme créateur, Deus 
principium rerum. Trois questions se 
présentent : 

» {. La création comme telle, l'acte 
créateur, productio creaturarum ; 

» 2. La créature comme telle : 

» a. Purement spirituelle, 

» 6. Purement corporelle; 

» c. L'homme, unis^mt les deux, 
le corps et l'esprit; 

» 3. La conservation et le gouver- 
nement des créatures, gubernatio re- 
rum. 

» Le but du gouvernement du 



monde est le retour de la créature 
vers Dieu. Si l'on applique les ques- 
tions qui s'élèvent à ce sujet v l'hom- 
me, on entre dans V Éthique, seconde 
partie du système. L'éthique est tout 
entière dans la réponse à cette ques- 
tion : Qu'est-ce que l'homme a à faire 
pour atteindre son but, qui n'est 
autre que son bonheur en Dieu? 
Oportet congrucnter de humanis actibus 
considerare, ut sciamus guibus actibus 
pervcniatur ad beatitudijiem vel impe- 
diatur beatitudinis via. 

» Cette question amène deux ré- 
ponses, l'une générale, l'autre parti- 
culière, ou plutôt l'une comprend la 
partie formelle des actions humaines, 
l'autre la partie matérielle (l'objet). 
Ainsi l'éthique se divise en deux par- 
ties : la première générale, la seconde 
spéciale {ethica gencralis, ethica spe- 
ciulis). 

» La première section de cette se- 
conde partie (prima secundse) traite 
des actions humaines envisagées de 
leur côté formel, c'est-à-dire en tant 
qu'elles sont des actions proprement 
dites. Et ii'i il faut examiner : 

î I. Les actes humains comme tels, 
actus humani : 

» 1. Les actes propres à l'homme, 
actus proprie humani (produits de sa 
libre volonté) ; 

» 2. Les actes communs à l'homme 
et aux animaux, actus gui siiiU homini 
aliisque animalibus communes (les pas- 
sions), passi07ies animse : concupisci- 
biles et irascibiles ; 

» II. Les causes, les motifs ou les 
principes des actions humaines, prm- 
cipia actuum humanorum. Ceux-ci 
sont : 

» 1. Intérieurs : 

» a. Capacité, puissance, potentia f 

» b. Habitudes, vertus et vices, /la- 
bitus(habitiis boni, virtutcsetadjuncta; 
habitus maii, vitia et pcccata) ; 

» 2. Extérieurs, primipia cxteriora. 
L'homme est attiré au mal par le 
diable, au bien par Dieu, et, sous ce 
dernier rapport, 

» a. Par la loi, 

» b. Par la grâce. 

» La seconde section de la seconde 
partie, secunda secundse, traite de 
l'objet des actions humaines. 

» Cet objet est dé.'jigné positive- 



Ti:o 



94 



1-f 



ment par les vertus, c'est-à-dire ce 
qu'il faut faire, et négativement par 
]es vices, c'est-à-dire ce qu'il faut 
éviter. 

» Mais il faut en outre distinguer 
ce qui s'applique également à tous 
les hommes et ce qui ne s'applique 
qu'à quelques hommes. Ainsi la se- 
cwida secwidœ se divise comme il suit : 

» I. Ce qui concerne également 
tous les hommes, de his quse perti- 
nent ad omnes huminum status, et ceci 
se réduit à ce qui est l'objet néces- 
saire des trois vertus théologales et 
des quatre vertus cardinales. Par 
conséquent, il s'agit ici : 

» 1 . De la foi ; 

» 2. De l'espérance ; 

» 3. De la charité; 

» 4. De la prudence; 

» 5. De la justice ; 

» 6. Du courage; 

» 7. De la tempérance. 

» A chacun de ces articles il s'agit 
premièrement de la vertu correspon- 
dante en elle-même, en général, 
puis en particulier; secondement des 
grâces correspondantes à ces vertus, 
doua ; 

» Troisièmement des vices contrai- 
res, viliti iiiiposilu; 

» Et ([uati'ièmement des préceptes, 
prsecepla, qui s'y rapportent. 

» Ici saint Thomas parcourt l'im- 
mense domaine de la vie humaine; 
il la poursuit jusque dans ses moin- 
dres détails, et expose partout, avec 
une exactitude et une sagacité mer- 
veilleuses, les qualités nécessaires à 
chaque chose pom' avoir la valeur 
réelle d'une œuvre chrétienne. 

» H. Ce qui ne concerne que quel- 
ques hommes, de liis qux specialiter 
ad aliqnos homines pertinent. 

» Les hommes dilférent entre eux, 
et, suivant ces dilfércnces, les uns 
ont des devoirs qui ne pèsent pas sur 
les autres, c'est-à-dire que certains 
individus ont un but spécial n aUein- 
dre dans leurs actions. Ces dilféren- 
ces dépendent de trois causes : pre- 
mièrement des dons de la grâce, non 
de la giàco ?anclilianle, c'est-à-dire 
gratia yratum facicns (celle-ci est la 
même pour tous), mais de la gratia 
gratis data ; secondement de la ma- 
nière de vivre, vitue diverse, et troi- 



Tno 

sièmement des fonctions «t des états , 
diversitas officiorum et statuum. Ain»',; 

•ai" Devoirs spéciaux d'après la 
gratia gratis data. Elle est triple, cai 
elle se rapporte : 

» a. A la science, prophetia et rap- 
tus; 

» b. A la parole, locutio ; 

» c. A l'acte, operatio, gratia mira- 
culorum. 

» 2. D'après la vie celle-ei est : 

» a. Contemplative, contemplatif a; 

» 6. Active, activa. 

» 3. D'après les fonctions et l'état, 
officia et status. 

» Ici il j aurait bien des situations 
à considérer; mais l'examen des fonc- 
tions, officia, en tant qu'elles ont 
rapport à des actes d'autrui, ad alios 
actus, appartient au législateur tem- 
porel, leyis positores ; celui des divers 
ordres, ordines, destinés à l'adminis- 
tration spirituelle, appartient à la 
troisième partie du système. Il n'est 
donc question ici que de l'état par- 
fait, status perfectorum, de la dignité 
épiscopalc et de l'état religieux, sta- 
tus episcoporum et status religiosorum. 
Ainsi se termine la seconde partie. 
Elle a exposé le but de la vie hu- 
maine, montré que l'homme doit agir 
pour atteindre un but, ce qu'il a à 
faire pour l'atteiadre, et ce qui doit 
le déterminer dans ce qu'il fait. Parmi 
les moteurs qui déterminent son ac- 
tion l'auteur a nommé la grâce; or 
la grâce n'est pas autre chose que 
l'action de Dieu en nous et pour 
nous, considérée en tant que lin des 
choses, finis rei-um, tandis que l'acte 
créateur est l'acte émanant de Dieu 
comme principe de toutes choses, 
principium rcrum. 

» Mais comment arriverons-nous à 
là possession de la grâce? 

» Dans l'état actuel, étant déchu i 
de Dieu en Adam, nous y arriver' 
par Jésus-Christ. 

» Il faut donc parler de Jésus ■ 
Christ : c'est l'objet de la troisièm ; 
partie. 

• Celle-ci se dirirse dans ses linéa- 
ments fondamentaux comme il suit : 

» I. Le Christ, le Sauveur, Christus, 
Salvator : 

» I. L'Incarnation: 

» i. L'œuvre du Curist, 



-t 



Tno 



95 



TIIO 



» a. Son entrée dans le monde, in- 
gressus rjus in rmindum ; 

» 6. 'àoa progrès dans le monde, 
progrcssiia in iiatndo ; 

» c. Sa soiLit; du monde, exitus ejus 
de miuvio ; 

B d. Son exaltation, exaltatio. 

» II. Les Saci-eriients : 

» d. Eu srùiiéi'id (idée, nécessité, ef- 
fets, cause, nombre des sacrements) ; 

» 2. En particulier, Haplème, Con- 
firmation, Eucharistie, Pénitence. 
Saint Tliomas s'est arrêté à la ques- 
tion 90 (de Fartiiius FœnitaUix in ye- 
nerali). 

» Ici commence le Supplément, qui 
termine l'ouvrage, d'après le plan de 
saint Thomas et d'après ses Commen- 
taires sur les Sentences {ad libr. IV), 
traitant, par conséquent, des autres 
sacrements, de l'Extrème-Ouction, de 
l'Ordre et du Maringe. 

» III. La résurrection, resurrectio : 

» I. Ce qui précède la résurrec- 
tion : Ri'cepla<:ula animarum post mor- 
tem, qualitas et pœiia animarum sc- 
parutarutn, suffrayia pro morlius, 
urationes sanr.lurum, siytia judicium 
générale prœccdantium, ignis ullimx 
conflayra/iunis mundi ; 

» 2. Ce qui accompagne la résur- 
rection : Ipsa resurrectio, causa resur- 
rectionis, tempus et modus, terminus a 
quo, condiiiones resurijintium ; 

» 3. Ce qui suit la résurrection : 
Cognitio resuscilatorum, judicium gé- 
nérale, judicantes et judicati, forma 
Judicis venientis ad judicium, qualitas 
mundi post judicium; 

» 4. Les liicnlieureui; 

» 5. Les réprouvés. 

» On ne sait pas ti'ès-posilivement 
qui a rédigé le Su]i|ilément. On 
nomme Albert de Brixen et Alvernia; 
mais il est vraiseaihlable que c'est 
Hem'i de Gorcnm ill. de Go7'comio), 
professeur de théologie, à Cologne, 
au quinzième siècle (li. de Rubéis). 
Mais peu importe, cm' le Supplément 
est extrait mot pour mot du commen- 
taire de saint Thomas sur le 4" livre 
des Senlences... 

» Pour caractériser en deux, mots 
la Somme on peut dire que c'est l'd 
théorie scientiliijue de la foi de l'É- 
glise. D'une part elle e.\plique la foi 
ciirétienue, et tout ce qui en dépond, 



par la connaissance purement philo- 
sophique du monde réel, et, d'antre 
part, elle ex])lique le monde réi-l et 
Id connaissance naturelle de ce monde 
par la foi même de l'Église. C'est là 
ce qu'où appelle la science ou le sys- 
tème de saint Thomas, lecpiel a été 
réalisé, comme toute science, au 
moyen de la dialectique ou du rai- 
sonnement. Cette dialectique était, 
chez saint Thomas comme chez tout 
penseur, l'œuvre d'une pensée forte 
et persévérante ; et ici encore saint 
Thomas, comme tout homme raison- 
nable, a prolité de ce que res]ir»t 
humain avait découvert, élaboré, pro- 
duit avant lui; et de là le rapport de 
saint Thomas avec tous les philoso- 
phes qui l'ont précédé, et nott^aimeut 
avec Arislote. » Le iNoia. 

THOMAS D'AQUIN (les travaux 
scientitiques de saint [Tlieol. hisl. bi- 
bliog.) — Thomas d'Aquin ne fut pas 
seulement un théologien philosophe ; 
il fut aussi, comme son maître, un 
savant, et si sa gloire au (tremicr de 
ces titres n'avait fait oublier tout le 
reste, on en parlerait sous ce second 
rapport comme d'Albert le Grand 
et.deUogcr Bacon. Sur les dix-sept vo- 
lumes in-folio qui renferment la ctd- 
k'ction de ses œuvres, il y en a deux 
sur les sciences pures ; c'est ce qu'on 
ne sait pas assez. On semble ignorer 
aussi qu'il profes.sa les sciences phy- 
siques dans plusieurs universilèa. Il 
a laissé un Traité de Physique des 
plus remarquables par la profondeur 
des vues sur la matière et la /'oroe, 
dans lequel il étudie, très en détail, 
la théorie des forces et les 1 lis du 
mouvement, avant de résumer les 
travaux d'Aristote, de Galion et d'A- 
vicenne, c'est-.'i-dire des Grecs, des 
Alexandrins et des Arabes, sur les 
sciences physiques II a laissé aussi 
un ouvrage très-considérable sur la 
météorologie, dans lequel on retrouve 
des erreurs en cours de son temps 
sur les pliénumènes de l'atniosidière, 
sur les comètes, sur les étoiles filan- 
tes, sur les sources, etc., mais dont 
la plupart des raisonnements sont 
exacts. Quant à ceux qui ne le sont 
pas, la faute en est à son époque et 
non pas à son génie. Ou lui atliibue 



THO 



96 



TIIO 



enfin un Traité de la nature des miné- 
raux, qui a été inséré dans la collec- 
tion de ses ouvrages, lequel renferme 
des passages fort curieux de nature 
àétonnerles modernes. Par exemple, 
il y esV question de la fabrication des 
pierres artificielles, et l'auteur y af- 
ûrnie que l'industrie humaine par- 
viendra 'à imiter les pierres pré- 
cieuses avec tant de perfection que 
le public y sera trompé ; il indique 
même des procédés à l'aide desquels 
on peut, en colorant le cristal, obte- 
nir l'émeraude, la topaze, le saphir 
et le rubis. 

Voilà ce qu'étaient nos théologiens 
du treizième siècle ; rien ne leur 
était étranger; c'étaient des encyclo- 
pédistes. Le Nom. 

THOMAS D'AQUIN (la jeunesse de 
saint) (Théol. hist. biog.) — Nous 
ne pouvons pas laisser passer le nom 
d'un si grand homme, sans donner 
un sommaire biographique de sa vie ; 
l'histoire de son enfance et de sa 
jeunesse est particulièrement intéres- 
sante. 

Thomas d'Aquin, né en 1226 à 
Aquino près de Naples, selon les 
uns, au château de Roccasecca (de la 
roche sèche) selon les autres, descen- 
dait par son père Landulphe des fa- 
milles royales d'Allemagne et de 
France, et par sa mère, la comtesse 
Thèodora, des fameux princes nor- 
mands les Tancrède, conquérants de 
la Sicile. Elevé à partir de son âge de 
cinq ans, dans l'abbaye du mont Cas- 
sin, ce célèbre atelier de bénédic- 
tins, le jeune Thomas en fut retiré 
par son père, à l'âge de dix ans, pour 
être envoyé dans quelque grande 
université. 

Durant son passage au château de 
Lorette, un des domaines de son 
père, il montra, tout jeune qu'il 
fut, son naturel bienfaisant eu vers les 
pauvres. Une disette était survenue 
et en avait augmenté le nombre : 
Thomas épuisa d'abord sa petite 
bourse, en libéralités, puis il eut re- 
cours à Je petits larcins dans le 
garde-manger de la maison. Des vo- 
lailles et des pâtés disparaissaient; le 
maître d'holel s'en plaignit et l'on 
surveilla le jeune Thomas qu'on soup- 



çonnait d'être le ravisseur pour l'in- 
térêt des indigents. Le comte tenait 
à le prendre sur le fait. Uç jour le 
voyant de loin épier le moment où il 
n'y aurait personne dans l'office, il se 
cacha, l'observa et, à sa sortie se pré- 
senta à lui : « Que portes-fu donc là 
sous ton habit, lui dit-il? — Thomas 
portait une volaille à un pauvre qui 
l'attendait dans la cour. — Le père 
continua devant l'enfant interdit qui 
ne répondait rien : « Ton action est 
bonne, mais le moyen que tu emploies 
ne l'est pas : tu t'exposes à faire sus- 
pecter de larcin les domestiques. On 
n'a pas Id droit, non plus, de donner 
aux autres ce qui ne nous appartient 
point. Désormaisprends ouvertement, 
je t'autorise à le faire de la sorte, 
mais non pas en cachette. Va main- 
tenant porter à qui tu le destines ce 
que tu as pris. Voyons donc ce que 
c'est.... » et, ce disant, il entr'ouvre 
l'habit... La volaille, dit-on, s'était 
changée en un bouquet de Heurs. Or, 
selon les uns ce fut un miracle; selon 
les autres, il se trouva bien sont 
l'habit de Thomas, une volaille qu'il 
courut porter au malheureux; mais 
le père qui s'était aperçu que des 
gens l'observaient alla leur dire avec 
naturel pour ménager la réputation 
de son flis et couper court aux can- 
cans du village : o C'était nu bouquet 
de fleurs. » Et la légende éleva à la 
dignité d'un fait réel ce qui n'avait 
été qu'une parole du père. 

Après avoir retenu Thomas quelque 
temps chez lui, le comte Landulfe se 
décida pour l'université de Naples 
qu'avait prônée, en 1224, Frédéric 11 
et qui était déjà très-tlorissante. Il y 
envoya son jeune fils qui était le cin- 
quième de ses enfants, en lui donnant 
pour guide un précepteur qui depuis 
son entrée au mont Lassin ne l'avait 
pas quitté. Ses professeurs furent 
Pierre Martin et Pierre Hibernie, 
alors très-connus. 

A l'âge de dix-sept ans l'idée vint 
à Thomas de se faire dominicain, et 
ses parents entreprirent de l'en em- 
pêcher. Sa mère courut à Naples; 
mais il i-.vait déjà quitté la ville et 
était allé à Rome, dans le couvent de 
Sainte-Sabine sur le mont Aven tin. 
La comtesse Thèodora, furieuse, s'y 




THO 



97 



TIIO 



à 



rend aussitôt, et n'obtient pas de le 
voir; elle remplit Rome de ses plain- 
tes et met de son côté les plus hautes ' 
influences. Thomas, qui avait les do- 
minicains pour lui, évite la lutte en 
partant pour Paris, et son père meurt 
sur ces entrefaites. 

La colère de Théodora n'eut plus 
de bornes; elle chargea ses deux au- 
tres iils, qui étaient militaires au ser- 
vice de l'empereur d'Allemagne, de 
le lui ramener de force. Thomas, qui 
voyageait à pied, évitant de passer 
par les villes, fut, en effet, arrêté sur 
le bord d'an ruisseau où il se reposait 
avec ses compagnons, entre Sienne et 
le lac de Bolseno, par une troupe 
d'hommes en armes, qu'il prit pour 
une compagnie de banditti. La résis- 
tance lui était impossible ; il se ren- 
dit. Mais quelle ne fut pas sa surprise 
lorsqu'il reconnut dans le chef de la 
troupe son propre frère Reynold. Ce- 
lui-ci fut brutal; il voulut lui arra- 
cher son habit de dominicain ; Thomas 
résista, et ce fut sous celle robe qu'il 
fut ramené devant sa mère. 

Théodora le combla de caresses, et 
puis mit tout en œuvre pour le faire 
changer de résolution. Thomas fut at- 
tendri, mais resta inébranlable. Ni sa 
mère, ni ses deux sœurs, ni ses frères 
ne purent rien sur lui, et la lutte dura 
plusieurs jours. Eniin on leva ce siège 
terrible de son âme et on le laissa 
travailler librement dans le château 
de la Rocca-Secca. 

Mais bientôt, il s'aperçut qu'il 
était là captif. Il s'en consola en tra- 
vaillant. La comtesse était désolée. 
Ses frères eurent de nouveau recours 
a la violence; ils voulurent encore lui 
arracher sa robe. Thomas résista, une 
lutte eut lieu, et la robe fut mise en 
lambeaux. On l'emprisonna dans la 
tour. « Jamais la famille ne consentira, 
» lui disait-on, à ce qu'un descendant 
» des rois porte la robe de bure, re- 
1» nonce aux dignités et vive de la vie 
» des pauvres, enseveli dans un mo- 
» nastère. » Thomas n'entendait rien. 
Il travaillait. Enfin, ses frères, voyant 
que la violence était inutile, usèrent 
■d'un dernier moyen : ils enfermèrent 
dans sa tour une jeune courtisane ^ 
de Naples qui se chargea de le vain- 
cre, Thomas, après l'avoir un instant 
XII. 



ouï parler devant son foyer, s'arma 
d'un tison ardent et poursuivit la visi- 
teuse; celle-ci s'enfuit avec des cris et 
Thomas relira violemment la porte. 
Cette secousse fut suivie d'un som- 
meil agité par des songes où il vit des 
anges qui lui serraient les reins. 

La détention dura plus d'un an. 
Le jeune homme avait fini par gagner 
ses sœurs, et celles-ci lui servirent 
dès lors d'intermédiaires pour cor- 
respondre avec les chefs de l'ordre de 
Saint-Dominique ; plus d'un fut même 
introduit furtivement dans sa cham- 
bre. Enfin, ceux-ci, profilant d'un 
moment où le pape et l'empereur 
n'étaient pas en lutte, obtinrent de 
l'uii et de l'autre qu'ils exigeassent 
sa mise en liberté. L'empereur fi'; 
arrêter les deux frères qui furent obli 
gés de lâcher prise. La mère consen. 
tit à ce que trois dominicains vins- 
sent chercher son fils, mais à cette 
étrange condition qu'il ne sortirait 
point de chez elle ni de sa tour par 
une porte. A l'heure convenue, trois 
dominicains se tinrent au bas de la 
tour, et ses deux sœurs le firent elles- 
mêmes descendre, par la fenêtre, dans 
une corbeille d'osior dont elles rete- 
naient les cordes. » Il tomba, dit le 
» père Touron, son biographe, dans 
» les bras des frères prêcheurs comme 
» un ange descendu du ciel. » 

En 1243, T/to/nas faisait, à Naples, 
sa profession entre les mains du père 
Agni, et Albert le Grand était chargé 
de son instruction supérieure. Thomas 
suivit Albert partout où il alla donner 
des leçons. 

Thomas parlait peu et répondait 
laconiquement. Les étudiants l'^ippe- 
laient le bouf muet, le grand bœuf de 
Sicile. Un jour, Albert qui connaissait 
le sobriquet, le mit en verve, dans 
une discussion publique, par des 
questions difticiles, et il parla de telle 
façon qu'Albert , se tournant vers 
ceux qui l'appelaient bas mutus, leur 
dit ; « Votre bœuf muet poussera, 
» dans la doctrine, des mugissements 
» tels qu'ils retentiront dans le 
» monde entier. » Ordonné prêtre à 
Cologne en 1248, Thomas d' Aquin ne 
> fut plus, dès lors, que l'inséparable 
ami d'Albert le Grand. 

Il tit des cours publics à Paris et 



TIIO 



98 



THO 



y prit ses grades. Il professa au col- 
lège Saiat-Jacques. Guillaume de 
Saint-Anioiir, chanoine de Beauvais et 
de l'université de Paris, ayant fait un 
livre contre les dominicains, et cette 
université les ayant exclus do son 
sein, il alla à Rome plaider leur 
cause et la gai^na devant Alexandre IV, 
après s'être lait admirer par son élo- 
quence et par sa modération envers 
les personnes. De nouveau appelé à 
Rome, il y fut retenu jusqu'en 1269, 
et y refusa l 'archevêché de Naples, 
puis la direction du mont Cassin. 

Thomas entrait un jour chez In- 
nocent IV et l'apercevait comptant de 
grosses sommes d'argent. « Vous 
» voyez, lui dit le Pape, que l'Eglise 
» n'est plus au siècle où elle disait : 
» Je n'ai ni or ni argent. » — Il est 
» vrai, saint Père, répondit Thomas; 
» mais aussi, elle ne peut plus dire 
» au paralytique : Lève-toi et marche. » 

A Paris Louis IX s'honorait d'a- 
voir à sa table Thomas d'Aquin qui 
n'y allait que quand il ne pouvait 
s'en dispenser et qui s'y ht parfois 
remarquer par des distractions de 
philosophe. On cite la suivante : Etant 
assis un jour, à la table de saint Louis, 
à côté du roi, il se trouva plongé dans 
une méditation si profonde qu'il 
n'entendait pas qu'on lui parlait, et 
qu'au lieu de répondre à une ques- 
tion, il frappa de sa main sur la table 
et s'écria comme triomphant : « En- 
fin c'est décisif contre l'hérésie des 
Manichéens. Modo condusum est contra 
hseresimmanicliworum. » Le prieur, qui 
était près de lui, lui reprocha son 
inconvenance ; mais le roi lit venir 
aussitôt un secrétaire auquel il exigea 
que Thoinas dictât son argument, 
séance tenante, afin de ne pas l'ou- 
blier. 

En 1272, on le retrouve à Naples. 
Puis vient le concile de Lyon où il 
est envoyé ; mais il meurt en y al- 
lant, à l'âge de 48 ans, l'an 1274. 

Thomus d'Aquin s'occupa, durant 
les dernières années de sa vie, de 
faire faire une traduction des ouvra- 
ges d'.^ristote d'après le texte grec. 
Jusqu'alors on n'avait possédé le phi- 
losophe de Stagire que dans la vieille 
traduction do fJoèce et dans les ver- 
sions de l'arabe; Albert le Grand se 



servait encore de ces dernières, et 
Roger Bacon en 1260 se plaignait vi- 
vement des misérables traductions 
d'Aristotu, pleines d'altérations, et de 
fautes, auxquelles on en était l'éduit; 
ce fut saint Thomas qui eut, à la fin 
de sa vie, le mérite de procurer à 
son siècle un Aristote véritable et 
authentique. Dans ses commentaires 
sur « le philosophe » on remarque, 
au reste, qu'il a souvent égard au 
texte grec lui-même. 

On raconte qu'aussitôt après sa 
mort, à laquelle son état d'affaiblis- 
sement progressif préparait depuis 
une année les esprits, le vieux Albert 
le Grand dit tout à coup, à Cologne : 
a Mon frère Thomas d'Aquin, mon fils 
en Jésus-Christ, qui a été une lumière 
de l'Eglise, est mort; Dieu me l'a ré- 
vélé. » 

M. L. Vives publie une belle édi- 
tion des œuvres de saint Thomas 
d'Aquin, traduction française et texte 
latin. La Somme théolofjique est tra- 
duite et annotée par F. Lâchât. La 
Chaîne d'or, — explication suivie des 
quatre évangiles, — est traduite et 
annotée par M. l'abbé Péronne. Les 
commentaires sur les èpîlres do saint 
Paul sont traduits et annotés par 
M. l'abbé Bralé. Les opuscules théo- 
logiques, philosophiques et scienti- 
fiques sont traduits par MM. Baudel, 
Védrine et Fournet, prêtres de Li- 
moges. La Somme contre les Gentils 
est traduite et annotée par M. l'abbé 
P. F. Ecalle, etc. 

Le Noir. 

THOMAS BECQUET (saint), arche- 
vêque de Cantorbéry, naquit l'an 1117, 
et fut mis à mort l'an 1 170, sous le 
règne de Henri II, roi d'Angleterre. 
Quoique ce saint ne soit pas au nom- 
bre des écrivains ecclésiastiques, il 
nous parait important de réfuter les 
calomnies que l'on élève aujourd'hui 
contre sa mémoire, calomnies qui 
retombent sur l'Eglise catholique, 
par le jugement de laquelle il a été 
mis au rang des saints. 

Elevé d'abord à la dignité de chan- 
celier d'Angleterre, il rendit au roi 
et à Id nation les plus importants 
services ; placé ensuite sur le siège 
de Cantorbéry, i'au 11 GO, il encourut 



TIIO 



99 



TIÎO 



la Lii.^grâce de son souverain et des 
grands du royaume, par sa Icrmeté à 
défendre les droits de l'Eglise contre 
les entreprises et les usurpations de 
l'uu et des autres. Obligé de se retirer 
en France, il y fut accueilli par le 
roi Louis VII, et par le pape Alexan- 
dre III, qui y était pour lors. Après 
plusieurs tentatives et de longues né- 
gociations, l'un et l'autre parvinrent 
à le réconcilier avec son roi, et à le 
faire rétablir sur son sié,i;e. Mais 
comme il continuait de s'opposer aux 
abus qui régnaient, et à demander la 
restitution dos biens enlevés à son 
Eglise, il excita de nouveau la colère 
du roi : quatre courtisans crurent se 
rendre agréables à ce prince, en as- 
sassinant ce vertueux prélat au pied 
des autels. Il fut mis au rang des 
saints trois ans après sa mort. 

Avant le schisme de l'Angleterre et 
l'introduction du protestantisme dans 
ce royaume, tous les Anglais ren- 
daient un culte religieux à saint Tho- 
mas Becquet, et le regardaient comme 
un des grands hommes de leur na- 
tion. Mais ils ont changé d'idées en 
changeant de religion; plusieurs de 
leurs écrivains se sont emportés en in- 
vectives contre ce personnage. Jugeant 
do saconduite, comme si au douzième 
siècle leur roi s'était déjà déclaré 
chef souverain de l'église anglicane, 
ils ne voient plus dans le saint arche- 
vêque qu'un fanatique ambitieux, un 
brouillon, un séditieux, un opiniâtre 
frénétique, révolté contre son roi et 
son bienfaiteur. C'est ainsi qu'il est 
traité par le traducteur anglais de 
\'Uisloire ccch'siastique de Mosheim, 
12° siècle, 2" part., c. 2, § 12, note. 
Mosheim en avait parlé avec décence 
et avec modération ; quelques incré- 
dules français ont encore enchéri sur 
les termes injurieux du traducteur. 

Pour juger si larchevèque de Can- 
torbéry a été innocent ou coupable, 
digne de louange ou de blâme, il 
faut savoir plusieurs faits historiques 
rapportés par les contemporains, et 
que l'on ue peut pas révoquer en 
doute, 

lo Henri II était un souverain non- 
seulement très-absolu, mais très-vio- 
lent, sujet à des transports fréquents 
de colère, pendant lesquels il ne se 



i 



possédait plus ; il ouWiait ses enga- 
gements les plus solennels, et ue 
voulait plus d'autre loi que sa vo- 
lonté. .'Vccoutumé à disposer de tous 
les bénéfices, contrôle droit commun 
étalili partout, il s'appropriait les 
revenus pendant la vacance, et né- 
gligeait pendant longtemps de nom- 
mer un successeur, alinde prolonger 
sa jouissance; à son exemple les 
seigneurs envahissaient les biens ec- 
clésiastiques, et se réunissaient pour 
dépouiller le clergé; le même désor- 
dre avait régné en France pendant 
plusieurs siècles. ^ 

2" Lursqu'; ce prince voulut pincer 
Tliomas Bccquct sur le siège de Can- 
torbéiy, celui-ci lui déclara que s'il 
était une fois revêtu de cette dignité, 
il no pourrait plus tolérer ce brigan- 
dage, que son devoir le forcerait de 
s'y opposer, qu'il cncourraitjinfailli- 
blemont la disgrâce du roi, qu'il le 
suppliait de h.' disjienscr d'accepter 
cette charge. Henri II insista, il eut 
donc tort de s'étonner de la résis- 
tance de l'archevêque, il devait s'y 
attendre, 

3'j Les abus auxquels Thomas s'op- 
posait n'étaient pas des lois, le roi 
lui-même les appelait des coutumes. 
11 les lit rédiger en lois dans mie as- 
semblée tenue à Clarendon,ran 11 64 ; 
il crut acquérir- ainsi le droit de dé- 
pouiller lo clergé, non-seulement de 
ses biens, mais encore do sa juridic- 
tion. I^a plupart des évêques se sou- 
mirent. L'archevêque de Cantorbéry, 
pour ne pas se rendre odieux, con- 
sentit à signer avec les autres; mais 
après réflexion faite il s'en repentit, 
il eu demanda pardon au pape, et se 
fit absoudre : de là le nouveau mé- 
contentement du roi et l'origine de 
la rupture. ^j 

4o Ces constitutions do Clarendon 
furent examinées en France par le 
pape dans une assemblée tenue à 
Sens ou ailleurs; de seize articles 
qu'elles contenaient, on jugea qu'il 
y en avait seulement sept que l'on 
pouvait tolérer, que tous les autres 
étaient contraires au droit générale- 
ment reçu dans l'Eglise et aux décrets 
des conciles ; on blâma la faiblesse 
qu'avait eue d'abord l'archevêque de 
Cantorbéry et les autres ôvêques aa- 



Tno 



100 



THO 



gîais de les signer. Les anglicans ré- 
pondent que le pape ni l'Eglise n'a- 
vaient rien à voir aux lois civiles d'An- 
gleterre ; que c'était au roi seul de 
les faire à son gré. Sans examiner le 
fond de ce droit, nous nous bornons 
à observer qu'il est absurde de juger 
une question du douzième siècle, sur 
les principes du quinzième ou du 
dix-huitième, et non sur ceux qui 
étaient universellement reçus et suivis 
pour lors; de vouloir que Thomas 
Becquet se soit cru plus obligé de se 
soumettre aux volontés arbitraires 
d'Henri II, qu'au jugement du sou- 
verain pontife et de toute l'Eglise. 
Une preuve que le droit du douzième 
siècle n'était pas aussi absurde qu'on 
le prétend, c'est que, malgré la pré- 
tendue réformation, l'archevêque de 
Cantorbéry jouit encore de la plupart 
des privilèges que saint Thomas ré- 
clamait, et que l'immunité des clercs 
subsiste encore en Angleterre, sous 
le nom de bénéfice de clergie, Londres, 
t. 3, p. 74 et 73. 

5» Dans toutes les ambassades et 
négociations qui eurent lieu à ce sujet 
en France et à Rome, Henri II se 
conduisit avec une inconstance, une 
duplicité, une mauvaise foi, qui ne 
lui firent pas honneur. Lorsqu'il était 
de sang-froid, il promettait et accor- 
dait tout ce qu'on voulait ; dans le 
premier mouvement de colère il se 
rétractait et ne voulait plus rien en- 
tendre. Peut s'en fallut plus d'une 
fois qu'il ne formât contre l'Eglise le 
même schisme qu'a exécuté Henri VIII 
en 1534. 

6° Ses apologistes prétendent que 
le roi de France, Louis VII, ne favo- 
risa Thomas Becquet que par haine 
contre Henri II son ennemi, qui pos- 
sédait pour lors nos provinces occi- 
dentales. La fausseté de ce soupçon 
est prouvée par un fait incontestable, 
c'est que Louis Vil n'accorda une 
protection déclarée et constante à 
rarchevêque de Cantorbéry, qu'après 
ïvoir eu une longue conférence avec 
Henri II près de Hontmirail dans le 
Perche, l'an 1169, et après avoir en- 
tendu les reproches de ce prince et 
les réponses du prélat que Louis VII 
avait conduit avec lui pour le faire 
rentrer en grâce. C'est après son retour 



que notre roi fit à un envoyé d'Henri II 
la réponse qui est devenue célèbre : 
Dites à votre maître que je ne veux 
foint renoncer à' l'ancien droit de ma 
couronne : la France a été de tout 
temps en possession de protéger les in- 
nocents opprimes, et de donner retraite 
à ceux qui sont exilés pour la justice. 
Avant de laisser retourner Thomas 
Becquet en Angleterre, Henri II ne 
lui lit point promettre qu'il renonce- 
rait à la défense des droits de sa di- 
gnité et de son église. 

7» Nous n'accusons point ce roi 
d'avoir consenti au meurtre de l'ar- 
chevêque. Frappé de terreur et de 
regret à la première nouvelle qu'il 
reçut de ce crime, il jura et protesta 
qu'il n'y avait point de part; qu'en 
se plaignant imprudemment de ce 
que personne ne voulait le délivrer 
de cet homme, il n'avait eu aucune 
intention d'inspirer à des assassins 
le dessein d'attenter à sa vie. Il fit 
de sa faute une pénitence exemplaire, 
sans attendre que le pape la lui en- 
joignit, comme quelques-uns le sup- 
posent. Peu d'années après il alla se 
prosterner au tombeau du saint, y 
répandit des larmes, implora sa pro- 
tection, et il crut être redevable à 
son intercession d'une victoire qu'H 
remporta sur le roi d'Ecosse dans ce 
temps-là. Le traducteur de Mosheim 
n'a pas trouvé bon de rapporter cette 
circonstance. Les meurtriers, de leur 
côté, chargés de l'exécration publi- 
que, rentrèrent en eux-mêmes et 
moururent pénitents. 

Les richesses accumulées au tom- 
beau de saint Thomas Becquet pen- 
dant quatre cents ans, furent pillées 
par les émissaires d'Henri VIII et ses 
os furent brûlés; Hist. de l'Eglise 
gallic, t. 9, liv. 27, an. 1 163 et suiv. ; 
Vies des Pères et des Martyrs, t. 12, 
p. 371. On y trouve les citations de» 
auteurs originaux. 

Bergier. 

THOMAS A KE.MPIS {Théol. hisi. 
biog. et bibliog.) — Cet écrivain mys- 
tique du quinzième siècle se nommait 
Thomas Hamerken ou Hemcrken ; il 
était né à Kempen dans le diocèse de 
Cologne en 1380 ou 1379. È\ève de 
l'école de Deventer, il entra en 1400 



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THO 



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TIIO 



au couvent des chanoines réguliers de 
Saint-Augustin de la congrégration 
de Windesheim, dans le diocèse 
d'Utrecht' sur le mont Sainte-Agnès, 
y fit profession, en 1406 et y fut or- 
donné prêtre en 1413. 11 fut nommé 
sous-prieur en 1429, mais un interdit 
papal qui frappa son monastère l'o- 
bligea à le quitter pendant plusieurs 
années. 11 y rentra en 1448 et fut 
une seconde fois élu sous-prieur. Il 
mourut en 1471, âgé de plus de 
90 ans. 

Thomas copiait des livres ainsi 
que beaucoup de ses confrères mais 
en composait aussi d'excellents dans 
le genre ascétique, qu'il transcrivait 
plusieurs fois pour l'usage de ses 
frères. Ce fut pendant sa vie que se 
propagea l'art de l'imprimerie qui 
força bientôt le métier de copiste de 
s'éteindre. « Les œuvres de Thomas 
a Kempis comprennent, ditM. Reusch: 

» lo Des sermons, 30 discours aux 
novices, 9 aux religieux sur les vertus 
monastiques, et 36 sermons sur la 
vie de Notre-Seigneur, etc. ; 

» 2» Des opuscules ascétiques : de 
Imitatione Christi, Soliloquium animse, 
Hortulus rosarum, Vallis liliomm, de 
Tribus Tabernaculis (la pauvreté, l'hu- 
milité et la patience), de Disciplina 
daustralium, etc. ; 

» 3° Les biographies de Gérard 
Groot, Florent Radewyns et de neuf 
de ses disciples, de sainte Lidwina, 
une chronique du mont Sainte-Agnès 
(publiée par H. Rosweyd, An- 
vers, 1613); 

» 4» Quelques lettres, des prières, 
des hymnes. Le tout en latin. » 

Mais l'ouvrage qui a rendu Thomas 
a Kempis si célèbre, qu'il en soit ou 
qu'il n'en soit pas l'auteur, est l'Imi- 
tation de Jésus-Christ, en qu atre livres. 
Fontenelle a dit que « c'est le plus 
beau livre qui soit sorti de la main, 
des hommes, puisque l'Evangile n'en 
vient pas, » et il s'est élevé au com- 
mencement du dix-septième siècle 
une grande discussion qui dure en- 
core sur la question de savoir s'il a 
eu pour auteur un certain Gersen, 
le chancelier Gerson ou Thomas a 
Kempis. M. Malou, devenu depuis 
évèque de Hiugcs, publia lorsqu'il 
était encore professeur et biblio- 



thécaire à l'université catholique de 
Louvain, une élude sur ce problème 
bistorico-bibliographique, intitulée : 
Recherches historiques et critiques 
sur le véritable auteur du livre de r Imi- 
tation de Jésus-Christ (Louvain, 1849); 
les conclusions de cette discussioa 
sont 1» que le prétendu Gersen n'a 
jamais existé, mais que le nom de 
Gersen n'est qu'une allération de Ger- 
son ; 2o que la probabilité est en 
faveur de TAomas a Kempis, et non de 
Gerson comme auteur de l'ouvrage. 

Les raisons qui militent pour te 
chanoine de Saint-Augustin sont ré- 
sumées comme il suit par M. Reusch : 

« 1. Plusieurs données positives 
provenant de contemporains bien 
informés, parexemple Jean Buschius, 
chanoine de Windesheim depuis 1420, 
ami de Thomas (il dit expressément 
dans la Chronique de Windesheim, 
écrite en 1464, septans avant la mort 
de Thomas: Th. de Kempis, qui plur es 
devotos libros composuit, videlicet, 
« 0"* sequitur me, de Imitatione 
Christi, » {cum aliis'i ; Hermann Ryd, 
né en 1408 {Frateriste, qui compilavit 
librum de Imitatione, dicitur Thomas, 
suppriore in monasterio mentis 
S. Agnetis... Vixit autcm hic compi- 
lator adhuc anno 1434, et ego... eodem 
anno fui eidem locutus) ; Pierre Schott 
d'Augsbourg, et d'autres (1). 

» 2. Des manuscrits, notamment 
un manuscrit des trois premiers 
livres, avec cette notice : llle tractatus 
editus esta.... Thomade K., descriptus 
ex manu auctoris, anno 1425, et un 
autre manuscrit de 1441, comprenant 
les quatre livres en tète d'autres 
opuscules de Thomas, qui ne sont 
pas contestés, écrits de sa propre 
main. 11 est invraisemblable que 
Thomas, comme on l'a prétendu, ait 
transcrit de sa main, en tète de ses 
propres écrits, l'œuvre d'un autre 
auteur sans ajouter aucune obser- 
vation (2). 

» 3. Beaucoup d'anciennes édi- 
tions. 

» 4. L'évidente ressemblance d« 
y Imitation, dans sa teneur, son style. 



(i; iJiipiD, p. 168. Mdou, p. 37. Uélélé, I. (., 
p. 351. 

(ij Malou, p. 54.; 




THO 



102 



THO 



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I 



sa langue, avec les écrits iacontestés 
de Thomas et avec ceux des autres 
membres de sa congrégatLon de la 
même ('époque, tels que Joseph de 
Heusden, Buschius, Florent Rade- 
wyns, etc. ( I ) ; et les nombreux ger- 
manismes du livre (2). » 

^. Le Nom. 

THOMAS MORE (Théol. hist. biog. 
et bibliog.) — Le célèbre auteur de 
l'Utopie, grand chancelier d'Angle- 
terre sous le tyran Henri VIII, était 
né à Londres en 1480. Il avait fait 
ses études à 0.xford où son père ne 
lui avait donné que le strict néces- 
saire pour sa vie et son entretien. 11 
était devenu à Oxford l'ami de ses 
mailres, y avait appris par eux à 
connaître les gens de lettres émi- 
nents de tous les pays et particulière- 
ment le célèbre Erasme, dont il devait 
faire la connaissance intime. Les 
livres de Platon et d'Aristote avaient 
été l'objet de ses études ardentes, et 
la théologie scolastique l'avait égale- 
ment passionné. 11 avait fait avec 
succès, devant la jeunesse d'Angle- 
terre, des leçons publiques sur la Cité 
de Dieu de saint Augustin. Il était 
ainsi devenu populaire et avait été 
élu membre de la chambre des com- 
munes. 

Quand Henri VII, qui venait de 
marier sa iille Marguerite au roi 
d'Ecosse, demanda au parlement un 
subside de 40,000 livres, il se leva, 
prononça un discours énergique etfit 
rejeter le bill. Le roi, qui ne pouvait 
l'arrêter, se vengea en faisant ejn- 
prisonner son père dans la tour de 
Londres. Après la session, il è\ita la 
colère du maître en se cachant pen- 
dant quatre années (1504 à 1S07), 
durant lesquelles il étuxiia et apprit 
le français. Il voyagea à Louvain et 
à Paris, puis épousa, à l'âge de '26 ans, 
la fille d'un gentilhomme d'Essex. 
More, dont la bonne humeur était 
incomparaLle, le talent pour la plai- 
santerie sans égal, et la piété d'une 
constance inébranlable perdit son 
épouse et se remaria. Il écrivit alors 



(1) Dnfno, p. 17I.Bchriag,l. c, p. 193, Malon, 
p. 67, 119. 
(I)IUtlau,p. 71. 



les ffistotres d'Edouard Vetde Richard 
III; et le jeune roi Henri VIII, qui 
protégeait alors les savants, le rap- 
pela près de sa personne et réussit, 
grâce aux instances du cardinal 
Wolsey,à[luifaireaccepterdes charges 
politiques pour lesquelles il avait 
un grand dégoût. 

Dès lors sa réputation littéraire 
était principalement fondée sur 
l'Utopie [de optimo reipuhliçx statu, de- 
quenova insula utopia. Louvain 1316), 
conception d'une république imagi- 
naire qu'il organisait sur la base d'un 
communisme analogue à 'celui de la 
république de Platon, mais christia- 
nisé, et qu'il dotait d'institutions en 
contradiction parfaite avec celles des 
états de son temps. Il y introduisait, 
sous le couvert de la Jiction, les sa- 
tires les plus fines cfês vices des so- 
ciétés civiles et des abus des sociétés 
ecclésiastiques. More était devenu 
l'idole du peuple de Londres, et le 
jeune roi l'avait élevé jusqu'à la di- 
gnité de chancelier du royaume de 
Lancastre, au grand déplaisir du 
chancelier d'Angleterre, le cardinal 
Wolsey, qui en était jaloux. 

Pendant qu'il fut chancelier, dit 
Erasme, il prit des mesures contre 
les novateurs luthériens, mais pour- 
tant « personne ne fut puni de mort 
à l'occasion des principes nouveaux, » 
tandis que de nombn-uses exécutions 
avaient lieu à la mémo époque en 
Allemagne, en Belgique et en France. 

Après la chute de Wolsey, 
Henri VIII le nomma grand chancelier 
d'Angleterre (1529). C'était alors qu'il 
poursuivait l'affaire de son divorce 
avec Cathei'ine d'Aragon atin d'épou- 
ser son amante Anne de Coloyn. Le 
divorce ne fut point obtenu, et Henri 
!lnit par se faire déclarer, par le par- 
lement, le chef souverain de l'Eglise 
d'Angleterre. Il épuisa à l'égard de 
Thomas les séductions pour l'attirer 
dans son parti ; tout échoua ; Thomas 
donna sa démission de grand chance- 
lier (16 mai 1532), et, à partir de ce 
moment, sa mort fut résolue, s'il 
refusaitde prêter le serment de supré- 
matie qui était un serment schisraa- 
tique. Laissons maintenant .M. Dux 
raconter l'histoire de ses duruiëres 
années. 



THO 



103 



THO 



« Le despote essaya encore une fois 
de séduire Thomas "More par la dou.'' 
ceur; mais, en voyant ses dernières 
avances repoussées, il en vint aux 
menaces, et l'on savait, par les victi- 
mes qui avaient déjà payé leur cou- 
rage de leur vie, que le terme des 
menaces du roi était une mort infail- 
lible. Quoique Thomas More observât 
dés lors im silence absolu sur les 
affaires du roi et ne dit plus un mot 
sur l'indissolubilité de son mariage, 
il suffisait qu'il se fût antérieurement 
prononcé contre le roi pour que sa 
mort fût résolue. Thomas More prévit 
le sort qui l'attendait; il lit ses pré- 
paratifs alin de soutenir le combat 
suprême en fidèle athlète du Christ. 
Il chercha sa consolation et sa force 
dans les exercices assidus d'une pro- 
fonde piété. Il tâcha aussi de préparer 
sa famille au sort qui le menaçait, et 
parlait plus que jamais des joies du 
ciel. 

« Anna Boleyn, irritée du refusiné- 
braniablc que Tliomas More avait op- 
posé à sou mariage, cherchait un 
moyen d'assouvir sa haine et de 
perdre l'ex-chancelier. On eut d'abord 
recours à une accusation qui se réfu- 
tait d'elle-même, en imputant àT/iomas 
More de s'être laissé corrompre. Une 
visionnaire fanatique de Kent, nommée 
Barthon, qui devint plus tard religieuse 
offrit enfin l'occasion qu'on cher- 
chait. Elle avait prophétisé que le roi 
mourrait prompteraent s'il se déci- 
dait au divorce. Henri la fit juger, 
ainsi que ceux qu'elle avait trompés 
et qui avaient répandu ses prétendues 
révélations. On accusa d'avoir caché 
un crime de haute trahison tous ceux 
qui, instruits des prophéties qu'elle 
s'était permises contre le roi, ne les 
avaient pas dénoncées. On comprit 
parmi les coupables Thomas More, 
quoique sa correspondance avec cette 
religieuse eût été d'une parfaite inno- 
cence et que le chancelier eût pré- 
muni la religieuse contre toute mani- 
festation politique. Toute la procé- 
dure intentée à Thomas Jlfoj'e ne fut 
qu'un prétexte et une dernière ten- 
tative faite par le roi pour obtenir une 
«pprobalion de son mariage. 

a Le nouveau lord chancelier et 



Cromweii reçurent l'ordre d'assaillir 
More de menaces, que celui-ci déclara 
n'être que des fantômes propres à 
effrayer des enfants. Lorsque More 
apprit qu'il était rayé de la liste des 
membres du Parl<>inent, il dit à, sa 
fille, qui lui transmettait cette nou- 
velle : « Eh bien! ma chère Margue- 
rite, ce qui est différé n'est pas 
perdu. » Henri VIII, qui avait fait d» 
son Parlement une chambre d'escla- 
ves, en obtint la légitimation de son 
mariage avec Anna [ioleyn et des 
enfants qui en naîtraient. Il avait en 
conséquence fait rédiger l'acte de suc- 
cession, auquel, sous peine de haute 
trahison, tous les sujets du royaume 
devaient prêter serment. Tout le 
clergé de Londres reçut l'ordre de 
prêter ce serment; mais parmi les 
laïques il ne fut demandé qu'à Tho- 
mas More. Thomas, invité à se rendre 
auprès des commissaires royaux h 
Lambeth, se confessa, entendit la 
messe, reçut la sainte communion, 
comme il en avait l'baliilude avant 
d'entreprendre ime all'aire sérieuse, 
quitta Ghelséa, recueilli en lui-même, 
avec le pressentiment de sa prochaine 
lin et convaincu qu'il ne reverrait 
plus son foyer. Il jugea qu'il était 
contraire à sa conscience de prêter 
serment à l'acte entier, puisque c'é- 
tait déclarer indirectement la nullité 
du premier mariage de Henri VIII; 
mais Cromwell, fidèle aux intentions 
de son maître, exigea que Thomas 
More s'y soimiit sans restriction et 
prêtât un serment absolu. 

« Le relus de Thomas fut considéré 
comme le refus de révéler un crime 
de haute trahison et jutni d'un em- 
prisonnement perpétuel. Sir Thomas 
More fut enfermé à la Tour et sup- 
porta sa condamnation avec la pa- 
tience d'un Chrétien. 11 s'occupa, dans 
sa prison comme dans son hôtel, de 
prière, de lecture, et de la rédaction 
de divers écrits, entre autres du petit 
traité : Qu'il ne faut pas craindre de 
mourir iiour la foi. h' ExptirMtion de 
l'histoire de la Passion de Notre Sau- 
vair, qu'il composa dans la Tour en , 
lo3o, l'ut interrompue au moment où 
il écrivait : « Et ils mirent la main sur 
Jésus. » Le roi l'àvôtit persécuté jxa^ 




Tno 



104 



THO 



que dans sa prison pour en obtenir 
l'approbation qu'il n'avait pu lui ar- ^ 
racher jusqu'alors. Il avait employé 
à cette fin Marguerite, la fille bieo • 
aimée du chancelier, à laquelle en 
avait permis d'aller voir son père 
dans l'espoir qu'elle le déciderait à se 
soumettre. Elle essaya, en effet, de 
toutes manières d'ébranler le cœur 
de son père ; mais Thomas ne pouvait 
agir contre sa conscience, et il dé- 
clara à ses amis qu'il entrevoyait avec 
joie la mort depuis qu'il était en 
prison. Cependant sa femme vint à 
son tour le supplier de céder, lui 
reprochant de renoncer à son bon- 
heur et à celui de sa famille dans une 
affaire à laquelle tous les évêques et 
les gens les plus savants du royaume 
avaient donné leur consentement; 
Thomas More lui demanda: « Combien 
crois-tu que je vivrai encore ? — Au 
moins une vingtaine d'années, » dit- 
elle. « En vérité, répliqua More, si 
tu m'avais dit quelques dizaines de 
Vècles, c'en aurait valu la peine, et 
;ependant on peut appeler un mau- 
vais marchand celui qui court la 
chance de perdre toute l'éternité pour 
une dizaine de siècles, b Thomas More 
était depuis plus d'un an en prison 
lorsque le roi lui envoya une commis- 
sion, présidée par Cromwell, pour 
lui demander son avis sur la supré- 
matie religieuse du roi, que Henri 
avait fait législativement proclamer 
par le Parlement de lS3i. Thomas 
More refusa de répondre, disant qu'il 
n'avait à se mêler ni des choses pro- 
fanes ni des choses religieuses. 

« Henri, dont la suprématie était 
dombattue surtout par les moines, et 
enparticulierparplusieurs supérieurs 
de Chartreux, lit exécuter trois prieurs 
de cet ordre, et prescrivit de les me- 
ner à l'échafaud de manière que Tho- 
mas More put les voir de sa fenêtre 
Ce moyen fut aussi inefficace que les 
autres : T/iomas avait déclaré que son 
corps était aux ordres du roi. 

Le 3 juin 1 53ri une nouvelle com- 
mission se rendit à la prison, avec 
l'archevêque de Cantorbéry, Thomas 
Cranmer et l'inévitable Cromwell, (1) 

(I) n ne hnt pas «onfoodra c» Cromwell arec le 
lametix Olirier Cromwell le Protecteur, qui ne riot 
qu'un liède eprii. 



chargée par le roi de demander à 
Thomas More une répons* catégori- 
que sur la suprématie royale, lui lais- 
sant le choix de reconnaître dans 
Henri VIII le chef suprême et légi- 
time de l'Eglise anglicane ou d'expier 
sa révolte contre son souverain. Tho- 
mas More déplora de ne pouvoir faire 
d'autre réponse que celle qu'il avait 
déjà donnée, et proclama de nouveau 
son dévouement et son respect envers 
le roi. 

• La captivité de Thomas devint alors 
plus sévère; on lui enbiva les livres, 
les plumes et l'encre, et Thomas se 
vit obligé d'écrire aux siens avec du 
charbon et des morceaux de papier 
déjà chargés d'écriture et attachés les 
uns aux autres. On l'accusa fausse- 
ment d'avoir dit que le Parlement ne 
pouvait pas faire du roi le chef su- 
prême de l'Eglise. On basa sur cette 
parole un procès de haute trahison. 
Le 1" juillet 1535 Thomas More fut 
conduit, à travers les rues de Londres, 
devant la barre de la cour qu'il avait 
autrefois présidée. L'accusation por- 
tait qu'il avait rejeté la suprématie 
du roi, comme le prouvait son en- 
tretien avec Richard Rich. Thomas 
More se défendit de point en point 
avec beaucoup de présence d'esprit; 
il nia avoir encouragé par ses lettres 
l'évêque Fischer à violer le statut en 
question; il démontra la fausseté des 
dénonciations de Richard Rich. Malgré 
cela, au bout d'un quart d'heure de 
délibération les jurés revinrent et 
déclarèrent qu'il était coupable. On 
annonça à More que le roi lui faisait 
grâce de l'écartellemeut, auquel il 
avait été condamné, et qu'il ne serait 
que décapité, a Que Dieu, répondit 
ifore, préserve tous mes amis d'une 
grâce pareille ! » Lorsqu'il quitta la 
cour, son fils John se jeta à ses pieds 
et lui demanda sa paternelle béné- 
diction. Près du quai de la Tour de 
Londres, sa fille .Marguerite se préci- 
pita à travers la foule et la troupe 
armée au-devant de lui et le couvrit 
de larmes et de baisers. Ce fut à cette 
fille chérie qu'il écrivit avec du char- 
bon sa dernière lettre, le quatrième 
jour après sa condamnation. « Adieu, 
lui disait-il, ma chère enfant; prie 
pour moi, comme je prie pour toi et 



TUO 



lOî 



THO 



pour tous mes amis, afin que nous 
nous revoyions avec joie dansle ciel. » 
Thomas More employa ses derniers 
jour» à se préparer dignement à la 
mort. Son ami, Thomas Pope, lui 
ayant, le 6 juillet 1533, apporté l'ordre 
du roi qui fixait ce jour-là pour son 
exécution, Thomas More le remercia 
cordialement de ccttebonne nouvelle, 
lui dit qu'il était heureux d'apprendre 
que Sa Majesté eût permis à sa femme 
et à ses enfants d'assister à ses funé- 
railles, et le consola en le voyant ac- 
cablé de douleur et verser un torrent 
de larmes. Thomas, absorbé par la 
pensée de Dieu, marcha ferme et 
calme àl'échafaud, se banda lui-même 
les yeux, et, après avoir récité le 
psaume Miserere, appuya sa tète sur 
le billot. Un coup de l'instrument 
fatal l'unit à son créateur. Il légua à 
la terre l'exemple d'un héros, de la 
persévérance d'un martyr, et la preuve 
que la foi catholique non-seulement 
sanctifie la vie, mais ôte ses terreurs 
à la mort. Peu de temps avant saUn, 
son compagnon de malheur, son 
émule dans la foi et le courage, le 
respectable évèque Fischer, de Ro- 
chester, avait été mis à mort, et son 
cadavre dépouillé avait été exposé aux 
yeux du peuple stupéfait et muet. » 
V. Fischer. 

Le Noir. 

THOMAS C.\MPANELLA {Théol. 
hist. biog. et bibliog.) — Ce philoso- 
phe italien naquit en 1S68, à Stilo 
dans la Calabre, et mourut à Paris 
en 1639, lorsqu'il surveillait, depuis 
1633, ime édition complète de ses 
œuvres au cou ont des dominicains 
de la rue Saint- Honoré. Campanelta 
«'était acquis dés l'âge de douze ans 
nne réputation de poète et d'orateur. 
Il entra dans l'ordre des dominicains, 
parce que cet ordre avait possédé les 
Albert le Grand et les Thomas d'A- 
quin. La pliilosophie d'Aristote le 
rebuta; il s'adressa à Platon, et lui 
emprunta des idées communistes qu'il 
exposa dans sa République du soleil, 
Civitas solis. Il soutint un droit rigou- 
reux chez les pauvres sur la propriété 
des riches. 

• « Campanella, dit M. Dux, en dé- 
clamant contre les Aristotéliciens, 



s'attira beaucoup d'ennemis; il quitta 
en conséquence Naples en 1592 et 
résida alternativement jusqu'en l.ïOS 
à Rome, Florence, Padoue, Venise, 
Bologne, et dans d'autres villes d'I- 
talie; après quoi il revint dans sa 
patrie. La nature inquiète et mobile 
de Catnpanella ne put se contenter 
des études de philosophie et de théo- 
logie; il s'adonna en même temps à 
la médecine et à l'astrologie. Aimant 
par-dessus tout le paradoxe et sou- 
tenant souvent les opinions les plus 
étranges, il fut bientôt accusé de pra- 
tiquer la magie et de professer t'a- 
tbéisme. Il fut même accus ' de haute 
trahison à propos de ses prophéties 
astrologiques. En effet Campanella 
annonça, d'après l'observation des 
astres, disait-il, une révolution dans 
Naples pour l'année 1600; il eut en 
même temps le courage de travailler 
directement à affranchir son pays de 
la tyrannie des Espagnols et à y in- 
troduire la république. Beaucoup de 
mécontents partageaient les opinions 
de Campanella et s'attachèrent à lui. 
On l'accusa de s'être secrètement en- 
tendu avec la Porte Ottomane, et en 
1599 Campanella fut arrêté comma 
chef d'une conjuration politique. Il 
soutint à sept reprises, pendant vingt- 
quatre heures de suite, les tortures 
de la question, sans faire aucun aveu. 
Il fut condamné à une détention per- 
pétuelle et languit vingt-sept ans ea 
prison. Quand on connut son mal- 
heur il excita une sympathie uni- 
verselle. En 1C08 le pape Paul V 
intervint auprès de la cour d'Es- 
pagne pour obtenir sa liberté D'au- 
tres amis de l'humanité intercédè- 
rent pour lui, notamment les riches 
Fugger d'Augsbourg; mais ce fut ea 
vain. Enfin le pape Urbain VlII ob- 
tint sa liberté en promettant de faire 
instruire son procès. On feignit de le 
livrera l'Inquisition, et en 1629 il fut 
absous et obtint une pension du Pape. 
Urbain lui accorda la libre entrée de 
son palais ; l'ambassadeur de France 
à Rome le combla de prévenances, 
ce qui excita la jalousie de la cour 
d'Espagne, La crainte des embûches 
qu'on pouvait lui dresser lui fit pren- 
dre la fuite en 1634; il se retira en 
France. Il fut honorablement accueilli 



Tno 



106 



TIIO 



à Paris par le cardinal de Richelieu, 
qui avait des vues sur Naples, et il 
gagna tellement les bonnes grâces 
4n ministre qu'il fut appelé aux dé- 
libérations relatives aux airaires d'I- 
talie et reçut une pension de 2,000 li- 
vres 

« L'imagination était la facnlté pré- 
dominante de Campnnella. La science 
sérieuse, stricte et logique, avec ses 
principes arrêtés et ses conséquences 
rigoureuses, n'était pas la sphère dans 
laquelle il aimait à se mouvoir. C'était 
la poésie surtout qui emportait son 
âme sur ses ailes de llammo. Aussi on 
peut dire en vérité de lui que sa phi- 
losophie est poétique et que ses poè- 
mes sont pli-ins de philosophie. Du- 
rant sa longue captivité il charma ses 
tristes loisirs par la poésie. Le con- 
seiller aulique de Wcimar, Tobie 
Adami, qui l'avait visité dans sa pri- 
son, publia en 1622, in-4", à Franc- 
fort-snr-le-Mein, un beau recueil des 
poésies de Campandla, dont Herder a 
donné des extraits précieux {Adras- 
tea). 

» Au point de vue théologique 
Canfpanella n'est pas un guide sûr; il 
n'interprète pas toujours la vérité ré- 
vélée suivant l'esprit de la tradition 
catholique ; son penchant pour les 
îxplicalions cabalistiques, sa prédi- 
lection pour les idées Ihéosophiques 
De lui permettent pas d'aller au delà 
d'un certain éleclisme dogmatique; 
aussi ses opinions théologlques pa- 
rurent-elles souvent suspectes et té- 
méraires à l'Lglise. Celui de ses nom- 
breux écrits, dont en général le style 
est rude cl désordonné, qui éveilla le 
plus l'attention, fut son Atheismus 
triumphatus, Rome, in-fol., 1631; 
Paris, lti36, in-i". On rangea, il est 
vrai, cet écrit parmi les livres apolo- 
gétiques de la religion; mais des 
gens capables d'en juger le mettent 
parmi les ouvrages hostiles à la foi. 
D'après leur opinion, Campandla, en 
se donnant l'air de combattre- les 
athées, semble plutôt les favoriser, 
tant SCS réponses à leurs objections 
sont faibles. Aussi pensent-ils que ce 
livre serait mieux nommé Atheismus 
triumplums. Il en est ainsi de sa Mo- 
narcliia ilessix, un de ces livres qu'on 
recherche d'abord et dont on réprouve 



ensuite le contenu. Ls. Monarchia Bis- 
2Mnica contient aussi de faux princi- 
pes. Beaucoup de ses écrits sont en- 
core manuscrits et dispersés dans les 
bibliothèques. Jôcher, dans sou Lexi- 
que des Savants, a donné le catalogue 
de ses livres, dont les principaiu 
sont : Philosophia scnsilms démons- 
trata, Naples, lo9l ; Prodromus Philo- 
sophise instaurandse, 1617; Realis phi- 
losophia, comprenant la physique, la 
morale, l'économie et la politique; 
Universalis Philosophia, traité de mé- 
taphysique; Civitus Solis, appendice 
de la Realis Philosopiiia. Ses Lettres et 
ses Poésies ont été traduites par ma- 
dame Collet, 1844. » 

Le Noiir 

THOMAS DE CHARMES (ThéoU 
hist. biog. et bibliog.) — Ce savant 
capucin français que M. Guérard a 
placé deux fois, par erreur, dans la 
France littéraire, l'une sous le nom 
de Descharmes (Claude), l'autre sous 
son vrai nom de Thomas, au moins 
d'après dom Calmet, et que Dnrival 
nomme aussi Claude, naquit le 
l^'mars 1703, à Charmes-sur-Moselle 
("Vosges) ; après s'être fait recevoir 
docteur en théologie, il professa 
longtemps cette science avec distinc- 
tion, et mourut déliniteur de sa pro- 
vince, à Nancy, vers 1760. Ses ou- 
vrages connus sont : 

Une Theologia universa, en 6 vol. 
in-8°, 17S0, dont la partie morale 
avait paru l'année précédente sous 
ce titre : Totius thcologiœ moralii 
lucidentatx dilucida elucubratio, 3voL 
in-8°, dédiée à Benoit XIV ; et un 
Compendium thcologix universx ad 
usum exnminandorum, etc. On ne 
donne pas la date do la première 
édition ; mais Feller en cite une de 
Liégo, Bassompierre, 1791, faite sur 
la cinquième, et M. Guérard en in- 
dique une récente à Strasbourg, 
Leroux, 1819, en la disant dans un 
endroit in- 12» et dans l'autre in-S». 
Cet abrégé, qui était très-bien fait, 
eut le plus grand succès. 

Quant à la Theologia universa do 
P. Thomas de Charmes, Benoit XIV, 
dit dom Calmet, remercia l'auteur 
de sa dédicace par une lettre affec- 
tueuse écrite de sa propre main et 



THO 



107 



THO 



datée du 23 septembre 1732; plu- 
sieurs cardinaux auxquels il avait 
fait hommage de son livre lui adres- 
sèrent également des remerciements 
et des félicitations ; le public lui lit 
aussi très-bon accueil; cette théo- 
logie se répandit dans toute l'Europe 
et fut acceptée pour l'enseignement 
dans diverses écoles. L'abbé de Se- 
nones loue beaucoup cette théo- 
Jogie, et Feller également. 

Le travail de Thomas de Charmes, 
outre la lettre de Benoit XIV dont il 
a été question, fut approuvé par un 
bref du même pape et par un autre 
bref de Clément XIII. De plus, il a 
été approuvé do nouveau, par les 
théologiens de l'Eglise romaine, à 
l'occasion d'une nouvelle édition 
annotée, augmentée, et mise, pour 
la partie morale, en harmonie avec 
les solutions de saint Alphonse de 
Ligori; le tout est approuvé par une 
pièce datée du 13 avril 1839. 

M. L. Vives a reproduit cette der- 
nière édition en 8 vol. format Char- 
pentier, sous le titre suivant : 
Thomse ex Charmes theologi-a universa 
quoad ■partem dogmalicam adaucta an- 
notalionibus et addilionibus nec non 
tractatu de divina ao swpei'naturali 
revelatione, quoad partem moralem ad 
sententias ligorianas funditus reducta. 
Opéra J.-A. Albrand, superîoris semi- 
narii Parisiensis missionum ad ex- 
teros, ad usum sacrx theologix candi- 
datontm. Secunda editio a romanis 
ceiisoriùus approbata. 

Le Nom. 

THOMAS DE VILLENEUVE (saint). 
Les hospitalières de Saint-Thomas 
de Villeneuve ont été instituées en 
Bretagne par le père Ange Le Proust, 
auguslin léformé, en 1661 ; cet éta- 
blissement a été coniirmé par des 
lettres patentes en 1660. Elles ne 
font que des vœux simples; elles sont 
occupées non-seulement au soin des 
malados, mais encore à l'instruction 
de la jeunesse, et suivent la règle de 
saint Augustin ; elles ont trois mai- 
sons à Paris. Lorsqu'elles font pro- 
fessiod, une pauvre femme les em- 
brasse et leur met une bague au 
doigt: en leur disant : Souvenez-vous, 
ma cfiére sœur, que vous devenei la 



servante des pauvres. On sait que saint 
Thomas de Villcneure, archevêque de 
Valence en Espagne, mort l'an 1533, 
se rendit priiicijiaiemeut rccomman- 
dablc par sa charité envers les mal- 
heureux. 

Rergier. 

THOMASSIN (Louis) (Thcol. hist. 
biog. et bibliog.) — Ce célèbre orato- 
rien, lils de .Joseph Thomassin, avocat 
général du parlement d'Aix, naquit 
dans cette ville en 1619, et mourut 
au séminaire Saint-Magloire à Paris 
en 1696. Il était entré dans la cougré- 
galion de l'oratoire dès l'âge do qua- 
torze ans, avait professé la philoso- 
phie à Lyon et la théologie à Sau- 
mur. Thomassin suivit une méthode 
d'enseignemenl biblio-patristique se- 
lon laquelle, mettant de côté la dis- 
cussion rationnelle des scolastiques 
et en particulier de saint Thomas, 
qui ne paraissait être, dans son siè- 
cle, qu'un tissu de subtilités, il ne 
s'attacha qu'à l'Écriture sainte, aux 
pères de l'Eglise et aux conciles. 
Aussi fut-il appelé à professer l'his- 
toire de l'Eglise, des conciles et des 
pères, au séminaire Saint-Magloire à 
Paris, et y professa -t-il cette histoire 
jusqu'en 1668. 

a Durant ce temps, dit M. Héfélé, 
il publia deux ouvrages : l'un sur Ig, 
Grâce, l'autre sur l Autorité du Pape 
et des Conciles. Thomassin entreprit, 
à la demande d'un grand nombre de 
prélats de France, le grand ouvrage 
qui a fondé sa réputation et qui est 
connu dans le monde entier. Vêtus 
et nova Ecclesim disciplina circa bé- 
néficia et bcneficiarios, en 3 vol. in- 
fol. (ou 10 vol. in-4'' dans l'édition 
de Mayence, de 1787), qu'il écrivit 
d'abord en français et traduisit en- 
suite en latin, à la demande du Pape. 
Innocent XI, charmé de la perfection' 
de cet ouvrage, voulut en appeler 
l'auteur à Rome et l'élever au cardi- 
nalat; mais Louis XIV déclara qu'uB. 
homme de ce mérite faisait trop 
d'honneur à son pays pour qu'on pùf 
lui permettre de s'en éloigner... Il, 
avait public un autre ouvrage très- 
considérable, moins célèbre que la 
premier, toutefois fort estimé, inti- 
tulé Dogmata theologica, en 3 vol. 



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108 



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în-fol., Paris, 1680. Il fit paraître en 
outre une foule d'opuscules et de 
dissertations. » 

Le Noir. 

THOMISME, THOMISTES. On ap- 
pelle thomisme la doctrine de saint 
Thomas d'Aquin touchant la grâce et 
la prédestination, et thomistes ceux 
qui font prof&ssion de la suivre, pai'- 
ticulièrement les dominicains ; voici 
comme ils ont coutume de l'expo- 
ser. 

Dieu, disent-ils, est la cause pre- 
mière, ou le premier moteur à l'é- 
gard de lûutes ses créatures ; comme 
cause première, il doit influer sur 
toutes les actions, parce qu'il n'est 
pas de sa dignité d'attendre la dé- 
termination de la cause seconde ou 
de la créature. Comme premier mo- 
teur, il doit imprimer le mouvement 
à toutes les facultés ou à toutes les 
puissances qui en sont susceptibles. 
Voilà la base de tout le système. De 
là les thomistes concluent : 

1° Que dans quelque état que l'on 
suppose l'homme, soit avant soit 
après sa chute originelle, et pour 
quelque action que ce soit, la prémo- 
tion de Dieu est nécessaire. Ils ap- 
pellent cette prémotion prédétermi- 
nation physique, à l'égard des actions 
naturelles, et grâce effÎMce par elle- 
même, quand il s'agit des œuvres sur- 
naturelles et utiles au salut. Ainsi, 
continuent-ils, la grâce efficace par 
elle-même a été nécessaire aux anges 
et à nos premiers parents pour faire 
des œuvres surnaturelles, et pour 
persévérer dans l'état d'innocence. Il 
n'y a donc aucune diflFérence entre 
la grâce efficace de l'état d'innocence 
et celle de la nature tombée ou cor- 
rompue. En cela le sentiment des 
thomistes est opposé à «elui des au- 
gustiniens. Voxjez ce mot. 

2° La grâce efficace fut refusée à 
Adam et aux anges qui sont déchus 
de leur état, mais ils en furent pri- 
vés par leur faute. 

3" Dans l'état même d'innocence, 
il faut admettre en Dieu des décrets 
absolus, efficaces et antécédents à 
toute détermination libre des volon- 
tés créées, puisque la prescience de 



Dieu n'est fondée que sur ces décrets. 
Ainsi, dans cet état, la prédestination 
à la gloire éternelle a été antécé- 
dente à la prévision des mérites. Par 
conséquent il en a été de même de 
la réprobation négative, ou de la 
non-élection à la gloire; elle «st uni- 
quement venue de la volonté d« 
Dieu. Quelques thomistes cependant 
pensent que le péché originel est la 
cause de la réprobation négative. 
Quant à la réprobation positive, ou 
à la destination aux peines éternel- 
les, elle a été conséquente à la pré- 
vision du démérite futur des ré- 
prouvés. 

4° Notre premier père ayant pé- 
ché, tous ses descendants ont péché 
en lui, ainsi tout le genre humain 
est devenu une masse de perdition ; 
Dieu, sans injustice, aurait pu l'a- 
bandonner tout entier, comme il a 
délaissé les anges prévaricateurs; 
mais par pure miséricorde, par un 
décret antécédent et gratuit, il a 
voulu le racheter. En conséquence, 
Jésus-Christ est mort pour tous les 
hommes, et en vertu de sa mort Dieu 
a préparé des grâces suffisantes pour 
le saint de tous, et en donne à tous 
plus ou moins. 

5o Par un nouveau trait de miséri- 
corde antécédente et gratuite. Dieu 
a élu et prédestiné efficacement à la 
gloire éternelle un certain nombre 
d'âmes préférablement à tout le 
reste; ce choix est appelé par les 
thomistes, décret d'intention, en con- 
séquence duquel Dieu accorde aux 
élus des grâces efficaces, le don de la 
persévérance et la gloire dans le 
temps; au lieu qu'il ne donne à tous- 
les autres que des grâces suffisantes 
pour opérer le bien et y persévé- 
rer. 

6» Dans l'état de nature tombée, 
la grâce efficace est nécessaire à 
toute créature raisonnable pour deux 
raisons : lo à titre de dépendance, 
parce qu'elle est créature ; 2° à cause 
de sa faiblesse. Quoique la grâce suf- 
fisante guérisse la volonté et la rende 
saine, cependant l'homme éprouve 
toujours une grande diflicullé à faire 
le bien surnaturel ; quoiqu'il ait avec 
cette grâce un pouvoir véritable. 



THO 



109 



THO 



prochain et complet de faire le bien, 
néanmoins il ne le fera jamais sans 
une grâce efficace. 

7o IL s'ensuit de tout ce qui pré- '^ 
cède, que la prescience des bonnes 
œuvres de l'homme est fondée sur 
un décret efficace, absolu et antécé- 
dent de lui accorder la grâce efficace, 
et que la prescience du péché est 
également fondée sur un décret de 
permission, par lequel Dieu a résolu 
de ne point lui accorder cette même 
grâce nécessaire pour éviter le pé- 
ché. 

8» Dieu voit, dans ses décrets, qui 
sont ceux qui persévéreront dans le 
bien, qui sont ceux au contraire qui 
finiront dans le mal; en conséquence 
il accorde aux premiers la gloire 
éternelle pour récompense, et il con- 
damne les autres au supplice de l'en- 
fer ; c'est ce que les thomistes nom- 
ment décret d'exécution. 

Quand on leur objecte que ce sys- 
tème s'accorde mal avec la liberté 
humaine, ils soutiennent le con- 
traire; ils disent, lo que, par la pré- 
motion, Dieu ne donne atteinte à 
aucune des facultés de l'homme , 
parce qu'il veut que l'homme agisse 
librement; que la prémotion, loin 
d'être un obstacle au choix ou à l'ac- 
tion, est au contraire un complÈ- 
ment nécessaire pour agir; 2» qu'au- 
cun objet créé n'offrant à l'homme 
un attrait invincible, la raison lui fait 
toujours apercevoir divers objets en- 
tre lesquels il peut choisir, et que 
■"ela suffit pour la liberté. 

On doit convenir d'abord que ce 
système ne renferme aucune erreur, 
il n'a jamais essuyé aucune censure; 
il est donc très-permis de le soute- 
nir, et il est assez commun dans les 
écoles de théologie. Ceux qui ont 
voulu le confondre avec celui de Jan- 
sénius se sont grossièrement trompés, 
ou ils ont voulu en imposer. Les 
thomistes soutiennent que Jésus- 
Christ est mort pour le salut de tous 
les hommes, qu'en conséquence Dieu 
donne des grâces intérieures à tous ; 
que l'homme résiste souvent à ces 
grâces, quoiqu'elles lui donnent un 
■vrai pouvoir de faire le bien ; que, 
quand il fait le mal, ce n'est pas 
parce qu'il manque de la grâce, mais 



parce qu'il y résiste; que la grâc» 
efficace ne lui impose aucune neces- 
îité d'agir, parce que cette nécessité 
serait incompatible avec la liberté. 
Autant de vérités diamétralement 
opposées aux erreurs condamnées 
dans Jansénius. Il n'y a pas moins 
d'injustice à leur attribuer celles-ci 
qu'à taxer les congruistes de semi- 
pélagianisme. 

Lorsque l'on dit aux thomistes que 
leur grâce prétendue suffisante n est 
suffisante que de nom, puisqu'avec 
elle l'homme ne fait jamais le bien, 
ils répondent que c'est sa faute, et 
non celle de la grâce, puisqu'elle lui 
donne tout le pouvoir nécessaire pour 
agir ; que dans la grâce suffisante 
Dieu lui offre une grâce efficace, et 
que si Dieu ne lui accorde pas celle- 
ci, c'est qu'il y met obstacle par sa 
résistance. Ainsi l'enseigne saint Tho- 
mas, in IL dist. 28, qusest. 1, art. 4, 
liv. 3, contra Gent., c. 159. 

Ils ne soutiennent pas pour cela 
que leur système est sans aucune dif- 
ficulté : ceux qui ne le goîitent point 
leur en opposent un grand nombre. 

1° Suivant leur opinion, il serait 
difficile de trouver dans saint Thomas 
toutes les pièces dont les thomistes 
composent leur hypothèse; il en est 
plusieurs que l'on ne peut tirer des 
expressions du saint docteur que par 
des conséquences éloignées et peut- 
être forcées. 

2° Que, dans le principe sur lequel 
ils se fondent, les mots cause pre- 
mière, premier moteur, attendre la dé- 
termination des causes secondes, im- 
primer le mouvement, sont équivoques, 
et que les thomistes les prennent dans 
un sens tout diffèrent des autres 
théologiens; que Dieu ne doit point 
imprimer le mouvement à des êtres 
essentiellement actifs ni à des facul- 
tés actives, comme si c'étaient de» 
choses purement passives. 

3° Il leur parait peu convenable de 
dire que, dans l'état d'innocence, 
une partie des anges et le premier 
homme ont été privés de la grâce 
efficace par leur faute. Outre l'incon- 
vénient d'admettre une faute dans 
l'état d'innocence, ou cette faute était 
griève, ou elle était légère : dans le 
premier cas, elle a fait perdre l'in- 



Tno 



no 



TUR 



nocence avant la chute; dans le se- 
cond, elle ne mérituit pas une peine 
aussi terrible que la privation de la 
grâce efficace nécessaire pour persé- 
vérer. 

4" L'on ne conçoit pas comment 
un décret antécédent et absolu de 
réprobation négative 'peut s'accorder 
avec le décret antécédent et absolu 
de sauver tous les hommes et de les 
racheter par Jésus-Christ. Ces deux 
décrets paraissent contradictoires. Il 
en est de même de la prédestination 
absolue d'un petit nombre d'âmes, 
après la chute d'Adam, et malgré la 
rédemption générale, pendant que 
Dieu laisse de côté le plus grand 
nombre. 

3° L'on conçoit encore moins com- 
ment la grâce sut'tisante guérit la 
volonté et la rend saine, pendant qu'elle 
lui laisse une grande difficulté à faire 
le bien; cette dil'liculté paraît une 
grande maladie. Supposer qu'avec 
cette grâce l'homme a un vrai pou- 
voir, un pouvoir prochain et complet 
de faire le bien, et que cependant il 
ne le fera jamais sans une grâce efQ- 
cace, c'est admettre un pouvoir sans 
preuve et par pure nécessité de sys- 
tème. 

6» Un décret de permission par 
lequel Dieu a résolu de ne point ac- 
corder la grâce efficace, est un mot 
inintelligible. Permettre signifie sim- 
plement ne point empêcher, ce n'est 
donc point un décret positif; si on 
l'entend autrement, l'on suppose que 
Dieu veut positivement le péché. 

Ce n'est point à nous de terminer 
cette dispute qui dure déjà depuis 
plusieurs siècles, et qui probablement 
durera encore pins longtemps; nous 
n'j' prenons aucun intérêt. Nous 
voudrions seulement que, quand il 
est question de systèmes arl)itraires 
sur un mystère incompréhensible, 
tel que 1,1 prédestination, l'on y mît 
moins de chaleur, que l'on s'abstint 
de termes dure et d'accusations té- 
méraires ; il est mieux pour un théo- 
logien de réserver son temps, ses ta- 
lents et ses peines pour défendre les 
vérités de notre foi contre ceux qui 
les attaquent. 

BniGlER. 



THRONE ou TRONE, siège élevé 
au-dessus des autres. Les prophètes, 
dans leurs extases, ont souvent vu le 
Seigneur assis sur un trône éclatant 
de lumière, environné dos anges prêts 
à recevoir ses ordres et à les exécu- 
ter; Dieu daignait leur donner par 
ces visions une faible idée de sa gran- 
deur et de sa majesté. Jésus-Christ, 
Matt., c. 5, f 34, défend de jurer par 
le ciel, parce que c'est le trône de 
Dieu. 

Etre placé sur un siège élevé dans 
une assemblée, est un signe de di- 
gnité et d'autorité ; de là le trône est 
devenu le symbole de la royauté, et 
souvent il la signifie dans l'Ecriture 
sainte; P7-ov., c. 20, ^ 28 : « Allér- 
» missez par la clémence votre trône, » 
c'est-à-dire votre règne et votre auto- 
rité. Il y a dans le troisième livre des 
Rois, chap. 10, ^ 20, une description 
magnifique du trône de Salomon. 

Ce qui est dit dans les prophètes 
des anges qui environnent le trône 
de Dieu, leur a fait donner ce nom. 
Saint Paul, Coloss., cap. 1, f 16, dit 
que toutes choses, visibles ou invisi- 
bles, ont été créées de Dieu, soit les 
tronef ou les dominations, les princi- 
pautés ou les puissances; les Pères 
de l'Eglise ont pensé que l'apôtre dé- 
signait par là quatre divers ordres 
des anges, et que les trônes sont le» 
anges du premier ordre. Voijez Ange. 

Trône épiscopal. Jésus-Christ dit 
dans l'Evangile, Matt., cap. 19, f 28: 
« Au renouvellement de toutes cho- 
» ses, lorsque le Fils de l'Homme sera 
» placé sur le siège ou sur le trône 
» de sa majesté, vous serez aussi 
» assis sur douze sièges, et vous ju- 
» gérez les douze tribus d'Israël. » 
Dans ['Apocalypse, ch. 4 et suiv., où 
saint Jean a représenté les assemblées 
chrétiennes sous l'emlilème de la 
gloire éternelle, le président est a?sis 
sur un trône, et vingt-quatre vieillards 
ou prêtres occupent aussi des trônes 
autour de lui. De là s'est introduite 
la coutume générale d'élever dan» le» 
églises un siège au-dessus des autres, 
pour y placer l'évèque. 

Bingham, Orig. ecclés., t. 3, l. 8, 
c. 6, S i, observe que le mot grec 
6r,|ui signifiait tantôt l'autel, tantôt 



^ 



THU 



m 



TIIU 



l'ambon ou le pupitre, quulquefois le 
trône épiscopnl, souvent le chœur en- 
tier dans lequel toutes ces parties 
étaient rassemblées; en elFet c'est un 
terme générique qui signitie simple- 
ment un lieu o« l'on monte. Eusèbe, 
Hist. ecclés., liv. 7, c. 30, rapporte 
que l'un des reproches que l'on lit à 
Paul de Samosate, au concile d'An- 
tioche, l'an 270, fut qu'il s'était fait 
^eonstruire un trône ou tribunal fort 
[élevé, et qu'il l'appelait jy.r.puTov 
[eomme les magistrats séculiers; mais 
|il n'est pas moins certain que, dès la 
[naissance de l'Eglise, les évèques ont 
[eu dans le chœur un siège distingué, 
[plus élevé que celui des simples prè- 
[tres, et qui marquait leur dignité. 
[On lit dans un ancien auteur que 
Pierre, successeur de Théonas sur le 
[siège d'Alexandrie, prenant posses- 
1 Bion, refusa par modestie de s'asseoir 
[sur le trône de saint Marc, que Ion 
[gardait précieusement dans cette 
' église. 

On appela, dans les premiers siè- 
cles, prototrône l'évêque d'une pro- 
vince dont le siège était le plus an- 
cien. V. CUAIRE. 

Bergieb. 

THUCYDIDE {Théol. hist. biog. et 
hibliog.) — Cet illustre historien grec, 
né à Athènes en 471, et mort en exil 
l'an 361 avant J.-C. descendait de 
Miltiade et fut le fondateur de la ré- 
publique de la Chersonnèse. Général 
dans les armées athéniennes, il fut 
témoin oculaire d'une bonne partie 
des fails qu'il raconte. Démosthène 
estimait tellfment son Histoire qu'il 
la copia plusieurs fois. 

Le Noir. 

THUGGISME (le) (Théol. hist. et 
mixt. sect. rel. étr. état et églis.) — 11 
est peu d'esprits qui poussent aussi 
loin que le nôIre le devoir pour les 
gouvernements civils de ne point 
s'ingérer dans le cercle religieux; 
que l'on nous demande pourtant si 
la société civile ne doit jamais, au 
sens absolu, se mêler de religion, 
nous répondrons négativement, parce 
qu'il peut arriver qu'une religion se 
soit ingérée la ]ii'eniière dans l'ordre 
civil pour instruire et entraîner ses 



fidèles à des violations évidentes de 
droits de la nalure dont l'accuuiplis- 
scment est essentiel à la vie sociale, 
et que, dans ce cas, la société eu tant 
que gouvernement obliL;i'' dn veiller au 
mainlieude celte vie, duilarrèterdans 
sa propagande le cullc qui pousse 
do la sorte ses sujets aux crimes 
sociaux. Quelle religion, ncjus dira- 
t-on peut-être, porta jamais les hom- 
mes à l'assassinai, au vol, au viol et 
aux autres crimes de celte nature? 
Nous répondons, en premier lieu, 
qu'il n'est pas nécessaire qu'un culte 
aille jusque-là pour avoir besoin 
d'être arrêté par la force publique 
dans sa propagande de telle ou telle 
pratique ; nous avons démontré, en 
plus d'une occasion, que la jioly- 
gamie, le divorce par droit marital, 
l'esclavage, l'usure sont dus crimes 
contraires aux droits naturels des in- 
dividus et au bien-être do la société; 
l'autorité civile a donc le droit de dire 
au culte qui les permet et qui les 
prêche : Si tu les permets, moi je les 
défends, et si tu y pousses Icj hom- 
mes par des préilicalions eflicaces, 
j'arrête cette propagande. 

Nous répondons, eu second lieu, 
par l'article suivant d'un numéro de 
la Revue d'Edimbourg de 1837 : 

« Les annales des sociétés liu- 
maines n'ont pas conservé le souvenir 
d'un phénomène plus extraordinaire, 
que celui du thuggisme. Ce phénomène 
date de plusieurs siècles : il dure 
encore. Il résiste à l'inlluence de la 
domination anglaise. 11 s'est perpétué 
dans l'Inde, à travers toutes les va- 
riations des gouvernements et des 
coutumes; le maliomètisme et la 
conquête sourde et silencieuse opérée 
par nos marchands ne l'ont pas dé- 
truit. 

» Déjîi l'Europe effrayée avait en- 
tendu parler de cette nation d'assas- 
sins, fraternité immense, répandue 
sur tous les points de l'indouslan ; 
respectée par les autorités, conforme 
aux coutumes, consacrée par la reli- 
gion, fondée sur des principes philo- 
sojjhiques. Mais jusqu'ici on n'avait 
obtenu sur elle que des renseigne- 
ments incomplets et partiels. L'or- 
ganisation de cette société, vouée à 



TUU 



112 



THU 



la destruction de l'humanité, se trouve 
enfin éclaircie, grâce aux efforts 
de sir William Bentinck, gouverneur 
des possessions anglaises dans l'Inde; 
et l'on n'a plus aucun doute sur son 
existence, sur ses ramifications, sur 
les profondes racines qu'elle a jetées 
dans les mœurs du pays. Les preuves 
sont abondantes, les mobiles qui la 
dirigent sont connus. 

» Depuis le cap Comorin jusqu'aux 
toonts Himalaya , une vaste asso- 
ciation couvrant le sol, répaudue dans 
les forêts, habitant les villages, mêlée 
aux citoyens les plus respectables, 
soumise à un code de moralité d'ail- 
leurs sévère, parcourant tout le ter- 
ritoire, n'a d'autres moyens d'exis- 
tence, d'autre gloire, d'autre but 
avoué, d'autre religion que de tuer. 
Les philosophes occidentaux sont 
restés bouche béante, les yeux fixés 
sur ce phénomène : lorsque des faits 
avérés sont venus l'attester, ils n'ont 
pu ni le réfuter ni le comprendre. 
Quelle explication rationnelle donner 
d'une telle anomalie ? La société re- 
pose sur le besoin delà conservation : 
voici des milliers d'hommes asiociés 
pour la destruction. 

» Ils tuent sans scrupule, sans re- 
mords, d'après un système lié, lo- 
gique, complet. Assurément ceci est 
un prodige. Les assassins ou thugs(l) 
sont non-seulement moralistes, mais 
artistes ;leursformulespour étrangler 
le voyageur sont savantes; ils re- 
cherchent l'élégance et la grâce dans 
le procédé même de l'assassinat. 

» Nul d'entre eux n'oserait em- 
ployer un nœud coulant grossière- 
ment fabriqué. Ces démons se croient 
des anges; lajusticebritannique met- 
«Ue la main sur eux, ils se présen- 
tent sans crainte et meurent sans 
honte. Ils développent ingénument 
les principes de leur caste, en sou- 
tiennent l'excellence et en rapportent 
les actes les plus horribles à une 
nécessité supérieure, divine, dont ils 
ne sont que les instruments loua- 
bles 

» La pensée religieuse qui a pré- 



(l) PronoDcei theugt, avae l'aipiralioD du th. 
C» mot, d'origioe biodone, «IgoiGa séducteur (Tia- 
•duolioa de la Revue Brita?iniçue). 



sidé à la civilisation immémoriale de 
l'Inde, c'est la déification de toutes 
les forces, l'apothéose gigantesque 
de tout ce qui est puissance, faculté, 
penchant... A côté de la puissance de 
création représentée par Vishnou et 
adorée comme telle, se trouve la 
puissance de destruction qui a aussi 
ses autels. Siva c'est le Rien, la Des- 
truction; par conséquent la Mort. La 
subtilité sagace des philosophes, 
trouvant la mort sans cesse associée 
à la vie, le monde toujours occupé à 
se dévorer lui-même, l'existence 
sans cesse renouvelée par l'anéantis- 
sement, a élevé des temples à la 
force qui détruit, et les a opposés à 
ceux de la force qui féconde et crée. 
Nous n'hésitons pas à regarder le 
panthéisme indien comme le père de 
tous les polythéismes. Dans son en- 
ceinte immense, il renferme toutes 
les religions païennes. Prakriti est 
adoré comme raison ordonnatrice des 
choses; Pourrouche, comme âme du 
monde, comme esprit de Dieu ; Siva, 
c'est le feu dévorant, ne rallumant la 
vie qu'au flambeau de la mort. 
Entrez dans le domaine de la my- 
thologie sivaïte ; lisez les odes, les 
hymnes, les traditions qui lui sont 
consacrés, vous n'y reconnaîtrez rien 
qui se rapproche de la simplicité 
patriarcale, de la contemplation pure, 
de l'élévation sublime qui respire 
dans les autres vedas. Un certain 
mysticisme y respire encore; mais 
c'est un infernal enthousiasme, un 
délire de sang et de voluptés, un 
culte de l'orgie, où ce qu'il y a de 
plus subtil se joint à ce qu'il y a de 
plus gigantesque. Vous vous rappelez 
les fureurs sanglantes des prêtres de 
Phrygie, la singularité atroce de ces 
croyances qui commandaient l'évi- 
ration ; la fable des Titans qui met- 
tent Bacchus en lambeaux ; celle de 
la Ménade qui, échevelée, frénétique, 
va secouer son thyrse au milieu des 
tigres et des panthères se roulant 
sur les débris d'ossements humains. 
Religion redoutable qui révèle ses 
mystères avec férocité, dans un 
•pourana, ou chant sacré, nommé le 
markandia, pourana consacré à Devi, 
femme de Siva. ■• 

» Devi représente l'instinct féroce, 



THU 



ir, 



THU 



l'énergie de Siva; c'est à elle que se 
ratta'ïhe la secte des assassins par 
systèi nés nommés Thugs. C'est elle 
qu'ils invoquent; c'est à elle qu'ils 
demandent des augures et des aus- 
pices ; divinité terrible, errante au 
milieu d'un cimetière, le cou chargé 
d'ossements humains, mêlant la vo- 
lupté au meurtre, s'enfermant dans 
une grotte mystérieuse et sombre 
pour y chercher des plaisirs secrets, 
pendant que des victimes humaines 
périssent dans les bûchers... 

» Est-il vrai qu'un rapport existe 
entre ces anciennes doctrines philo- 
sophiques et l'effroyable coutume de 
l'assassinat systématique? Ce rapport 
est-il réel et irrécusable ? On ne peut 
en douter. Tous les interrogatoires 
des thugs arrêtés par les autorités 
anglaises donnent sur ce point cu- 
rieux les explications les plus nettes. 
Chacun des assassinats qu'ils com- 
mettent est un acte religieux : le 
code renfermant les principes du 
thugyisme est inviolable dans ses 
maximes. Sanctionné d'un côté par 
le fanatisme et de l'autre par la soif 
du gain, il tient à la fois à la terre et 
au ciel. On ne peut effacer de l'es- 
prit des thugs les axiomes fonda- 
mentaux des dogmes dictés par Uevi. 
« J'en ai connu, dit le capitaine 
Sleeman, qui avaient vécu familiè- 
rement, pendant douze années, chez 
des Européens; ils savaient parfai- 
tement l'anglais ; ils demeuraient 
convaincus de l'origine divine du 
thuijQisvie. Ceux que nous tenions en 
prison à Joubelpure appartenaient 
à toutes les provinces de l'Inde ; il y 
en avait qui venaient de la Karna- 
tjque, des bords de l'Indus et de 
ceux du Gange. La plupart comp- 
taient dix ou quinze années d'exer- 
cice ; ils parlaient de leurs fonctions 
comme de fonctions sacerdotales, 
honorablement remplies ; de leurs 
victimes, comme un prêtre de Ju- 
piter ou de Saturne eût parlé des 
bœufs et des génisses immolés sur 
les autels de son dieu. Toujours, 
quand ou questionne un tliug, le 
nom de Devi, sa patronne, la déesse 
du meurtre philosophique, explique 
et excuse tout. » 

» Cette clfi'oyable déesse Devi se 



nomme aussi Kalie, Dourga et Bho- 
wanie; elle a posé les bases et dicti 
les principes de l'affiliation. Tous las 
meurtriers la regardent comme leui 
protectrice ; les sacrifices humains 
lui plaisent seuls. Pour la satisfaire, 
beaucoup de dévots se suicident; 
d'autres enlèvent des enfants dont 
ils versent le sang devant sa statue ; 
mais si tous les assassins croient en 
elles, les thugs se regardent seuls 
comme ses enfants orthodoxes. 

» — Vous croyez donc, demandait 
un juge au thug Saib, qu'un homme 
qui commet l'homicide sans se con- 
former aux présages et aux rites, est 
puni dans ce monde et dans l'autre? 
» — Puni rigoureusement ; la fa- 
mille d'un meurtrier périt et s'efface ; 
son nom même disparaît de la terre. 
Le thug qui assassine sans forma- 
lités perd les enfants qu'U a : Dieu 
ne lui en donne plus d'autres, 

» — La même chose lui arriverait 
s'il tuait un thug ? 
» — Oui, certes. 

» — Et les formalités accomplies, 
vous ne craignez rien ? 
» Jamais. 

3> — Mais les fantômes de ceux que 
vous avez assassinés ne viennent-ils 
pas vous persécuter pendant le som- 
meil ? 

» — Cela est impossible. 
» — On prétend que les spectres 
des assassinés viennent s'asseoir au 
chevet des assassins? Vous échappez 
à cette punition ? 

» — Sans doute ! Ceux qui meu- 
rent sous notre lacet ne sont pas 
tués par nous, mais par Devi. 

» Quelle argumentation détruirait 
une croyance pareille, devenue la vie 
d'une race entière? Tout ce que les 
hommes respectent, toutes les idées 
de morale et de piété se trouvent 
mêlées à leurs pensées d'assassinat 
et de destruction. Huit ou dix mille 
hommes, qui se croient des saints, 
ne pensent qu'à égorger ! Trouver 
une bonne victime, un augure favo- 
rable, une bourse bien garnie, c'est 
leur rêve, que souvent ils réalisent. 
Les bandes de thugs, composées de 
cinquante à cent hommes, traver- 
senl l'Inde dans tous les sens, et 
quelquefois expédient une trentaine 
8 



THU 



114 



TIIU 



dt Tictimes dans une. soirée. C'est' un 
jays saps communication : les routes 
saut ^ feine tracées, les villes ont 
pea de rapports commerciaux entre 
•fies; on est heureux de se réunir en 
«wavanes et de se diriger vers un 
même point. En général, on porte 
en l'on envoie beaucoup de métaux 
jïtécieux d'un lieu à l'autre ; le voya- 
gevrr part avant le lever du soleil pour 
ériter la grande chaleur. Il est à pied, 
wi monté sur un petit poney : point 
i'auLerges : on s'arrête sous un 
arbre, dans un lieu frais, dans le 
œnx d'une vallée ; on prépare soi- 
Même ses aliments et l'on s'endort. 
Chacun aime à rencontrer quelque 
autre voyageur à qui parler , un 
««aipagnon de pèlerinage, au milieu 
«tes steppes déserts, des ravins pro- 
Jïiads, des vastes solitudes qu'il s'agit 
£e parcourir. Surtout on est charmé 
ie s'adjoindre à une caravane ; et 
lanvent, chose étrange, elle n'est 
tomposée que de meurtriers. Toutes 
tes circonstances ont favorisé le dé- 
«eloppement du système des thugs, 
«i rendu vraiment elfroyable cette 
frande organisation du meurtre Une 
armée entière s'est consacrée à cette 
jffofession, dont elle croit retrouver 
ies vestiges sculptés dans les plus 
TÎeux temples de la Péninsule. 

» — N'avez-vous pas assuré (de- 
»andait-on à Feringie, l'un des plus 
eélèbres thugs) que les sculptures des 
eaveaux sacrés d'Ellore représentent 
fidèlement les opérations de ce que 
ions appelez votre métier ? 

» — Oui. Elles y sont toutes, l'une 
•près l'autre ; l'une représente le 
mode de strangulation ; l'autre, l'cn- 
■evelissemeut des cadavres ; une 
troisième, la manière dont il faut 
«onsulter les augures. Il n'y a pas 
iansle thuyyisme un seul acte dont 
les sculptures anciennes n'olfrent le 
jBodèle. 

» — Quelles sont, selon vous, les 
«pératious représentées dans ces ca- 
f eaux ? 

» — Je les ai toutes détaillées; j'ai 
«u le sotha ou le séducteur causer 
fcvec \a victin)e, pour lui arracher 
ses secrets, gagtier sa confiance et 
s'insinuer dan^ son airection. Plus 
loiu, l'homme chargé de la strangu- 



lation jette le lacet 9ur le cou de 
celui qui doit tomber victime, pen- 
dant que le choumsie ou teneur de 
pieds l'eiDiièche de bouger 

» — M;iis sout-ce là les seules 
sculptures de ce genre que vous ayez 
remarquées ? 

» — J'en ai vu deux autres qui 
faisaient suite aux premières : l'en- 
lèvement du cadavre par les lowjhas, 
et la manière dont il faut creuser la 
fosse avec la pioche sacrée. Tout cela 
est d'une lidélité parfaite, et nous ne 
pratiquons pas autrement. 

» — Quels ont été, selon vous, les 
auteurs de ces sculptures ? 

» — Les dieux. Une main d'homme 
n'aurait rien créé de tel; et il nous 
est défendu de révéler les secrets de 
la caste. 

» Au seizième siècle, le thugginvie 
existait déjà. Le voyageur Théveuot 
parle de voleurs de grands chemins, 
les plus adroits du monde, dit-il, et 
qui lancent sur le voyageur un lacet 
préparé avec tant d'habileté, qu'ils 
l'étranglent en un clin d'ceil et sans 
que ce dernier s'aperçoive de leur 
intention. Il racoiiîe au'^si que des 
femmes envoyées à la découverte du 
voyageur se tenaient sur son pas- 
sage, tout échevelées, fondant en 
larmes, poussant de longs sanglots, 
essayaient d'attendrir le malheureux 
et saisi.ssaienl le moment favorable 
pour l'étrangler à loisir. Le th,u<j- 
gisme dédaigne aujourd'hui ces res- 
sources ; tout se passe avec plus de 
simplicité et d'habileté. A peme en- 
t-endrait-on parler des thugs, si les 
cadavres qu'ils ensevelissent par cen- 
taines dans les puits, dans le lit des 
rivières, à l'ombre des forêts, ne 
venaient révéler leur puissance et la 
silencieuse vigueur de leur associa- 
tion. 

» lisse divisent en thugs du nord 
et thugs du midi. Ces lerniers, les 
thugs orthodoxes, méprisent leurs 
confrères du nord, qui n'ont pas 
maintenu La pureté de la tiadilion. 
Le thug vôritableinetil ilévol ne doit 
pointassassinerdelVmme,de (]uelque 
raug uu de quelque &i;e qu'elle puisse 
être; tout fakir, barde, musir.ien, 
danseur, balayeur, marchand d'hi.ile, 
blanchisseur, serrurier, charpeulier. 



TIIU 



115 



THU 



meneur de vaclies. est respecté par 
le tiaiggisme orthodoxe. On épargne 
aussi les mutilés, les lépreux et les 
porteurs d'eau du Gange lorsque leurs 
cruches sont pleines ; quand elles sont 
vides, on tue le porteur sans remords. 
Chacune de ces amnisties se rattache 
à un sentiment religieux qui couvre 
d'une vénération spéciale les pro- 
fessions dont nous avons parlé. Les 
thugs du midi no manquent jamais 
à ces diverses prescriptions ; quant à 
ceux du nord, qui ne sont, selon 
leurs adversaires, que les descendants 
avilis des sept trihus musulmanes, 
jadis stationnées à Dehiy, ils ont 
introduit dans leur s3-stém(i un re- 
lâchement funeste. La tradition rap- 
porte qu'un empereur de DehIy 
chassa ces tribus, pour les punir 
d'avoir assassiné l'un de ses servi- 
teurs, et qu'elles se réfugièrent à 
Hydra, puis à Chouboum, et enlin à 
Kaliesinde. En 1812, c'était là en 
eli'et leur quartier général, d'où 
M. Halhed les débusqua. 

» S'il fallait en croire l'orthodoxie 
tliug, une transgression commise par 
les hérétiques septentrionaux aurait 
été cause de tous leurs malheurs et 
entraîné la décadence de cette reli- 
gion, que les Anglais poursuivent au- 
jourd'hui. Une dame riche et pais- 
sante nommée Kdlibibie aliaii à Hyde- 
rabad, visiter la tombe d'un frère de 
Soulaboud-Khan. Elle portait une 
robe de tissu d'or qui tenta la cupidité 
de quelques thugs; ces derniers l'as- 
sassinèrent : depuis cette époque, 
tout a été mal pour eux : et la déesse 
les a servis avec beaucoup moins de 
zèle. 

» Le thug orthodoxe considère la 
pitié comme un crime irrémissible 
quandl'augurecommandfi le meurtre. 
Lu juge adressa la que>li(m suivante 
à Dourga, thug musulman : 

» — Je suppose que vous ayez con- 
sulté l'oracle et qu'il soit excellent, 
mais que le voyageur que vous vous 
proposez d'étrangler soit pauvre, et 
que la pitié vous touche, que ferez- 
vous? le laisserez-vous aller? 

» — Le laisser aller! jamais 1 11 
n'est pas permis de résister à l'ora- 
cle! Une désobéissance criminelle 
nous exposerait à être abandonnés à 



jamais. Il faut toujours obéir. J'en ai 
vu des exemples mémorables. L'oracl*» 
était bon; mais le voyageur '<'mblai» 
pauvre. Quand on ouvrit les poches 
ou trouva que l'oracle avait dit vrai. 
et qu'elles étaient convenableme/r- 
remplies. 

» Si l'on réfléchit que le culte do 
Devi, déesse hindoue, est la base do 
l'association, on s'étonnera de trou- 
ver un si grand nombre de musul- 
mans parmi les thugs. C'est une des 
singularités de cette affiliation sans 
exemple. La déesse du sang, la femme 
de Siva a triomphé du Dieu unique 
des mahométans et de Midiomet, son 
prophète. En vain l'islamisme pros- 
crit l'adoration des divinités secon- 
daires, le culte des mages, l'adoration 
des saints, pour faire planer au- 
dessus du monde le seul Allah, uni- 
versel, impérissable. Les musulmans 
thugs ont oublié leiir foi sévère. 

» — N'ètes-vous pas musulman, 
demanda le juge au tliug Sahib? 

» — Oui, comme la plupart des 
thugs de ma province. 

» • — Le Koran est votre loi? 

» — Oui. 

» — Vous vous conformez à ses 
préceptes, quant aux mariages, aux 
héritages, aux prières, aux repas? 
Vous croyez au paradis promis par 
Mahomet? 

» — Oui. 

» — Le KoraJi fait-il mention de la 
déesse Devi, Kalie ou Bhowanie? 

« — Non, nulle part. 

i> Ici un autre thug musulman 
s'avança et dit : 

» — Bohwanie n'est autre que la 
propre fille de Mahomet, l'atima, 
femme d'Ali. Cette Katima s'est servie 
du mouchoir sacré pour étrangler 1? 
grand démon Roukout Bigdana : elk 
a pris le nom de Devi. 

» Cette a.s3ertion fut suivie d'une 
longue discussion théologique. Les 
officiers mahométans niaient l'identité 
de Bhowanie et de la douce Fatima : 
les thugs affirmaient cette identité. 
Mais il demeuia convenu qu'un bon 
musulman peut se conformer au code 
de Bhowanie, et lui sacrifier des 
hommes, sans offenser Maliomet et 
sans renier Allah I 

• — N'est-elle pas la déesse uni- 



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il6 



THU 



verselle, demanda Féringie ? Le monde 
entier ne reconnalt-Û pas Devi, 
déesse de la destruction? 

» — Non pas, répondit un colonel 
de l'armée anglaise ; en Europe nous 
ne la connaissons nullement. 

» — Un bon discirle de Mahomet 
ne la connaît pas davantage, inter- 
rompit un officier mah<ftnétan. 

B — Vous vous trompez, dit Férin- 
gie; les mahométans adorent Devi; 
et ce qui le prouve, c'est que, pen- 
dant la peste, les femmes des plus 
notables habitants de Joubelpore 
tombaient à genoux avec leurs en- 
fants devant la déesse. 

» — Les plus grands princes et na- 
wabs du Dekan, continua Nazir, se 
prosternent fréquemment aux pieds 
de Devi, pour lui demander la santé 
de leurs proches. 

» — Croit-on, en général, que vous, 
thugs, vous êtes sous la protection 
spéciale de Devi? 

» — Beaucoup le pensent : les 
princes n'osent pas nous poursuivre. 
Le prince ou nawab Dolhi Khan rece- 
vait les présents d'un chef thug , 
nommé Boura Sahib Gemadar, qui 
commandait à plusieurs centaines de 
thugs. Si ce dernier voulait renoncer 
à sa profession, en lui offrait des do- 
maines considérables, des fonctions 
importantes et l'exemption de l'impôt. 
Le hasard voulut que des officiers de 
justice, envoyés à la recherche d'un 
autre coupable , s'emparassent do 
Boura Sahib : on l'attacha à la bouche 
d'un canon et on le fit sauter. Le 
nawab, qui en fut instruit, témoigna 
la plus vive douleur; il joignit les 
mams en disant : « Dieu l'a voulu, 
> mais ce n'est moi qui l'ai fait? » 

» Ainsi, les gouvernements indi- 
gènes, considérant le thuggisme 
comme une profession nécessaire et 
consacrée, reconnaissent les thugs 
membres de l'Etat, et leur assurent 
des droits en leur imposant des rede- 
vances, c Une taxe de 24 à 28 roupies 
est prélevée sur chacune des maisons 
habitées par les thugs (ainsi s'exprime 
an document officiel); en quelques 
mains que se trouve la direction du 
principal établissement thug, situé à 
la jonction du Choumboul et de la 
Ujoumaa, on exigera cet impôt, qui 



a été soldé par les thugs depuis un 
temps immémorial, et que les am il s 
ou percepteurs de chaque village doi- 
vent verser dans les caisses du gou- 
vernement. » Le thug qui fait son 
devoir et tue en respectant les au- 
gures n'inspire aucune horreur : c'est 
un genre de vie, un rôle nécessaire, 
une route tracée. Devi est puissante : 
persécuter ses sectateurs, c'est im- 
piété. D'ailleurs le thug est affable. 
Séducteur de grande route, il gagne 
son argent lestement et le dépense de 
même ; citoyen très-considéré, il jouit 
de l'estime et même de l'affection 
générale. Tant qu'il n'enfonce pas le 
poignard dans le sein des hommes de 
sa caste, qu'il épargne les habitant» 
de son village, non-seulement on le 
laisse tranquille, mais on l'estime. 
Enfant chéri de cette déesse vénérée, 
dont le corps est, dit-on, enseveli à 
Calcutta, et dont le temple, qui s'é- 
lève dans la même ville, offre un per- 
pétuel théâtre de miracles, il est élu 
de Dieu. Lorsque les cérémonies reli- 
gieuses de cette divinité atroce atti- 
rent le concours des Européens qui 
n'en connaissent pas le but, lorsque 
les solennités du Dourga-Pourana 
sont honorées de la présence des au- 
torités anglaises, les Hindous ne doi- 
vent-ils pas croire que nous peirta- 
geons ce culte de sang? Dans ces oc- 
casions, un hymne célèbre, qui con- 
tient les vers suivants, fait retentir 
les airs : « déesse noire, grande 
» divinité de Calcutta, tes promesses 
» ne sont jamais vaines ; toi dont le 
» nom favori est Koun-Kalie (la man- 
» geuse d'hommes), toi qui bois sans 
» cesse le sang des démons et des- 
» mortels! » 

» Les dévots qui embrassent son 
culte peuvent avoir toutes les autres 
vertus; on n'est méprisable parmi 
eux que si l'on s'enivre, si l'on vole 
autrement que dans l'exercice de sa 
profession, si l'on néglige le jeune ou 
la prière. M. Maclead, qui a fait 
beaucoup de thugs prisonniers, parle 
d'eux avec intérêt : 

» Bhimmie, dit-il, est un nommé- 
vénérable qui n'a nullement l'air 
destiné au gibet. Quant à la famille 
La("'k, je la vois de près depuis long- 
temps, et je ne lui connais aucua 



THU 



IV 



TIIU 



vice. L'autre jour Laëk le père, ayant 
appris que ses parents venaient d'être 
pendus, répéta les vers suivants d'un 
poète sanscrit : « J'étais autrefois 
une perle, et je dormais paisiblement 
dans le seiu de l'Océan profond ; au- 
jourd'hui me voilà captif; la pauvre 
perle est enchaînée, percée d'un trou, 
suspendue à un fil, ballottée et misé- 
rable. » Dourga, dont la physionomie 
annonce une bienveillance naturelle, 
semblerait capable du suicide plutôt 
que de meurtre. » A ces attestations 
de Maclead, se joignent celles de 
beaucoup d'officiers anglais. «Makime 
le thug, dit l'un de ces officiers, est 
un des homme les meilleurs que j'aie 
connus. Fiez-vous à lui dans toutes 
les circonstances, une seule exceptée, 
celle qui le place en face du voyageur 
condamné par la déesse. » Pour les 
thugs , le voyageur n'est qu'une 
proie; c'est un faisan, un cerf, un 
lièvre qu'O s'agit d'atteindre à force 
d'adresse. 

» Entre le meurtre et l'action qu'ils 
commettent, il y a, srton eux, des 
abîmes. La vie humaine leur est 
livrée en holocauste par Devi; ils ont 
un dictionnaire à eux, que l'on vient 
de publier à Calcutta sous le titre de 
Ramasina. Ainsi toute leur organisa- 
tion s'éclaire peu à peu. Mais le grand 
réseau d'assassinats qui couvre . le 
pays ne s'est dévoilé que par degrés. 
Le magistral de Chistour, M. Wright, 
MM. Halhed et Stockwell, dans l'Inde 
septentrionale, crurent avoir beau- 
coup fait pour la tranquillité publique 
lorsqu'ils eurent dispersé plusieurs 
bandes de thugs; mais les bandes 
éparses ne tardèrent pas à se réunir. 
On les tuait, ils renouvelaient leurs 
cadres par de nouvelles recrues ; enfin 
le gouverneur général, épouvanté, 
prit des mesures pour extirper le lléau. 
Le centre des opérations fut placé à 
loubelpore, et le capitaine Sleeman 
fut chargé de la poursuite des bri- 
gands. Bientôt une foule de prison- 
niers furent détenus à Joubelpore; de 
nombreux interrogatoires etdescon- 
fessionj de toute espèce, la confron- 
tation des témoins, les aveux naïfs de 
la plupart des chefs révélèrent l'orga- 
nisation que nous avons décrite. En 
octobre 1835, on avait mis la main 



sur 1562 thugs, tous coupables à pet 
près au même titre, parmi lesquels 
lespluscrimmels ouïes plus influents, 
au nombre de 382, furent pendus, 
et 382 autres exportés ou condamnés 
à la prison perpétuelle. 

» D'épouvantables tragédies avaient 
signalé la vie de ces thugs ; cinq cents 
recrues chargées d'escorter une 
somme considérable qu'on envoyait à 
Gawilgour furent étranglées dan; 
une seule nuit par une troupe de 
mille thugs habillés on cipayes. Dans 
le langage thug, ces grands coups de 
main portent une désignation spé- 
ciale ; on se les rappelle avec orgueil : 
l'affaire des cinq cents, celle de cent 
hommes tués sont célèbres. Le chalis- 
rouh (affaire des quarante), et le 
soutrouh (affaire des soixante), brillent 
d'un éclat particulier. Laissons le 
chef Dourga raconter l'affaire des 
soixante. 

p Nous savions, dit-il, que le lils 
du commandant de la forteresse de 
Gawilgour, nommé Ghaian-Sing, de- 
vait se rendre avec sa suite dans la 
province d'Aoude pour y lever des 
troupes, et qu'il portait de l'argent 
avec lui. Sa troupe .se composait de 
cinquante-deux iiummes, de sept 
femmes et d'un petitenfant brahmane 
de quatre ans. Les thugs, apprenant 
cette expédition, députèrent à Jou- 
belpore quelques-uns de leurs mem- 
bres les plus habiles, et nous com- 
mençâmes nos opérations. D'abord 
on essaya de diviser et d'éparpiller 
l'escorte sur des routes dilférentes ; 
mais la chose fut impossible. Aucun 
ne voulait quitter Ghaian-Sing. Nous 
finîmes par réunir nos bandes, réso- 
lus à. conduire les victimes par des 
routes inconnues et désertes, et à 
saisir la première occasion de nous 
défaire d'eux tous. 

» A Schora, nous leur persuadâmes 
de quitter la grande route et de 
passer par Choumdie, en traversant 
de grandes plaines désertes, couvertes 
de buissons, de bruyères et de fyêts. 
Ils nous crurent aisément; leiC con- 
fiance était gagnée. Arrivés à Simarie^ 
nous n'avions pas encore trouvé IC; 
lieu propice que nous cherchions; 
quelques-uns de nos gens furen/ en- 
voyés à la découverte et nous rap- 



TIIU 



118 



THU 



portèrent que non loin do là se trou- 
vait un endroit favorable, isolé, sau- 
vage et sans habitation. Nous invi- 
lâme; Jes voyageurs à partir après 
minuit, et l'on se mit en mercbe; 
deux thugs servaient d'acolytes à 
chacun des voyageurs, et nous avions 
soin d'entretenir constamment la 
convci'sation avec eux. Nous primes 
les augures,qui furent excellents. Le 
signal donné, chacun de nous lança 
le mouchoir chargé du nœud coulant, 
en commençant par l'arrière-garde 
et terminant par l'avant-garde. Tous 
surent étranglés , à l'exception de 
renfant. L'aurore naissait, le temps 
nous manquait pour ensevelir les 
cadavres; nous les déposâmes tém- 
érairement sur le rivage du fleuve, 
«n les couvrant de sable. Nous emmê- 
lâmes l'enfant à Chitterkote . Le 
endemain , quand nous voulûmes 
procéder aux funérailles, les eaux du 
fleuve avaient emporté les corps. 

» — Que devint l'enfant ? 

» — Notre frère Mongoul-Mah- 
koul réleva et lui apprit le thugats- 
me : l'année dernière on l'a pendu à 
Sangor. » 

•• Les opérations des thugs se mo- 
difient au Bengale ; les nombreuses 
rivières et les cours d'eau dont le 
pays est sillonné transportent la scène 
du drame sur les barques et les cha- 
loupes. Le thug entre en conversation 
avec le voyageur, le capte, le séduit, de- 
vient maître de sa coiilianee et lui 
conseille de monter sur une nacelle 
dont le maître et les passagers sont 
membres de l'association. Au mo- 
ment convenu, le voyageur est étran- 
glé, son corps jeté à l'eau; cinq ou 
six de ces chaloupes se suivent, et, 
si vous avez ôchapi)é à l'une, vous n'é- 
chapperez pas à la seconde. Laissons 
parier encore un adepte. 

» Les plus habiles d'entre nous, 
escortés d'un domestique qui porte 
ii'urs bagages, suivent ordinairement 
la rive d'un fleuve en se dirigeant 
■ ers l'endroit où leur bateau se trouve 
amarré : le voyageur se présente ; le 
thug semble harassé ; bientôt le voya- 
geur 'convient qu'il serait plus 
iigréable de monter en bateau et de 
le laisser uollameut porter par les 



ondes. Du désir à l'acte il n'y a pas 
loin ; on aperçoit une chaloupe e* 
son patron, l'on marchande; les sti- 
pulations sont arrêtées; on monte, 
le voyageur périt. Si le premier thug 
que le voyageur a rencontré excita 
sa défiance, un second arrive, semble 
partager ses sentiments, approuve sa 
prudence, l'encourage dans sa ré- 
serve, l'aide même à se débarrasser 
du premier acteur du drame et le 
dirige vers une seconde chaloape 
meurtrière. De nombreuses familles 
se livrent à ce commerce. Les thugs 
de la plaine ne comptent que tiente 
familles de Moulrhies et deux cents 
hommes de Lodehas ; mais, parmi 
les thugs des rivières, les familles 
seules des Boungohs comptent quel- 
ques milliers d'individi;s. » 

» Un chef célèbre parmi les thugs 
de rivières, Djaipôle, te;; -.it constam- 
ment deux chaloupes prcii'.s à tous les 
endroits où les voyageurs s'embar- 
quent. Il avait soin de laisser entre 
elles trois ou quatre milles de dis- 
tance. « Djhaouliekhan, chargé de 
battre la campagne, nous en amena 
deux (raconte un thug) qui montèrent 
sur notre embarcation. Djaipôle com- 
mandait en personne; le timonier 
remplissait les fonctions d'observa- 
teur {Bikoùrie). Quatre hommes qui 
tiraient à la cordellc et faisaient re- 
monter la barque appartenaient à 
notre bande, ainsi que les sept 
hommes assis dans la chaloupe. Cette 
barque couverte avait deux fenêtres 
ouvrant sur l'eau. Bientôt Djaipôla 
s'écrie dans la langue des thugs ou 
dialecte ramasie : que les Bàras (thugs) 
se séparent des Bitaus (voyageursj I 
Nous obéîmes. La chaloupe marcha 
pendant un coss. Le timonier donna 
le signal de l'exécution : Bvtijna Kôe 
Pawn, Doe, \ livrez le gage du fils 
de ma sœur, » paroles sacramentelles 
qui furent suivies de la strangulation 
immédiate. Nous brisâmes, comme 
c'est la coutume, l'opiné dorsale des 
victimes pour prévenir toute résur- 
rection, puis nous glissâmes les ca- 
davres à travers les fenêtres, et ils 
tombèrent dans l'eau. L'ordre autre- 
fois était de poignarder les voyageurs 
sous les aisselles, méthode maladroite 



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H9 



THU 



qni pouvait laisser des traces de sang 
sur la barque et dans les eaux. Nous 
y avons renoncé. » 

» Ainsi tous les sentiments natu- 
rels, toutes les pensées d'humanité 
s'effacent et s'éteignent. On cite des 
exemples effroyables de cet endur- 
cissement : Neuoûallsing, djemadar 
ou colonel au service du Nizam, 
homme respectable, mutilé d'un 
bras, et qui par conséquent (selon 
les thugs orthodoxes du midi) devait 
être épargné parles assassins, eut le 
malheur de tomber entre les mains 
des thugs du nord. La question de 
savoir s'il périrait fut débattue vive- 
ment dans le sein même de l'hono- 
rable soc'été. dont une fraction ré- 
clamait la mise en vigueur de toutes 
les traditions anciennes et religieuses. 
Pendant le voya'^e, certains membres 
de la caravane eurent des démêlés 
avec la douane; d'autres furent ar- 
rêtés comme incendiaires, d'autres 
enfin comme voleurs : il est vrai 
qu'ils faisaient la contrebande des 
soieries. F^e djemadar eut la. bonté 
de les protéger. Ses deux jeunes 
filles, l'une de douze et l'autre dv 
treize ans, s'assirent, lorsque les of- 
ficiers de justice vinrent visiter les 
ballots, sur les sacs remplis des soie- 
ries prohibées qui appartenaient aux 
thugs. Arrèlés et jetés en prison, le 
djemadar répondit pour eux. Comblés 
de ses faveurs, sauvés par lui, ils 
voyagèrent avec lui et ses filles pen- 
dant l'espace de deux cents milles, 
et ne discutèrent entre eus que sur 
un point : non pour savoir si lu re- 
connaissance leur défendait d'attenter 
à ses jpurs, « mais si Devi leur per- 
mettait de tuer un manchot. » Les 
orthodoxes se séparèrent des héré- 
tiques, et le malheureux djemadar 
fut étranglé avec ses filles ! 

• Les thugs de rivière n'exercent 
guère que sur des voyageurs isolés; 
Us autres expédient des familles tout 
entières. 

» L'apprentissage des thugs se fait 
méthodiquement. Lesnovicessenom- 
>. Tnent kouboulas : ce sont ceux qui 
Vont pas encore pénétré dans les 
aystères du métier. Les bourkas sont 
.is grands adeptes. Il est permis à 
4n bourka d'instruire, d'élever et de 



discipliner tous ceux qui lui sembleol 
propres à augmenter la confrérie. Os 
n'arrive que par degré au rang d« 
bourka. D'abord vous êtes employé 
comme es[)ion : on vous envoie e» 
reconnaissance; puis on devient los- 
soymir, ensuite cituiimsie ou « teneui 
de mains et de pieds pendant la 
strangulation; » et enfin bourfhod qb 
éîrangleur Le novice qui prêtent 
devenir bourtbod se place sous le pa- 
tronage spécial d'un vieux thug qai 
devient son gourou (précepteur sacré), 
et qui l'accepte pour ehiyla (dis- 
ciple). On attend l'arrivée de quel- 
que voyageur dont la constitution 
soit peu rohuste, et dont l'assassinai 
olFrc peu de danger. Pendant qu'il 
dort, le gourou, le cheyla, et quatre 
ou cinq des plus honorés de la troupe 
se dirigent vers un champ voisin, 
s'arrêtent au milieu du champ, s« 
tournent ver.s le poiut de l'horizon 
opposé à la route que la troupe 3 
suivie, et le gourou invoque la grande 
déesse : 

i> Kalie (la noire), Kounkalù 
(mangeuse d'hommes), BhoudkalU 
(In noire et la dévorante) . — Kaliei 
Mahakalie (la grande noire), GalcuttA- 
'Walie (divinité de Calcutta), si ta vo- 
lonté est que le voyageur qui es! 
entre nos mains soit tué par son es- 
clave que voici, donne-nous le thibaoi 
(oracle favorable) ! » 

I) On attend une demi-heure : le 
premier thibaoù décide si le voyagent 
sera tué; le second, si le nouvel 
adepte sera le sacrificateur. Le thibaoi 
doit se faire entendre à droite. Le 
pilhaoù, oracle défavorable, a lieu à 
gauche. Voici quelques détails don- 
nés par les thug-- eux-mêmes, sur U 
sens de ces oracles, qui olfreut beau- 
coup de nuances à observer. 

I) Quand on arrive dans un lieu de 
station et que le pilliaoù se fait en- 
tendre à gauche, il lnut le quitter aa 
plus vite; si c'est U'ilii.buoù de droite, 
on s'arrête. Au moment du départ 
c'est précisément le contraire; alot 
si le bon augure se fait entendr» 
immédiatemmit après le mauvais 
augure, on prend courage, on conti- 
nue la route. 

» Les prêtres de la secte comptent 
aussi parmi leurs augures les plus 



THU 



120 



TIIU 



vénérés le bottraôh oa oracle des 
loups, le tchirrayak ou oracle de hi- 
bou, le dauhie ou oracle du lièvre; 
enfin' \e dounterour, oracle de l'âne. 
Le hurlement ou lamentation du loup 
(tchimmame) suffit pour détourner le 
thug d'une entreprise. Ces animaux 
traversent-ils la route de droite à 
gauche? c'est bon signe; de gauche 
à droite? mauvais signe. Pendant le 
jour, si le loup hurle, on décampe. 
De minuit jusqu'à l'aurore, l'oracle 
est moins mauvais ; et du soir à mi- 
nuit, il n"a pas de signification. Si le 
hibou pousse son cri funèbre, on 
renonce à toute expédition. Le soir 
même où un grand village habité par 
des thugs fut attaqué et mis à feu 
et à sang par l'officier anglais Hal- 
hed, le célèbre pronosticateur Joudaï 
entendit plusieurs fois le cri lugubre 
et sourd du hibou. « L'appel du 
lièvre est important, disait un thug ; 
quand nous avons méprisé cet oracle, 
la déesse nous a délaissés ; cet animai 
timide est venu ensuite boire l'eau 
du ciel dans le crâne de nos gens 
égorgés. Lorsque le général Doveton 
nous poursuivait, un lièvre traversa 
la route devant nous. L'animal criait; 
nous négligeâmes l'oracle. Le lende- 
main, dix-sept d'entre nous furent 
pris. » 

» Mais au-dessus de tous les ora- 
cles, ils estiment celui de l'âne. Sou- 
poukher ou ekadounrou, dounterou : 
« un âne, en fait d'oracle, disent-ils, 
Tai:lun millier d'oiseaux. » Le capi- 
taine Sleeman, qui a recueilli le 
vocabulaire du dialecte thug, et qui 
s'est fait donner tous les oracles par 
les chefs prisonniers, porte témoi- 
gnage de la haute importance que 
les thugs du nord et du midi atta- 
chent aux augures. L'oracle est la 
voix de Devi. 

» Une fois les oracles pris, on ré- 
pète une prière à Devi, puis on re- 
tourne au camp; le gourou prend un 
mouchoir, se tourne vers l'occident, 
noue une pièce d'or ou d'argent, et 
procède à la fabrication du nœud 
coulant ''■lassique (gour-knat), « lien 
scientilirne, » que l'on n'a le droit 
de former qu'.iprès avoir reçu les 
ordres sacrés. Le disciple ou cheyla 
le saisit avec respect dans sa main 



droite, et se dirige vers la victime 
accompagné du choumsie (teneur de 
mains). On éveille le voyageur sous 
un prétexte; et, au moment où le 
chef donne le signal, l'élève fait 
son coup d'essai, aidé comme à l'or- 
dinaire par le choumsie. L'œuvre 
accomplie, il s'agenouille devant le 
gourou, touche les pieds du maître 
de ses deux mains étendues, délie le 
mouchoir, en tire la pièce d'or, et la 
remet comme offrande (nouzour), avec 
tout l'argent qu'il possède, au gou- 
rou, qui emploie cette somme à l'a 
chat de sucre, de pâtisseries et d'autres 
friandises. Ainsi se prépare le toupo- 
nie, fête ou sacrifice qui ne peut 
avoir lieu qu'à l'ombre de certains 
arbres, du manguier, du figuier, du 
nîme ; mais jamais sous le néomja, 
le sirésa ou le baboùle. Les bour- 
thods, ou strangulateurs, prennen* 
place autour d'un tapis, et le nouve 
adepte reçoit sa part du sucre ce 
sacré. 

» C'est une grande affaire que 1 
touponie. Les thugs prétendent 
qu'une fois qu'on en a goûte, il est 
impossible de ne pas s'attacher éter- 
nellement à la secte du thuggisme. 
« 11 nous arrive bien quelquefois, 
disait un chef célèbre, d'éprouver de 
la pitié; elle est naturelle à tous les 
hommes. Mais la miraculeuse in- 
fluence du sucre consacré par le tou- 
ponie nous métamorphose complète- 
ment : elle agirait sur une brute. 
Quant à moi, je n'aurais pas besoin 
d'être thug pour vivre; ma mère était 
riche, j'ai eu de belles places ; on 
m'aimait partout on je me présentais. 
Eh bien ! toutes les fois que j'ai essayé 
de quitter le thuggisme, je ne l'ai pas 
pu, j'ai été rappelé par un irrésis- 
tible penchant Dieu me ferait vivre 
cent années, que je ne pourrai» 
embrasser aucune autre profession. 
Mon père, dès ma plus tendre en- 
fance, m'a fait goûter le sucre fatal, 
et je crois qu'avec toutes les richesses 
du monde et la faculté de choisir 
entre tous les métiers, un thug pré- 
férerait toujours l'occupation com- 
mandée par Devi. » 

» En effet, cette carrière oindo- 
lence et d'entreprises, de voyages et 
de repos, de jouissance» et d'aven- 



THU 



121 



TliV 



tures, exe'.ce sur ses sectateurs un 
véritable prestige ; il n'y a pas 
d'exemple d'un thug qui ait déserté 
sa profession. Ceux qui échappent à 
la vengeance des lois retournent bien- 
tôt, après avoir vu pendre leurs com- 
plices, à leurs occupations favorites. 

» Pendant ce grand repas du tou- 
ponie, la pioche sacrée, instrument 
singulièrement vénéré, est placée 
sur une nappe à côté du sucre bé- 
nit. On ne peut avoir droit au sucre, 
une fois consacré par la prière, que 
si l'on a étranglé un voyageur de sa 
propre main, et si l'on est de condi- 
tion libre. La consécration se fait de 
la manière suivante. Le chef le plus 
estimé s'assied, la face tournée vers 
l'orieut. A droite et à gauche se 
rangent les thugs les plus considérés, 
en nombre pair. Avant la prière, on 
met de côté des morceaux de sucre 
destinés à ceux qui n'ont pas encore 
tué leur homme. Puis le chef pra- 
tique un trou dans la terre, y dépose 
un peu de sucre, joint les mains, 
les élève vers le ciel, y fixe ses re- 
gards, et, dirigeant vers la déesse 
toutes ses pensées, s'écrie : 

M Grande déesse, toi qui procuras 
jadis à Djoura Naïk et Khodouk 
Bounwarie un lacs et soixante rou- 
pies, nous t'adressons notre prière, 
exauce nos vœux! » 

» Tous les thugs se joignent de 
cœur aux intentions de celui qui 
prononce cette prière. Il répand un 
peu d'eau sur la pioche, distribue le 
sucre à ses frères qui étendent leurs 
mains vers lui, et donne le signal 
convenu pour la strangulation. A ce 
signal, tous les thugs, dans un 
profond silence, mangent leur sucre, 
en ayant bien soin de ne pas en lais- 
ser tomber un seul fragment sur la 
terre, ce qui serait un très-mauvais 
signe. Ce serait bien pis s'il se pas- 
sait quelque chose d'indécent ou d'ir- 
respectueux pendant la cérémonie, 
si les thugs se prenaient de querelle, 
on si un chien, un âne, un cheval, 
touchaient au sucre : ils se regar- 
deraieir^ ilors comme frappés d'une 
iomplètft défaveur. Quand un thug 
l'intéresse à un enfant, il a soin de 
ui donner de très-bonne heure un 
peu de sucre. 



» Vous rencontrez des thugs sur 
toutes les routes et sous tous les dé- 
guisements; par bandes de dix à 
douze hommes, quelquefois isolés ; 
habillés en cipayes, en pèlerins, en 
marchands, ou en princes environnés 
de leurs nombreux serviteurs : ces 
derniers sont des thugs. Leurs 
groupes se réunissent de temps à autre, 
et forment des armées de trois à 
quatre cents hommes. Quand le dan- 
ger approche et qu'ils savent qu'on 
les poursuit, ils se séparent et se ré- 
pandent à travers le pays ; ils ont 
des lieux de rendez-vous et des sta- 
tions bien connues. Le thug le plus 
expérimenté, le plus propre, le moins 
adonné à l'ivrognerie et le plus soi- 
gneux, porte l'instrument sacré on 
la pioche à creuser les fosses. On re- 
garde cette pioche comme un pré- 
sent de la divinité. Les thugs ont 
pour elle la vénération du soldat 
pour son drapeau : on jure par elle. 
Dans les campements, on prend soin 
de l'enterrer en dirigeant sa pointe 
du côté vers lequel doit se diriger 
l'armée. Les thugs croient que si la 
déesse veut leur faire prendre une 
autre direction, elle déplacera elle- 
même la pointe de la pioche sacrée. 
Dans le Dekkan, où le thuggisme a 
conservé son ancienne vigueur, ils 
sont même persuadés que, pour ob- 
server tous les rites, on devrait jeter 
la pioche dans un puits, d'où elle 
sortirait d'elle-même au moment où 
il faudrait s'en servir. Ils ne doutent 
pas que Devi ne punisse tous les pro- 
fanes qui toucheraient à la pioche... » 
Le Noib. 

THURIFÉRAIRE est un clerc qui 
porte l'encensoir et qui est chargé 
d'encenser dans le choeur. 

Bergieh. 

TIIURIFIÉS, THURIFIGATI. Voyei 

Lapses. 

TIARE, ornement de tête des prê- 
tres juifs ; c'était une espèce de cou- 
ronne de toile de hyssus ou de fin lin, 
Exod., c. 28, j^ 40; c. 39, ^ 26. Le 
grand prêtre en portait une diffé- 
rente, qui était d'hy;.einthe, environ- 
née d'une triple couronne d'or et 



TIB 



122 



TIB 



garnie sur le devant d'une lame d'or 
stir laquelle était gravé le nom de 
Dieu. 

La tiare est aussi l'ornement de 
tête que porte le souverain pontife 
de l'Eglise chrétienne, pour mai-que 
de sa dignité. C'est un bonnet assez 
élevé, environné de trois couronnes 
d'or, et surmonté d'un globe avec 
nne croix, avec deux pendants qui 
tombent par derrière, comme ceu: 
de la mitre des évèques. Cette tiare 
n'avait d'abord qu'une seule cou- 
ronne, Boniface VIII y en ajouta une 
seconde, et Benoît XII une troisième. 
Le pape la porte sur sa tète lorsqu'il 
donne la bénédiction au peuple. 
Bergier . 

TIBET (le) ou TYBET ou THIBET 

{Thcol. hist. églis. parti, et rel. étr.) 
— Depuis que les PP. Gobet et Hue 
ont pénétré dans les plateaux im- 
menses et dans les montagnes du 
Tibrt, qui sont les plus hautes de la 
terre (1844 à 1850), les missions chré- 
tiennes ont pu commencer de s'en- 
treprendre dans ces vastes contrées, 
nouvelles pour le christianisme. La 
propagande y envoyait des mission- 
naires en 1851 et en 1859, et de nou- 
veaux elTorls continuent d'être faits 
par elle depuis cette date, malgré les 
difficultés que suscite sans cesse le 
gouvernement chinois en sa qualité 
de suzerain. S'il n'y avait, en effet, 
que les lamas eux-mêmes, ils accueil- 
leraient avec empressement nos en- 
voyés, non pas peut-être pour se con- 
vertir, car ils sont fortement convain- 
cus de l'excellence de leur culte, mais 
au moins pour entrer avec eux dans 
d>is explications doctrinales qui ne 
pourraient' nianciuer d'amener à la 
longue d'énormes résultats et proba- 
blement une grande révolution reli- 
gieuse dans le pays. Nous avons dans 
plusieurs articles très -développés 
parlé du bouddhisme ; laissons, cette 
fois, M. Edouard Micbélis nous dé- 
trire, d'après la relation du Père 
fluc, la situation religieuse des lamas 
du Tibet, telle qu'elle existe encore 
dans ce pays dont la population est 
évaluée à cinq ou six millions d'âmes. 
« L'influence du bouddhisme, dit- 
il, a infiltré, dans la nature à la fois 



douce et vigoureuse des habitant; 
primitifs du Tibet, une civilisatior 
qui les place bien au-dessus de tous 
les peuples païens de l'Asie. Toute- 
fois les degrés de culture sont très- 
divers. Tandis qu'autour de Lhasse 
règne une civilisation très-avancée. 
et que, p£u:tout où. un couvent de 
lamas exerce ?on influence, la bar- 
barie disparaît, les mœurs s'affi- 
nent, dans les montagnes éloignée 
de la capitale les tribus sont encor. 
à demi sauvages, et dans les gorgei 
septentrionales de l'Himalaya oB 
trouve des peuplades anthropophages. 

» Ce plateau élevé, si remarquable 
par sa situation et qui s'étend au 
milieu des peuples civilisés les plus 
renommés de l'Asie centrale et occi- 
dentale, a été destiné par la Provi- 
dence à jouer aussi un rôle impor- 
tant au point de vue religieux. 

» La religion de Bouddha, repous- 
sée de presque toute l'Inde orientale, 
trouva dans le Tibet une nouvelle 
patrie, et y fonda une ville sacerdo- 
tale dont l'influence se répandit vers 
le nord jusqu'aux frontières de la 
Sibérie, à l'est sur l'immense empire 
de la Chine et au delà, en Corée, au 
Japon, à Lieu-Kieu, au sud-est au 
delà de l'Inde occidentale et dans 
TArchipel indien. De nos jours en- 
core le bouddhisme compte plus de 
partisans même que le Christianisme. 
Nous supposons qu'on connaît les 
points principaux de la religion de 
Bouddha. Peut-être la situation reli- 
gieuse et politique du Tibet actuel 
est-elle moins connue, parce que ce 
pays a été jusqu'à présent inacces- 
sible aux Européens, et que bien des 
dét:ii!s des manuels de géographie et 
d'ethnograpbieprovienuent de seconde 
et de troisième main et sont peu au- 
thentiques. Il a fallu le courage et la 
hai'diesse entreprenante des mis- 
sionnaires catho liqiies des temps mo- 
dernes pour pénétrer dans ce pays, 
pour nous donner des renseigne- 
ments exacts, et d'autant plus inté- 
ressants qu'ils prouvent combien 
l'œuvre de la propagation chrétienne 
a d'étonnants points d'appui dans ce 
pays si longtemps inexploré 

» Le panthéisme, qui est la base 
de tout le système religieux de lioud- 



T13 



123 



TIB 



dha, n'apparaît pas, dans son appli- 
cation, Jussi désolant, aussi mortel à 
la vie morale qu'on pourrait le pré- 
sumer d'après les théories nées, en 
Occident, de l'apostasie et desaherra- 
tions de la raison chrétienne. 

» Le bouddhisme est fondé sur des 
pressentiments nobles et mystérieux 
et sur de grandes vérités qui exercent 
!enr influence morale et salutadre sur 
Joute la vie de ses adhérents. Des 
jlenchants sérieux ft profondément 
religieux, le mépris des jouissances 
terrestres, la contemplation des choses 
divines, le sens de la vérité, et une 
humanité qui ne se rencontre à ce 
point chez aucun autre peuple non 
chrétien de l'Asie, caractérisent les 
habitants du Tibet. Le dalaï-lama, 
chef suprême des Bouddhistes, réside 
à Lhassa, capitale du pays. Les Boud- 
dhistes le considèrent i certains égards 
comme une incarnation de Bouddha 
même et lui rendent des honneurs 
divins. Sa demeure est située sur une 
colline, à un quart de liene de Lhassa, 
d'où de maguiliques allées d'arbres 
conduisent au siiuctuaire qu'il habite. 
La colline se nomme Bouddha-La 
(mont de Dieu). Au milieu d'immen- 
ses bâtiments s'élève un temple haut 
de quatre étages, avec un toit doré, 
et c'est là que le Bouddha vivant à 
sa résidence. De là il peut voir an 
loin la plaine, où, surtout les jours 
de fête solennelle, des milliers de pè- 
lerins, affluant de toutes les contrées 
de l'Asie centrale et orientale, arri- 
vent et se prosternent pour l'adorer; 
des milliers de lamas de divers degrés 
demeurent dans les couvents des alen- 
tours. 

» Lorsque le dalaï-lama meurt, son 
esprit divin choisit un autre corps 
pour y flxer sa demeure. On prescrit 
alors des prières et des jeûnes dans 
tous les couvents de lamas. Ce sont 
surtout les habitants de Lhassa qui se 
signalent par leur zèle ; chacun fait 
an pèlerin -ige autour de Bouddha-La 
et de la ville des esprits. Le Tschou- 
Kor (t) se trouve dans toutes les 
mains; nuit et jour n' onne dans 
tous les quartiers la sainte parole du 



Mani (1) et l'encens s'élève de tous 
les côtés. 

» Ceux qui croient possédei' le nou- 
veau dalaï-lama dans leur famille eu 
font part aux autorités di" Lhassa, 
afin que celles-ci puissent, conformé- 
ment à des règles arrêtées, ex-irainer 
si les enfants désignés ont les qua- 
lités d'un chaicron, c'est-à-dire d'un 
sujet habité par Dieu. Ce n'est que 
lorsqu'on a trouvé trois chaberon». 
qu'on peut procéder à l'élection du 
dalaï-lama. On apporte les enfants à 
Lhassa, où se réunissent tous le» 
princes lamas du pays. Ils passent 
six jours enfermés dans le temple de 
Bouddha-La, jeûnant et priant. Alors 
on procède à l'élection, en secouant 
dans une urne d'or, trois boules con- 
tenant les noms des trois chabiu'ons, 
et le plus ancien des princis lamas 
en tire une. Le iialai-lama proclamé 
de celte façon est porté en procession 
solennelle à travers les rues de la ville 
au temple principal, et là le peuple 
prosterné l'adore (2). 

» Le n(jmbre des lamas ou des prê- 
tres est coiisidéj'iil)le. Leur occupa- 
tion consiste dans la méditation, la 
prière et l'étude. Ils ne se marient 
pas. 11 est de principe que les lamas 
n'ont ni famille ni [latrie. Us vivent 
ordinairement réunis, souvent de 2 à 
5,000 ensemble. Ils se retirent sur le 
sommet d'une colline ou sur le revers 
d'une montagne, ordinairement dans 
un site favorisé par lanaturi\ Chaque 
lama vit dans sa petite maison, blan- 
chie à la chaux, entourée d'arbres 
et d'un petit jardin, le tout d'une 
propreté extrême. Ou compte, au 
Tibet, plus de 3,000 assucialion- de 
ce genre, plus ou moins nombreu- 
ses. Les couvents de lamas dans les- 
quels on observe la vie commune 
sont beaucoup plus rares. Chaque as- 
sociation est présidée par un grand- 
lama, (pii est plus ou moins inspiré 
ou habité par une divinité. Une troi- 
sième classe de lamas mène une vie 
absolument isolée et séparée du com- 
merce des hommes. Ceux-là sont par- 
venus à un plus haut degré de con- 
templation et d'absorption eu Dieu 



(1) Cf. Annales de la Propagation di: la Fui, 
»»«, «ah. 2, p. !)5. 



(I) Vnir tl'iB loin. 
fSl Voir Diiii loin. 



Pkc 



TIR 



124 



TIB 



Us se retirent d'ordinaire dans le 
creux des rochers, dans des ravins 
inaccessibles, où on leur descend 
leur nourriture tous les trois, six ou 
sept jours. 

r> L'enseignement qui se donne 
dans les couvents comprend quatre 
classes ou degrés. Au premier degré 
on explique les prières et on s'y 
exerce ; au second on s'occupe de mé- 
decine et de sciences naturelles; au 
troisième on étudie les mystères de 
la religion; au quatrième enfin on 
s'applique aux nombreuses pratiques 
du culte. Il existe trois instituts cé- 
lèbres destinés aux pays où en dehors 
du Tibet, règne le bouddhisme, no- 
tamment la Mongolie et la Tartarie. 
On peut les considérer comme des 
espèces d'universités. L'un est le cou- 
vent de Caldau, à 10 milles sud de 
Lhassa, habité par 3,000 lamas, où 
les Mongols et les Tibétains s'occu- 
pent de hautes études ; le second est 
à Brébumg, à deux lieues de Bouddha- 
La, où le nombre des étudiants s'é- 
lève il près de 8,000; le troisième est 
à Sera, tout près de Bouddha-La, des- 
tiné aux étudiants des diverses pro- 
vinces de la Mongolie, de Sifan et de 
la Chine. Tous les grands-lamas de 
la Mongolieet de la Tartarie viennent 
du Tibet. 

» Il eût été étrange et déplorable 
que ces institutions si sérieuses, cette 
vie conventuelle, que les idées nobles 
et sévères qui constituent la base de 
tous ces établissements, qu'une ten- 
dance intellectuelle si élevée n'eus- 
sent été que des formes trompeuses 
de la corruption et des erreurs païen- 
nes, et qu'on n'eut trouvé nulle part 
le sentiment impartial de la vérité, le 
goût réel des choses de l'esprit, par 
conséquent un point d'appui favora- 
ble au Christianisme. Mais les mis- 
sionnaires rencontrèrent en réalité 
Ëarmi les lamas du Tibet et de la 
Mongolie tant de nobles sentiments, 
tant d'aptitude pour la vérité, qu'on 
peut espérer que la Providence y a 
préparé un vaste et fertile champ où 
l'Eglise moissonnera un jour une ré- 
colte abondante... 

» Lorsqu'on 1848 les Pères Gabet et 
Hue, dans leur pénible voyage du nord 
de la Chine vers Lhassa, parvinrent à 



Kumbun, en Mongolie, où se trouvait 
un célèbre couvent de lamas, dans 
l'enfoncement d'une double chaîne de 
montagnes, ils résolurent d'y de- 
mander l'hospitalité, pour s'y reposer 
de leurs fatigues et y étudier la lan- 
gue et les usages du Tibet. 

» Ils reçurent non-seulement le plu! 
bienveillant accueil, eux, leurs domes- 
tiques et leurs bêtes de somme, mais 
un des lamas leur céda sa propre de- 
meure; ils eurent beaucoup de peine 
à l'empêcher pendant tout leur séjour 
de les servir comme un simple do- 
mestique. Dans le couvent même, qui 
était habité par plusieurs milliers de 
lamas, ils trouvèrent de la propreté, 
de la décence et de la politesse, unies 
à une sévère discipline. On enseigna 
avec le plus grand empressement la 
langue tibétaine aux deux étrangers, 
et on s'entretint avec eux des mystè- 
res de la foi chrétienne. Ce fut là que 
les missionnaires rédigèrent le pre- 
mier catéchisme tibétain; il y avait 
une imprimerie dans le couvent. Ils 
ne le quittèrent qu'au bout de six 
mois de séjour. 

» Les missionnaires ne trouvèrent 
que rarement une intelligence appro- 
fondie des mystères de leur religion 
chez les lamas; partout régnait l'in- 
certitude. Les simples lamas ren- 
voyaient ceux qui les interrogeaient 
au grand-lama. Les habitants de tel 
couvent disaient que tel autre monas- 
tère plus ou moins éloigné était le 
foyer de la sagesse la plus profonde 
et de la contemplation la plus haute. 
Ce qui dominait en eux, comme dans 
tout le peuple tibétain, c'était un 
profond, mais obscur sentiment reli- 
gieux, uni à des habitudes pleines de 
douceur et d'humanité et à une grande 
mélancolie. La célèbre prière : Om, 
Mani Padmc, Hum (oh! trésor du 
Lotus, oh! oui!), est constamment 
répétée par les lamas et par le peu- 
ple. Ils se servent d'un cordon qui 
enfile 120 boules, comme un chapelet, 
que chacun porte toujours sur soi ; ou 
nomme cette prière Tschou-Kor. Ils 
répètent cette prière en se promenant, 
au milieu de leurs occupations et du 
bruit des marchés. 

» On lit ces paroles pieuses inscri- 
tes sur le seuil des maisons, décou- 



TIB 



125 



TIE 



pées dans l'écoice des arbres, gravées 
sur \es rochers du désert. On tend 
par-dessus les vallées, par-dessus les 
fleuves, d'une rive à l'autre, des cor- 
des couvertes d'innombrables bande- 
lettes de papier portant les mots : 
Om, Mani Padme, Hum. Une clause 
spéciale de lamas a pour mission de 
parcourir le pays et de graver partout, 
à l'aide d'un marteau et d'un ciseau, 
les mots mystérieux. La plupart des 
Tibétains toutefois ne comprennent 
pas le sens de cette prière. 

» Un des personnages les plus con- 
sidérés du Tibet, qui était régent du 
royaume, un homme grave, réfléchi 
et bienveillant, donna l'explication 
suivante de la fameuse formule : <i Les 
êtres vivants {sem-scham en tibétain) 
sont divisés en six classes : les esprits 
d'en haut, les esprits d'en bas, les 
hommes, les quadrupèdes, lesoiseaux, 
les reptiles. Ces six classes sont indi- 
quées par les six syllabes : Om, Mani 
Padme, Hum. En vertu d'une trans- 
migration permanente, les êtres vi- 
vants passent d'une classe dans une 
autre, suivant qu'ils ont été bons ou 
mauvais durant leur vie, jusqu'à ce 
qu'ils soient parvenus au plus haut 
degré de la perfection. Alors ils s'é- 
vanouissent et sont absorbés dans l'es- 
sence infinie du Samtsche (nom tibé- 
tain de Bouddha), c'est-à-dire dans 
l'âme éternelle et universelle d'où 
sont sorties toutes les âmes, et dans 
laquelle toutes rentrent et s'unissent 
après leur transmigration à travers 
les six classes. Chaque classe a ses 
moyens particuliers de sanctifier les 
âmes qui en font partie, pour les éle- 
ver d'une classe à l'autre en les per- 
fectionnant et les faire rentrer défiiii- 
tivement tout entières dans la divinité. 
Les hommes qui répètent souvent 
avec dévotion la prière Om, Mani 
Padme, Hum, échappent par là au 
danger de retomber dans l'une des 
six classes désignées par ces mots, et 
peuvent, immédiatement après leur 
mort, prendre leur essor vers la divi- 
nité. » — On voit que c'est le pan- 
théisme dans toute sa rigueur. » 
Le Nom. 

TIBULLE(Aulus-Albius) {Théol. hist. 
hiog. et libliog.) — Ce poôte latin 



contemporain de lajeunesse du Christ, 
étant né 43 ans avant sa naissance el 
étant mort 17 ans après, avait vn styl« 
très-pur «t très-élégant; nous le sa- 
vons par les trois livres qui nous res- 



tent de ses Eligies. 



Le Noir. 



TIERCE. Voy. Heures canoniales, 

TIERCELIN, TIERCELINE. Voyet 
Franciscain, Franciscaine. 

TIERCIAIRE, homme ou femme 
qui est d'un tiers-orire de religieux. 
Comme la plupart des ordres mo- 
nastiques ont subi des réformes les 
réformés et les anciens ont été censés 
deux ordres différents. Ils ont nommé 
tiers-ordre ceux qui formèrent dans 
la suite pour quelque nouvelle raison, 
une troisième congrégation. Mais l'on 
a donné le même nom à une associa- 
tion de pieux laïques ou de gens 
mariés, qui contractent avec un ordre 
religieux une espèce d'afliliation, afin 
de participer aux prières et aur 
bonnes œuvres qui se fout dans cet 
ordre, et d'en imiter les pratiques de 
dévotion, autant que leurs occupa- 
tions et les devoirs de leur état peu- 
vent le leur permettre. Ils ne font 
point de vœux; leurs directeurs leur 
prescrivent seulement un règlement 
de vie propre à les soutenir dans la 
piété et la pureté des mœurs. 

La plupart des ordres religieux ont 
eu des tiers-ordres. Comme tous ont 
commencé par la ferveur et i>ar uufr 
vie exemplaire, un grand nombre de 
laïques, édiliés de leurs vertus, ont 
désiré de les imiter et de s'associer à 
eux en quelque manière. Ceux qui 
ont fait le plus de bruit dans le monde 
sont les frères et sœurs du tiers-ordre 
de Saint-François. Lorsqu'une partie 
des religieux de cet ordre eurent fait 
un schisme avec leurs frères, dans 
le 13« et le 14° siècles, sous prétexte 
d'observer pins étroitement la règle 
de leur fondateur, ils se révoltèrent 
contre toute espèce d'autorité, refu- 
sèrent d'obéir même au saint Siège, 
tombèrent dans des désordres et. dans 
des erreurs : on les nomma ^ratri- 
celles. Les tierciaires laïques qui s'é- 
taient mis sous leur conduite, se 



TIG 



126 



TIG 



lièrent d'intérêt avec eux et donnèrent 
dans les mêmes excès; ils furent 
nommés beggards et béguins ; l'on 
fut obligé de sévir contre les uns et 
les autres, et de les exterminer. V. 
Beggards, Fbathigelles, etc. 

Bergier. 

TIGE (la) CHEZ LES VÉGÉTAUX 

(T/iéoL mixt. scien. bot.) — La for- 
mation de la tige, surtout chez les 
monocotylédonés, renferme encore, 
pour les botanistes , beaucoup de 
mystères. Ecoutons Milne Edwards 
en exposer les principes les plus fa- 
ciles à comprendre. 

« On donne le nom de tige à la 
portion des végétaux qui est inter- 
médiaire entre les racines et les 
feuilles. 

» La tige croit toujours en sens 
inverse de la racine, et cherche l'air 
et la lumière ; en général elle s'élève 
verticalement au-dessus du soi et elle 
sert de support aux feuUles, aux 
fleurs et aux fruits. 

» En général cette portion du vé- 
gétal est bien apparente et facile à 
reconnaître; tantôt elle est simple, 
d'autres fois rameuse, et lorsqu'elle 
e."*! simple inférieurement et rameuse 
dans sa partie supérieure, on donne 
à la première portion le nom de 
tronc et à la seconde le nom de bran- 
ches. 

» Toutes les plantes vasculaihes 
sont pourvues d'une tige; mais quel- 
quefois celle-ci est si courte et telle- 
ment enveloppée par les feuilles, ou 
bien si complètement enfouie dans 
la terre, qu'elle parait ne pas exister; 
on désigne les végétaux ainsi confor- 
uiès sous le nom de plantes acavks, 
mais cette absence de tige n'est qu'ap- 
parente. 

» Ainsi dans les oignons de tulipe, 
etc., il existe au milieu des feuilles 
en forme d'écaillés dont la plus 
grande partie de ces corps sont com- 
posés, un tissu qui sépare cet ap- 
pendice des racines, et qui constitue 
une véritable tige; seulement, au lieu 
d'être allongée et cylindrique, comme 
d'oi<dinaire, elle est en général glo- 
buleuse et aplatie en dessus, dispo- 
i-ilion qui lui a valu le nom de pla- 
ieuu. 



» Les tiges souterraines, ou rhi- 
zomes, ont l'aspect d'une racine, mais 
s'en distiugueni. par leur structure e' 
par plusieurs autres caractères ; ain; 
leur tissu devient vert par l'action di 
la lumière, ce qui n'arrive jamai. 
pour les véritables racines, et, par 
l'influence de l'humidité, il en naît 
souvent des rameaux chargés de 
feuilles et non de radicules (1). Quel- 
quefois ces tiges souterraines portent 
çà et là des tubercules irréguliers. 

» La tige de la plupart des plantes 
s'élève verticalement en l'air, mais 
quelquefois elle manque de force 
pour se soutenir, et reste penchée à 
la surface du sol, à laquelle elle s'at- 
tache souvent par des racines (2), ou 
bien elle s'appuie sur quelque autre 
plante plus robuste ; c'est le cas des 
plantes grimpantes, etc. On remarque 
que celles-ci s'euroulout souvent en 
spirale autour de leur soutien ; on les 
appelle alors volubles, et il est à noter 
que la direction suivant laquelle le» 
différents individus d'une même es- 
pèce s'enroulent ainsi ne varie ja- 
mais ; chez les uns, tels que le hari- 
cot et le liseron, c'iist toujours de 
droite à gauche ; chez d'autres, tels 
que le chèvrefeuille et le houblon, 
c'est constamment de gauche à 
droite (3). 

» Dans le jeune âge, les tiges sont 
toujours d'une consistance molle, et 
semblables à de l'herbe ; souvent elles 
restent toujours dans cet état et ne 
vivent qu'une année : on les appelle 
alors des tiges herbacées. D'autres fois 
elles acquièrent plus ou moins de 
dureté, leur intérieur est transformé 
en bois, elles vivent hors de terre 
pendant plusieurs années, et, dans 
ce cas, on les désigne sous le n:m 
de tiges ligneuses. 

» Lorsque la tige, quoique persis- 
tante, reste toujours aqueuse et plus 
ou moins molle, elle prend le nom 



(I ) Il fuit bim diitingiier l> radieuh da .1* ru 
direlle : la radicelle est la petite racioe qui cnas- 
titiie le clieTolii ; la raJtciile est une poiute qui 
»ort (la ta graine et qui devieetlrM ta raaiaa. Cane 
poÎDta regarde toujours le mycropyle. 

T.s NoiK. 

(i) Ou les Domme alors tiges rampantes. 

(3\ Pourquoi cette diiTèreDce ? Il faut une liberté 
pour aroir cboisi Tune ou l'autre règle. 

La Noia. 



TIG 



127 



TIG 



de tige charnue ; les cierges et les au- 
tres piaules grasses iiuus en offrent 
des eseinpies. 

» En |;énéral 00 désigne sous le 
nom d'arbustes ou d'arbrisseaux les 
plantes à Hyrs ligneuses qui se i-ami- 
tient dès leur hase, et qui ne dépas- 
snnt guère la hauteur de l'homme, 
lomme le rosier etle lilas;etou appelle 
irbres celles dont la tige, également 
ligneuse, ne se raïuitie que vers la 
partie supérieure, et s'élève à une 
hauteur assex, considérable. Les bran- 
ches ne sont que des divisions du 
tronc, qui en divergent plus ou moins, 
et qui se subdivisent à leur tour; 
c'est de leur disposition que dépend 
la forme générale de la plante ; tantôt 
elles sont dressées, ce qui donne à 
l'arbre une forme pj'ramidale; tantôt 
étalées, d'autres fois pendantes. 

)) Certaines tiges présentent d'es- 
pace en espace des nœuds ou des 
renllements produits par un endur- 
cissement et un gonflement de leur 
tissu ; lorsqu'elles demeurent,, en 
même temps, creuses à l'intérieur, on 
les désigne sous le nom de chaume. 
Les tiijes du blé et de l'avoine pré- 
sentent cette disposition. 

» Enfin, on donne le nom de stipe 
à des tiges qui ressemblent à une 
colonne cylin Irique, aussi grosse en 
haiiL qu'en bas, et couroimée d'un 
bouquet de feuilles et de fleurs, telles 
que le sont les tiges de palmiers. 

» La tige de tous les végétaux vas- 
culaires se compose de fibres dispo- 
sées en faisceaux ou en couches, et 
entourées diversement de tissu cellu- 
laire; mais on remarque des diffé- 
rences très-grandes dans leur struc- 
ture, et ces variations, qui coïncident 
avec des différences non moins 
importantes dans leur mode de crois- 
sance, ont fait subdiviser les plantes 
vasculaires en deux groupes : les 
EXOGÈNES et les endogènes (1). 



(1) Ou n'use piu^ gnèr&aujonrd'hui dfl ces déuo- 
Jiiuations qu'avait doDuéus M. de Caudole ; (m 
trouve les exfjpwwsions peu exactes comme aiitillu'^ 
ùquos ; les enG^^éries sont Its dicotylédones, et les 
endogènes les monfirotyJi'doné< Le uiaaqun d'esat-- 
Utude provient il obdervtiiioos nouvelles faites sur- 
tout par M. Moh! sur la tige de ces derniers ; la 
nature comprise cette tige d'une manière plus com- 
pliquée et plus Bavante iju'oi ne le croyait lors- 
Itte ces expressions étaient usitées. Le Nota. 



» La cl;;ssc des exogènes comprend 
cous les arbres et arbustes de nos 
forêts, et se compose de plantes vas- 
culaires dont la tige présente à son 
centre un canal médullaire, et croît 
par couches superposées. 

» Les plantes endogènes sont 
celles dont la tige ne présente ni ca- 
nal central ni couches concentriques, 
et ne s'accroît point par sa surface. 
Les palmiers appartiennent à cette 
division. 

" Structure de la tige des plantes exo- 
gènes. — On distingue dans ces tiges 
deux parties principales : Vécorce et 
[a. portiMi centrale ou. ligneuse, qu'on 
pourrait appeler le corps de la tige. 
Cliacune de ces portions se compose 
à ron tour de plusieurs parties dif- 
férentes : la portion centrale de la 
lige est formée par la moelle centrale, 
par les couches ligneuses et par les 
rayons médullaires; l'écorce, ou por- 
tion corticale, se compose de l'épi- 
derme, d'une enveloppe cellulaire et 
d'une partie fibreuse nommée liber 
ou couches corticales. 

» Si on coupe en travers iine tige 
de sureau ou de tout autre arbre 
exogène, on observe dans le centre 
un canal qui est ordinaii'ement an- 
guleux ou à peu près cylindrique, et 
qui, dans les jeunes branches, sinan 
dans toute la plante, est rempli d'un 
tissu ceUulaire arrondi; «ette cavité 
est ce que l'on nomme le canal me • 
duUaire des végétaux, et le tissu cel- 
lulaire qui s'y trouve est appelé la 
moelle de la plante. 

» Cette moelle centrale est d'une 
consistance molle et d'une structure 
très-homogène; lorsqu'elle est en- 
core jeune elle est toujours humide 
et d'une teinte légèrement verdàtre; 
mais par les progrès de l'âge, les cel- 
lules dont elle se compose se vident, 
se dessèchent et deviennent d'une 
blancheur remarquable ; quelquefois 
elle se déchire par l'effet de l'aillon- 
gement de la tige et se sépare en 
lames ou en rondelles, comme il est 
facile de l'observer dans les branches 
de jasmin parvenues à la fin de leur 
première année. 

» Dans les plantes herbacées et 
dans les plantes ligneuses dont la 
croissance esttrès-rapide (telle que le 



TIG 



128 



TIG 



sureau), l'espace occupé par la moelle 
est très-considérable ; mais dans les 
arbres dont le bois est très-dur 
(comme le chêne) le canal médullaire 
est en général très-petit. 

» Les parois du canal contenant la 
moelle centrale (appelée étui médul- 
laire) sont formées par des libres 
longitudinales, rangées ordinaire- 
ment en cercle, et par une couche 
composée de trachées, de fausses tra- 
chées, et de vaisseaux poreux. C'est 
la seule partie de la tige où l'on ait 
observé de véritables trachées. 

» Entre le canal médullaire et l'é- 
corce, on aperçoit le corps ligneux, 
qui se compose de couches concen- 
triques dont le nombre est plus ou 
moins considérable, suivant l'âge du 
végétal; chacune de ces couches se 
compose de libres longitudinales 
unies à la couche sous-jacente par 
du tissu cellulaire. Ces libres sont 
formées à peu près de la même ma- 
nière que celles de l'étui médullaire, 
si ce n'est qu'on n'y trouve pas de 
trachées ; elles ne sont composées 
que de clostres ou cellules allongées, 
et de vaisseaux ponctués ou rayés. 

» Le corps ligneux constitue ce 
que l'on nomme généralement le 
bois ; sa portion centrale est plus dure 
que sa partie externe et ordinaire- 
mentcolorée d'une matière différente; 
c'est elle que l'on nomme vulgaire- 
ment le cœur du bois, et que les bo- 
tanistes désignent souvent par le 
nom de bois parfait, tandis qu'ils 
appellent auhierles couches ligneuses 
externes dont la solidité est moins 
grande et la couleur plus blanche. Du 
reste, la structure de ces parties est 
la même : seulement les fibres li- 
gneuses du bois parfait sont remplies 
de matières solides déposées dans leur 
intérieur, tandis que dans l'aubier la 
proportion des liquides est plus consi- 
dérable. Dans les arbres qui croissent 
lentement, la ligne de démarcation 
est bien tranchée entre le cœur du 
bois et l'aubier, et dans les bois co- 
lorés, tels que l'ébène, l'acajou, etc., 
c'est 1 cœur seulement qui offre la 
teinte qui leur est particulière. Dans 
les arbres dont la croissance est très- 
rapide, tels que le peuplier, le saule, 
etc., il y a au contraire peu de dif- 



férence entre ces diverses couches 
ligneuses. Ainsi que nous le verrou; 
plus tard, l'aubier se transforme peu 
à peu en bois parfait, et c'est par la 
formation de nouvelles ",ouclies li- 
gneuses entre celles déjà constituées 
etl'écorce, que la tige augmente de 
grosseur. 

» Les rayons médullaires sont des 
lignes divergentes qui vont du centre 
de la tige vers la circonférence, et qui 
sont composées de lames verticales, 
de tissu cellulaire comprimé, et 
ayant beaucoup d'analogie avec la 
moelle, dont elles semblent naître. 
Ces rayons proviennent en partie des 
couches ligneuses extérieures, et elles 
vont abouîir à l'écorce de manière à 
établir une communication entre les 
parties superficielles et centrales de 
la tige. 

» L'ëcorce se compose d'abord d'une 
couche de tissu cellulaire, qui consti- 
tue l'épiderme, et d'une couche plus 
profonde formée de clostres groupés 
de manière à constituer des libres, 
mais sans être réunies avec des tra- 
chées; par les progrès de l'âge, de 
nouvelles zones alternatives de tissu 
cellulaire et de fibres se forment au- 
dessous des précédentes, et il en ré- 
sulte une suite de couches superpo- 
sées, qui ressemblent assez à celles 
du bois, mais en diffèrent essentiel- 
lement par leur mode de croissance ; 
nous avons vu que celles-ci se forment 
successivement les unes au-dessus 
des autres ; dans l'écorce, au con- 
traire, la croissance se fait du de- 
hors en dedans. 

» On donne le nom de liber aux 
couches intérieures de l'écorce, parce 
qu'elles se détachent facilement par 
lames menues, et que les anciens 
s'en servaient pour écrire comme 
nous le faisons du papier. 

» La couoiie extérieure de tissu 
cellulaire constitue l'épiderme et ce 
que les botanistes appellenircnue/oppe 
herbacée de l'écorce. Par les progrès 
de la croissance des parties sous-ja- 
centes, elle ne tarde pas à être for- 
tement comprimée, et à une certaine 
époque on la voit se gercer, se dé- 
cliirer par lames flexibles, ou se déta- 
cher par plaques; les couches corti- 
cales voisines éprouvent les mêmes 



TIG 



129 



TIG 



altérations, et lorsque la portion de 
l'écorce ainsi modifiée a été enlevée, 
la lame de tissu cellulaire mise à nii 
devient momentanément une sorte 
d'épiderme, jusqu'à ce qu'elle se dé- 
tache à son tour. Il en résulte que 
l'épaisseur de l'écorce est toujours 
peu considérable et que sa surface se 
renouvelle continuellement. Chez 
quelques plantes, la couche herbacée 
prend un très-grand développement, 
et la portion de l'écorce qui se sépare 
ainsi offre assez de consistance et 
d'épaisseur pour nous être très-utile 
dans les arts. Le liège, par exemple, 
n'est autre chose que la partie su- 
perficielle de l'écorce d'une espèce 
particulière de chêne, qui se détache 
du liber tous les huit ou neuf ans, 
et qu'on peut enlever plus fréquem- 
ment sans qu'il en résulte aucun do;i- 
ger pour l'arbre. «. 

» L'écorce contient souvent dans 
son intérieur des cavités, des réser- 
voirs de sucs propres, et en particu- 
lier ceux appelés vaisseaux du latex. 

» Structure de la tige des plantes 
endogènes. — La tige de ces plantes, 
celle du palmier par exemple, est 
formée d'une masse considérable de 
tissu cellulaire, analogue à la moelle, 
à travers laquelle s'élèvent des fais- 
ceaux de libres disposées de manières 
diverses, mais ne formant jamais 
des couches concentriques comme 
chez les plantes exogènes. Chacune de 
ces libres se compose de cellules al- 
longées, de gros vaisseaux ponctués, 
de trachées, de vaisseaux propres, et 
de cellules polyédriques ; elles sont 
plus rapprochées entre elles vers le 
centre de la tige que vers la circon- 
férence, et leur extrémité supérieure 
se courbe brusquement en dehors 
pour se continuer dans les feuilles. 
Il est aussi à noter qu'en général il 
n'existe pas d'écorce distincte, et que 
la pellicule externe ne s'accroitjamais 
par couches comme chez les plantes 
exogènes. » 

A ces notions nous ajouterons quel- 
ques remarques. 

I. En ce qui est des monocotyle- 
donés (endogènes,) du palmier par 
< -M^mple, M. Mohl a observé que les 
taisccaux ligneux, loin de conserver 
une LTième direction dans toute la 
X!I. 



longueur de la tige, se dirigent, de 
haut en bas, obliquement vers le 
centre, puis s'infléchissent, en se 
prolongeant, vers la périphérie, et 
qu'après qu'ils ont atteint l'écorce, ils 
descendent en ligne droite, en sorte 
que les iidsceaux les plus récents re- 
deviennent les plus extérieurs comme 
dans les dicotylédones. 

II. Il y a deux systèmes sur l'ori- 
gine des fibres et des vaisseaux du 
corps ligneux dans les dicotylédones : 
celui de L^'iire repris par Uupetit- 
Thouars, et enfin développé et sou- 
tenu plus savamment par Ch. Gau- 
dichand ; et le système le plus com- 
munément enseigné. Ad. de Jussieu 
juge que ces deux systèmes différent 
peu par le fait et trouve à peu près 
moyen de les identifier. Ce n'est pas 
le lieu de les exposer ici; nous fai- 
sons seulement cette remarque pour 
montrer combien la science a encore 
de progrès à faire avant de bien com- 
prendre comment se forme la tige du 
premier arbre venu, soit un chêne. 

III. Voici les principes sur lesquels 
on est il peu près tombé d'accord au- 
jourd'hui par rapport à l'apprécia- 
tion do l'âge d'un arbre par l'iuspeo 
tion des couches de sa tige : 

i ' Un arbre a autant d'années d'exis- 
tence que l'on observe de couches 
concentriques sur la tranche de sa 
tige; mais il faut compter ces couches 
à la base, car le nombre des couches 
va toujours en diminuant à mesure 
qu'on monte vers la tète, et celui que 
porte une branche ne dit que l'âge 
de la branche sur l'arbre lui-même. 
Quant at-c tronc, il s'allonge chaque 
année d'une quantité correspondante 
à la couche qu'il gagne de plus à sa 
base, et ce n'est qu'à sa base qu'il 
garde la trace complète de toutes ses 
années. 

2° Certaines causes peuvent déran- 
ger le développement des couches et 
y jeter la perturbation : le voisinage 
d'autres arbres est une de ces causes : 
pour que la régularité soit parfaite il 
faut que l'arbre soit isolé da tous 
côtés, et encore les couches sont-elles 
toujours plus minces du côté du nord; 
un hiver trop rigoureux est une autre 
cause de perturbation, le? cov.chos de 
celte année sont pUis niiiicus et nian- 



TIL 



130 



TIM 




quent en certains endroits, en sorte 
qu'on retrouve sur le tronc la trace 
de ces hivers ; toute blessure un peu 
grave laisse sa trace non- seulement 
dans la couclie même de l'année, mais 
dans les couches suivantes qui se 
sont formées par-dessus ; on voit au 
muséum de Paris un tronçon de hêtre 
qui fut coupé en 1805 et qui porte 
sur S5 de ses couches la trace d'une 
inscription au couteau datée de 1750 
et faite cette année-là sur son écorce; 
l'inscription se réim[irima chaque 
année. Uuhamel a fait beaucoup d'ex- 
périences de ce p-'ore avec des iils 
d'argent ou des bandes de métal qu'il 
retrouvait, après, sous autant de cou- 
ches qu'il s'était écoulé d'années. 

3" Plus l'arbre est vieux, plus la 
formation des couches est régulière, 
mais aussi plub chaque couche est 
mince. Au reste, la variété, sous ce 
rapport, dépond beaucoup de l'espèce 
de l'arbre et de sa plus ou moins 
belle venue. 

Ces faits étaient connus d'une 
manière pratique au temps de Mon- 
taigne, car il écrivait en lois! : «Tous 
les arbres portent autant de cercles 
qu'ils ont duré d'années; et la partie 
qui regarde le septentrion est plus 
étroite et a les cercles plus serrés et 
plus denses que l'autre. Par ce, il 
(l'ouvrier qui lui enseignait cela) se 
vante, quelque morceau qu'on lui 
porte, de juger combien d'ans avait 
l'arbre et dans quelle situation il 
poussait. » Or, ces mêmes faits ont 
été scientifiquement confirmés dans 
les temps modernes. 

Le Noir. 

TILLEMONT (Louis- Sébastien le 
Nain de) {Thcol. hist. biog.et bibliog.) 
— Cet historien, élève et ami des 
savants de Port-Hoyal, naquit à Paris 
en 1637 et mourut en 1698. Il entra 
en 1660 au séminaire de Beauvais, et 
fut ordonné prêtre, à l'âge de trente- 
deux ans en 1676. Ses liaisons avec 
les solitaires de Port-Royal, parmi 
lesquels même il figura, le firent 
passer dans l'esprit de bien des gens 
pour janséniste; mais il ne prit ja- 
mais parti dans la querelle, et n'é- 
mit dans ses ouvrages aucune pro- 
position janséniste. Ce fut sur ses 



documents que M. de Sacy écrivit la 
vie de saint Louis. Les ouvrages qui 
l'ont rendu si célèbre sont \ Histoire 
des Empereurs et l'Histoire de V Eglise. 
Le premier a pour titre : Histoire des 
Empereurs et autres princes qui ont 
régné dam <es six jyremierx siècles de 
l'Eglise, de<i iierséc 'lions qui ont été 
faites contre les Chrétiens, de leurs 
guerres contre les Juifs, des écrivains 
profanes et des personnes illustres de 
leur temps, justifiée par les citations des 
auteurs originaux. Le second est inti- 
tulé : Mémoires pour servir à l'histoire 
ecclésiastique des six premiers siècles, 
justifiés par les citations ''-s auteurs 
originaux, avec une chronmvgie et des 
'notes. Il ne parut de son vivant que 
les 4 premiers volumes, mais il laissa 
des manuscrits pour 1 2 autres volumes 
in- 4° qui parurent après sa mort. 

« Tillemont, dit M. Héfélé, composa 
encore quelques autres opuscules qui, 
pour la plupart, n'ont pas été impri- 
més. 11 prêta en outre son concours 
à une foule de publitalions. Sa vie 
était strictement ascétique, consacrée 
uniquement à l'étude et à la piété. 
11 ne voulut jamais accepter aucune 
dignité ecclésiastique. Il était bien- 
faisant envers les jjauvres, humble et 
miséricordieux à l'égard de chacun, 
quelquefois trop rigoureux envers 
lui-même. » 

Le Noir. 

TIMOTHÉE, c'isciple et compagnon 
des voyages de saint Paul, pourje- 
quel cet apôtre avait une affection 
singulière. 11 le sacra évêque, et le 
chargea de gouverner l'Eglise d'E- 
phèse, avant que saint Jean l'Evan- 
géliste eût fixé sa demeure dans cette 
ville. Les deux lettres de saint Paul 
à Timothée sont un monument pré- 
cieux de l'esprit apostolique ; elles 
renferment en peu de mots les de- 
voirs qu'un pasteur doit remplir, les 
vertus qu'il doit avoir, les défauts 
qu'il doit éviter, les instructions qu'il 
doit donner aux fidèles dans les divers 
états de la vie; il parait qn'elles fu- 
rent écrites dans les années è't etCo, 
peu de temps avant le martyre de 
saint Paul, que l'on rapporte com- 
munément à l'an 66. Les Pères de 
l'Eglise recommandent à tous les mi- 



TIT 



131 



TOB 



nistres des autels la lecture assidue 
de ces deux lettres, aussi bien que de 
la lettre à ïite, dont nous allons par- 
ler, et ils en ont eux-mêmes donné 
l'exemple. 

Uaus ['Apocalypse, c. 2, ^ I, saint 
Jean reçoit l'ordre d'écrire à l'évèque 
d'E|)liàse, de louer ses travaux, sa 
patience, sonzèle contreles méchants, 
sa vigilance à démasquer les faux 
apùires, son courage à souffrir pour 
le nom de Jésus-Christ, mais de l'a- 
vertir qu'il s'est relâché de son an- 
cienne charité. Si cette leçon regar- 
dait Timolhcc, ce qui est incertain, 
il en profita certainement, puisqu'il 
y a des preuves qu'il souffrit le mar- 
tyre. TMemont, t. 2, pag. 142; Vie 
des Pères et des Martyrs, tom.. 1, 
p. 4oi. 

Bergier. 

TIMOTHIENS. L'on nomma ainsi, 
dans le v'' siècle, les partisans de Tinio- 
thée .'Elure, patriarche d'Alexandrie, 
qui, dans un écrit adressé à l'empe- 
reur Léon, avait soutenu l'erreur des 
eutychiens ou monophysites. Voyez 

EUTYCHI.iMSME. 

Bergieb. 

TISSU CELLULAIRE CHEZ LES 

VÉGETAU.X (Théol. mixt.scim. bot.) — 

V. VliGÉTAL'X. 

TITE, disciple de saint Paul, le 
suivit dans une partie de ses courses 
apostoliques. Comme l'apôtre n'avait 
fait que passer dans l'île de Crète et 
jeter les premières semences de la 
foi, il y laissa Tite qu'il ordonna 
, évèque de cette Eglise naissante, afin 
'' qu'il achevât de la former, et lui re- 
commanda d'établir des pasteurs dans 
les villes, en lui désignant les quali- 
tés que devaient avoir ceux qu'il 
;' choisirait pour cet important minis- 
tère. Telles sont les instructions qu'il 
lui donna dans la lettre qu'il lui 
écrivit l'an 64. Elle est parfaitement 
semblable aux deux qu'il adressa à 
Timothée, l'utilité en est la môme. 
En les comparant, l'on est convaincu 
de l'erreur des protestants, qui afïec- 
tent de supposer que du temps des 
apôtres les évoques ne s'attribuaient 
aucune autorité sur leur troupeau, 



que tout se réglait dans les as3€3»»p 
blées des fidèles à la pluralité d« 
voi-;, que ce gouvernement était pu- 
rement démocratique. Vuyez EvÉQta^ 
IliiiflAncmE, pAsiEuii, etc. 

jp, Bergibb. 

TITE-LIVE (Titus Livius) {ThéA. 
Jdst. biog. et biblioy.) — Cet illust» 
historien romain, né à Padoue ■A 
mort dans cette ville l'an 17 ife 
J.-C, àl'ùge de 00 ajis,le mèmejoar 
qu Ovide, lisait à l'empereur Auguste 
son Histoire de Rome à mesure qaH. 
la composait. 

Le Nom. 

TITIEN (Titiano ou Vecelli, dit 1«| 
(Tkéot. hist. bioij. et ncuvr. d'art.) — 
Cet illustre peintre italien né dans 
le Ftioul, état de Venise, en 1480, et 
mort en 1570 à l'âge de 09 ans, fut 
l'objet des faveurs de tous les grands 
personnages de son temps. Le Titiem, 
peignait Thistoire , le portrait , te 
paysage, surtout les sujets religieux. 
C'est un coloriste dont le pinceau 
est bien mâle, bien énergique, bien 
fort, et qui, tout privé qu'il soit du 
talent de la perspective, est peut-être 
celui qui approche le plus près, ea 
Italie, de la grandeur des Raphaël «t 
des Michel-Ange. 

Le Noih- 

TNETOPSYCHIQUES , hèrétiquM 
qui soutenaient la mortalité de l'âme; 
c'est ce que signifie leur nom. Voyeî 

ARAliMJUES. 

3 

TOUIE, saint h<jmmi?, juif de la 
tribu de Ncplit.ili, emmené en cap- 
tivité avec les autres sujets du royau- 
me d'Israël, par Salmanazar roi 
d'Assyrie, sept cents et quelques aa- 
nées avant Jésus-Christ. 

Le livre qui porte son nom a été 
déclaré canonique par le concile de 
Trente, mais il est regardé comin* 
apocryphe par les protestants, parce 
qu'il n'est point renCei mè dans t« 
canon des Juifs. Il fut d'abord écrit 
en chaldaique; saint Jérôme le tra- 
duisit en latin, et sa version est cellt 
de notre Vulgate. Mais il y a une 
version grecque beaucoup plus an- 
cienne dont les Pères grecs se sont 



TOB 



132 



TOB 



"Wris dès le second siècle. L'original 
4h3ldalque ne subsiste plus; quant 
«•3 versions hébraïques qui en OTit 
àé faites, elles sont modernes; la 
laduction syriaque a été prise sur 
'■.i- grec. La version latine est diffé- 
SBte de la grecque en plusieurs 
Aoses ; mais les savants donnent la 
îitféférence à celle-ci, parce que saint 
i*FÔme avoue qu'il fit la sienne en 
ïvès-peu de temps, par le secours 
S^wn juif, et lorsqu'il n'entendait pas 
«ncore parfaitement le chaldaique. 

En général, les juifs et les chrétiens 
rr-gardent le livre de Tobie comme 
une histoire véritable; mais les pro- 
t»!stants soutiennent qu'il renferme 
plusieurs circonstances fabuleuses, et 
<Àvs choses qui n'ont pas pu être 
écrites par un auteur inspiré de Dieu. 
In théologien d'Oxford, nommé 
8bynold, qui a fait deux gros volu- 
mes contre les livres apocryphes de 
i'ancien Testamenfu pour réfuter 
Uèllarmin, a rassemblé cinq ou six 
Injections contre celui de Tobie. 

t" Il observe que dans le ch. 3, f 7, 
J est dit que Sara, lille de Raguel, 
"iabitait à Rages, ville de Médie ; et, 
■}%. 9, f 3, le jeune Tobie, après 
Pàtvoir épousée, envoie l'ange qui le 
iwnduisait à Rages, ville de Médie, 
làez Gabélus, qu'il amène aux noces 
<ile Tobie, et le voyage dura plusieurs 
ja-tirs. Cela ne nous paraît pas im- 
|M)ssible à concilier. Sara et son père 
fKJnvaient être à Rages, lorsqu'arriva 
ee qui est rapporté c. 3, et ils ont pu 
Tenu- habiter dans une autre ville 
près du Tigre, où Tobie les trouva, 
*. 9. * 

2" L'ange qui est rencontré par les 
deux Tobie, leur dit : Je suis Israélite, 
je suis Azarias, fils du grand Ananias, 
t. 5, j^ 7 et 18, c'était un mensonge. 
Point du tout, l'ange avait pris la 
ligure de ce jeune homme, et le re- 
présentait. D'ailleurs l'erreur des 
deux Tobie, que Dieu voulut leur 
rendre utile, ne fut pas longue, puis- 
que l'ange leur découvrit ensuite la 
Térité, c. 12, f 6. 

3" C. 6, t 5, 8 et 9, l'ange attribue 
■ne vertu médicinale et merveilleuse 
aux entrailles d'un poisson; il dit que 
te fumée du cœur de cet animal 
chasse toute espèce de démons, et 



que le foie fait tomber les taies des 
yeux. Cela ne peut pas être. Mais 
que s'ensuit-il ? Que Dieu voulut at- 
tacher à ces deux signes extérieurs 
les deux miracles qu'il voulait opérer 
en faveur des deux Tobie. Il en fut 
de même lorsque Jésus-Christ se 
servit de boue pour rendre la vue à 
un aveugle. 

4o C. 12, j^ 12, ce même ange dit 
au vieux Tobie: « Lorsque vous fai- 
« siez des prières et des bonnes 
» œuvres, j'ai présenté votre prière 
» au Seigneur, b Voilà une hérésie, 
selon les protestants; il n'appartient, 
disent-ils, qu'à Jôsus-Clirist de pré- 
senter nos prières à Dieu. Au mot 
Ange, nous leur avons fait voir le 
contraire : nous avons prouvé, par 
un passage de l'Apocalypse et par un 
autre du prophète Zacharie, outre 
celui-ci, que Dieu a chargé ses anges 
de lui présenter nos prières; l'erreur 
contraire, dans laquelle les protes- 
tants s'obstinent, n'est pas une juste 
raison de rejeter un livre de l'Ecri- 
ture sainte. 

5» Dans le ch. 14, ^ 7, le vieux 
Tobie prédit que le temple du Sei- 
gneur, qui a été brûlé, sera bâti de 
nouveau: or, dans ce temps-là, le 
temple de Jérusalem n'avait pas en- 
core été incendié parles Chaldéens; 
il ne le fut que quelques années après 
la mort de Tobie. Cela est vrai, sui- 
vant la supputation commune ; mais 
on sait que la chronologie de ces 
temps-là n'est pas infaillible, que les 
arguments, fondés sur ces sortes de 
calculs, ne sont pas des démonstra- 
tions, et que les chronologistes ne 
s'accordent presque jamais. Il y a de 
pareilles difficultés dans plusieurs 
autres livres de l'Ecriture que l'on ne 
rejette pas du canon pour cela. Au 
reste, la version grecque ne païle de 
l'incendie du temple que comme d'un 
événement futur. 

Ce n'est pas sans raison et sans 

Freuve que le concile de Trente a mis 
histoire de Tobie au nombre des 
livres canoniques. Ce livre a été cité 
comme Ecriture sainte par saint 
Polycarpe, l'un des Pères apostoli- 
ques, par saint Irénée, par Clément 
d'Alexandrie, par Origène, par saint 
Cyprien, par saint Basile, saint Am- 



Iti 






TOL 



133 



TOL 



broise, saint Hilaire, saint Jérùme, 
saint Augustin, etc. Dès le quatrième 
siècle, il a été placé dans le catalogue 
des. livres sacrés par un concile 
d'Hippone, et par le 3° de Carthage. 
Bergier. 

ÏOCQUEVILLE (Alexis - Charles- 
Henri Clerel de) {Théol. hist. biog. 
et bibliog.) — Ce publiciste français, 
né à Verneuil (Seine-et-Oise),en 1803, 
arrière-petit-flls de Malesherbes par 
sa mère, a donné, comme œuvre ca- 
pitale, la Démucratie en Amérique, 
2 vol. in-8o, 1835; RoyerCollard ap- 
pelait cet ouvrage une « continuation 
de Montesquieu. » On a de lui encore 
ÏAncienRéç/itncetla Révoluticin, in-8(', 
18S6; da Système pénitentiaire aux 
Etats-Unis, iu-8o, 1832, en collabo- 
ration avec M. Gustave de Beaumont; 
etc. M. de Tocqueville est mort à 
Cannes en 1839. Ce fut à lui que suc- 
céda Lacordaire comme académi- 
cien. 

Lk Nom. 

TOLEDO (François) {Théol. hist. 
biog. et bibliog.) — Ce célèbre théo- 
logien et cardinal, de la société de 
Jésus, naquit à Cordoue en 1322, 
d'une famille obscure, et mourut à 
Rome en 1596. Elevé à Salamanque, 
il fut appelé par Dominique Solo 
Prodigium ingenii, « un prodige d'es- 
prit. » 11 professa la philosophie dans 
la célèbre université et se rendit cé- 
lèbre, lui-même, dès l'âge de vingt- 
sept ans, dans toute l'Espagne. En 
1S38, il se fit jésuite, et François Bor- 
gia, général de l'ordre, l'envoya à 
Rome, où il jouit ensuite de la fa- 
veur des papes durant vingt-quatre 
ans, c'est-à-dire depuis le pontificat 
de Pie V jusqu'à celui d'Urbain VII. 

On peut citer parmi les nombreux 
ouvrages du cardinal Toledo, les sui- 
vants : 

Introductio in Dialect. Aristotelis 
per magistrum Fr. Totetum, Romœ, 
1S6I, in-S" ; de Backer en compte 
20 éditions dilférentes; Commentaria, 
una cum quœstionibus, in octo libros 
de physica ausnultalione, Venet., 1573, 
augmentés plus tard; Item in libr. 
Aristot. de Generatione et Corraptione, 
nunc diiiyenti recognit. expurg.; 



e^-^ 



Comment., una cum quxstionibus, 'is 
1res libros Aristot. de Anima, VenBt«, 
1373, in-4o. On a publié plus taté 
tous ces ouvrages philosophiquae 
réunis sous ce titre : Fr. Toleti, S. L 
omnia qux hucusque édita sunt opt^, 
Lugd., 1492, 4 vol. in-8o; In Susrû$, 
Joannis Evangeiium Commentarii.^ 
Romae, 1390, in-4u ; Instructio sacerde- 
tum de septem peccatis mortalibus, 
Romœ, 1001, in-8"; Comment, in Xlî 
capp. Sacros. J. C. Evang. secundtai 
Lucam, Romœ, 1600, in-ful. ; BossueS 
parle avec éloge de cet ouvrage dauf 
son instruction sur la traduction d» 
Nouveau Testament de Trévoux, 
n. .XVIII, XIX; Comment, etannot. in 
Ep. B. Pauli Apostoli ad Romanos. 
Acced. ejusd. Cardinalis sermones XV", 
in Psalm. I et XXX, ac duo in ejusd. 
Epistolse loca tractatus, Lugd., 100^ 
in-4o. 

Le Noia, 

TOLÉRANCE, INTOLÉRANCE, ea 

fait de religion. Il n'est peut-être pas 
de termes dont on ait abusé davan- 
tage, depuis plus d'un siècle, que de 
ces deux mots ; il n'en est aucun qui 
ait donné lieu à d'aussi violentes dé- 
clamations. Il faut donc commencer 
par en fixer, s'il est possible, les dif- 
férentes significations. 

1° Dans un état où il y a une reli- 
gion domiuanLe, qui est censée faire 
partie des lois, ou appelle tolérance 
civile et politique, la permission que 
le gouvernement accorde aux secta- 
teurs d'une religion diU'érente, d'en 
faire l'exercice plus ou moins public, 
d'avoir des assemblées particulières 
et des pasteurs pour les gouverner, 
de faire des règlements de police et 
de discipline, et sans encourir aucune 
peine. On comprend que cette tolé- 
rance peutêtre plus ou moins étendue, 
suivant les circonstances, suivant 
qu'elle paraît plus ou moins compa. 
tible avec l'ordre public, avec la tran- 
quillité, le repos, la prospérité dg 
l'état, et l'intéi'êt général des sujets. 
Soutenir que, chez une nation policée, 
toute religion quelconque doit être 
également permise, qu'aucune ne doit 
être dominante ou plus favorisée 
qu'une autre, que chaque particulier 
doit être le maitre d'eu avoir une on 



TOL 



134 



TOL 



2e n'en point avoir, c'est une absur- 
dité que l'on a osé soutenir de nos 
jours, et que nous réfuterons ci- 
après (t). ■» 

2» Parmi les différentes sociétés 
diréliennes, onappelle tolérance ecclc- 
liastique, rc'Uijieuse ou théologique, la 
profession que fait une secte de 
croiri. que les membres d'une autre 
secte peuvent faire leur salut sans 
renoncer à leur croyance ; que l'on 
peut sans danger fraterniser avec 
eux, et les admettre aux mêmes pi-a- 
tiques de religion. Ainsi les calvinis- 
tes ont offert plus d'une fois la tolé- 
rance iIiéalo(jique aux luthériens, mais 
ceux-ci ne l'ont pas acceptée ; les uns 
et les auti'es l'ont toujours refusée 
aux sociniens, avec lesquels ils n'ont 
jamais voulu entrer en communion. 
Quelques protestants modérés sont 
convenus que l'on peut faire son sa- 
lut dans la religion catholique : la 
plupart soutiennent le contraire. On 
leur a fait voir qu'ils n'ont aucun prin- 
eipe fixe ni aucune raison solide pour 
attirmer ou pour nier la possibilité du 
salut dans une société chrétienne 
plutôt que dans une autre, qu'ils en 
raisonnent suivant le degré de pré- 
tention et d'aversion qu'ils ont con- 
nue Contre telle ou telle société par- 
ticulière, et selon l'intérêt du moment, 
puisqu'ils n'ont jamais eusur ce point 
an langage ni une conduite unifor- 
mes. 

3° L'on entend souvent par tolé- 
rance en général, la charité fi'ater- 
a«lle et l'humanité qui doivent régner 
autre tous les hommes, surtout entre 
Ions les chrétiens, de quelle nation 
et de quelle société qu'ils soient. Cette 
klérance est l'esprit même du chris- 
tianisme ; aucune autre religion ne 
commande aussi rigoureusement la 
paix, le support mutuel, la charité 
aniverselle. Jésus-Christ l'a prêché 
aux Juifs à l'égard des Samaritains, 
même à l'égard des gentils ou païens; 
et il leur en a donné l'exemple. Il a 
Mdonné à ses disciples de souffrir 
patiemment la persécution, et non 
îf l'excercer contre qui que ce soit. 

'M ) Youi ne démoatrerei jamais qite le pouvoir 
fORtiqao ait le droit de déterminer U religion de ses 
«ists. G* serait la sjstàme de B-mUms. 

hm Sot». 



Les apôtres ont répété ces mêmes 
leçons, et les premiers chrétiens les 
ont fidèlement suivies ; leurs propres 
ennemis leur ont rendu celte justice, 
nous l'avons fait voir ailleurs : c'est 
par trois siècles de douceur, de pa- 
tience, de charité, et non par la 
force, qu'ils ont vaincu enlin et sub- 
jugué les persécuteurs. 

Mais de ce que cette conduite est 
rigoureusement commandée aux par- 
ticuliers, il ne s'ensuit pas que la 
même chose est ordonnée aux chefs 
des sociétés, aux pasteurs, aux ma- 
gistrats, aux souverains, à tous ceux 
qui sont revêtus de l'autorité civile 
ou ecclésiastique. Les princes et leurs 
officiers sont tenus de droit naturel 
à maintenir l'ordre, la tranquillité, 
l'union, la paix, la subordination 
parmi leurs sujets ; à écarter, à ic- 
primer et à punir tons ceux qui, sans 
prétexte de religiou, cherchent à 
troubler la société. Jésus-Clr.ist a 
chargé les pasteurs de veiller sur leur 
troupeau, d'en éloigner les loups et 
les faux prophètes, d'y maintenir 
l'onion dans la foi, de ne point lais- 
ser mêler l'ivratie avec le bon grain, 
etc. Ses apôtres se sont conformés à 
ses ordres; autant ils ont été patients 
à supporter les injures personnelles, 
la violence, les outrages et les tour- 
ments dont on usait à leur ègai'd par 
autorité publique, autant ils ont été 
attentifs à démasquer les faux doc- 
teurs, à les exclure de la société des 
fidèles, à empêcher toute communi- 
cation religieuse avec eux. Ils n'ont 
établi aucraie règle, aucune maxime, 
aucun principe, duquel on puisse 
conclure que les princes, en se fai- 
sant chrétiens, se sont privés du 
droit de réprimer et de punir les sé- 
ditieux, qui, en troublant la paix de 
l'Egliie, travaillent par là même à 
désunir la société civile. Quoi que 
l'on en dise, ces différents devoirs ne 
sont pas incompatibles, les princes 
véritablement chrétiens ont très-bien 
su les concilier. L'affectation de nos 
ennemis de brouiller toutes nos no- 
tions démontre qu'ils décident les 
questions sans y rien entendre. 

i" Dans le style des incrédules, la 
tolérance est l'indifférence à l'égard 
du toute religion. Sans s'embarrasser 



TOL 



133 



TOL 



■de savoir si toutes sont également 
fausses, si l'une est plus avantageuse 
que l'autre à la société civile, ils di- 
sent qu'on doit les i-egarder tout au 
plus comme de simples lois nationa- 
les, qui n'obligent qu'autant qu'il 
plait au gouvernement de les proté- 
ger, et aux sujets de s'y soumettre ; 
que le meilleur parti est de n'en ren- 
dre aucune dominante, et de mettre 
entre- elles une parfaite égalité. 
D'autres plus hardis ont soutenu 
qu'il n'en faut aucune, que toutes 
sont fausses et pernicieuses; que 
pour rendre la société civile heureuse 
•et parfaite, il faut en bannir toute 
espèce de culte et toute notion de !a 
Divinité ; que si l'on permet au 
peuplade croire et d'adorer un Dieu, 
il faut du moins que ceux qui gou- 
vernent se gardent bien de favoriser 
an culte aux dépens de l'autre ; que 
tout particulier doit être le maître 
d'avoir une rehgion ou de n'en point 
avoir. 

Conséquemment, en demandant à 
grands cris la tolérance pour eux- 
mêmes, ils ont entendu avoir la li- 
berté de déclamer et d'écrire contre 
toute religion, de professer haute- 
ment le déisme, l'athéisme, le maté- 
rialisme, le scepticisme, suivant leur 
goût ; d'accumuler les impostures, 
les calomnies, les injures grossières 
pour rendre odieux le christianisme, 
ceux qui le professent, ceux qui le 
défendent ou le protègent. Pour 
prouver que ce privilège leur appar- 
tenait de droit naturel, ils ont com- 
naencé par s'en mettre en possession, 
ils n'ont épargné ni les prêtres ni les 
magistrats, ni les ministres, ni les 
souverains. Enfin, pour comble de 
sagesse, ils ont soutenu gravement 
quettous ceux qu'ils attaquent sont 
obligés, de droit divin, de le soulfrir; 
ils ont cité les leçons de l'Evangile, 
Us en ont conclu que tous ceux qui 
se sont opposés à leurs attentats sont 
A^i 'persécuteurs. Si l'on nous accusait 
de trop charger ce tableau, nous 
sommes prêts à en montrer tous les 
traits dans leurs livres, surtout dans 
l'ancienne Encyclopédie, aux mots To- 
lérance, Intolérance, Persécution, etc. 

Tel a été le progrès des principes, 
des conséquences, des raisonnements 



des prédicateurs de la tolérance; les 
protestants les avaient posés, les in- 
crédules n'ont fait que les répéter et 
en suivre le lil, et il les a conduits à 
l'excès dont nous venons de parler. 
Bayle les a étalés avec beaucoup d'an 
dans son Commentaire ptalosophi'iue 
sur ces paroles de l'Evangile : C'm- 
trains-les d'entrer; Barbeyrac les a 
compilés assez maladroitement dans 
son Traité de la morale des Pérès, 
ch. 12, § et suiv. Nos philosophes 
plagiaires les ont copiés dans l'un ou 
dans l'autre; l'auteur du Traité sur 
la Tolérance n'a fait que les ressasser ; 
tous se sont vantés d'avoir fermé 
pour toujours la bouche aux intolé- 
rants. 

Avant d'examiner si leur victoire 
est réelle ou imaginaire, il y a quel- 
ques vérités à établir et certaines 
questions à résoudre. 

1° Aux mots Religion, § 4, Auto- 
rité, Loi morale, Société, etc., nous 
avons démontré que la religion est 
absolument nécessaire pour fonder la 
société civile, et que cela ne peut pas 
se faire autrement. Cette vérité est 
conlirmée par le fait, puisque dans 
l'univers entier il n'y eut jamais un 
peuple réuni en société sans avoir 
une religion vraie ou fausse. On bâ- 
tirait plutôt une ville en l'air, dit 
Plutarque, qu'une républiiiue sans 
religion. "Tel a été le sentiment una- 
nime de tous les législateurs, de tous 
les sages, de tous les philosophes à 
l'exception des épicuriens; aussi aucun 
de ces derniers ne s'est trouvé capable 
d'être législateur. Mais les peuples 
n'ont pas attendu les leçons de la 
philosophie pour avoir une religion, 
puisque les Sauvages mêmes eu ont 
une. Les fondateurs ou les premiers 
chefs de société n'ont donc pu faire 
autre chose que de coniirmer la re- 
ligion par les lois, ou plutôt de la 
mettre à la tète de toutes les lois; 
aucun n'y a manqué. 

On dira sans doute que, pour fon- 
der la société, il faut à la vérité une 
religion en général, savoir, la croyance 
d'un Dieu, de sa providence, de sa 
justice, qui punit le crime et récom- 
pense la vertu; mais qu'il ne faut 
point de religion particulière assu- 
jettie à tel formulaire de doctrine et 



TOL 



13G 



TOL 



de culte; que chaque citoyen doit 
êtrelemaitre de l'ai-ranger à son gré, 
qu'en cela même consiste la tolérance. 
Nous répondons qu'une religion ainsi 
conçue n'est plus qu'une irréligion 
véritable. La notion d'un Dieu, ainsi 
abandonnée au caprice des hommes, 
a dégénéré en polythéisme et en ido- 
lâtrie, est devenue un chaos d'erreurs, 
de superstitions, de désordres les 
plus contraires au bien de l'huma- 
nité, et à quelques égards pire que 
l'athéisme (1). Pour prévenir ce mal- 
heur. Dieu avait donné aux hommes 
dès le commencement du monde une 
révélation déterminée, assujettie à un 
formulaire de doctrine et de culte; 
c'a été la religion des patriarches; 
tous ceux qui s'en sont écartés sont 
retombés dans le même état que les 
Sauvages : les fondateurs de la so- 
ciété ont-ils dû l'y replonger ? 

2" Un de ces sages, bien convaincu 
de la nécessité d'une religion parti- 
culière, maître d'en former le plan 
et de l'établir, aurait été un insensé 
ou un méchant homme, s'il n'avait 
pas choisi le formulaire qui lui pa- 
raissait le plus vrai, le plus raison- 
nable, le plus propre à procurer la 
paix, l'ordre, lebonheurde la société; 
s'il n'avait pas pris toutes les pré- 
cautions pour rendre cette religion 
inviolable; s'il n'avait pas statué des 
peines contre ceux qui entrepren- 
draient d'y donner atteinte. Il aurait 
été aussi absurde de ne pas choisir 
la meilleure religion possible, que 
de ne pas préférer les meilleures lois, 
et de ne pas la rendre aussi sacrée que 
les lois {'!). Ainsi la nécessité d'une 
religion particuhèrg, dominante, sou- 
tenue peir le giiuvernement, com- 
mandée sous certaines peines, n'est 
qu'ime conséquence naturelle de la 
nécessité d'une religion en général. 

Soutiendra-t-on que toute religion 
particulière est indifférente (3), que 



{!)Nesont-ce pas les It^i:is!ntenr8 mitant que !o8 
pciiplus qtM ont fait 'ela? C'est, eu utFet, à de tels 
résultats que c-ooduit le droit accordé aux gouver- 
netoents politiques de légiférer leurs sujets sons lo 
rapport religieux, 

La Nom. 

(2) C'est là piécisément le système de H"''' "«. 

Li Noia. 

(3) Yons charges de question ; la loligion, certcî, 



le paganisme, le judaïsme, le mah3- 
métisme, le christianisme, sont éga- 
lemant propres à rendre la société 
paisible, florissante et heureuse ? 
Quelques incrédules ont poussé la 
démence jusque-là; mais il suffit de 
comparer l'état des nations qui sui- 
vent l'une ou l'autre de ces religions, 
pour voir au premier coup d'œil ce 
qu'il en est. • 

3° Lorsqu'un souverain trouve dans 
son empire une ancienne religion qui 
lui paraît fausse et pernicieuse, cause 
des désordres et des malheurs de l'E- 
tat, et qu'il en voit naître une autre 
qui lui semble revêtue de tous les 
caractères de vérité, de sainteté, de 
divinité que l'on peut désirer, ne doit- 
il pas laisser à tous ses sujets la li- 
berté de l'embrasser (1); ne peut-il 
pas l'adopter pour lui-même et en 
favoriser la propagation, pourvu 
qu'il observe à l'égard des sectateurs 
de l'ancienne tous les devoirs de jus- 
tice, d'humanité et de modération, 
que prescrit le droit naturel ? Si l'on 
répond que non, c'est comme si l'on 
disait que quand il trouve de vieilles 
lois abusives et pernicieuses, il ne 
lui est pas permis d'user de son pou- 
voir législatif pour les abroger etleur 
en substituer de meilleures. 

4" Quand il y a plusieurs religions 
établies dans un royaume, le souve- 
rain, pour gouverner sagement, ne 
doit-il en professer aucune, vivre 
dans l'athéisme et dans l'irréligion, 
ou ne pas préférer celle qui lui paraît 
la plus vraie. Qu'il suive celle qu'il 
voudra, diront sans doute les prédi- 
cateurs de la tolérance pourvu qu'il ne 
la favorise pas aux dépens des autres : 
qu'il laisse à tous ses sujets pleine 
liberté de conscience, qu'il ne té- 
moigne point à ceux de sa religion 
plus d'alfection qu'aux autres. Mais 
.si les sectateurs de sa religion lui 
paraissent plus soumis, plus lidèles, 
plus vertueux, plus capable de rem- 
plir les charges importantes, doit-il 

u'est point iadifTérente ; mais l'état civil est ioconv* 
pètent pour la déterminer. 

La Nota. 
(1) Eb bien, ce n'est donc pas à lui d'en imposer 
«ne plutôt qu'une autre; soutenir qu'd a pour cela 
la m-^indrr compétence, c'est tomber dans *• -«ys- 
tëme des Césara, 

Li Hou. 



TOL 



137 



TOL 



leur préférer ceux qui lui semblent 
moins capables? Quand il serait athée 
et incrédule, il serait également dan- 
gereux qu'il n'eût plus d'affection 
pour ceux qui penseraient comme 
lui, que pour ceux qui croiraient en 
Dieu. 

5" Supposons que dans un Etat il 
n'y ait qu'une seule religion ancienne 
qui fait partie des lois, sous laquelle 
une monarchie subsiste depuis plu- 
sieurs siècles, de la vérité et de la 
sainteté de laquelle tout le monde est 
intimement persuadé ; s'il survient 
des prédicants dans le dessein d'en 
établir une autre qui parait fausse, 
pernicieuse, capable d'émouvoir tous 
les esprits, de les révolter contre 
toute autorité, d'allumer le feu de la 
guerre entre les divers membres de 
l'Etat, et qui ne peut s'établir que 
par la destruction de l'ancienne, quel 
parti doit prendre le souverain '. (1) 
Doit-il 1 aisser à ces nouveaux docteurs 
la liberté de faire des prosélytes, ex- 
poser ses sujets au danger d'être sé- 
duits, risquer lui-même de recevoir 
bientôt la loi des sectaires, d'être ré- 
duit à choisir entre la perte de son 
trône et l'apostasie ? Aucun des apô- 
tres de la tolérance n'a encore pris 
la peine d'examiner et de prescrire 
la conduite la meilleure à suivre en 
pareil cas. Il leur a été fort aisé de 
blâmer tout ce qui s'est fait; la ques- 
tion était de dire ce qu'il aurait fallu 
faire. 

G" Enfin, lorsqu'un parti de sec- 
taires s'est rendu assez fort pour ob- 
tenir à. main armée la liberté de 
conscience, c'est-à-dire l'exercice pu- 
blic d'une nouvelle religion et que le 
gouvernement s'est trouvé forcé de 
céder à la nécessité des circonstances, 
s'il survient dans la suite un nouveau 
souverain plus puissant que ses pré- 
décesseurs, qui regarde ces sectaires 
Commedes sujets dangereux, toujours 
prêts à se révolter et à renouveler 
les anciens troubles, est-il tellement 
lié par les concessions qui leur ont 
été faites, qu'il ne puisse légitime- 

(1) Le goiiverDement civil n'a (|u'mi droit, celui 
doproacriie toiitculta iaimoral conLiairé aux vérilt''8 
■ociftlos évideotes et recoDDUes par t-mlos Ir-s 
tOLiêtés. 



ment les révoquer? Ne lui est-il pas 
permis de remettre les choses dans 
leur ancien état? Non, répondent 
tout d'une voix nos adversaires; si 
la parole des rois n'est pas sacrée, si 
les lois et les ('• 'its ne sont pas invio- 
lables, aucun citoyen ne peut être 
assuré de son état. 

Voici une jurisprudence bien étran- 
ge ; parviendrons-nous à en découvrir 
les fondements? Depuis la naissance 
de notre monarchie, ou à peu près, 
il y avait des lois qui déclaraient la 
religion catholique seule religion de 
l'Etat, et qui proscrivaient toutes les 
autres : lois portées, acceptées et ju- 
rées dans les assemblées générales 
de la nation, conlirmées par un usage 
de huit k neuf siècles au moins ; elles 
existent encore dans les capitulaires 
de nos rois. Henri IV a pu néanmoins 
y déroger légitimement, par un édit 
qui accordait l'exercice public d'une 
nouvelle religion, parce que le bien 
général duroyaume semblait l'exiger. 
Et cent ans après, Louis XIV n'a pas 
pu légitimement révoquer cet édit, 
et remettre les choses dans l'ancien 
état, quoique le bien général du 
royaume lui parût l'exiger, parce que 
la parole des rois doit être sacrée et 
leurs édits inviolables. Nous cher- 
chons vainement la raison pour la- 
quelle la loi d'Henri IV a dû être 
plus sacrée que celles de Charlemagne 
ou de Louis le Débonnaire. 

Peut-être la trouverons-nous dans 
les arguments de nos adversaires : il 
faut les examiner. 

1° La liberté de penser, disent-ils, 
est de droit naturel ; en fait de reli- 
gion, comme en toute autre chose, 
aucune puissance humaine ne peut 
me faire croire ce que je ne crois pas, 
ni vouloir ce que je ne veux pas, elle 
n'a aucun droit sur ma conscience ; 
puisque c'est à Dieu seul de nous 
prescrire une religion, c'est à lui seul 
que nous devons en rendre compta. 

Réponse. Si la liberté de penser et 
la liberté de parler, d'enseigner, d'é- 
crire et d'agir, étaient la même chose, 
nous n'aurions rien à répliquer à cette 
doctrine ; mais peut-on confondre de 
bonne foi deux choses aussi diiféron- 
tes? Qu'un citoyen jiense bien uu 
mal touchant les lois, qu'il les ap- 



TOL 



138 



TOL 



prouve ou les blâme ialérieuiotnent, 
cela ne peut ailecler personuc ; mais 
s'il déclame, s'il écrit, s'il agit coutrc 
les lois, il est certainemeut punissa- 
ble ; il en est de môme de la religion, 
puisque c'est une loi, et la plus né- 
cessaire de toutes. La religion que 
Dieu nous prescrit ne consiste pas 
seulement en pensées, mais en ac- 
tions : or, la puissance humaine a 
un droit incontestable sur nos ac- 
tions ; nos adversaires mêmes sont 
forcés d'en convenir, puisqu'ils disent 
que tous ceux qui troublent la tran- 
quillité publique doivent être punis, 
quelle qu'ait clé leur conscience ; nous 
le verrons ci-après. 

2» Tout homme est jaloux de sa 
liberté et de ses opinions, surtout en 
matière de religion ; c'est une injus- 
tice atroce de punir les erreurs 
comme des crimes; l'intolérance est 
encore plus absurde en fait do reli- 
gion qu'eu fuit du science. 

Réponse. Nous convenons qu'un 
très-grand nombre d'hommes pous- 
sent la jalousie de leur liberté jusqu'à 
vouloir être déistes, athées, maléria- 
.istes, incrédules, impunément; que, 
T»eu contents de penser pour eux- 
iaèmes, ils veulent professer, ensei- 
gner, propager leurs opinions et les 
inspirer aux autres. Dieu leur a-t-il 
accordé cotte liberté, et les chefs de 
la société sont-ils obligés de la souf- 
frir? C'est pour réprimer cette funeste 
liberté, ou plutôt ce libertinage d'es- 
prit, de cœur et de conduite, que 
Dieu a prescrit une religion, et qu'il 
a mis le glaive à la main de la puis- 
sance séculière. Autre chose est de 
punir l'erreur, et autre chose de pu- 
nir la profession et l'enseignement 
de l'erreur; tant qu'un homme ren- 
ferme ses erreurs en lui-même, elles 
ne peuvent affecter personne ; dès 
qu'il les produit au dehors, elles in- 
téressent la société, il est coupable et 
digne de châtiment à proportion des 
mauvais effets que peut produire sa 
témérité. Si la profession de l'erreur 
en fait de science pouvait avoir des 
suites aussi funestes que la profession 
de l'erreur en matière de religion, 
l'on serait en droit de la punir de 
même. 

Ou nous répliquera sans doute qu'il 



y a bien de la différence à mettre 
entre la profession publique du l'a- 
théisme ou de l'incrédulilé, et la 
profession d'une religion chrétienne 
dilt'érenle de la religion çulliolique. 
Nous soutenons qu'il n'y en aurait 
aucune, si les maximes générales de 
nos adversaires étaient vraies ; savoir, 
que la liberté de penser est de droit 
naturel, qu'aucune puissance hu- 
maine n'a droit de gêner les opi» 
nions, etc. Ce n'est pas notre faute, 
si, pour prouver la nécessité de tolé- 
rer une secte chrétienne, ils se fon- 
dent sur les mêmes axiomes dont se 
servent les athées pour prouver la 
nécefsité de tolérer l'incrédulité et 
l'irréligion. Aussi allons-nous voir 
nos dissertateurs forcés de se rétrac- 
ter et de se contredire. 

3o Les hommes, dit Barbeyrac, ne 
sont point réunis en société pour 
professer une certaine religion, mais 
pour se procurer le bien-être tempo- 
rel ; tel est le seul objet de la puis- 
sance civile : la religion n'est donc 
point de son ressort, elle n'a point 
le droit de la gêner, elle doit laisser 
à chacun la liberté de croire et de 
professer ce qui lui parait vrai en 
matière de religion. 

Réponse. Nous avons prouvé que 
les hommes ne peuvent être réunis 
en société, sans avoir une certaine 
religion, une religion fixe, détermi- 
née, assiyettie à un formulaire de 
doctrine et de culte; donc cette reli- 
gion est absolument nécessaire au 
bien temporel de la société, donc la 
puissance civile chargée de procurer 
ce bien temporel est essentiellement 
obligée à protéger la religion (I), à 
la défendre, à réprimer les attentats 
de ceux qui l'attaquent. Barbeyrac 
l'a senti malgré lui, en exigeant que 
la puissance civile laisse à chacun la 
liberté, il «^oulc, à moins que cala ne 
nuise à la traïujuillité pulUque. Traité 
de la morale des Pères, c. 12, § 27. Il 
dit qu'il ne faut point tolérer dans 
une société les erreurs fondamentales, 

(1) La morale sociale untrerselle etir la^tiello re- 
pose le boa ordre extérieur tie toute société, mai* 
noD telle oa telle religion ; le goiiTeroeuient poli- 
ti<^iie n'est pas juge de ce Jeriuer poiot. Ou voit 
qne Bergier a le searioieiit du préripii;e n^u 
cAloie et ^iii ml le syitéaie mime de Hol'hus. 

ta Nota. 



TOL 



139 



TOL 



§ 22 ; que ceux qui insultent les sec- 
tateurs d'une autre religion sont pu- 
nissables, g b2. A-t-il vu les consé- 
quences de ces restrictions? 

Bayle à son tour convient que les 
princes peuvent faire des lois coac- 
iives par pulitiqiw en fait de religion, 
Comment, philos., i'" part., c. C, 
p. 383; qu'il faut réprimer les fac- 
tieux, 2'- part., c. 6, p. 410; qu'il faut 
punir tous ceu.x qui troublent i« repos 
public, quelle qu'ait été leur cons- 
cience, c. 9, p. 431. Ainsi voilà tous 
les grands principes des partisans de 
la tolérance renversés par eux-mêmes. 

Pour- en venir à l'objet qu'ils se 
sont proposé, oseront-ils soutenir que 
leurs prédicants n'ont pas été dos 
factieux, qu'ils n'ont point insulté les 
sectateurs de l'ancienne religion, 
qu'ils n'ont pas troublé la tranquil- 
lité publique ? Le contraire est prouvé 
par leurs propres historiens. D'autre 
côté, s'il est vrai que la puissance 
civile n'a rien à voir à la religion, la 
prétendue réforme s'est faite contre 
tout droit et toute justice, puisque 
partout elle s'est établie par l'auto- 
rité de la puissance civile ou par les 
armes ; c'est encore un fait incontes- 
table. Mais aucun principe n'a jamais 
incommodé les protestants ; quand il 
leur a fallu s'établir, ils ont attribué 
dux souverains et aux magistrats un 
pouvoir despotique en fait de reli- 
gion; lorsqu'ils se sont sentis assez 
forts pour résister, ils leur ont sou- 
tenu eu face que la religion n'est pas 
de leur ressort. 

4° La pcrsécuuon en matière de 
religion n'éclaire point les esprits, 
elle ne sert qu'à les révolter, les sec- 
taires en deviennent plus opiniâtres, 
ils s'attachent à leur religion à pro- 
portion de ce qu'ils souillent pour 
elle : la violence excite la pitié pour 
les persécutés et la haine contre les 
persécuteurs, elle n'aboutit qu'à pro- 
duire de fausses conversions, à nml- 
liplier les menteurs et les hypocrites. 

Réponse. Supposons pour un mo- 
quent la vérité de tout cela. Lors- 
qu'une troupe de séditieux et de 
malfaiteurs s'opiniâtrcnt dans leur 
révolte, deviennent plus furieux par 
les châtiments et par les supplient, 
îaut-il les laisser l'aire et cesser uu 



les punir? L'opini^Ureté, en quelque 
genre que ce soit, est un vice; et nn 
vice de [dus ne donne pas droit à 
l'impunité. Si l'on a pitié de ceux 
que l'on voit soulfrir en p.ircil cas, 
c'est un mouvement machinal (jui ne 
prouve rien; le plus grand scélérat 
souûVant [leut produire celle sensa- 
tion sur les spectateurs. Quand on 
emploie la contrainte, ce n'est pas 
pour iiersuader les esprits, mais jiour 
réprimer leur audace, pour les em- 
pêcher de semer leur doctrine, de 
s'échauffer les uns les autres, et de 
communiquer leur fanatisme. Si le 
supplice ne sert de rien à celui qui le 
subit, il intimide ceux qui seraient 
tentés de suivre son exemide ; mais 
il est faux en général que la con- 
trainte ne produise aucune conver- 
sion sincère, l'histoire fournit mille 
preuves du contraire, et sans sortir 
du royaume, l'on eu a vu un très- 
grand nombre ; de? que l'on est vcim 
à bout de forcer les sectaires à se 
laisser instruire, les conversions se 
sont ensuivies. 

5° N'importe, répliquent nos ad- 
versaires, ce moyen est odieu.x ; il 
peut autant contribuer à établir l'ur- 
reur qu'à faire triompher la véiité. 
Comme chacun se croit orthodoxe, 
chacun s'attribue le droit de persécu- 
ter; un souverain sera donc autorisé 
à faii'e embrasser par force une reli- 
gion fausse aussi bien qu'une religion 
vraie. Ainsi se trouvera justifiée la 
conduite desemperours païens envers 
le christianisme, et le supplice des 
martyrs ne sera plus un crime. Ici la 
vraie religion n'a aucim privilège sur 
les religions fausses, les droits de la 
conscience erronée sont les mêmes 
que ceux de la conscience droite. 

Réponse. Suivant cette belle doc- 
trine, il ne faut pas employer les ' 
raisons, les instructions, les exhorta- 
tions pour enseigner la vérité aux 
hommes, puisque l'on s'en sert éga- 
lement pour les conduire à l'erreur. 
Il faut supprimer les lois, puisqu'il y 
a souvent eu des lois qui, loin de 
procurer le bien d3 la société, lui ont 
porté beaucoup de préjudice (l;. 11 

(I) Il faut supprimer toote loi politiquo et civil» 
tpu Suit du droit politique et civil. 

L» Noi>. 



TOL 



140 



TOL 



faut abolir les supplices, parce qu'ils 
servent à faire périr des innocents 
aussi bien que des coupables. Il faut 
enfin détruire toutes les institutions 
de la société desquelles on peut 
abuser ; de là les incrédules ont vic- 
torieusement conclu qu'il faut anéan- 
tir toute religion, parce que l'on a 
souvent commis des crimes par motif 
de religion. fî^ 

Si le christianisme avait été capa- 
ble par lui-même de troubler la paix 
de la société ou de nuire à ses intérêts 
temporels, si ceux qui le prêchaient 
avaient employé les mêmes moyens 
que les prédicants de la prétendue 
réforme, nous conviendrions que les 
empereurs païens ont été en droit de 
sévir contre eux. Mais nos apologistes 
ne sont pas allés dire à ces princes : 
Vous n'avez rien à voir à la religion 
de vos sujets, la liberté de conscience 
nous appartient de droit naturel. Ils 
leur ont dit : « Vous avez tort de 
» tourmenter pour cause de religion 
» des sujets qui puisent dans leur re- 
» ligion même les principes de la 
» paix, de la soumission, de l'obéis- 
» sance à vos lois, d'une fidélité in- 
» violable; votre intérêt seul devrait 
» vous engager à nous protéger; si 
» nous péchons contre l'ordre public, 
» punissez-nous ; mais nous sommes 
» les plus paisibles et les plus inno- 
» cents de vos sujets, pourquoi nous 
» persécuter? » Tel a été le langage 
de saint Justin, de Clément d'Alexan- 
drie, de Tertullien, de Minutius Fé- 
lix, etc. 

A la vérité quelques incrédules ont 
eu l'andace de comparer les apôtres 
et leurs successeurs aux prédicants 
du protestantisme, de les mettre sur 
la même ligne, de soutenir que le 
christianisme est plus nuisible à la 
société que le paganisme, etc. Mais 
nous présumons que Bayle et Barbey- 
rac, qui professaient la religion chré- 
tienne, n'ont pas poussé la frénésie 
jusque-là. Quoi qu'il en soit, personne 
n'a été plus intéressé à cette question, 
ni plus en état d'en juger que Cons- 
tantin ; il n'était ni prévenu , ni 
aveugle, ni superstitieux ; il comprit 
que le christiauisme était plus avan- 
tageux au souverain et à ses sujets 
que le paganisme, il l'embrassa et le 



protégea. Les incrédules mêmes, qui 
lui savent mauvais gré de sa conver- 
sion, soutiennent qu'il se conduisit 
par politique plutôt que par religion. 

Il est donc absolument faux qu'ici 
la religion vraie n'ait pas plus de 
privilège que les fausses ; jamais une 
religion fausse ne sera aussi avanta- 
geuse au bien temporel de la société 
que la vraie religion. S'il fallait sou- 
tenir le parallèle entre la religion 
catholique et le protestantisme, nous 
n'y serions pas fort embarrassés. 
François l", qui n'était rien moins 
que superstitieux, comprit d'abord 
que les sectaires étaient ennemis dé- 
clarés de toute autorité temporelle 
aussi bien que de toute puissance 
spirituelle. Il s'en expliqua haute- 
ment, et la suite n'a que trop prouvé 
qu'il en jugeait bien. Bayle en parti- 
culier leur a fait voir qu'ils ne se sont 
établis nulle part que par des révoltes 
et des guerres civiles, qu'en moins 
de deux siècles ils ont détrôné plus 
de rois que jamais les papes n'en ont 
excommunié, etc. Réponse d'un nou- 
veau converti, et avis aux réfugiés, 
(Euv., t. 2, p. 552 et 589. 

Vainement on nous objectera que 
les Etats protestants, par le change- 
ment de religion, sont parvenus à un 
plus haut degré de prospérité qu'au- 
paravant; sans entrer dans l'examen 
des causes de cette révolution, il est 
certain que les royaumes qui ont 
persévéré dans le catholicisme sont 
aussi montés à un degré de puissance 
fort supérieur à celui dans lequel ils 
étaient au seizième siècle, 

Enfin, il est fauK que les droits de 
la conscience erronée soient les mêmes 
que ceux de la conscience droite (1) : 
cette maxime que Bayle s'est obstiné 
à soutenir, et que Barbe3'rac n'a pas 
manqué d'adopter, § 55, ne tend pas 
à moins qu'à justifier tous les fanati- 
ques qui ont commis des crimes, sous 
prétexte que la conscience les y obli- 
geait (2J ; nous l'avons réfutée ailleurs. 

(1 ) il est iocontettultle, que les druits de la con- 
science erronée de boeoe fo- soot les mêmes qu* 
ceux Je la conscieaee droite et par rapport à elle- 
même et par rapport à ce qu'elle croit être la vérttA* 

ta Koia. 

(2) On ne peut pas avoir îa conscience erp'oi* 
•le bonne foi de ce qui est crime, à moins d tio 
degré de folie ; et, dans ce cas, si l'iudividu u'eat 



TOL 



141 



TOL 



Voyez Conscience et Liberté de Con- 
science. 

6" Ce n'est point, dit Barbeyrac, la 
diversité des religions qui produit 
des troubles, c'est l'intolérance ; la 
liberté de conscience, loin de multi- 
plier les sectes, prévient les noilVelles 
divisions, dans les pays où la tolérance 
est établie, il n'y a pas un plus grand 
nombre de sectes qu'ailleurs. 

Réponse. Le contraire est démontré 
par l'exemple de l'Angleterre et de la 
Hollande; il n'est aucun pays du 
monde où l'on trouve un aussi grand 
nombre de sectes; non-seulement la 
plupart des mécréants de l'Europe 
entière s'y sont retirés, mais le fana- 
tisme a pris toutes sortes de formée 
parmi les naturels du pays. Cela n'est 
pas arrivé en Ecosse, où le calvinisme 
dominant exerce une intolérance plus 
despotique qu'aucune autre secte 
chrétienne. On sait au reste à quel 
prix la tolérance s'est établie dans les 
doux pays dont on nous vante le 
bonheur : c'a été par des torrents de 
sang; les divers partis, las de s'entr'- 
égorger, se sont enfin reposés, ils 
ont consenti à se supporter, parce 
qu'ils n'avaient pas pu venir à bout 
de s'exterminer. ^ 

■7° Du moins toutesles sectes chré- 
tiennes devraient se tolérer, puisque 
toutes font profession de croire à 
l'Ecriture sainte comme à la parole 
de Dieu. Comme elles disputent entre 
elles sur plusieurs points de doctrine, 
il y a lieu de présumer qu'ils ne 
sont révélés que d'une manière obs- 
cure, et que les deux partis peuvent 
èti'e également dans l'erreur. Dieu, 
sans doute, n'a pas voulu l'unifor- 
mité de sentiments sur ces questions, 
puisqu'il ne s'est pas expliqué plus 
clairement. Saint Paul dit qu'il faut 
qu'il y ait des hérésies; c'est donc un 
mal inévitable, pourquoi ne pas le 
mpporter? D'ailleurs les préjugés et 
les passions se glissent partout, on 
doit donc toujours craindre de per- 
sécuter la vérité et d'agir par un faux 
zèle. Dieu n'a point établi de tribunal 



pas r-riminel dans u conicieDce, l'ordre loeia) n'en 
exi^.^ pas moina qu'il aoit mis daaa rimposaibUité 
àa uiiire. 

Li IToia, 



ni de juge visible revêtu d'autorité 
absolue et d'infaillibilité pour pro- 
noncer définitivement sur toutes les 
contestations, et mettre les disputants 
d'accord. 

Réponse. C'est un malheur que 
Bayle, Barbeyrac et leurs copistes ne 
se soient pas trouvés à propos pour 
faire cette leçon aux prétendus ré- 
formateurs. Ils leur auraient repré- 
senté que ce qu'ils croyaient voir 
dans l'Ecriture n'y est pas fort claire- 
ment, puisque pendant quinze cents 
ans personne ne l'y avait vu avant 
eux; (ju'en accusant d'hérésie et d'i- 
dolatrie l'Eglise romaine, ils étaient 
peut-être eux-mêmes dans l'erreur; 
que Dieu ne les avait revêtus ni d'au- 
torité ni d'infaillibilité pour pronon- 
cer despotiquement sur tant de ques- 
tions, etc. Peut-être leur auraient-ils 
inspiré la tolérance : ils les auraient 
rendus plus timides; il ne serait pas 
arrivé tant de bruit, de séditions et 
de malheurs dans l'Europe entière. 
Mais nous sommes étonné de ce que 
nos deux sages prédicateurs n'ont 
pas mieux profilé de leur propre 
morale : ils persistent à condamner 
l'Eglise romaine avec autant de hau- 
teur que Luther et Calvin; il faut 
donc que Dieu leur ait donné l'auto- 
rité et l'infaillibilité que n'avaient 
pas ces deux fondateurs de la ré- 
forme. 

Saint Paul dit qu'il faut qu'il y ait 
des hérésies, mais il ajoute aussi 
qu'un hérétique est condamné par 
son propre jmjement ; nous en avons 
la preuve sous les yeux, puisque nos 
adversaires prononcent leur propre 
condamnation. Jésus-Christ avait dit 
de même qu'il faut qu'il y ait des 
scandales, mais il avait ajouté aussi, 
malheur à celui par qui le scandale 
amve. Il faut donc qu'il y ait des hé- 
résies, comme il faut qu'il y art des 
crimes, parce qu'une infinité d'hom- 
mes sont insensés et méchants ; il 
ne s'ensuit cependant pas qu'il faut 
pardonner à tous. Dieu sait tirer le 
bien de ces deux espèces de maux, 
mais il n'en punira pas moins les 
auteurs. 

De là même nous concluons que 
Dieu a établi un tribunal et un juge 
en matière de foi, qu'il l'a revêtu 



TOL 



142 



TOL 



d'anlorité ot d'inl'nillibilité poiir con- 
daoïniîr les hérésies, comme il a 
établi Qne piiissurice civile avec auto- 
rité souveraine pour punir les crimes. 
Ce jiigi-', ce tribunal, est l'Eglise; 
Dieu s'en est expliqué clairement, 
nous l'avons fait voir à l'article 
Eglise, § 5. lautilement il y aurait 
des lois, si chaque citoyen avait le 
droit de les interpréter et de les ap 
pliquer suivant ses intérêts ; inuti- 
lement au?si Dieu aurait donné une 
révélation écrite, ou non écrite, si 
chaque particulier était le maître de 
l'entendre et de l'expliquer comme 
il lui plaît. 

Jl est faux que Dieu n'ait p.as voulu 
FuniformiLé des sentiments entre les 
fjdêlt's; saint Paul dit au contraire 
que Dieu a donné des apôtres, des 
propUètes, des évangélisles, des pas- 
teurs et des docteurs, afin que nous 
arrivions tous à l'unilé de la foi, et 
que nous ne soyons pas emportés b. 
tout vent de doctrine, Ephes., cap. 4, 
■jl" 11 ; donc s'il y a des choses obs- 
cures dans les écrits des propliètes, 
des a[)ôtres et des évaugélisles, Dieu 
a voulu que cette obscurité fût dis- 
sipée par l'enseignement toujours 
subsistant des pasteurs et des doc- 
teurs. 

Mais, dans cette question comme 
dans toutes les autres, les protestants 
disent et se contredisent suivant l'in- 
térêt du moment. Quand ils veulent 
prouver que l'enseignement de l'E 
glise n'est pas nécessaire, ils affir- 
ment que l'Ecriture est claire, sans 
nuage et sans dinicuUé sur tous les 
dogmes de foi : s'agit-il de soutenir 
que l'on a tort de les condamner, ils 
représentent que plusieurs choses ne 
sont révélées que d'une manière 
obscure. S'ils disputent contre nous, 
l'EcriUire est toujours claire pour 
eux : s'il y a entre eux des contes- 
tations, c'est que l'Ecriture n'est pas 
assez claire; avec cet expédient ils 
ne sont jamais embarrassés. 

8" Voici encore un trait de la sa- 
gesse profonde de nos adversaires, lis 
nous préchentlaîo/érimce, etenmème 
temps ils nous font entendre qu'elle 
est impossible, qu'elle n'aura jamais 
lieu entre les ditférentes sectes chré- 
tiennes. Ils avouent que les protes- 



tants ne sont pas plus tolérants que- 
les catholiques, et Bayle a prouvé 
qu'ils le sont moins, lis conviennent 
que leurs difl'érentes sectes ne s'ac- 
cordeutpas mieux entre elles qu'avec 
nous, que l'antifiathie et la haine 
sontà peu près égales de toutes parts. 
Mais lis soutiennent qne les protes- 
tants sont plus excusaltles que nous, 
parce que leur intolérance est con- 
traire à tous les principes, au lieu 
que chez nous c'est une conséquence 
nécessaire du catholicisme. Aussi, 
suivant eus, on ne doit nous tolérer 
nulle part, parce que l'on ne peut 
jamais espérer de nous la même con- 
descendance. 

Réponse. Si du moins ^es graves 
docteurs nous disaient ": Tolérez- 
nous, et nous vous rendrons la pa- 
reille, cela serait supportable ; mai* 
non, ils disent impérieusement ; 
« Soulfrez-nons, vous le devez en 
n conscience, mais n'espérez pas que 
» nous vous souliVious jamais. Notre 
» intolérance est excusable, parce 

■ qu'en l'eierçant nous contredisons 
» tous nos principes; la vôtre n'est 
)i pas pardonnable, parce qu'elle 
n découle nécessairement de votre 
» système, et qu'en cela vous rai- 

■ sonnez conséquemment. a II n'est 
guère possible de pousser plus loin 
l'esprit de vertige. Comment nous 
accorderions-nous avec des sectaires 
qui ne peuvent s'accorder, ni enta.'e 
eux, ni avec eux-mêmes ? Aussi un 
déiste célèbre, né parmi eux, leur a 
reproché durement cette contradic- 
tion toujours subsistante entre leur 
conduite intolérante et la maxime 
fondamentale de la réforme, savoir, 
qu'il n'y a sur la terre aucune auto- 
rité visible à laquelle on doive se 
soumettre en matière de rpligion, 
que la seule règle de foi est l'Ecriture 
sainte entendue selon le degré de 
lumière et de capacité de chaque 
particulier. Il leur demande de quel 
droit ils osent condamner un homme 
qui juge et proteste qu'il prend l'E- 
criture sainte dans le sens qui lui 
parait le plus vrai, et ils n'ont eu 
rien h lui répliquer. 

9o Mais Barbe}Trac n'a pas voulu 
reculer; il soutient qu'aucune société 
n'est moins en droit de persécuter les 



p- ^^s-" 



îK I 



TOL 



143 



TOL 



autres sectes que les catholiques, 
puisqu'ils ne les condamnent que 
parce qu'elles ne veulent pas re- 
noncer à l'Ecriture sainte, pour s'en 
tenir à de prétendues traditions, § 10. 
Réponse. Ici l'absurdité va de pair 
avec la calomnie. Nous n'avons ja- 
mais dit aux sectes hétérodoxes : 
Renoncez à l'Ecriture sainte; mais 
renoncez aux explications fausses, 
abusives, arbitraires que vous don- 
nez à ce livre divin. Nous prenons 
aussi bien qu'elles l'Ecriture pour 
règle de notre loi, nous la leur op- 
posons de même qu'elles nous l'op- 
posent; mais quand elles en tordent 
le sens, nous leur soutenons que ce 
n'est ni leurjugcmont ni le nôtre qui 
doit décider que c'est celui de TEgiise 
ou des pasteui's auxquels Dieu a 
donné mission pour enseigner. Lors- 
que l'Ecriture garde le silence sur 
une question, ou ne parait pas s'ex- 
pliquer assez clairement, nous, disons 
qu'il est absurde de nous opposer ce 
silence comme une règle ou comme 
une loi, que Dieu ne nous a défendu 
nulle part de croire quelque chose 
de plus que ce qui est écrit, qu'au 
contraire il nous a ordonné d'écouter 
l'Eglise a laquelle il a promis le 
Saint-Esprit pour lui enseigner toute 
vérité, etc. Voyez Ecriture sainte, 
§ 5 ; Eglise, § 5 ; Tradition, etc. 

Nous faisons plus : nous alléguons 
les passages de l'Ecriture sainte, qui 
nous ordonnent de regarder celui qui 
n'écoute pas l'Eglise comme un païen 
et un publicain, Matth.^ c. 18, jf 17 ; 
de secouer la poussière de nos pieds 
contre ceux qui n'écoutent pas les 
envoyés de Jésus-Christ, Lwc, c. 10, 
y i6; de dire anathème à celui qui 
nous annonce un autre Evangile, 
Galat.^ c. 1, t iO; d'éviter les faux 
docteurs, I Tim., c. 3 ; de fuir un 
hérétique, après l'avoir repris une 
ou deux fois, Tit.j c. 3, ^ 10; de 
nous garder des faux prophètes et 
des séducteurs, II Pett*.^ c. 2, ^3 et 
17 ; de ne point recevoir, de ne point 
saluer même celui qui ne persévère 
point dans la doctrine de Jésus- 
Christ, II Joan.^ f 9 et 10. Mais à 
quoi sert de citer l'Ecriture sainte 
aux protestants ? A force de subti- 
htés, de gloses, d'interprétations ar- 



bitraires, ils viennent à bout d'en 
tourner le sens en leur faveur; et ils 
confirment ainsi la nécessité absolue 
de recourir à l'enseignement de l'E- 
glise et à la tradition pour expliquer 
l'Ecriture sainte. 

10^ Autre chose est, disent-ils, 
d'exclure d'une société ceux qui 
tiennent telle opinion, et autre chose 
de les persécuter pour la leur faire 
quitter ou pour les empocher de la 
professer. Si l'on ne doit pas tolérer 
dans une société les erreurs fonda- 
mentales, il faut encore avoir pitié 
de ceux qui les soutiennent, et ne 
pas traiter leur erreur comme un 
crime. Barbcyrac, § 21 et 22. 

lUponsc. Il faut en avoir pitié, sans 
doute, lorsqu'ils sont doux et pai- 
sibles, qu'ils respectent les puis- 
sances établies de Dieu, et qu'ils ne 
troublent le repos de personne. Mais 
est-ce là le ton sur lequel se sont 
annoncés les prétendus réforma- 
tours? Ils ont peint la religion ca- 
tholique comme une détestable ido- 
latrie, l'Eglise comme la prostituée 
de Babylone, ses pasteurs comme 
des loups dévorants ; ils ont exhorté 
les peuples à les poursuivre à feu et 
à sang, à se révolter contre les puis- 
sances qui entreprendaient de les 
soutenir, etc. Ces fureurs sont en^ 
core consignées dans leurs écrits, ils 
les ont communiquées à leurs prosé- 
lytes ; ceux-ci en ont suivi l'im- 
pulsion partout où ils ont pu. Voyez 

..UTHÉISANISME, CALVINISME, etC. LoS 

tolérer, c'était se mettre dans la né- 
cessité d'aposlasier; plusieurs de 
leurs écrivains en sont convenus. 

Leurs descendants mériteraient 
plusd'indnlgence, s"'ils n'étaient plus 
animés du même esprit ; mais ils nous 
déclarent sans détour qu'ils ne naus 
souffriront jamais ; autant vaudrait 
nous dire qu'ils nous extermineraient 
s'ils le pouvaient. Bayle leur repro- 
chait cette frénésie en 1688 et 1090 ; 
elle n'est pas guérie. Plusieurs de 
leurs catéchismes sont remj»lis de 
calomnies contre nous, afin de faire 
passer dès le berceau dans l'âme de 
leurs enfants la haine qu'ils ont jurée 
à l'Eglise romaine; tel est en parti- 
culier le catéchisme de Heidclberg, 
qui a été traduit dans toutes les 



il 



ht ■*.■■*- ** - - 






TOL 



144 



TOL 



langues de l'Europe et qui est entre 

les mains de la plupart des calvi- 
nistes. Les livres de leurs écrivains 
les plus récents ne sont pas plus mo- 
dérés; nous y retrouvons les mêmes 
accusations que l'on a réfutées il y a 
deux cents ans : comment l'esprit des 
protestants n'en serait-il pas rempli? 
Et voilà, selon leur prétention, ce 
que nous devons leur permettre de 
professer chez nous. Poussons-nous 
jusqu'à ce point l'antipathie, lahaine, 
l'intolérance contre eux. ^ 

11° Les Pères de l'Eglise ont blâmé 
toule persécution pour cause de re- 
ligion ; ils ont dit que la foi doit 
être libre et volontaire, que c'est une 
impiété de vouloir l'inspirer par la 
violence, etc. Mais ces Pères ont été 
infidèles à leur propre doctrine, ils 
ont imploré le bras séculier contre 
les hérétiques, ils ont applaudi aux 
lois des empereurs qui les punis- 
saient, ils ont trouvé bon que l'on 
employât la contrainte pour faire 
rentrer les errants dans le sein de 
l'Eglise. 

liéponse. Nouvelle calomnie. |Les 
Pères ont constamment enseigné ce 
que nous enseignons encore, qu'il 
ne faut ni persécuter, ni aigrir, ni 
inquiéter les hérétiques, lorsqu'ils 
sont paisibles et qu'ils ne troublent 
jioint la tranquillité publique; qu'il 
nuit les instruire avec douceur et 
charité, et tâcher de les ramener uni- 
quement par la persuasion (1). Par 
celte raison même les Pères se sont 
plaints de la persécution que les 
imiens exerçaient contre les chrétiens, 
persécution d'autantplus injuste, que 
ceux-ci étaient les sujets les plus 
soumis de tout l'empire, et les plus 
ailcntifs à respecter l'ordre public. 
Mais les Pères ont ajouté, et nous 
le disons après eiLX, que quand les 
hérétiques sont turbulents, violents, 
séditieux, ils doivent être réprimés 
par le bras séculier, qu'autrement la 
société serait en combustion; consé- 



(1) Berg^er, dans toat le coars de cetU loogue 
dc>'-usRioo, n'aborde pas noe seule fois fraochemeat 
le piiiut rrai de la qnevtion, et laisse parfois échap- 
per quelques mou qui réfoteot tout le reste. Il ea 
«ut niusi de ceux qu'il rient d'émettre. D'autres 
bis il frist de bien près le système de Hobbes. 

L« Nota. 



querament ils ont applaudi aux em- 
pereurs qui ont porté des lois pé- 
nales contre les ariens et contre les 
donatistes, parce ces sectaires usaient 
de violence pour faire adopter leurs 
erreurs. Nous défions nos adversaires 
de citer un seul Père de l'Eglise qui 
ait approuvé, conseillé ou demandé 
la contrainte contre les hérétiques 
qui ne donnaient aucun sujet d'in- 
quiétude au gouvernement, ni aucune 
loi des empereurs sollicitée par le 
clergé contre des mécréants de cette 
espèce. Dès le second siècle de l'E- 
glise, saint Irénée a prescrit cette 
règle contre les hérétiques : a Dè- 
» tournez, dit-il, et donnez de la 
» confusion à ceux qui sont doux et 
» humains, afin qu'ils ne blasphèment 
» plus contre leur Créateur; mais 
» écartez loin de vous ceux qui sont 
» féroces, redoutables, privés de rai- 
» son, afin de ne plus entendre leurs 
» clameurs. » Adv. Uxr., 1. 2, 
c. 31, n. 1. ; 

Le Clerc, dans ses remarques sur 
les ouvrages de saint Augustin, a 
voulu prouver que l'on punissait les 
donatistes en Afrique pour leurs er- 
reurs seules, et non pour leurs crimes; 
nous l'avons réfuté au mot Dona- 
tistes, et nous avons fait voir le 
contraire, tant par les lois des em- 
pereurs que par les écrits de saint 
Augustin et des témoins oculaires. 
Au mot Hérétique, on trouvera ce 
même fait vérifié par un détail de 
toutes les hérésies proscrites par des 
lois. 

12° Enfin, l'on ose nous dire que 
les anciens peuples étaient tolérants, 
qu'ils n'employaient ni lois pénales, 
ni persécution, ni guerres, ni sup- 
plices, pour faire adopter ou pour 
maintenir leur religion ; qu'en cela 
ils ont été plus raisonnables et plus 
humains que les chrétiens. 

Réponse. Ceux qui ont avancé ce 
fait ont supposé sans doute que leurs 
lecteurs n'auraient aucune connaif- 
sance de l'histoire: c'est à nous de 
démontrer l'excès de leur témérité. 

Commençons par le témoignage 
des auteurs sacrés. Ezech., c. 30, 
t 19 et 13, Dieu prédit que Nabu- 
chodonosorsubjuRuera l'Egypte, qu'il 
y détruira les idoles et les siuiu- 



ÏOL 



145 



TOL 



lacres, et cela fut exécuté. Dan., c. 3, 
^ 20, ce mèQie roi lit jeter dans une 
fournaise ardente trois jeunes Israé- 
lites, parce qu'ils ne voulaient pas 
adorer la statue d'or qu'il avait fait 
élever. Cap. 6, f IG, sous Darius le 
Mède, Daniel fut jeté dans la fosse 
aux lions, parce qu'il avait prié Dieu 
selon sa coutume. Judith, c, 3, j^ 13, 
Nabuchodonosor ordonne à son gé- 
néral d'exterminer tous les dieux des 
nations, atin de se faire adorer lui- 
même comme seul dieu par tous ses 
sujets. 

Zoroastre, pour établir sa religion, 
parcourut la Perse et l'Inde à la tète 
d'une armée, et arrosa par des tor- 
rents de sang ce qu'il appelait Varbre 
de la loi. Cambyse et Darius Ochus, 
qui ravagèrent l'Egypte, démolirent 
les temples et détruisirent tous les 
monuments, agissaient pat zèle pour 
la religion de Zoroastre. Plus d'une 
fois les Perses parcoururent l'Asie 
mineure et la Grèce, brûlèrent les 
temples, mirent en pièces les statues 
des dieux, par le même motif; les 
Grecs laissèrent subsister ces ruines, 
afin d'exciter chez leurs descendants 
le ressentiment contre les Perses; 
Alexandre ne l'avait pas oublié, quand 
il persécuta les mages. Les Antiochus 
voulurent détruire la religion juive, 
afin d'assujettir plus eflicacement les 
Juifs ; on sait combien il y eut de 
sang répandu à cette occasion. 

Chez les Grecs, le zèle de religion 
ne fut pas moins vif. Charondas, dans 
ses lois, met au rang des plus grands 
crimes le mépris des dieux, et veut 
que l'on défère aux magistrats ceux 
qui en sontcoupables. Zaleucus, dans 
le prologue des siennes, exige que 
chaque citoyen honore les dieux se- 
lon les rites de sa patrie, et regarde 
ces rites comme les meilleurs. Platon, 
dans son dixième livre desLois, dit que 
c'est un des devoirs de la législation 
«t de la magistrature, de punir ceux 
qui refusent de croire à la Divinité, 
selon les lois; que dans une ville po- 
'i>:ée, on ne doit pas souffrir que 
que^u'un blasphème contre les dieux. 
Ayant Q'Atre admis au rang de ci- 
*°y?n. les jeunes Athéniens étaient 
obligés âe promettre par serment 
quils suivraient la religion de leur 
XII. 



patrie, et qu'ils la défendraient 
péril de leurvic. La cundamnaliona 
Socrate accusé d'impiété, le dange^ 
que courureni Anaxagore et Stipon, 
pour avoir dit que le soleil et Mi- 
nerve n'étaient pas des divinités, le 
décret de mort porté contre Alci- 
biade pour avoir blasphémé dans 
l'ivres-e contre les mystères de Cérès, 
le supplice de plusieurs jeunes gens 
qui avaient mutilé les statues de 
Mercure, la tète de Diagoras mise à 
prix pour cause d'athéisme, Théodore 
condamné à mort par l'aréopage pour 
le même fait, Protagoras obligé de 
fuir pour éviter le même sort, 
prouvent assez que les Athéniens 
n'étaient pas fort tolératits en fait de 
religion. Aspasie, accusée d'impiété, 
ne fut sauvée que par l'éloquence, 
les prières et les larmes de Périclès. 
On lit mourir une prêtresse accusée 
de rendre un culte à des dieux étran- 
gers; quiconque aurait tenté d'in- 
troduire une nouvelle croyance, était 
menacé de la même peine. La guerre 
sacrée, entreprise pour venger une 
profanation, dura dix ans entiers, et 
causa tous les désordres des guerres 
civiles. 

Trouvons-nous plus de tolérance 
chez les Romains? Une loi des douze 
tables défendait d'introduire des 
dieux et des rites étrangers sans 
l'aveu des magistrats. Cicéron fait 
la môme défense dans un projet de 
loi ; il regarde comme un crime ca- 
pital le refus d'obéir aux décrets des 
pontifes et des augures, et il fait re- 
monter cette discipline jusqu'à Numa. 
Dans sa harangue pour Sextus, il 
met la religion, les cérémonies, les 
auspices, les anciennes coutumes, au 
rang des choses que les chefs de la 
république doivent maintenir etfaire 
observer, même sous des peines ca- 
pitales. Dans Dion-Cassius, Mécène 
conseille à Auguste de réprimertoute 
innovation en fait de religion, non- 
seulement par respect pour les dieux, 
mais parce que cette témérité peut 
causer des troubles et des séditions 
dans une monarchie. 

La pratique était conforme à ces 

principes. Plusieurs consuls furent 

punis, d'autres mis à mort pour avoir 

méprisé les auspices et les augures; 

10 



TOL 



146 



TOL 



une victoire ne les mettait point à cou- 
vert du supplice. L'an 526 de Rome, 
les édiles furent chargés de veiller à 
ce que l'on n'adorât point d'autres 
dieux que les anciens, et que l'on 
n'introduisit aucun nouveau rit. L'an 
568, le consul Posthumius lit renou- 
veler cet ancien décret. L'an 60S, on 
abattit les temples d'isis et de Sérapis, 
dieux égyptiens, un consul leur donna 
le premier coup : on chassa de Rome 
ceux qui voulaient y introduire le 
culte de Jupiter Sabazius. Même sé- 
vérité l'an 701. Sous Tibère les Juifs 
furent bannis de l'Italie, condamnés à 
quitter leur religion ou à être réduits 
en servitude, et les rites égyptiens 
furent défendus. Les édits portés con- 
tre les chrétiens sous Néron et ses 
successeurs, étaient une suite des an- 
ciennes lois et de l'usage constam- 
ment observé à Rome; on sait com- 
bien de sang les empereurs ont fait 
couler pendant près de trois cents ans 
pour exterminer le christianisme. La 
même politique leur fit détruire dans 
les Gaules la religion des druides. 

L'ancienne intolérance des Perses 
n'avait pas diminué depuis mille ans : 
sous le règne de l'empereur Héraclius, 
Chosroès II,' leur roi, jura qu'il pour- 
suivrait les Romains jusqu'à ce qu'il 
les eût forcés de renoncer à Jésus- 
Christ et d'adorer le soleil ; dans l'ir- 
ruption qu'il fit en Palestine, il exerça 
sa fureur contre tous les monuments 
de notre religion. Sous le règne de ses 
prédécesseurs, il y avait eu des mil- 
fiers de chrétiens martyrisés dans la 
Perse. Niera-t-on que, quand les ma- 
hométans ont parcouru les trois par- 
ties du monde connu, l'épée dans une 
main et l'Alcoran dans l'autre, ils 
n'aient été possédés du fanatisme de 
religion il)? 

On peut voir les preuves des faits 
que uous avançons dans plusieurs 
ouvrages modernes. Hist. de l'Acad. 
des Inscript., t. Iti, in-12. pag. 202; 
Lettres deijudijuesJiiifsportiiJ/ais, etc., 
t. 1, let. 3, p. 270; Traité liist. et 
dogm. de la vraie religion, t. 4, p. 1 ; 
t. 10, p. iOO, etc. 

Quel jii^ument pouvons nous donc 



(\] D«*ons-aaiis6t ponvon -doos, l'£van^ila & la 
Dcin, imiter tous cm L'Xt>niplefT Lk Noir. 



porter de rentètemcnt de nos adver- 
saires? Il n'y a dans leurs écrits ni 
bonne foi ni bon sens. Ils disent que 
l'intolérance est une passion féroce 
qui porte à haïr et à persécuter ceux 
que l'on croit être dans l'erreur; ils 
prétendent que cette passion est plus 
violente cliez les chrétiens que chez 
les païens, chez les catholiques que 
chez ceux que l'on nomme hérétiques, 
chez les ministres de la religion que 
chez les laïques. Nous prouvons au 
contraire que cette passion ainsi con- 
çue a existé chez toutes les nations 
païennes sans exception, qu'elles se 
sont persécutées les unes les autres 
sans autre motif que la différence de 
religion, que la nôtre au contraire 
nous ordonne de conserver la pais 
avec tous les hommes, Matt., c. 5, 
f 9; Rom., c. 12, f 18; Hebr., c. 12, 
y 18; de faire du bien à ceux qui 
nous haïssent, Matt., c. 5, f 44, etc. ; 
et l'on ne prouvera jamais qu'une 
nation chrétienne en ait attaqué une 
autre uniquement pour cause de re- 
ligion. 

En second lieu, nous sommes en 
état de faire voir que les catholiques 
n'ont usé de représailles ni envers les 
ariens, ni envers les donatistes, ni 
envers les hussites, ni à l'égard des 
calvinistes mêmes, lorsque ceux-ci 
ont consenti à demeurer en paix ; que 
jamais nous n'avons poussé contre 
eux la haine et la cruauté aussi loin 
qu'ils l'ont poussée contre nuus; 
qu'actuellement encore nous serions 
très-fâché d'avoir à leur égard les 
mêmes sentiments d'animosité et d'a- 
version qu'ils montrent contre nous 
dans toutes les occasions. Bayle a 
prouvé sans réplique que les lois por- 
tées contre les catholiques dans la 
plupart des pays prolestants, sont 
plus dures et plus rigoureuses qu'au- 
cune de celles que les princes catho- 
liques ont publiées contre les protes- 
tants. Atjs aux Réfugies, etc. 

En troisième lieu, il est constant 
que les ministres de la relisiion catho- 
lique n'ont jamais cru qu'il leur fàl 
permis de Jiair ni de pei.'Acuter ceux 
qui sont dans l'erreur (1), c'est un 

'U Encore uu de cet "nat» ({ni cifulmt tonte It 
thèse. L« No«. 



i 



• 



TOL 



147 



TOL 



trait de malignité cl'niipclor hninc et 
persécution les mesures qu'ils ont pri- 
ses pour se mettre à couvert des at- 
tentats des hérétiques. Mais puisqu'on 
la pousse jusqu'à empoisonner les 
motifs de leur charité et de leur zèle 
à convertir les iiilidèles et les barba- 
res, on peut bien encore noircir leurs 
intentions lorsqu ils l'ont les mêmes 
elorts h l'égard des mécréants rebel- 
les à l'Eglise. II est arrivé pins d'ime 
fois à des ecclésiastiques d'être insul- 
tés par des protestants, à cause de 
leur habit; nous ne voudrions pas 
faire la même avanie à leurs minis- 
ttes. 

11 ne convient guère à des hommes 
toujours dominés par la passion, de 
prêcher la io/érance; le meilleur moyeu 
de l'inspirer aux autres serait de com- 
mencer par l'exercer ; mais jusqu'à 
pré>ent il ne parait pas que nos ad- 
versaires aient compris cette vérité ; à 
la manière dont ils s'y prennent, on 
dirait qu'ils ont plus envie de nous 
aigrir que de nous persuader. Voyez 

PffiSÉCL'TEDR. 

Ils posent pour maxime que tout 
raoyen qui excite la haine, l'indigna- 
tion et le mépris, est impie; si cela 
est vrai, ils sont eux-: lêmes coupa- 
bles d'impiété, puisqu'ils font tout ce 
qu'ils peuvent pour nous inspirer ces 
passions contre eux ; mais c'est une 
fausseté. Souvent le zèle le plus pur, 
la charité la plus douce, a excité la 
laine et l'indignation d'un hérétique 
violent et furieux; la plupart s'otîen- 
sentdu bien même qu'on voudrait leur 
faire. Ils disent que tout moyen qui 
relâche les liens d'atfection naturelle, 
çpi éloigne les pères des enfants, qui 
sépare les frères d'avec les frères, qui 
divise les familles, est impie; cela 
est encore faux : Jésus-Christ a pre- 
sque son Evangile produirait ce 
funeste effet, non par lui-même, mais 
P'f l'opiniâtreté des incrédules, et 
Mla est arrivé en effet; il ne s'ensuit 
cas pour cela que la prédication de 
lEtangile est une impiété. Ils ajou- 

it que punir l'erreur comme un 
e est encore une impiété; nous 

ir vépondons pour la dixième fois 
cela n'est jamais arrivé, et qu'il 

ir est impossible d'en citer un seul 

impie parmi les catholiques. lU 



disent que quiconque veut décider 
du salut ou de la damnation de quel- 
qu'un, est un impie : nous répliquons 
qu'il n'y a point d'impiété à répéter 
ce que Jésus-Christ a dit : or, il a dit 
que quiconque ne croira pas à l'Evan- 
gile sera condamné, Mai-c, c. 1 6, jlf 16. 

Nous ne finirions jamais, s'il nous 
fallait réfuter en détail toutes leur.s 
fausses maximes ; nous avons fait voir 
qu'elles n'aboutissent qu'à autoriser 
la profession publique de l'athéisme 
et de l'irréligion, et d'autres l'ont fait 
voir avant nous. L'on a démontré que 
les prédicateurs de la tolérance n'ont 
aucun principe certain ni aucune rè- 
gle pour fixer le point où elle doit 
s'arrêter ; que la tolérance est une in- 
conséquence, si elle n'est pas géné- 
rale et absolue; qu'elle est due ù tous 
les mécréants sans exception, ou 
qu'elle n'est due à personne. Si on la 
doit à tous ceux qui prennent l'Ecri- 
ture sainte pour règle de foi, c'est 
une injustice de ne pas tolérer les 
sociniens qui font profession de s'y 
tenir. Si on dit qu'il ne faut pas to- 
lérer ceux qui nient des articles fon- 
damentaux, les sociniens soutiennent 
qu'aucun des articles qu'ils rejettent 
n'est fondamental, et qu'on ne peut 
pas leur prouver le contraire par 
l'Ecriture sainte. Aussi un très-grand 
nombre de protestants ont trouvé ces 
raisons si solides qu'ils sont devenus 
sociniens eux-mêmes. 

Dès que nous aurons accordé la 
tolérance aux sociniens, de quel droit 
en exclurons-nous les déistes ? La 
plupart disent qu'ils admettront 
volontiers l'Ecriture, pourvu qu'il 
leur soit permis de l'entendre confor- 
mément au dictamcn de la raison, 
comme font les sociniens, et qu'om 
ne les force pas à y voir des mystères 
qui révoltent la raison ; ils ajoutent 
que, contents de croire ce qu'ils com- 
]jronnent, ils laisseront de côté ce 
qu'ils n'entendent pas, que dans îe 
fond c'est déjà ainsi qu'en agissent 
un très-grand nombre de protestants. 
Les athées à leur tour soutiennent 
que Dieu ne peut pas punir ceux qui 
suivent les lumières de la droite rai- 
son, puisque, suivant la maxime de 
leurs adversaires mômes, l'erreui ûe 
doit pas être «unie cosmie un crime. 



TOM 



148 



TOM 



Suivant une autre maxime on ne doit 
empêcher personne de professer ce 
qu'il croit vrai; nous voilà donc ré- 
duits à tolérer la profession de l'a- 
théisme, à n'oser même prononcer 
sur le salut ni sur la damnation des 
athées, de peur de commettre une 
impiété. 

Ainsi les déistes et les athées ont 
rétorqué contre les protestants toutes 
les raisons sur lesquelles ceux-ci 
exigent la tolérance pour eux, sans 
vouloir l'accorder aux autres ; et nous 
n'avons vu dans les écrits des pro- 
testants aucun argument qui prouve 
l'injustice de cette rétorsion. Nous ne 
sommes donc pas surpris de ce que 
tous nos incrédules ont tant vanlé 
les diatribes de Bayle et de Barbey- 
rac sur la tolérance ; ils y ont trouvé 
leur propre apologie. Mais Bayle est 
convenu ailleurs qu'il n'est point de 
question qui fournisse autant de rai- 
sons pour et contre, il sentait que 
les siennes n'étaient pas sans ré- 
plique ; il avoue qu'il faut autre 
chose que des raisons pour retenir 
les peuples dans la religion, par 
conséquent une autoriLé, des lois 
coactives et des peines; Dict. crit. 
Lubiéniezki; rom. E et G. Nos adver- 
saires, loin de nous avoir fermé la 
bouche, comme ils s'en vantent, nous 
ont donné de nouvelles armes pour 
réfuter tous leurs sophismes. Voyei 
AoTORrrÉ EccLÉsiASTionB, Excommdni'^ 
CATION, Religion, etc. (1) 

Bergier. 

TOMBEAU, SÉPULCRE, lieu dans 
lequel un mort est enterré. Ce terme 
est quelquefois employé par les au- 
teurs sacrés dans un sens figuré. 
Lorsque Job dit, c. 17, j^ 1 : « 11 ne 
> me reste plus que le tombeau, » 
ijela signifie, je n'attends plus que la 
înort dans le triste état où je suis. 
;î<> Ezéchiel, c. 37, t 12, proûnet aux 
:!uifs captifs à Babylone, que Dieu les 
irera es leurs tombeaux, c'est-à-dire 
le la mitCre à laquelle ils soal ré- 
iiiiU. 3" David, ps. 5, M<; PS- '3. 

(I) Tout cet «rticle iniiaiie le plui maiirti» gal- 
liciinisiDe, celui qu'on a oommé le gallicanisme 
parluoieotaire, et qui attribue au civil une autorité 
•urla religieux. Voyex, encontre-partie,notre article 
LitBRTÉ IM LA conaciuicB, etc. La Noia. 



f 3, et saint Paul, Rom., cap. 3, 1 13, 
disent que la bouche des impies est 
un tombeau ouvert, parce que leurs 
discours empoisonnés corrompent les 
âmes, comme la vapeur infecte d'un 

tombeau peut tuer les corps. 4° Le 
même mot hébreu signifie le tom- 
beau et le séjour des morts, que les 
Grecs ont nommé àS-n; et les Latins, 
infernus. De là quelques incrédules 
ont conclu très-faussement que les 
Hébreux ne connaissaient point 
d'autre enfer que le tombeau ; c'est 
comme si l'on soutenait que les La- 
tins n'admettaient pour les âmes des 
morts aucun autre séjour que la fosse 
dans laquelle ils étaient enterrés, 
puisque infernus signifie simplement 
un lieu bas et profond. Voyez Enfer. 
En géuéi'ai, le soin de donner aux 
morts une sépulture honorable, l'u- 
sage de respecter les tombeaux et de 
les regarder comme un asile sacré, 
est une attestation certaine de la 
croyance de l'immortalité de l'âme. 
Sur quoi en effet serait fondée cette 
coutume générale, si l'on avait pensé 
que l'homme meurt tout entier, qu'il 
n'en reste rien lorsque son corps est 
détruit par la corruption? Or, nous 
voyons le respect pour les tombeaux 
établi dès les premiers âges du monde, 
et chez toutes les nations desquelles 
nous avons quelque connaissance, 
"eux de Sara, d'Abraham, de Jacob, 

e Joseph, sont célèbres dans nos 
livres saints; les Egyptiens embao- 
maient les morts parce qu'ils espé- 
raient la résurrection ; l'on a trouvé, 
même citez les Sauvages, ce sentiment 
de l'humanité : quand on a voulo 
les transplanter d'une contrée dans 
une autre, ils ont répondu : Not 
pores ensevelis dans cette terre se lè- 
veront-ils pour venir avec nous ? Lef 
patriarches voulaient dormir avec 
leurs pères, et pour exprimer lamorf, 
ils disaient, se réunir à son peupif 
ou à sa famille; un des motifs q^O 
faisaient désirer aux Juifs captifs I 
Babylone de retourner dans la Jadé6» 
était la consolation d'aller revoir 1<* 
tombeaux de leurs pères, Esdr., (• % 
c. 2, t 3. 

De là naquit chez les nations ido- 
lâtres la coutume d'aller dormir sOT 
les tombeaux, afin d'avoir des rêve» 



TOM 



d49 



TOM 



de la part des morts, de les évoquer, 
de les interroger, d'oll'rir des sacri- 
ficei aux mânes, etc. Cette super- 
stition était sévèrement défendue aux 
iuifs, Deuf., cap. 18, ^ 11 : mais ils y 
tombèrent souvent; Isaïe le leur 
reproche, c. 3o, f 4. 

Lorsque les incrédules ont parcou- 
ra l'histoire pour trouver l'origine 
du dogme de l'immortalité de l'âme, 
pour savoir chez quel peuple il a 
commencé, ils ont pris une peine 
inutile. Il aurait fallu remonter à la 
création et interroger tous les 
peuples. Cette croyance était gravée 
en caractères ineffaçables sur tous les 
tmbeaux, sur les cavernes dans les- 
quelles on enterrait les membres 
d'une même famille, sur les pyra- 
mides de l'Egypte, sur les monceaux 
de pierres accumulées dans les cam- 
pagnes; un monceau, tumulvs, dési- 
gnait un tombeau. Un usage univer- 
sellement répandu atteste une 
croyance aussi ancienne que le monde. 
La crainte d'être privé de la sépul- 
ture était un frein pour contenir les 
malfaiteurs, et prévenir les crimes; 
la plus grande injure que l'on pût 
faire à un ennemi, était de le mena- 
cer de donner son corps à dévorer 
aux oiseaux et aux animaux carnas- 
siers. I Reg., cap. 17, j^ 44 et 46. 

Les Hébreux enterraient ordinaire- 
ment les morts dans des cavernes; et 
lorsqu'ils n'en trouvaient pas de na- 
turelles, ils en creusaient dans le 
roc : l'on en trouve encore plusieurs 
dans la Palestine, qui ont servi à 
cet usage. Lorsque leurs tombeaux 
étaient en plein champ, ils met- 
taient une pierre taillée par-dessus, 
«lia d'avertir que c'était la sépulture 
d'un mort, et que les passants n'y 
louchassent point de peur de se souil- 
ler. Ils les enduisaient aussi de chaux, 
pour qu'on les aperçût de loin, et 
tous les ans, le 13 du mois Adar, on 
Iss reblanchissait. Voilà pourquoi 
Jésus- Christ comparait les pharisiens 
lypocrites, qui couvraient leurs vices 
«'un bel extérieur, à des sépulcres 
llanchis, Matt , c. 23, f 27. Il est à 
présumer que la souillure légale qui 
se contractait par l'attouchement 
i'm. cadavre ou d'un tombeau, avait 
pour objet non-seulement de détour- 



ner les Juifs de la superstition des 
païens qui interrogeaient les moi'ts, 
mais encore de réprimer la cupidité 
des brigands qui fouillaient dans les 
tombeaux pour en enlever quelques 
dépouilles, crime qui fut toujours 
regardé par les anciens comme une 
impiété détestable. 

Au sujet de ce respect des Juifs 
pour les sépulcres, il y a dans l'E- 
vangile un passage qui fait difliculté 
et duquel les incrédules ont voulu se 
prévaloir, Matt., c. 13, y 2!), et Luc. 
c. il, f 47, Jésus-Christ dit : « Mal- 
» heur à vous, scribes et pharisiens 
» hypocrites, qui bâtissez des tom- 
n beaux aux prophètes, et qui ornez 
» les monuments des justes, et qui 
» dites : Si nous eussions été du temps 
); de nos pères, nous n'eussions pas 
» été leurs compagnons à répandre 
» le sang des prophètes. Ainsi vous 

• vous rendez témoignage à vous- 

• mêmes que vous êtes les enfants de 
» ceux qui ont tué les prophètes. 
» Achevez donc aussi de combler la 
» mesure de vos pères. » Jésus-Christ, 
disent les incrédules, reproche aux 
Juifs une action louable, et qui ne 
prouvait eu aucune manière qu'ils 
étaient les enfants ou les imitateurs 
des meurtriers des prophètes, ni qu'ils 
comblaient la mesure des crimes de 
leurs pères. 

Mais si l'on veut faire attention à 
tout ce qu'avaient fait les Juifs contre 
Jésus-Christ avant cette réprimande, 
et à ce qu'ils tirent dans la suite, si 
d'ailleurs l'on considère les divers 
sens des conjonctions grecques que 
l'on a traduites par et, ainsi, aussi, 
etc., on verra que le raisonnement du 
Sauveur est très-juste. Déjà les Juifs 
avaient résolu de le faire mourir, ils 
l'avaient tenté plus d'une fois, et ils 
étaient encore à ce moment dans le 
même dessein ; c'était donc de leur 
part une hypocrisie de bâtir et d'or- 
ner les tombeaux des prophètes, et 
de se vanter qu'ils n'auraient pas 
imité leurs pères qui les avaient mis 
à mort; ils prouvaient as.sez d'ail- 
leurs qu'ils leur ressemblaient par- 
faitement, et qu'ils allaient bientôt 
combler la mesure de leurs crimes. 
Ce sens est évident par la prédiction 
qu'ajoute le Sauveur au reproche 



.■fl 



TOM 



150 



TON 



qu'il leur fait, ibid., Luc, t 34 : 
« Je vais vous auvoyer des propliètes, 
» des sages et des docteurs, vous les 
» mettrez à mort, vous les crucifie- 
» rez, vous les tlagellerez dans vos 
» synagogues, et vous les poursuivrez 
» de ville en ville. » C'est ce qui ar- 
riva. Vot/ez Rcp. crit. aux questions 
des incréd., t. 4, p. 194. 

Parmi le peuple des campagnes, 
les places des sépultures daus les ci- 
metières sont séparées; chaque fa- 
mille a la sienne : il y a des jours où 
les enfants vont s'attendrir et prier 
sur le tombeau de leur père, se rap- 
peler le souvenir de leurs parents, 
se consoler par l'espérance de les re- 
voir dans une autre vie ; c'est ainsi 
qu'en agissaient autrefois nos ancê- 
tres. Le même usage subsiste encore 
dans toute sa force chez les Grecs ; 
rien de plustouclianl que Te-xactitude 
avec laquelle ils vont de temps en 
temps pleurer sur les tombeaxui: de 
leurs parents et de leurs ajuis, et 
surtout dans l'une des fêtes de Pâ- 
ques, Voyage litt. delà Grèce, 19' let- 
tre, pag. 3M. Ils ont ainsi conservé 
les anciennes mœurset les sentiments 
de la nature. L'auteur, témoin de ce 
spectacle, déplore i'aliectation avec 
laquelle nous nous sommes écartés 
de cette coutume si honorable à l'hu- 
manité, surtout dans les villes ; nous 
redoutons, dit-il, tout ce qui peut 
exciter notre sensibilité naturelle. 

Nous n'avons garde de blâmer la 
précaution que l'on a prise de trans- 
porter hors des villes les cimetières 
et la sépulture des morts; mais si 
BOUS V gagnous du côté de la pureté 
de l'air, il est à craindre que nous 
n'y perdions beaucoup du côté des 
mœurs. Vainement on censure le luxe 
insensé des pompes funèbres et des 
tombeaux, le style fastueux des épi- 
taphes, le goût dépravé des articles 
qui ont chargé les mausolées de.s li- 
gures des divinités païennes. C'est un 
travers d'esprit inconcevable, de clier- 
cher à satisfaire l'orgueil dans des 
objets qui sont destinés à l'humilier, 
de graver sur le marbre des menson- 
ges contredits par la notoriété ;.u- 
blique, de placer des symboles d'ido- 
lâtrie et d"im])!é(ésui" des monuments 
érigés pour at tester notre foi à l'im- 



mortalité et notre confiance aux 
mérites de Jésus-Chi'ist. Mais la folie 
humaine bravera toujours les leçons 
du bon sens et de lu religion. Foy. 
Funérailles. 

Bergier. 

TOiNG-KING, ou TONKIN, ou TON- 

QlIIiN {Thèol. hist. éylis. part.) Le 
Tong-king forme la partie nord do 
royaume d'Annam. Il appartient aqi 
vastes contrées qu'on désigne sous k 
nom de l'Inde au delà du Gange.] 

Les possessions anglaises de cet 
contrées sont soumises à la juridic- 
tion du vicariat apostolique de M»- 
lacca; les Birmans sont soumis aox 
vicariats d'Ava et de Pégu ; les Sia- 
mois ont un vicariat apostoUque spé- 
cial. Quri"t au royaume d'Annam, 
qui fait partie des Elai ■ plus ou moiiu 
dépendants de l'empir i chinois, ren- 
ferme de 12 à 20 millio:,- d'habitaob, 
et comprend le Cambuùge aujour- 
d'hui soumis au protectorat de k 
France, le territoire de Laos, la C»- [ 
chiucuine, dans l'est, et le Tony-kini 
dans le nord, la religion catholiç]» 
y est établie et organisée, princip»- 
lement au Tong-king, depuis plus de 
deux cents ans ; elle s'y est maiutenu«i 
malgré des persécuUons sauglaotM^ 
qui ont de temps en temps ccaellt- 
ment éprouvé les fidèles. 

« Les habitants primitifs de Cam- 
bodge , dit M. Edouard Michélis, 
et notamment de Laos, sont res- 
tés ilans un état presque sauvage; 
mais dans le nord (Tong-king), dan» 
l'est (Cochinchine) et dans le sud, 8s 
ont été . sous certains rapports, ci«- 
11 -^és perdes colons cliinoisctdeslJlil- 
.'ionnaires bouddhistes. La plupart 
des habitants professent le boud- 
dhisme. Cependant, dans rintérieff 
du pays, il existe encnro beaucoup'd» 
partisans de la religion de Kumi,^ 
dominait dans toute l'Asie orieam* 
avant la propagation de la doctlii^ 
de Bouddha. 

B Selon toutes les apparencd» 
de toutes les contrées de l'Asie, c'W' 
l'empire d'Atntam, notamment W 
nord c)u le Tovg-king, qui .<era J» 
première région daus laquelle » 
religion catholique deviendra doffli- 
naute. L'Eglise fut fuuùée au T^Mf 



TON 



loi 



TON 



king principalement par des Domini- 
cains espagnols venus des îles Philip- 
pines, et celles-cij jusqu'à ce jour, 
sont demeurées le principal point 
d'appui des missionnaires. Cepen- 
dant, depuis plus de 200 ans, des 
persécutions sanglantes y ont cruelle- 
ment éprouvé les lidéies. La plus 
longue et la plus terrible de ces per- 
sécutions fut celle qu'o rdonna en 
1833 Mihn-Menh, et durant laquelle 
un grand nombre de prêtres indigè- 
nes et européens et une foule de laï- 
ques subirent héroïquement le mar- 
tyre. L'Eglise est sortie tiiomphanle 
de ces sanglantes luttes, et elle s'est 
particulièrement consolidée dans la 
période écoulée de 1840 à 1834, du- 
rant laquelle elle a joui d'une tran- 
quillité relative. Elle est parvenue à 
y former un clergé indigène et un 
grand nombre de congrégations de 
femmes, au moyen desquels la reli- 
gion a pénétré au fond du pays et est 
pour ainsi dire deveime indigène 
dans Annam. Quant aux mission- 
naii-es protestants, malgré la proxi- 
mité de la domination anglaise, ils 
. ont probablement craint un gouvcr- 
neiuenL aussi cruel et ils n'ont pas 
une seule communauté dans t(nit 
Anuam. On peut prévoir que, dés 
que les Catholiques auront obtenu 
les garanties civiles et la liberté du 
culte, Ifs conversions se feront en 
masse. 

i> Aujourd'hui l'empire d'Annam 
compte sept évêques et vicaires apos- 
toliques. Les vicarials apostoliques 
se nomment : Tong-kinr/ oriental (Uo- 
miiiicaius espagnols) ; Tonij-king cen- 
tral {Dominicains espagnols) ; Tong- 
hing occidental (Lazaristes françiis) ; 
Tong-king méi idional (Lazaristes 
français) ; Cocluncldne septentrionale 
(Lazaristes français); Cochincliine 
wientale (Lazaristes français) ; Cochin- 
chine occidentale 'Lazaristes français). 
Il faut y ajouter les missions nouvel- 
lement fondées à Cambodge et parmi 
les habitants de Laon, où l'on éta- 
blira probablement deux autres vi- 
cariats 

» Tout le Tong-kinij renferme une 
population de îi.20,000 à 530,000 
Chrétiens. 

-1 L'Église de Cochinchine n'est pas 



aussi florissante que celle du ro?iflr- 
kiiig. Le peuple est plus grossier; la 
proximité de la capitale {Iliic) a rendu 
la persécution plus cruelle et plus 
opiniâtre. Presque tous les prêtres 
européens ont été, de t8'20 à 1850, 
exécutés ou emprisonnés. Malgré 
cela ils sont toujours parvenus ri 
combler les vides, et leur nombre, à 
dater de i8o4, devint plus grjnd que 
jamais, malgré la persécution 

» Le nombre des Chrétiens des 
vicariats apostoliques s'élevait, en 
1844, à 1(10,000. 

» Les missions de Cambodge et de 
Laos n'ont été reiu'i'=es que vers 1830. 
Ou avait, au dix-huitièrai! siècle, lait 
diverses tentatives inlVuctueuses pour 
y introduire le Christianisme. Mgr 
Miche, évèque missionnaire di; Dan- 
sare, qui pénétra au printemps de 
1834, au sud de la Coehinciiiue, à 
Cambodge, ne trouva jdns la cha- 
pelle fondée en 1770 par le mission- 
naire Levasseur dans la ville de 
Sainbok; mais il eut le bonheur de 
lier des relations avec leshaiiitauts du 
pays, nolainmeiii. avec les tribus sau- 
vac^es des montagnes de Laos. La 
Société de la Piopupalion de la Foi 
consacra, de tSoO à !8a4," chaque 
année f) à 10,000 francs à la mission 
de Camliodge. La mission promet 
d'être plus heureuse parmi les trUjus 
septentrionales de Laos. Elles sont 
limitrophes du Tong kng occidi'ntal, 
au nord de la province chinoise de 
Yun-nan où, depuis la création du 
vicariat apostoli(|ue, le Christianisme 
a pris un tel essor qu'il y est presque 
aussi florissant qu(! dausle Tong-king. 
C'i.le situation du pays d(mno une 
gi'aude importance à la mission des 
peuples du Laos septentrional. 

» Le missionuairi; Bâchai avait, dès 
1843 et 1841, pénétré de Sinm dans 
Laos, et fondé plusii'urs communautés 
chrétiennes aux froutièies du Tong- 
king et du Yun-nan. Malheureuse- 
ment, le H avril 1851, ce courageux 
missionnaire fut arrêté avec ses caté- 
chistes d.uis le Yini-uan oriental, sur 
les ordres des mandarins, et mis à 
mort. Aujourd'hui les missions, parmi 
les tribus de Laos, sont entretenues 
par les missionnaires de Chine. 

» La totalité des Chrétiens de 11 An- 



TON 



152 



TON 



pire d'Annam se monte à environ 
630,000 âmes. » 

Le Noir. 

TONSURE. Couronne cléricale que 
l'on fait aux ecclésiastiques sur le 
derrière de la tète, en y rasant les 
cheveux en forme orbiculaire. Cette 
cérémonie se fait par l'évèque; il 
coupe un peu de cheveux avec des 
ciseaux à celui qui se présente pour 
être reçu dans l'état ecclésiastique, 
pendant que le nouveau clerc récite 
ces paroles du psaume 15, ^ 5 : 
« Le Seigneur est mon partage et 
» mon héritage : c'est vous, Seigneur, 
» quimelerendrez. » Ensuite l'évèque 
lui met le surplis, en priant Dieu de 
revêtir du nouvel homme celui qui 
vient de recevoir la tonsure. Cette 
cérémonie n'est point un ordre, mais 
une préparation pour recevoir les 
ordres. C'est l'entrée de la clérica- 
ture, elle rend un sujet capable de 
posséder un bénéfice simple, et le 
soumet aux lois qui concernent les 
ecclésiastiques. 

Il serait difficile d'assigner la pre- 
mière origine de la tonsure : on sait 
qu'avant la naissance du christia- 
nisme, les Grecs et les Romains por- 
taient leurs cheveux très-courts ; 
saint Paul faisait allusion à cet usage, 
lorsqu'il écrivait aux Corinthiens, 
qu'il était ignominieux à un homme 
de porter de longs cheveux; c'était 
l'ornement des femmes. Pendant les 
trois premiers siècles de l'Eglise, les 
clercs ne se distinguèrent des laïques 
ni par les habits ni par la chevelure, 
de peur d'attirer sur eux tout le feu 
des persécutions. Au quatrième on 
ne voit encore aucun changement 
bien marqué dans leur extérieur. 
Fleury, dans son Institut au droit ec- 
clésiastique, a observé que, même 
dans le cinquième, l'an 428, le pape 
saint Célestin a témoigné que les 
évêques dans leur habit n'avaient 
rien qui les distinguât du peuple et 
saint Jérôme semble confirmer ce 
fait ians sa lettre à JVépotien. Voyei 
Habit Ecclésiastique. 

Le même Père in Ezech., 1. 13, 
c. 44, Op., tom. 3, col. 1029, ne veut 
pas que les clercs se rasent la tète, 
comme faisaient les prêtres et les 



adorateurs d'Isis et de Sérapis, mais 
qu'ils aient les cheveux courts, aliu 
de ne pas ressembler aux laïques fas- 
tueux, aux Barbares et aux soldats, 
qui portaient des cheveux longs. De 
là Bingham a pris occasion de blâ ner 
la manière dont les ecclésiastie^ues 
de l'Eglise romaine sont tonsurés, 
parce qu'elle est contraire à l'ancien 
usage, et qu'elle est vainement fon- 
dée sur des raisons mystiques; il 
ajoute que les clercs étaient nommés 
coronati, non à cause de leur tonsure, 
mais par honneur; Orig. ecclés., t. 2, 
1. 6,c. 4, § 16. 

Bingham aurait dû remarquer, 
1» que porter une tonsure, ce n'est 
pas avoir la tête entièrement rasée 
ni absolument chauve, seule manière 
blâmée par saint Jérôme. 2o Ce Père 
veut que les clercs soient distingués 
des Barbares, des soldats et des laï- 
ques efiéminés, par leur chevelure et 
par leur habit ; discipline de laquelle 
les ministres protestants se sont dis- 
pensés. 3" 11 atteste que les ministres 
des autels ne portaient point dans 
leurs fonctions les mêmes habits que 
dans la vie commune, mais qu'ils 
avaient des ornements particuliers, 
autre usage respectable, rejeté par 
les protestants. 4» Nous soutenons 
que le nom corona/i fait allusion à ce 
qui est dit dans l'Apocalypse, c. 4, 
f 4, des vingt-quatre vieillards ou 
prêtres qui environnaient un pon- 
tife, et qui avaient des couroniies d'or 
sur la tête. Nous avons remarqué ail- 
leurs que saint Jean dans ce chapitre 
et dans les suivants peint la ma- 
nière dont la liturgie chrétienne était 
célébrée pour lors. Voy. Liturgie. Il 
n'est donc pas étonnant que dans les 
siècles suivants l'on ait trouvé bon 
que la tonsure des clercs représentât 
ces couronnes. 

Quoi qu'il en soit, saint Jérôme 
nous en indique à peu près l'origine, 
en disant que les clercs doivent se 
distinguer des Barbares. En elTet, 
l'on sait que les Barbares du Nord 
qui se répandirent dans tout l'Occi- 
dent au commencement du cinquième 
siècle, avaient des cheveux longs, un 
habit court et militaire, au lieu que 
les Romains portaient un habit long 
et des cheveux ceurts. Les clercs. 



TON 



153 



TOR 



tous nés sous la domination romaine, 
consetTèrent leur ancien usage, et se 
trouvèrent ainsi distingués des Bar- 
bares. Lorsqu'un de ces derniers était 
admis à la cléricature, on commen- 
çait par lui couper les cheveui, et le 
reyètir de l'habit long; il est proba- 
ble que l'usage de la tonsure com- 
mença en même temps. 

En elfet, Grégoire de Tours et d'au- 
tres auteurs du sixième siècle parlent 
de cet usage comme déjà établi au 
cinquième. Le quatrième concile de 
Tolède, l'an 633, c. 41, ordonne que 
tous les clercs et les prêtres aient le 
dessus de la tête rasé, et ne laissent 
qu'un tour de cheveux semblable à 
une couronne. Notes du père Ménard 
sur le Sacram. de S. Grég., p. 219. 
Il est constant par le canon 33 du 
concile in Trullo, tenu l'an 690 ou 
692, que ce même usage était déjà 
établi pour lors dans l'Eglise grec- 
que. Mais les écrivains de ce siècle 
et des suivants qui ont vonlu faire 
remonter l'origine de la tonsure jus- 
qu'à l'apôtre saint Pierre, ou à un 
décret du pape Anicet de l'an 108, 
n'avaient aucune preuve de leur sen- 
timent. En fait de discipline ecclésias- 
tique, on ne doit pas blâmer un nou- 
vel usage, lorsqu'il est fondé sur de 
bonnes raisons relatives aux mœurs, 
aux circonstances, aux besoins du 
temps auquel on l'introduit, et il y a 
toujours du danger à le supprimer, 
lorsque cette réforme ne peut pro- 
duire aucun bien. 

Le concile de Trente, sess. 23, de 
Reform., c. 4, exige que celui auquel 
on donne la tonsure ait reçu le sa- 
crement de contirmation, soit ins- 
truit des principales vérités de la foi 
chrétienne, sache lire et écrire, et 
donne lieu de penser qu'il choisit 
l'état auquel il se destine dans la ré- 
solution d'y servir Dieu avec fidélité. 
Plusieurs conciles postérieurs ont 
condamné la témérité des parents 
qui font tonsurer leurs enfants uni- 
quement par l'ambition de leur pro- 
curer un bénélice, sans s'informer 
s'ils ont la vocation et les qualités 
nécessaires pour remplir les devoirs 
de l'état ecclésiastique, quelquelois 
parce qu'ils sont difformes et peu 
propres à réussir dans le inonde. 



D'autres conciles ont lixé l'âge au- 
quel ou peut recevoir la tonsure; 
dans les diocèses les mieux réglés on 
DL' la donne pas avant l'âge de qua- 
torze ans. Si cette sage discipline est 
souvent violée, c'est l'ambition des 
grands et des riches du siècle qui en 
est la cause. 

TORPILLE (la) (rhcol. mixt. scien. 
nat. zool.) — On lit dans un des dia- 
logues de Platon la phrase suivante 
mise dans la bouche de Socrate : 
« Tu m'as étourdi par tes objections 
comme ce poisson de mer aplati, 
qu'on nomme torpille (vapxri) étourdit 
ceux qui le touchent. » Les anciens 
connaissaient donc le phénomène ; 
mais ce n'est que depuis le dix-sep- 
tième siècle qu'on l'a raisonné ainsi 
que tous les phénomènes électriques. 
La torpille est une espèce de l'aie, 
dont le nom grec, cité plus haut, si- 
gnifie engourdissement aussi bien que 
le nom latin torpédo; elle possède un 
organe ressemblant à une pile vol- 
taïque dont les deux faces sont dans 
un état électrique de nom contraire; 
si le dos est électrisé positivement, 
le bas-ventre le sera négativement. 
C'est surtout John Davy, le frère du 
chimiste, qui a publié des travaux 
importants sur cet animal ; ce fut lui 
qui découvrit faction du courant de 
la torpille sur l'aiguille aimantée, son 
pouvoir d'aimentation et son action 
électro-chimique. M. Becquerel s'en 
occupa aussi et réussit avec M. Li- 
nard, à tirer de la torpille l'étincelle 
électrique. 

La commotion que donne une tor- 
pille vivante prise dans la main, est 
égale à celle d'une pile à colonne 
de 100 à 150 couples chargée avec de 
l'eau salée. Les décharges se succè- 
dent avec rapidité tant que le poisson 
est bien vivant ; et elles sont com- 
muniquées à volonté par l'animal. 
La main est obligée à lâcher prise, et 
le bras reste un certain temps en- 
gourdi; l'animal, en répétant la com- 
motion, se fatigue, s'affailtlit, mais 
répare sa puissance électrique par le 
repos. On ne s'aperçoit pas que l'a- 
nimal fasse aucun mouvement pour 
opérer sa décharge ; il reste immobile 



TOR 



134 




dans toutes ses parties, et son corps 
ne change de volume en aucun en- 
droit. La commotion se communique 
par l'attouchement de toutes les par- 
ties du corps de la bête, lorsqu'elle 
est bien vivante ; quand elle s'affai- 
blit, on ne la ressent plus qu'en tou- 
chant les points de la peau qui re- 
couvrent l'organe électrique. Cet or- 
gane forme de chaque côté de la tête 
une masse allongée ovalaire et plate 
entre la nageoire pectoi-ale et le mu- 
seau; il occupe environ les deux 
tiers du corps de la torpille et est 
formé d'une réunion de prismes ordi- 
nairement il six pans. 

On a constaté que la torpille ne 
peut pas dii'iger à volonté sa dé- 
charge vers tel ou tel point du corps 
qui la touche, mais qu'elle en est 
maîtresse, 'a retenan! ou la lâchant 
à sa fantaisie. M. Mall.;nici a observé 
que les points de la pai-tie dorsale 
sont électrisés positivement par rap- 
port aux points de la partie ventrale. 
11 existe deux lobes ou nerfs, qu'on 
nomme électriques, faisant partie de 
l'encéphale, qui sont les organes di- 
recteurs de la faculté éleclriijue; c'est 
sous leur influence qu'elle fonctionne, 
et quand une turpillc est morte en 
apparence depuis quelque temps, on 
ramène des décharges violentes en 
irritant ces lobes. 

Or distingue la torpille commune, 
fauv -brun; la torpille de Galvani, 
fauv^ -rosée et la torpille de Nobili, 
noire rougeâlre. On les trouve tontes 
les ti'ois sur le? côtes d'Italie; elles 
ont environ 40 centimètres de lon- 
gueur. La torpille se vend sur les 
marchés, mais sa chair mollasse n'est 
pas du goût de tout le monde. Les 
torpilles sont très-rares dans l'Atlan- 
tique 

Le Nom. 

TOnr.ENT. 11 n'y a dans la Palos- 
tinf qu'un seul ilenve qui est le 
Jourdain; mais il y a plusieurs tor- 
rents ([ui coulent dans les valléi^s 
avec abondance, aprfis les pluies et 
pimdant la fonte des neiges du Liban, 
«t qui se dessèchent pendant les cha- 
leurs de l'été. Les écrivains sacrés en 
parlent souvent, et mettent quelque- 
lois le nom de totrent pour celui de 



vallée; Gen., c. 26, f 17, il est dit 
qu'Isaac vint au torrent dfi Gérare, 
c'est-à-dire dans la vallée où coulait 
ce torrent. L'Ecriture donne aussi ce 
nom aux fleuves du Nil et de l'Eu- 
plirate. Comme les torrents de la Pa- 
lestine s'enflent souvent, ce mot si- 
gnifie quelquefois abondance, comme 
dans le ps. 33, ^ 19, un torrent de 
délices; Isaï., c. 30. f 33, un torrent 
de soufre : et parce qu'alors ils cau- 
sent ces ravages, ils sont le symbole 
du malheur, de l'affliction, de la 
persécution : II Reg., c. 22, f 5, 
« les détresses de la mort m'ont en- 
» vironné, les torrents de Bélial m'ont 
» épouvénité. » 

Dans le ps. 109, ^ 7, il est dit du 
Messie qu'il boira l'eau du torrent en 
passant, qu'ensuite il lèvera la tète; 
ce passage semble faire allusion à ce 
qui est rapporté, Jud., c. 7, f 5, que 
Dieu commanda à Gédéon de ne me- 
ner au combat que ceux de ses sol- 
dais qui, près d'un ruisseau, s'étaient 
contentés de prendre de l'enu dans 
leur main, et de renvoyer tous ceux 
qui s'étaient couchés ou mis à genoux 
pour boire plus à leur aise. Le I>sal- 
miste représente donc le Messie 
comme un de ces soldats courageux 
qui ne burent qu'en passant ; et qui 
ensuite marchèrent au combat la tête 
levée et d'un air intrépide. 

Ps. 123, f o, les .luifs, de retour 
de la captivité de Habylone, disent 
à Dieu : « Faites revenir. Seigneur, 
» le reste de nos captifs, comme cou- 
» lent les eaux du torrent du midi. » 
Il est probable qu'ils entendaient par 
là le toirent de Céd ron, qui cotde 
au midi de Jérusalem, et retourne 
vers l'orient se jotcr dans la nier 
Morte. 

Bergier. 

TOSTADO (Alphonse) {Théol. hisi. 
biog. et bibliog ) — Professeiu' de 
philosophie et de théologie, dès Tige 
de dix-sept ans, à Salamanque, Al- 
phonse assista avec distinction au 
concile de Bâle et fat évèqiip d'Arica, 
où il mourut en 1455 On lui fit cette 
épitaphe qui est restée comme an 
monument de son immense éru- 
dition : llic stiipor est mundij gui 
scibile discutit omiie. Ses œuvres ne 



TOU 



ISo 



TOU 



forment pas moins de 27 vol. in- fol., 
et 24 sont consacrés à des Commen- 
taires sw la Biblu. Dans les aulres ou 
remarque son Commentaire sur la 
chronique d'Eusébe et son opuscule 
contre les ecclésiastiques concubinaires. 
« Ses commentaires bibliques, dit- 
on dans le Dicl. encycl. de théol. 
cath., sont plus développés que les 
anciens et célèbres commentaires de 
Nicolas de Ljn», mai^ ils renferment 
beaucoup de choses superflues. Tout 
ce qui peut avoir le rapport même le 
plus éloigné à un texte biblique, il 
l'expose avec toutes les questions 
possibles qui s'y rattachent et qui en 
naissent, et auxquelles il répond, 
avec toutes les difllcultés imaginables 
qu'il résout, mais souvent en faisant 
des digressions si inutiles que le 
texte lui-même reste inexpliqué. » 
Le Nom. 

TOUCHER (le) {Théol. mixt. scien. 
physiol.) — « Les nerfs, dit Milne 
Edwards, qui partent du cerveau et 
de la moelle épiniôre foucnissi'ut, 
après des subdivisions nombreuses, 
des fllets déliés qui viennent ranjper 
sous le tissu de la peau. Cette mem- 
brane qui revêt toute la surface du 
snrn«, fit qui est composée de trois 
couches (l'épiderme, le tissu colorant 
et le derme), e.st assez mince jiour 
que ces ûiets nerveux la traversent 
et se ramifient à sa surface. Aussi, la 
peau est-elle douée de sensibilité : 
c'est là ce qu'on appelle le toucher. 
Cette sensibilité particulière permet 
d'appréciar le cuiitact des coi-ps qui 
nous environnent, leur température 
basse ou élevée, leur résistance ou 
leur mollesse, etc. 

» Le tact est un toucher presque 
passif; mais cette fonction devient 
quelquefois active; c'est lorsque la 
«ensibilité est plus exquise et que la 
surface qui en est le siège peut se 
mouler en quelque sorte sur les objets; 
on le nomme alors plus spécialement 
toucher. 

» La main de l'homroe est un ad- 
mirable instrument de toucher. La 
finesse de la peau, l'excessive mobi- 
lité des doigts, la possibilité d'oppo- 
ser le pouce à tous les autres doigts, 
nous permettent d'étudier 1<33 formes 



les plus minutieuses des corps, et de 
redresser ainsi los illusions des autres 
sens. 

» L'homme est aussi de tous les 
animaux celui dont la peau est le plus 
favorablement disposée pour l'exer- 
cice dii tact. En eltet, la sarface de 
sou corps s'offre à toutes les impres- 
sions qui peuvent s'exercer sur elle, 
et rien ne vient diminuer l'action rif» 
obje'ts exlérieurs sur les orgaîio.-; de 
la sensibilité. Presque tous les aiiu-es 
animaux, tels que les mammifères, 
les oiseaux, les poissons, les reptiles, 
les mollusques, etc., ont la peau re- 
couverte par des poils, des plumes, 
des écailles, des coquilles, etc., etc., 
ce q>ii diminue beau-'oup et quelque- 
fois fait disparaître le sens du tou- 
cher. 

» h'épiderme que forme la couche 
supcrlicielle de la peau est une espèce 
de veruis destiné à protéger les par- 
ties sensibles situées au-dessous; elle 
n'est pas douée elle-même de sensi- 
bilité et elle rend le toucher d'autant 
moins délicat qu'elle est plus épaisse. 
Le contact souvent répété d'objets 
rudes et durs tend à déterminer 
l'épaississement de l'épiderme; aussi, 
les mains des personnes qui exécutent 
des travaux pénibles sont-elles moins 
sensibles que celles des personnes 
dont les occujiations ne les placent 
pas dans les mêmes circonstances. 

» Les cheveux, les puiis, les ongles, 
les cornes, etc.,si)::1 lies produ; 'ions 
formées par de petiU or^^aues sécré- 
fenr; logés dans la substance de la 
])• i;ii; ils se dévelopj)ent, comme les 
dents, par l'addition de nouvelles 
portions do leur substance au-dessous 
de celles déjà forriiées, et ne sont pas 
le siège d'un monv, ment nutritif 
comme les organes qui vivent. On 
donne le nom de bulbe aux organes 
sécréteurs des cheveux et des poils. » 

N'est-il pas évident que tous les 
détails des organes du toucher et ceux 
de la main de riuunnie en particulier, 
ont pour but de fuurnir à l'être qui 
en est doué la facilité de se rendre 
compte des objets en les toucliant? 
Pourquoi, par exemple, nos doigts 
sont-ils garnis de ces petites bosses 
de chair mollette, dont la peau est 
délicate, si ce n'est en vue de toac/wr 




TOU 



156 



TOU 



les objets, déjuger de leur forme, de 
leur rugosité, de leur lempérature, et 
le reste? On a beau faire, avec La- 
marcl et Darwin, des raisonnements 
spéciaux pour démontrer que ces ap- 
propriations sont venues par l'usage à 
force de siècles, on ne persuadera 
jamais au bon sens que ce n'est pas 
l'usage, au contraire, qui a été pre- 
mièrement provoqué par l'appropria- 
tion de l'organe. Le iNoir. 

TOURNEFORT (Joseph Pitton de) 
(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce 
célèbre botaniste français né à Aix 
en Provence en 16S6, et mort en 1708, 
professa la botanique à Paris au 
Jardin des Plantes et voyagea beau- 
coup pour sa science favorite. Il a 
laissé des ouvrages qui n'ont rien 
perdu de leur réputation méritée. 
Le Noir. 

TOURNELY (Honoré) (Théol hist. 
biog. et bibliog.) — Ce célèbre théo- 
logien français, docteur en Sorbonne, 
né à Antibes de parents obscurs 
en 1658, et mort d'une attaque d'a- 
poplexie en 1729, gardait, dans son 
enfance un troupeau de cochons 
lorsqu'un jour, voyant une voiture 
qui prenait la route de Paris, fan- 
taisie lui prit d'aller voir son oncle 
qui occupait une modeste place à 
Saint-Germain-l'Auxerrois. Le pauvre 
prêtre se changea de son neveu et 
lui fit faire ses études à Paris. Tour- 
nely s'attacha de puissants protec- 
teurs par les saillies vives de son 
esprit, et fut reçu docteur de Sor- 
bonne en 1686. 11 professa de 1688 
 1692 la théologie à Douai, puis fut 
rappelé à Paris et chargé d'une 
chaire de théologie à la Sorbonne, 
chaire qu'il occupa pendant vingt- 
quatre ans. II se démit de sa charge 
en 1716 pour surveiller l'impression 
•de ses œuvres. 

Toumely ne manqua jamais de je 
signaler contre les jansénistes. Ses 
œuvres sont : 

Le Cursus theologix, en 19 vol. 
in-S". Méthods sure, style clair, 
bonne latinité, morale sévère. On en 
fit une 2* édition à Venise en 16 vol. 
in-4» dans laquelle les éditeurs se 
permirent des retranchements déplo- 



rables, surtout dans le traité dt 
Ecclesia . 

Prxlectiones theologix ad usum se- 
minariorum, dont le i' vol. était sous 
presse au moment de sa mort. Son 
ami Pierre Collet, de la congrégation 
de Saint- Lazare, s'est fait son abré- 
viateur et continuateur. 

Toumely s'illustra surtout par une 
savante et brillante dissertation sur 
la grâce, dans laquelle il combattit 
le système de la délectation victo- 
rieuse et qui fut l'occasion d'une vive 
controverse. Le Noir. 

TOURNEMINE (René - Joseph) 
(Théol. hist. biog. et bibliog.) — 
Ce jésuite célèbre naquit à Rennes, 
en 1661, d'une ancienne famille de 
Bretagne, entra à dix ans dans la so- 
ciété de Jésus, enseigna sept ans les 
humanités, deux années la philoso- 
phie et six ans la théologie, fut ap- 
pelé en 1701 à Paris pour diriger les 
Mémoires de Trévoux, fut nommé 
entin bibliothécaire de la maison pro- 
fesse de son ordre à Paris. Tourne- 
mine devint l'ardent adversaire du 
P. Hardouin. Il était d'une affabilité 
et d'une obligeance infatigable ; mais 
il n'était pas exempt d'un amour- 
propre qui l'irritait contre la contra- 
diction. Les pères jésuites disaient 
de lui : 

C'est notre père Tournemint 
Qiii croit tout ce qu'il imagine. 

On a de lui : 

Dissertation sur le système des 
dynasties d'Egypte, par le chevalier 
Marsham, dans les Mémoires de Tré- 
voux, avril 1702; Dissertation sur 
l'origine de divers peuples d'Afrique 
à l'occasion d'un passage de Salluste 
(Mém. de Trévoux, juin 1728) ; Con- 
jectures sur l'origine de la différence 
du texte hébreu, de l'édition samari- 
taine et de la version des Septante, 
dans la manière de compter les années 
des patriarches (Mém. de Trévoux, 
août 1703) ; Tabulxchronologicse sacra 
Vetcris et Novi Testamenti, dans la 
Bible de du Hamel, 1706; Réflexions 
sur l'Athéisme, imprimées avec la dé- 
monstration de l'existence de Dieu, 
de Fénelon ; Dissertations et Eclair- 
cissements sur quelques endroits dt 



1 



TOU 



157 



TOU 



r histoire de» Juifs de M. Prideaux 
(Mém. deTrév., décembre 1725J, et, 
parmi elles, une Dissertation sur les 
Livres deutérocanoniques; De la liberté 
de penser sur la religion (Mém. de 
Trévoux, janvier 1736); Joa/uns-Step- 
hani Menochii, S. J., Commentarii to- 
tius S. Scripturae. Editio novissima. 
Accessit supplementum quo continetur 
quidquid ad plenam sacrx Scripturse 
intelligentiam facile parandam deside- 
ratur, Paris, 1719, 2 vol. in-fulio. Le 
supplément consiste en une série de 
dissertations, par exemple sur l'âge 
des patriarches; sur celui de Sésostris; 
sur la chronologie des rois d'Israël 
et de Juda ; sur celle des rois as- 
syriens, en tant que leur histoire 
touche à celle des Israélites ; sur les 
rois mèdes dont il est parlé dans la 
Bible ; sur les rois chaldéens; et par- 
ticulièrement sur Nabuchodonosor et 
Cyrus; sur les 70 semaines de Da- 
niel, etc. 

Le Noir. 

TOUSSAINT, fête de tous '.es saints. 
La dédicace que fit, l'an 607, le pape 
Boniface IV de l'église du Panthéon 
ou de la Rotonde, à Rome, a donné 
lieu à l'établissement de cette fêle. 
Il dédia cet ancien temple d'idoles à 
l'invocation de la sainte Vierge et de 
tous les martyrs ; c'est ce qui lui a fait 
donner le nom de Notre-Dame des 
Martyrs, ou de la Rotonde, parce que 
cet édifice est en forme d'un demi- 
globe. Boniface suivit en cela les in- 
tentions de saint Grégoire le Grand, 
son prédécesseur. 

Vers l'an 731, le pape Grégoire III 
consacra une clinpelle à l'honneur de 
tous les saints dans l'église de Saint- 
Pierre ; il augmenta ainsi la solennité 
de la fcte : depuis ce temps-là elle a 
toujours été célébrée à Rome. Gré- 
goire IV étant venu en France l'an 
837, sous le régne de Louis le Dé- 
bonnaire, cette fête s'y introduisit et 
y fut bientôt généralement adoptée ; 
mais le père Ménard a prouvé qu'elle 
avait déjà lieu auparavant dans plu- 
sieurs églises, quoiqu'il n'y eût en- 
core aucun décret porté à ce sujet; 
Notes sur le Sacram. de saint Grcy., 
pag. 152; Thomassin, Traité des Fê- 



tes, etc. Les Grecs la célèbfWit la di- 
manche après la Pentecôte. 

L'objet de celte solennité est non- 
seulement d'honorer les saints comme 
les amis do Uicu, njais de lui rendre 
grâces des bienfaits qu'il a daigné 
leur accorder, et du bonheur éternel 
dont il les récompense, de nous ex- 
citer à imiter leurs vertus, d'obtenir 
leur intercession auprès de Dieu; de 
rendre un culte à ceux que nous ne 
connaissons pas en particulier, et qui 
sont certainement le plus grand 
nombre. 

A l'occasion de l'établissement de 
cette fèie en France au neuvième 
siècle, Mosheim a déclamé à sou or- 
dinaire contre le cult^ rendu aux 
saints dans l'Eglise romaine; il dit 
que cette superstition y a étoulfé 
toute vraie piété S'il avait voulu ex- 
pliquer, une fois pour toutes, ce 
qu'il entend par uraie pic<e, il nous 
seraitplus aisé de voir si ce reproche 
est vrai ou faux. Pour nous, nous 
disons qu'elle consiste dans un pro- 
fond respect pourtamajesté de Dieu, 
dans un souvenir habituel de sa pré- 
sence, dans une grande estime de 
tout ce qui a rapport à son culte, 
dans un vif sentunent de ses bien- 
faits, dans une parfaite confiance en 
sa bonté et aux mérites de Jésus- 
Christ, en un mot, dans l'amour da 
Dieu. A présent nous demandons en 
quoi l'honneur que nous rendons aux 
saints peut détruire ou diminuer au- 
cun de ses sentiments, qui ont été 
ceux de tous les saints, et par les- 
quels ils se sont sanctifiés. Il Ufjus 
parait que leur exemple est très-ca- 
pable de nous exciter à imiter le* 
vertus et les pratiques par lesquelles 
ils sont parvenus à la sainteté et au 
bonheur éternel. Nous sommes beau- 
coup mieux fondés à dire que c'est 
la prévention des protestants contre 
le culte des saints qui a étoulfé la 
piété parmi eux. Y trouve-t-on beau- 
coup d'âmes saintes qui, dégagées 
des affaires de ce monde, s'occupent 
à méditer les grandeurs de Dieu, à 
lui rendre de fréquents hommages, 
à s'enllammer du feu de son amour, 
et à fiire des œuvres de ;haritéî 
Presque toute leur religion consiste 



TRA 



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TPxA 



f 



à s'as'îemblor assez raiTmcnt, h ré- 
citer fiisembie quelques prières, à 
chanter des psaumes, à entendre des 
instructions souvent fort sèches et 
très-peu capables de toucher les 
cœurs . Voy. Dévotion , Piété , 
Saints, etc. 

Bebgier. 

TOUSSENEL (Alphonse) (Théol. 
hist. biog. et bibliog.) — Ce publi- 
ciste français, né à Montreuil-Bellay 
(Maine-et-Loire), en 1803, devint un 
des fervents disciples de Fourier en 
1833, fut le rédacteur en chef de la 
Paix en 1837, fut un des rédecteurs 
et des soutiens de la Démocratie pad- 
fi,que après 1842, et s'est rendu célè- 
bre par son Esprit des bêtes ; Vénerie 
française et Zoologie passionnelle , 
in-80, 1847. On lui doit encore : les 
Juifs rois de l'époque, Histoire de la 
féodalité financière, in-S", 1843 ; Tra- 
oail et Fainéantise, Programme démo- 
cratique, \ 849 ; le Mois des oiseaux, 
ornithologie passionnelle, 3 vol. in-8», 
1832-, etc. 

Le Nom. 

TOUTE-PUISSANCE de Dieu. Voyez 

PUISSANCE. 

TRADITEURS. On donna ce nom, 
dans le troisième et le quatrième 
siècles de l'Eglise, aux chrétiens qui 
pendant la persécution de Dioclétien, 
avaient livré ans païens les saintes 
Ecritures pour les brûler, afin d'évi- 
ter ainsi les tourments et la mort 
dont ils étaient menacés. 

Ce n'est pas la première fois que 
les païens avaient fait tous leurs ef- 
forts pour anéantir les livres sacrés. 
Dans la cruelle persécution, excitée 
contre les Juifs par Antiochus, les 
livres de leur foi furent recherchés, 
déchirés et brûlés, et ceux qui refu- 
sèrent de les livrer furent mis i 
mort, comme nous le voj'ons dans le 
premier livre des Macfiabées, c, 1, 
^ 56. Dioclétien renouvela la même 
impiété par un édit qu'il fit publier 
à iNicomédie l'an 303, par lequel il 
ordonnait que tous les livres des 
chrétiens fussent brûlés, leurs églises 
détruites, et qui les privait de tous 
leurs droits civils et de tout emploi. 



Plusieurs chrétiens faibles, on ajoute 
même quelques èvéques et qtuelques 
prêtres, succombant à la crainte des 
tourments, livrèrent les saintes Ecri- 
tures aux persécuteurs ; ceux qui 
eurent plus de fermeté les regar- 
dèrent comme des lâches, et leur 
donnèrent le nom ignominieux de 
iradileurs. 

Ce malheur en produisit bientôt 
un autre : un grand nombre d'é- 
vêques de Numidie refusèrent d'avoir 
aucune société avec ceux qui étaient 
accusés de ce crime : ils ne voulurent 
pas reconnaître pour évêque de Car- 
tilage, Cécilien, sous prétexte que 
Félix, évêque d'Aptongc, l'un de 
ceux qui avaient sacré Cécilien, était 
du nombre des traditeurs : accusation 
qui ne fut jamais prouvée. Donat, 
évêque des Cases-Noires, était à la 
tête de ce parti ; c'est ce qui fit don- 
ner le nom de donatistcs à tous ces 
schismatiques. Voyez Donatistes. Le 
concile d'Arles tenu l'an 314, par 
ordre de Constantin, pour examiner 
cette atfaire, décida que tous ceux 
qui se trouveraient réellement cou- 
pables d'avoir livré aux persécuteurs 
des livres ou des vases sacrés, se- 
raient dégradés de leurs ordres et 
déposés, pourvu qu'ils en fussent 
convaincus par des actes publics, et 
non accusés par de simples paroles. 
Il condamna ainsi les donatistes, qui 
ne pouvaient produire aucune preuve 
du crime qu'ils reprochent à Félix 
d'Aptonge et à quelques autres. 

Bergier. 

TRADITION, dans le sens théolo- 
gique, est un témoignage qui nous 
atteste la vérité d'un fait, d'un dogme 
ou d'un usage. On appelle tradition 
orale, ce témoignage rendu de vive 
voix, qui se transmet des pères aux 
enfants, et de ceux-ci à leurs descen- 
dants: tradition écrite, ce même té- 
moignage couché dans l'histoire ou 
dans d'autres livres; généralement 
parlant, cette dernière est la plus 
sûre, mais il ne s'ensuit pas que la 
première soit toujours incertaine et 
fautive, parce qu'il y a d'autres mo- 
numents que les livres, capables de 
transmettre à la postérité la mémoire 
des événements passés. 



TRA 



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TRI 



Quant à l'origine, la tradition peut 
venir de Dieu ouriosliommes; dans ce 
dernier cas, elle vient ou des apôtres, 
ou des pasteurs de l'Eglise; c'est ce qui 
fait la dillérencc entre les traditions 
divines, les traditions apostoliques eilei 
traditions ecclésiastiques. Les secondes 
peuvent être justement appelées tra- 
ditions divines, parce que les apôtres 
n'ont rien enseigné que ce qu'ils 
avaient appris do Jésus-CLirist lui- 
même, ou par inspiration du Saint- 
Esprit ; et l'or, doit nommer traditions 
apostoliqu'js celles que nou'^ ont trans- 
mises les disciples immédiats des 
apôtres, parce qu'à leur tour ils ont 
fait profession de n'enseigner que ce 
qu'ils avaient reçu de leurs maîtres. 
Les traditions purement humaines 
sont celles qui ont pour auteurs des 
hommes sans mission et sans carac- 
tère. 

Quant à l'objet, une tradition re- 
garde ou la doctrine, ou la discipline, 
ou des faits historiq\ies, mais cette 
diflérence n'en met aucune dans le 
degré de certitude qu'elles peuvent 
avoir, comme nous le prouverons 
dans la suite. 

La grande question entre les pro- 
testants et les catholiques est de 
savoir s'il y a des traditions divines 
ou apostoliques touchant le dogme, 
qui ne sont point contenues dans 
l'Ecriture sainte, et qui sont cepen- 
dant règle de foi; les protestants le 
nient, et nous soutenons le con'iraiie. 
Coiiséquemment nous disons que la 
tradition est la parole de Dieu non 
écrite, que les apôtres ont reçue de 
la Louche de Jésus-Christ, qu'ils ont 
transmise de vive voix à leurs disci- 
ciples ou leurs à successeurs, et qui 
est venue à nous par l'enseignement 
des pasteurs, dont les premiers ont 
été instruits par les apôtres. Eu 
d'autres termes, c'est l'enseignement 
constant et perpétuel de l'Eglise uni- 
verselle, connu par la voix uniforme 
de ses pasteurs, qu'elle nomme les 
Pères, par le? décisions des conciles, 
par les pratiques du culte puhlic, ])ar 
lej prières et les cérémonies do la 
liturgie, par le témoignage même de 
quelques auteurs profanes et les hé- 
rétiques. 

L'autorité et la nécessité de la tra- 



dition, ai.nsi conçue, est déjà pronvèa 
par les mêmes raisons par lesquelles 
nous avons fait voir que l'Ecriture 
sainte ne peut pas èti-e la seule règle 
de notre toi. Voy. Dépôt, Doctrinb 

CHRÉTIENNE, ECRITL'RE, EgLISK, PÈRES, 

etc. Alais comme c'est ici le jmint ca- 
pital qui distingue les catholiques 
d'avec les sectes hétérodoxes, et en 
particulier d'avec les protestants, il 
est essentiel de répéter les principales 
de ces preuves, d'en montrer l'en- 
chaînement et les conséquences, d'y 
en ajouter d'autres, et de résoudre 
quelques objections auxquelles nous 
n'avons pas encore salislail. 

Première preuve. L'Ecriture sainte. 
Saint Paul écrit aux Tliessulonieiens, 
Epist. 2, c. 2, ^ 14, « Demeurez fer- 
ï mes, mes frères, et gardez les tra- 
» ditious que vous avez apprises, soit 
» par mes discours, soit par ma 
» lettre. » Aux Corinthiens, Epist. 1, 
c. M, ji' 2:« Je vous loue, mes frères, 
i> de ce que vous vous souvenez de 
> moi dans toutes les occasions, et de 
» ce que vous gardez mes préceptes 
» comme je vous les ai donnés. » Au 
lieu de mes préceptes, le grec porte 
mes traditions. Il dit, I Tim., c. fi, 
J' 20 : « Timothée, gardez le dépôt, 
» évitez les nouveautés profanes et 
» les cor.lradiclions faussement nom- 
» mées science. » II Tim., c. 1, ^ 13 : 
« Ayez une formule des vérités que 
» vous avez entendues de ma bou- 

» che , gardez ce bon dépôt par le 

» Saint-Esprit; » c. 2, ^ 2, « ce que 
)i vous avez appris de moi devant une 
» multitude de témoins, conliez-le à 
» des hommes fidèles qui seront ca- 
» pables d'enseigner les autres. » Il 
dit aux Hébreux, c. (>, y \, qu'il ne 
veut pas leur parler de la pénitence, 
des œuvres mortes, de la foi en Dieu, 
des ditfèrentes espèces de baptême, 
de l'imposition des mains, de la ré- 
surrection des morts et du jugement 
éternel, mais qu'il le fera, si Dieu le 
lui permet. 

Nous ne voyons point que saint 
Paul ait traité toutes ces matières 
dans ses lettres; il en a donc instruit 
les fidèles de vive voix. Or, il met de 
pair les vérités ({u'il a enseignées 
dans ses discours, et celle; qu'il a 
écrites, les unes et les autres for- 




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160 



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•! 



naient le dépôt qu'il confiait à Ti- 
mothée, et qu'il lui ordonnait de 
transmettre à ceux qui seraient ca- 
pables J'enseigner. S'il n'avait voulu 
parler que de vérités écrites, il aurait 
dit : Faites un recueil de mes lettres, 
gardez-les, et donnez -en des copies 
à des hommes capables d'enseigner ; 
iamais saint Paul n'a nommé l'Ecri- 
ture sainte une formule de vérités. Les 
prolestants répondent que les apôtres 
écrivaient les mêmes choses qu'ils 
prêchaient. Assurément ils n'ont )ias 
écrit des choses contraires à ce qu'ils 
enseignaient de vive voix ; mais la 
question est de prouver qu'ils ont 
mis par écrit toutes les vérités qu'ils 
ont prècliées, sans exception; or, 
saint Paul témoigne que cela n'est 
point; il serait impossible que cet 
apôtre eiit renfermé 'en quatorze 
lettres toutce qu'il aenseigné pendant 
trente-trois ans. 

Seconde 'preme. Pendant deux mille 
quatre cents ans. Dieu a conservé la 
religion des patriarches par la tradi- 
tion seule, et pendant quinze cents 
ans celle des Juifs, autant par la tra- 
dition que par l'Écriture ; pourquoi 
aurait-il changé de conduite à l'égard 
de la religion chrétienne ? Mo'ise, près 
de mourir, dit aux Juifs, Deut., c. 32, 
y 1 : «■ Souvenez-vous des anciens 
» temps, considérez toutes les génè- 
» rations. Interrogez votre père, et il 
» vous enseignera; vos a'ieux, et ils 
» vous instruiront. » Il ne dit pas: 
Lisez mes livres, consultez l'histoire 
des premiers âges du monde que j'ai 
écrite et que je vous laisse. Ils le de- 
vaient, sans doute ; mais sans le se- 
cours de la tradition de lei,irs pères, 
ils n'auraient pas pu entendre par- 
faitement ces livres. Mo'ise ne s'était 
pas contenté d'écrire les prodiges 
que Dieu avait opérés en faveur de 
son peuple, il en avait établi des mo- 
numents, des rites comniémoratifs, 
pour en rappeler le souvenir, et il 
avaitordonné aux Juifs d'en expliquer 
le sens à leurs enfants, alin de les 
leur yjraver dans la mémoire, Deut., 
c. H, t 20, etc. Pourquoi ces précau- 
tions, si l'Ecriture sultisait? 

David dit, Ps. 77, ^ 3 : « Combien 
B de choses n'avons-nous pas apprises 
» de la bouche de nos pères...? Com- 



» bieu de vérités Dieu leur a ordonné 
» d'enseigner à leurs enfants, aUu de 
» les faire connaître aux générations 
» futures? Ils en useront de même à 
)) l'égard de leurs descendants, alin 
» qu'ils mettent en Dieu leur espé- 
» rance, qu'ils n'oublient point ce 
» qu'il a fait, et qu'ils apprennent ses 
» commandements. » A quoi bon ces 
leçons des pères, s'il sufUsait de lire 
les livres saints? Nous ne voyons 
point de lectures publiques établies 
chez les Juifs avant le retour de la 
captivité, et il s'était pour lors écoulé 
mille ans depuis la mort de Moïse. 
Ce législateur, ni aucun des pro- 
phètes, n'a ordonné aux Juifs d'ap- 
prendre à lire. 

Troisième preuve. Dieu a établi le 
christianisme principalement par la 
prédication, par les instructions de 
vive voix, et non par la lecture des 
livres saints. Saint Paul ne dit point 
que la foi vient de la lecture, mais 
de l'ouïe, et que l'ouïe vient de la 
prédication : Vides ex auditu, audittis 
autem per verbum Christi, Rom., 
c. 10, y 17. Il y a sept apôtres des- 
quels nous n'avons aucun écrit ni au- 
cune preuve qu'ils en aient laissé. 
Cependant ils ont fondé des églises 
qui ont subsisté après eux, et qui ont 
conservé leur foi très-longleni|is 
avant qu'elles aient pu avoir l'Ecri- 
ture sainte dans leur langue. Sur la 
lin du second siècle, saint Irénée a 
témoigné qu'il y avait chez les Bar- 
bares des églises qui n'avaient point 
enconï d'Eciiture, mais qui cons<'r- 
vuient la doctrine du salut, écrite 
dans leur cœur par le Saint-Esprit, et 
qui gardaient soigneusement l'an- 
cienne tradition. V'mtra Ilxr., 1. 3, 
c. 4, n. 2. Aucune version n'a élé 
faite par les apôtres, ni de leur 
temps ; ce que disent les protestants 
de la haute antiquité de la version 
syriaque est avancé sans aucune 
preuve. Voy. Vehsion. 

Pour la commodité de leur systè- 
me, ils supposent et ils assurent que, 
dès le temps des apôtres, l'Ecriture 
sainte fut traduite dans les langues de 
tous les peuples qui avaient ombrasse 
le christianisme; nous pouvons le 
nier hardiment. A la réserve dt la 
traduction grecque des Septante, nous 



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161 



TRA 



ne connaissons la date précise d'au- 
cuneLjdes ancieiiues versions. Les 
protestants ne cessent de répéter que 
celle des Septante est très-fautive, 
qu'elle a été la cause de la plupart 
(les erreurs qu'ils reprochent aux 
l'ères de l'Eglise; c'est néanmoins 
sur cette version que la plupart des 
autres ont été faites. Ils disent que 
le grec était entendu partout ; cela 
*st faux. Dans la plupart des provin- 
ces romaines, le peuple n'avait pas 
plus l'intelligence du grec qu'il n'a 
celle du latin parmi nous, et hors des 
limites de l'empire cette langue n'é- 
tait d'aucun usage. Il y a eu des na- 
tions chrétiennes dans le langage 
desquelles l'Ecriture sainte n'a jamais 
été traduite. On sait d'ailleurs com- 
bien l'usage des lettres était rare chez 
la plupart des nations dans les temps 
dont nous parlons. 

A la vérité, Théodoret, Thérapeut,, 
liv. S, dit que de son temps les livres 
des Hébreux étaient traduits dans les 
langues des Romains, des Egyptiens, 
des Perses, des Indiens, des Armé- 
niens, des Scythes et des Sarmates, 
en un mot, dans toutes les langues 
dont les différentes nations se ser- 
vaient pour lors. Si ce passage incom- 
modait les protestants, ils demande- 
raient comment Théodoret a pu le 
savoir; ils diraient que c'est un fait 
hasardé et certainement exagéré, que 
l'Ecriture sainte n'a été traduite ni 
en langue punique usitée à Malte et 
sur les eûtes de l'Afrique, ni en an- 
cien espagnol, ni en celte, ni en an- 
cien breton , quoique ces peuples 
fussent déjà chrétiens. Nous ne dou- 
tons pas qu'au cinquième siècle il n'y 
ait eu quelques livres hébreux tra- 
duits dans les dillèrentes langues 
dont parle Théodoret; mais on ne 
prouvera jamais qu'ils l'étaient tous, 
et ce Père ne parle point du nouveau 
Testament. D'ailleurs il y avait pour 
lors près de quatre cents ans que le 
christianisme était prêché ; le qua- 
trième siècle qui avait précédé, avait 
été un temps de lumières, de travaux 
apostoliques, d'écrits de toute espèce 
faits par les Pères de l'Eglise, au 
lieu que les trois premiers avaient 
été un temps de souffrance et de per- 
sécution. 

XII. 



Malgré ces faits, nos adversaires 
soutiennent gravement qut Jésus- 
Christ et les apôtres n'auraient pas 
agi sagement, s'ils avaient contié les 
dogmes de la foi à la faillie et trom- 
peuse mémoire des hommes, à l'in- 
certitude des événements, à la vicis- 
situde continuelle des siècles, et s'ils 
n'avaient pas mis par l'Ecriture ces 
vérités divines sous les yeux des 
hommes ; Mosheim , Hist . christ., 
2 part., sec. 3, c. 3, § 3. Ces critiques 
téméraires ne voient pas qu'ils accu- 
sent réellement Jésus-Christ et les 
apôtres d'avoir manqué de sagesse- 
Car enfin voici des faits positifs qui 
ne se détruisent point par des pré- 
somptions, savoir, que Jésus-Christ 
n'a rien écrit, qu'il n'a point ordonné 
à ses apôtres d'écrire, que sept d'en- 
tre eux n'ont rien laissé par écrit, 
que les autres n'ont fait traduire au- 
cun livre de l'Ecriture, que la plupart 
des versions n'ont été faites que 
longtemps après eux, à mesure que 
les églises sont devenues nombreusss 
dans les divers pays du monde. Il est 
singulier que des disputeurs qui exi- 
gent que nous leur prouvions tout 
par écrit, forgent si aisément les faits 
qui peuvent étayer leur système. Ils 
en imposent grossièrement, lorsqu'ils 
prétendent que les dogmes de foi 
prêches publiquement et tous les 
jours, enseignés au commun des 
lidèles dès l'enfance, exposés aux 
yeux de tous par les pratiques du 
culte, répétés et inculqués par les 
prières de la Liturgie, sont confiés à 
la mémoire trompeuse des hommes. Nos 
mœurs, nos usages, nos droits, nos 
devoirs les plus essentiels, sont con- 
tiés au même dépôt, et il n'en est 
point de plus incorru[ilible. Dieu a- 
t-il donc manqué de sagesse en négli- 
geant de faire écrire avant Moïse les 
dogmes qu'il avait enseignés aux pre- 
miers hommes deux mille quatre 
cents ans auparavant ? Faut-il abso- 
lument savoir lire pour être capable 
de faire des actes de foi et d'ofctenir 
le salut. •^ 

L'on a vu des personnes ig,/oran- 
tes, des femmes, des esclaves, faire 
des conversions. C'est par des ver- 
tus, par des miracles, et non par les 
livres seuls, que Dieu a converti le 
11 



iià- 



TRA 



162 



TRA. 



monde. D'ailleurs les apôtres savaient 
que leurs disciples écriraient; ils ont 
donc pu se reposer sur eux de ce soin, 
aussi bien que de celui d'en^^eli^ner 
les lidèles : or, ce que ces discipleri 
ont écrit n'est plus confié à la seule 
mémoire des hommes, quoiqu'il ne 
ïoit pas dans l'Ecriture sainte. 

Quatrième preuve. Si Jésus-Christ 
et les apôtres avaient voulu que la 
doctrine chrétienne fût répandue et 
conservée par l'Ecriture seule, il n'au- 
rait pas été besoin d'établir ixne suc- 
cession de pasteurs et de docteurs, 
pour en perpétuer l'enseignement; 
les apôtres se seraient contentés de 
mettre l'Ecriture à la main des fidè- 
les, et de leur en recommander la 
lecture assidue. Ils ont fait tout le 
contraire. Saint Paul dit que c'est 
Jésus-Christ qui « a donné des pas- 
» teurs et des docteurs, aussi bien 
» que des apôtres et des prophètes, 
V afin qu'ils travaillent à la perfec- 
» tion des saints, aui fonctions de 
» leur ministère, à l'édification du 
» corps mystique de Jésus-Christ, 
» jusqu'à ce que nous parvenions 
» tous à l'unité de la foi et de la 
» connaissance du Fils de Dieu; » 
Ephes., cap. 4, ^ H. Il décide que 
personne ne doit prêcher sans mis- 
sion, Rom., cap. 10, ^15. Est-ce le 
peuple qui la donne? Non, c'est le 
Saint-Esprit qui a établi les évèques 
pour gouverner l'Eglise de Dieu, 
Act., cap. 20, f 28. Cette mission se 
donne par l'imposition des mains, 
I Tim., c. i, y \i; et quand un pas- 
teur l'a reçu, il peut la donner à 
d'autres, cap. o, f 22. L'apôtre recom- 
mande la lecture de l'Ecriture sainte, 
non aux simples fidèles, mais à un 
pasteur; « parce qu'elle est utile pour 
» enseigner, pour reprendre, pour 
» corriger, pour instruire dans la 
• justice, pour rendre parfait un 
» homme de Dieu, » ou un ministre 
de Dieu, II Tim., cap. 4, ^ 16. Il 
n'ajoute point qu'elle est utile à tons 
les fidèles pour apprendre leur reli- 
gion. Saint Pierre les avertit au con- 
traire qu'il n'appartient pas à tous 
de l'interpréter ; que les ignorants 
et les esprits légers la pervertissent 
pour leur propre perte, II Petr., cl, 



^ 20; c. 3, t' IG. Mais les protestants, 
plus éclairés sans doute que le> apô- 
tres, prétendent que tout fidèle doit 
lire l'Ecriture sainte pour y appren- 
dre ce qu'il doit croire, et que tous 
sont capables de l'entendre. 

Loin de convenir que les pasteur» 
et les docteurs ont travaillé à la per- 
fection des saints et à l'unité de la loi, 
ils soutiennent que ce sont eux qui 
l'ont corrompue, et qu'ils s'y sont 
appliqués depuis la mort des apôtres 
jusqu'au seizième siècle. Cepcudant 
Jésus-Christ avait prouiis d'être avec 
ses apôtres jusqu'à lu fin des siècles, 
Mallh., cap. 28, ^ 20; de leur envoyer 
l'Espritde \ élite pour toujours, Joari,, 
c. 14, f 10; mais, selon l'opinion des 
protestants, il n'a pas tenu parole. Il 
avait aussi promis d'accorder aux fi- 
dèlesle don des miracles, M'H'C, cap. 16, 
f 17, et nos adversaires conviennent 
qu'il a exécuté cette promesse, du 
moins pendant les trois premiers siè- 
cles de l'Eglise; quant à la première, 
qui n'était pas moins nécessaire, elle 
est demeurée sans exécution ; la seule 
grâce que Jésus-Christ ait faite à son 
Eglise a été d'y conserver les saintes 
Ecritures sans altération, entre les 
mains de dépositaires fort suspects. 

Mais sans l'assistance du Saint- 
Esprit, à quoi cette dernière grâce 
a-t-elle pu servir? C'est sur le sens 
des Ecritures que la plupai't des dis- 
putes, desschismes, des hérésies, sont 
arrivés dans l'Eglise. Si Jésus-Christ 
lui a conservé l'esprit de vérité pour 
déterminer et fixer ce sens, toute dis- 
pute est finie, il s'ensuit que l'Eglise 
a conservé pure la doctrine de son 
divin Maître et qu'elle a eu droit de 
condamner les hérétiques. Si cela 
n'est point, l'Ecriture est la pouinio 
de discorde qui a divisé tous les es- 
prits; faute de la consulter ou de la 
bien entendre, les pasteurs de l'Eglise 
ont altéré la doctrine chrétienne, les 
hérétiques ont bien fait de mépriser 
ses analhènies, il y a autant de pré- 
somption en faveur de leur doctriue 
qu'en faveur de la sienne. Cependant 
Jésus-Christ a détruit le très-grand 
nombre des hérésies et a conservé 
l'Eglise, où est l'équité, où est la sa- 
gesse de ce divin législateur? C'est 



TRA 



d63 



TRA 



^ 



aux protestants de nous expliquer ce 
phénomène. 

Cinquième 'preuve. Tout le monde 
convient que la certitude morale, fon- 
dée sur le témoignage des hommes, 
est la base de la société civile ; elle 
ne l'est pas moins à l'égard d'une re- 
ligion révélée, puisque celle-ci porte 
sur le fait de la révélation ; et ce fait 
général en renferme une infinité 
d'autres. Tous sont prouvés par des 
témoignages, et l'on démontre aux 
déistes que la certitude qui en résulte 
doit exclure toute espèce de doute 
rai.^onnable, et prévaloir sur tout ar- 
giuueut spéculatif. En effet, lorsqu'un 
laiL sensible est attesté par une mul- 
titude de témoins qui n'ont pu agir 
par collusion, qui étaient de ditfé- 
rents âges et de divers caractères, 
dont les intérêts, les passions, les 
pré ugés ne pouvaient être les mômes, 
quijôtaieut de différents pays, et qui 
ne parlaient pas la même langue, 
il est impossible que tant de témoi- 
gnages réunis sur un fait soient su- 
jets à l'erreur. Il ne sert à rien de 
dire que chaque témoin en particu- 
lier a pu se tromper ou vouloir trom- 
per, qu'aucun n'est infaillible; il n'est 
pas moins évident que l'uniformité 
de leur attestation nous donne une 
certitude entière du fait dont ils dé- 
posent. Ils méritent encore plus de 
croyance, lorsque ce sont des hommes 
revêtus de caractère pour rendre té- 
moignage du fait dont il s'agit, bien 
persuadés qu'il ne leur est pas permis 
de le déguiser ni d'en imposer, qu'ils 
ne pourraient le faire sans s'exposer 
à être contredits, couverts d'oppro- 
bre, dégradés et dépossédés de leur 
état. Or les pasteurs de l'Eglise sont 
autant de témoins revêtus de toutes 
ces conditions pour rendre témoi- 
gnage de ce qu'ont enseigné les apô- 
tres, de ce qui a été cru, professé et 
prêché publiquement dans toutes les 
églises qu'ils ont fondées. 

S'il y a dans le christianisme une 
question essentielle, c'est de savoir 
quels sont les livres que nous devons 
regarder comme Ecriture sainte et 
parole de Dieu; les prolestants sont 
forcés d'avouer ([U(! nous ne pouvons 
en être informés que par le témoi- 
gnage des anciens Pères, pasteurs 



des églises, dépositaires et organe» 
de la tradition. Mais si ces Pères ont 
été ignorants, crédules, souvent trom- 
pés par des livres apocryphes, tais 
qu'ils sont peints par les pr' -îstants, 
quelle certitude peut non* donner 
leur témoignage? Pour fonder notre 
foi, il faut être assuré que ces livres 
ont été conservés dans leur entier, et 
non allérés et falsiliés; qui nous le 
certilicra, si les Pères ont été capa- 
bles d'user de fraudes pieuses? Oa 
dira qu'il ne leur était pas i>ussible 
d'altérer les livres saints, parce que 
ces livres étaient lus publiquemeni et 
journellement dans les assemblées 
des tidèles, et parce que la confron- 
tation des exemplaires aurait décou- 
vert la fraude. Nous en convenons. 
Mais les autres points de la doctrine 
clirétienne n')' étaient pas prêches 
moins publicjuement ni moins assi- 
dûment; s'il y était survenu de l'al- 
tération quelque part, la comparaison 
de cette doctrine avec celles des autres 
églises aurTait fait le mémo effet que 
la confrontation des difl'éri'ules copies 
des livres saints. 

Un protestant célèbre et très-pré- 
venu contre la tradition l'a compris. 
Bcausobre dans son Discours sur les 
livres apocryphes, Hist. du Manich., 
toni. 1, p. 441, dit que, pour discer- 
ner si un livre était apocryphe ou 
authentique, les Pères en ont comparé 
la doctrine avec celle que les apôtres 
avaient prèchée dans toutes les égli- 
ses et qui était uniforme. Donc il re- 
connaît que la tradition de ces églises 
était un témoignage irrécusable, et 
que les Pères ont été capables de le 
rendre sans aucun danger d'erreur. 
» La tradition, dit-il, ou le lémoi- 
» gnage de l'Eglise, lorsqu'il est bien. 
» vérilié, est une preuve solide de la 
» certitude des faits et de la certitude 
» de la doctrine. » Cet aveu est re- 
marquable. Il ajoute, en second lieu, 
que les Pères ont pu savoir certaine- 
ment quels étaient les livres donnés 
aux églises par les apôtres et par les 
hommes apostoliques, dès le vom- 
mcncement, parce qu'il y a eu dans 
l'Eglise une succession continue d'é- 
vèques, de- prêtres, d'écrivains ecclé- 
siastiques (]ui, depuis les apôtres, ont 
iuslruit les églises, et dont on ne 



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164 



TRA 



pouvait pas récuser lo tHmoignage. 
Il dit entia que les Pères ont comparé 
les livres qui venaient certainement 
des apôtres avec les autres, pour sa- 
voir si ceux-ci ressemblaient aux pre- 
miers., que c'est la règle et la maxime 
de tous les critiques. 

Voilà donc les anciens Pères recon- 
nus capables de confronter la doctrine 
des églises avec celle des livres saints, 
capables de porter un témoignage 
irrécusable sur la conformité de l'une 
avec l'autre, capables d'user de la 
critique pour comparer le ton, le 
style, la manière des écrits incontes- 
tablement apostoliques, avec la ma- 
nière de ceux desquels l'authenticité 
n'était pas encore universellement 
reconnue. Si Beausobre et les autres 
protestants avaient toujours rendu la 
même justice aux Pères de l'Eglise, 
nous leur en saurions gré. Or, puis- 
que ces Pères sont dignes de foi lors- 
qu'ils disent : Voilà les livres que les 
apôtres nous ont laissés comme divins, 
ils ne le sont pas moins lorsqu'ils 
disent : Telle est la doctrine que les 
apôtres ont enseignée à nos églises, 
et tel est le sens qu'ils ont donné à 
tel ou tel passage. 

Ainsi, lorsqu'on 325, au concile de 
Nicée, plus de trois cents évéques, 
rassemblés non-seulement des diffé- 
rentes parties de l'empire romain, 
mais encore d'autres contrées, ren- 
dirent uniformément témoignage que 
le dogme de la divinité du Verbe avait 
été enseigné par les apôtres, toujours 
cru et professé dans les églises dont 
ees évoques étaient pasteurs ; que par 
ces paroles de l'Evangile, Mon Père et 
moi sommes une même cfiose, on avait 
toujours entendu que le Fils était 
consubstanticl au Père : que man- 
quait-il à cette attestation pour don- 
ner de ces faits une certitude morale, 
entière et complète? Quand ce même 
témoignage aurait été rendu par les 
évèques dispersés dans leurs sièges, 
et consigné dans leurs écrits, il n'au- 
rait été ni moins fort ni moins incon- 
testable. Jusqu'à présent nous n'avons 
vu dans l'es ouvrages de nos adver- 
saires ,. jeune réponse à cette preuve. 

Ils diront peut-être qu'en fait de 
dogme et de doctrine la preuve par 
tûuioins a'est pas admissible. Pure 



équivoque. Lorsqu'il s'agit de juger 
par nous-mêmes si un dogme est 
vrai ou faux, conforme ou contraire 
à la raison, utile ou pernicieux , 
ce n'est plus le cas de consulter 
des témoins ; meus quand il est seu- 
lement question de savoir si tel 
dogme a été enseigné aux fidèles par 
les apôtres, s'il a été prêché et pro- 
fessé constamment dans les églises, 
c'est un fait sensible, public, éclatant, 
qui ne peut être constaté que par 
des témoignages. Or, dès qu'il est 
certain que les apôtres l'ont enseigné, 
toute autre question est superflue. 

Dans les tribunaux de magistra- 
ture on interroge également les té- 
moins sur ce qu'ils ont vu et sur ce 
qu'ils ont entendu, leur déposition 
fait foi sur l'un et sur l'autre de ces 
deux faits. Les apôtres eux-mêmes 
nous ont donné l'exemple de cette 
méthode : « Nous ne pouvons nous 
» dispenser, disent saint Pierre el 
» saint Jean, de publier ce, que nous 
» avons vu et entendu, " Act., [c. 4. 
y 20. « Nous vous aunoii(;ous et nous 
» vous attestons ce que nous avons 
» entendu, ce que nous avons vu, ce 
» que nous avons touché do nos 
» mains, au sujet du Verbe vivant, » 
I Joan., c. 1. immédiatement après 
la mort dbs apôtres, GériuLlie, lîbion, 
Saturnin, Basilide et d'autres nièrent 
la création, la divinité de Jésus- 
Christ, la réalité de sa chair, de sa 
mort, de sa résurrection, et le dogme 
de la résurrection future. Que leur 
opposèrent saint Barnabe, saint Clé- 
ment, saint Poljcarpe, saint Ignace? 
La prédication des apôtres qui 
avaient été leurs maîtres. Pour pré- 
server les lidèles de l'erreur, ils leur 
recommandent de se tenir attaché» 
à la tradition des apôtres et à la doc- 
trine qui leur est enseignée par leur» 
pasteurs; nous citerons ci-après leui"» 
paroles. Donc au second et au troi- 
sième siècles, lorsqu'il est survenu 
d'autres hérétiques, les Pères ont 
dû leur répondre de même : Votre 
doctrine n'est pas celle qlii nous a 
été enseignée par k successeurs 
immédiats des apôtres. Saint Irénéi". 
dans Eusébe, Hist. ecclés., 1. 3, c. 20. 

Si l'on prétend que cette preuve d« 
fait a perdu sa force par la succès- 



If 



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165 



TRA 



sion des temps, il faudra soutenir 
aussi ^'elle est devenue caduque à 
l'égar^^es autres laits sur lesquels 
le christianisme est fondé, et en par- 
ticulier à l'égard de la question de 
savoir quels sont les livres qui nous 
ont été donnés par les apôtres comme 
Ecriture sainte. 

Sixième pri^nve. Des réflexions que 
nous venons de faire, il s'ensuit déjà 
que l'Ecriture seule n'aurait pas été 
un mDyen suffisant pour répandre et 
pour conserver la doctrine de Jésus- 
Christ, s'il n'y avait pas un ministère, 
une mission, un enseignement public, 
pour attester aux fidèles l'authenti- 
cité, l'intégrité, la divinité des livres 
saints, pour les leur expliquer et 
leur en donner le véritable sens. 
Mais cette vérité est encore confirmée 
par d'autres raisons. 

{" Dans les premiers siècles, peu 
de personnes avaient l'usage des 
lettres, et l'ignorance devint encore 
plus générale après l'inondation des 
peuples barbares. Avant l'invention 
de l'imprimerie, une Bible était un 
livre très-cher, et les eiempbiires 
n'en étaient pas communs. Il est 
évident que pendant quatorze cents 
ans les trois quarts et demi des 
chrétiens étaient réduits aux seules 
instructions des pasteurs ; nous ne 
croyons pas pour cela que le salut 
leur ait été beaucoup plus difficile 
qu'à nous. Dieu ne l'a jamais attaché 
à des moyens rares, dispendieux, 
presque impraticables ; Moïse le fait 
remarquer aux Juifs, Deut., c. 30, 
y 1 i ; il n'y a pas lieu de penser que 
Dieu en agit avec moins de bonté 
envers les chrétiens : nous avons fait 
voii ailleurs que dans l'Eglise catho- 
lique la foi des «impies et des igno- 
rants, fondée sur la mission des 
pasteurs qui les instruisent et sur la 
tradition, est très-sage et très-solide. 
Nous examinerons ci-après si celle 
du commun des protestants est plus 
certcu '• et mieux appuyée. 

2"> ^ li'és-grand nombre des vé- 
rités s roi, comme la sainte Trinité, 
l'incarnation , la rédemption du 
monde, la résurrection future, la 
nature du bonheur éternel, les sup- 
plices de l'enfer, la communication 
du péché originel, l'effet des sacre- 



ments, celui de l'eucharistie en par- 
ticulier ; la prédestination, l'efficacité 
de la grâce, etc., sont des mystères 
incompréhensibles. De quelque ma- 
nière qu'ils soient couchés par écrit, 
il nous restera toujours des doutes 
sur le sens des termes, parce que le 
langage humain ne peut nous en 
fournir d'assez clairs. L'oubli des 
langues origirales, la variété des 
versions, l'inexactitude des copies, 
l'équivoque des mots, le changement 
des mœurs et des usages, la bizar- 
rerie des esprits, les subtilités de 
grammaire, les sophismes des héré- 
tiques, laisseront toujours des in- 
quiétudes au commun des lecteurs. 
Quand il y aurait beaucoup d'hommes 
capables de surmonter tous ces ob.s- 
tacles, s'ils n'ont ni caractère, ni 
mission, ni autorité divine, à quel 
titre pourrons-nous leur ajouter foi'? 

3» Les protestants ont beau ré- 
péter que l'Ecriture sainte est claire 
sur tous les articles essentiels du 
christianisme, il n'en est pas un seul 
que les hérétiques n'aient attaqué 
par l'&riture même. Jamais deux 
sectes opposées n'ont manqué d'y 
trouver chacune des passapes favo- 
rables; point d'absurdité que l'on 
n'ait étayée par là : cet abus a 
commencé avec le christianisme, et 
il dure encore. Dien nous a-t-U 
donné, pour seul moyen d'apprendre 
notre croyance, la pierre d'achop- 
pement contre laquelle se sont heur- 
tés tous les mécréants. 

Mais ces réflexions, quelque évi- 
dentes qu'elles soient, paraissent 
aux protestants autant de blas- 
phèmes : ils nous accusent de dé- 
primer l'Ecriture ou la parole de 
Dieu, de la faire envisager comme 
un livre inutile dont la lecture est 
dangereuse ; de mettre la tradition, 
qui n'est que la parole des hommes, 
au-dessus de celle de Dieu, comme 
si Dieu ne savait pas mieux parler 
que les hommes, etc. Pures ealom- 
nies cent fois réfutées. Ce n'est point 
déi)rimer l'Ecriture sainte, que de la 
représenter telle que Dieu nous l'a 
donnée; en la faisant écrire par des 
hommes inspirés, il n'a pas changé 
la nature du langage humain ni 
l'essence des choses. Les protestante 



TRI 



1C( 



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eux-mêmes ronviciuicut que, pour 
renleiidre, il i'aul l'assistance du 
Saint-Esprit, et ils disent que Dieu 
ne la refuse point à un fidèle docile, 
qui cherche sincèrement la vérité. 
i);ï aotre côté nous soutenons que 
Dieu n'a point promis cette assistance 
il chaque fidèle, mais à son Eglise, 
aux apôtres et à leurs successeurs, 
aux pasteurs chargés d'enseigner, 
que quiconque refuse de les écouter, 
n'est plus ni fidèle, ni docile, ni sin- 
cère, puisqu'il résiste à l'ordre de 
Dieu, et que par un orgueil témé- 
raire il se croit mieux inspiré que 
l'Eglise entière, qu'il y a du fanatisme 
à nommer parole de Dieu le sens qu'il 
plaît à chaque particulier de donner 
à l'Ecriture sainte, sous prétexte que 
c'est Dieu qui le lui fait connaître. 

Loin de rejeter l'Ecriture sainte, 
nous la mettons toujours à la tète de 
toutes nos preuves théologiques; et 
lorsque les hétérodoxes en détour- 
nent le sens, lorsqu'ils disent que 
les passages que nous citons sont 
obscurs et que nous en tirons de 
fausses conséquences, nous leur ré- 
pliquons que ce n'est ni à eux ni à 
nous de juger définitivement cette 
contestation, que c est à l'Eglise, au 
corps des pasteurs auxquels Dieu a 
don-né mission et autorité pour en- 
seigner, par conséquent pour ex- 
pliquer le vrai sens de l'Ecriture. 
Nous ajoutons que si l'Ecriture garde 
un silence absolu sur un point de 
doctrine, et s'il est enseigné néan- 
moins par l'Eglise ou par )e corps 
des pasteurs, nous devons y croire, 
parce qu'ils ont toujours fait pro- 
fession de n'enseigner que ce qu'ils 
.Mvaient reçu, par tradition, des apô- 
tres, et que la parole des apôtres, 
qui est la parole de Dieu, n'est pas 
moins respectable non écrite qne 
quand elle est écrite. Nous avons 
donc pour celte divine parole un 
respect plus sincère que les protes- 
tants. 

Pour nous rendre odieux, ils nous 
•reprochent de favoriser le déisme et 
le pyrriionisme. En clfel, les déistes 
ont fait ce raisonnement : D'un côté 
les catholiques prouvent que l'Ecri- 
ture seule ne peut donner aux chré- 
tiens xtoe eaUùre certitude de leur 



croyance, de l'autre les protestants 
soutiennent que la tradition peut 
encore moins produire cet etlet ; donc 
les chrétiens n'ont aucune preuve de 
leur foi. 

11 nous paraît d'abord fort aisé de 
retourner l'argument et de dire : 
D'un côté les catholiques prouvent 
qne lu tradition leur donne une cer- 
titude entière de la vraie doctrine de 
Jésus-Christ, de l'autre les protestants 
soutiennent que l'Ecritm-e seule suffit 
pour opérer cet etlet; donc l'Ecriture 
el la tradition réunies donnent une 
certitude encore plus complète. Que 
peuvent répondre les déistes? 

Au lieu de les réfuter ainsi, les 
protestants ont juré qu'il était mieux 
de faire retomber ce sophisme sur 
nous seuls. Ils disent : Nous prou- 
vons évidemment que la tradition 
est souvent fausse et trompeuse ; 
donc, si vous venez à bout de dé- 
montrer que l'Ecriture est insofli- 
sante, vous ôtez tout fondement aux 
vérités de la foi, vous donnez gain de 
cau^e aux incrédules. 

Outre le ridicule qu'il y a de leur 
part à s'attribuer la victoire, lorsque 
le combat dure encore, nous leur 
demandons si la certitude de notre 
foi est fondée sur deux preuves, 
savoir, l'Ecriture et la tradition'. 
lequel des deux partis lui porte le 
pliisdepréjudice, celui qui veut qu'on 
les réunisse et que l'on soutienne 
l'une par l'autre, ou celui qui rejette 
absolument l'une des deux"? L'entê- 
tement de nos adversaires est de 
supposer toujours que nous rejetons 
l'Ecriture comme ils rejettent la 
tradition; fausseté notoire. Encore 
une fois nous disons que l'Ecriture 
sainte expliquée et suppléée par la 
tradition est une i-ègle sûre, divine, 
infaillible, à laquelle tout chrétien 
doit se soumettre sans hésiter; mais 
qne l'Ecriture sainte sans la tradition, 
et livrée à l'interprétation arbitraire 
de chaque particulier, est une source 
infaillible d'erreur; nous ne rejetons 
d'OHc que la nféthode protestante 
d'user de l'Ecriture, et non l'Ecriture 
elle-même. 

Ils insistent cependant encore, et 
ils disent : Malgré l'efljeacité que 
•TOUS at^tribuez à votre double règlCi 



"ÎRA 



167 



TRA 



elle n'a pas empêché parmi vous les 
erreurs de nailre et les disputes de 
continuer ; donc vous n'êtes pas plus 
avancés avec deux règles que nous 
ne !e sommes avec uue seule. Nous 
répondons qu'il ne peut naître parmi 
nous aucune erreur, tant que tout 
Ihéologien demeurera également sou- 
mis à l'Ecriture sainte et à la tradi- 
tion : s'il yen a qui s'écartent de l'une 
ou de l'autre, ils tomberont dans 
l'erreur sans doute ; mais alors ce 
sera leur faute, et non celle de la 
règle. Quant aux disputes des théo- 
logiens catholiques, elles n'intéres- 
sent en rien la foi ni les mœurs ; 
tous reçoivent la même profession de 
croyance ; il n'y a point de schisme 
«ntre eux. Parmi les hérétiques, au 
contraire, malgré leur déférence ap- 
parente à l'Ecriture, il s'en est trouvé 
plusieurs qui ont nié des articles es- 
sentiels au christianisme, et dès qu'ils 
ont eu un certain nombre de parti- 
sans, ils ont fait bande à part. Ja- 
mais ils n'ont pu dresser une confes- 
sion de foi qui ait réconcilié deux 
sectes, quoiqu'ils l'aient souvent 
tenté. 

On nous demandera peut-être si 
la nécessité de la tradition, que nous 
regardons comme un article fonda- 
mental, est couché dans le symbole. 
Nous soulciions qu'elle y est dans ces 
paroles : Je crois la sainte Eglise ca- 
tholique; aux mots Catholique et 
Catholicisme, nous avons fait voir que 
cet article signifie : Je crois que la 
sainte et véritable Eglise est celle qui 
prend pour règle de foi la catholicité, 
c'est-à-dire la tradition, la croyance, 
l'enseignement constant et uniforme 
de toutes les églises dont elle est 
composée. Au besoin, nous trouve- 
rions encore le même sens dans ces 
mots : Je crois lacommunion des saints ; 
il n'y a plus de communion entre 
des sectes qui n'ont pas la même 
croyance. 

« Ces mots, dit le savant Bossuet, 
» Je crois l'Eglise '■atholique, ne si- 
» gnifient pas seulement, je crois 
» qu'elle est, mais encore je crois ce 
y> qu'elle croit ; autrement ce n'est 
» plus croiie qu'elle est, puisque le 
» fond, et pour ainsi dire la sub- 



.) stance de son être, c'est sa foi 
» qu'elle déclare à tout l'univers. » 
Voy. Esprit de Leihnitz, t. 2, pag. 10. 

Septième preuve. Personne n'a pu 
mieux savoir de quelle manière il 
faut acquérir et conserver la foi, que 
ceux qui ont été chargés parles apô- 
tres de l'enseigner : or, ils recom- 
mandent l'attachement à la tradition, 
et non l'étude de l'Ecriture sainte. 

Saint Barnabe, Epist.,n. 5, dit aux 
fidèles : <i Vous ne devez point vous 
» séparer les uns des autres, en vous 
B croyant justes : mais tous rassem- 
» blés, cherchez ce qui est utile et 

• convenable à des amis de Dieu ;car 

• l'Ecriture dit : Malheur à ceux qui 
Il se croient seuls intelligents, et se 
» Uattent intérieurement d'être sa- 
» vants. » Le Clerc, dans une note 
sur ce passage, croit que l'auteur fait 
allusion à l'orgueil des pharisiens ; 
mais il condamne encore plus évi- 
demment l'orgueil des hérétiques, 
qui se croient plus intelligents et 
plus savants que l'Eglise universelle 
de laquelle ils se sont séparés. 

Saint Clément, pape, dans sa pre- 
mière lettre aux Corinthiens, les ré- 
primande de leurs divisions et du 
peu de respect qu'ils avaient pour 
leur clergé. 11 leur représente, n. 42, 
que ce sont les apôtres qui, animés 
de l'esprit de Dieu, ont établi les évê- 
ques et les ministres inférieurs et qui 
ont réglé leurs fonctions ; or, une de 
leurs fonctions est certainement d'en- 
seigner. Il les exhorte, n. 57, à être 
soumis aux prêtres, à n'avoir ni or- 
gueil ni arrogance. Ce saint Pontife 
ne pensait pas qu'un laïque, une 
Bible à la main, fût en droit de faire 
la leçon à ses pasteurs. 

Saint Ignace, suivant la remarque 
d'Eusébe, Hist. ecclés., 1. 3. c, 36, ex- 
hortait les fidèles dans toutes les 
villes où il passait, à se précaution- 
ner contre les erreurs des hérétiques, 
et à se tenir fortement attachés aux 
traditions des apôtres ; c'est en effet 
la morale que ce saint martyr enseigne 
dans toutes ses lettres. Ad magnes., 
n. 6, il exhorte les lidèles à la con- 
corde, à être soumis à l'évêque qui 
préside à la place de Dieu, aux prê- 
tres qui représentent le sénat apos- 




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168 



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tolique, aux diacres chargés du mi- 
nistère* ''■e Jésus-Christ, à tenir 
unanim»inent avec eux une doctrine 
inviolable. Il le répète, ad Trall , 
n. 3, et il ajoute qne sans eux il n'y 
a point d'Eglise. Il dit aux Philadel- 
phiens, n. 2 et 3 : « Fuyez toute di- 
» vision et toute mauvaise doctrine, 
» suivez votre pasteur comme des 
» brebis dociles ; il y a des loups qui 
» paraissent dignes de foi, mais qui 
» tiennent les tidèles captifs, après 
» les avoir séduits par de belles ap- 
» parences... Tous ceux qui sont à 
» Dieu et à Jésus-Christ demeurent 
» attachés à leur évêque... Si quel- 
» qu'un suit unschismatique, il n'hé- 
» ritera pas du royaume de Dieu ; si 
» quelqu'un a des sentiments parti- 
• culiers, il renonce à la passion du 
» Sauveur. » 

Saint Polycarpe dans sa Lettre aux 
Fhilipjnens, n. 10, les exhorte « à de- 
» meurer fermes et constants dans 
3> la foi, dans l'amour fraternel, dans 
» la paix, et dans la profession des 
3> mêmes vérités. » Or, cela ne se 
peut pas faire lorsque chaque parti- 
culier veut formerlui-mèmesapropre 
foi et entendre l'Ecriture sainte 
comme il lui plait ; l'exemple des sec- 
tes hétérodoxes le démontre. Ainsi 
ont pensé les disciples immédiats des 
apôtres. 

Au second siècle, Hégésippe, selon 
le rapport d'Eusébe, liv. 4. c. 22, lit 
un voyage à Rome ; il consulta un 
grand nombre d'évêques, il trouva la 
même foi et la même doctrine dans 
toutes les églises des villes par les- 
quelles il passa. Mais à quoi bon ces 
perquisitions, s'il suffisait de consul- 
ter l'Ecriture pour connaître la vraie 
foi ? Dans le même siècle on lisait 
dans les assemblées chrétiennes les 
lettres des saints évèques, aussi 
bien que celles des apôtres, ibid., 
c. 23 : chose fort inutile, suivant 
l'opinion de nos adversaires. 

jaint Justin, dans sa Lettre à Dio- 
gnéte, n. H, dit que le Fils de Dieu 
accorde des lumières à ceux qui les 
demandent, qui ne franchissent ni les 
bornes de la foi, ni celles qui ont été 

F osées par les Pères...; qu'iiinsi 
Evangile s'établit, la tradition des 



apôtres est gardée, et l'Eglise comblée 
de grâces (1). 

Saint Théophile, évêque d'An- 
tioche, ad Autolic, lib. 2, n. 14, com- 
pare les saintes églises dans les- 
quelles se conserve la doctrine des- 
apôtres, à des ports dans lesquels les 
navigateurs sont en sûreté, et les 
hérétiques à des pirates, leurs erreurs 
à des écueils contre lesquels les vais- 
seaux font naufrage. Selon l'avis des 
protestants, les fidèles ne sont en 
sûreté que quand ils consultent l'E- 
criture sainte. 

Saint Irénée ne pensait pas comme 
eux. Contra User., lib. 3, c. 4, n. 1. 
(C II ne faut point, dit-il, chercher ce 
qui est vrai ailleurs que dans l'E- 
» glise, dans laquelle les apôtres ont 
» rassemblé toutes vérités comme 
» dans un riche dépôt, alin que qui- 
» conque veut étancher sa soif puisse 
» y trouver ce breuvage salutaire. 
» C'est là que l'on reçoit la vie, tous 
» les autres docteurs sont des larrons 
» et des voleurs. Il faut donc les évi- 
» ter, et consulter soigneusement les 
» églises, pour y trouver la vraie 
» tradition. Car enfin, s'il y avait une 
» dispute sur la moindre question, 
» ne faudrait- il pas recourir aux 
» églises les plus anciennes dans les- 
» quelles les apôtres ont enseigné, et 
» savoir d'elles ce qu'il y a de vrai 
» et de certain sur ce sujet? et quand 
» même les apôtres ne nous auraient 
» point laissé d'Ecritures, ne fau- 
B drait-il j)as encore suivre l'ordre 
» de la tradition qu'ils ont donnée à 
» ceux auxquels ils coiiliaient les 
» églises? • (2j. II montre cette né- 



(i) Saint Justin rapporte le précepte de célébrer 
le dimanche, en s'assemblant dans l'église, k nne 
tradition donnée par JésDS-Cbritt à ses apôtres et 
à ses disciples dans une de ses apparitions. (Apo/.I, 
cap. 67.) Dira-t'On que co saint tnartyr if^uoraitc»- 
doot il parlait ? Ûira-t-on que Jéstis-Cbrist n'arait 
pas en effet duoné ce précepte ? Dira-t-on qne 09 
préceplo fait partie de la tradition écrite ? Que nos 
advtii'tiatres cboi^issent entre ces assertions absur- 
des celle qui leur plaira le plus. — De la Luzerne, 
Oissert. sur ies églises catholiques et protestait' 
(eSy t. 2. Gousset. 

(3) Saint Irénée établit l'autorité de ^a tradition 
dans plusieurs endroits, < Quand D'UIk appelons, 
> dit-il, les bérétiques à la tradition qui \ Sot des 
s apûti-'-s, ut qui se conserve dans l'Eglise ^ V i«s 
» successions des évéques, ils combattent la tetài- 
I tion. Ceux qui dans toute l'Eglise veolent voir la 



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169 



TRA 



cessité par l'exemple des églises fon- 
dées chez les Barbares, qui n'avaient 
encore aucune Ecrilure sainte, mais 
qui suivaient lidèleuient la tradition. 
Dans le chapitre précédent il réfute 
les hérétiques par la tradition de l'E- 
; glisc romaine ; et liv. 1, c. 10, il at- 
iesteque, malgré la distance des lieux 
et la diversité des langues, la tradi- 
tion est uniforme partout. Dans une 
lettre rapportée par Eusèbe, 1. 3, 
c. 20, il rend témoignage de l'atten- 
tion avec laquelle il écoutait les le- 
çons de saint Pol3'carpe, disciple im- 
médiat de l'apôtre saint Jean. 

Cependant un protestant célèbre 
prétend que ce Père ne faisait aucun 
cas de la. tradition. Carpocrate, dit-il, 
n Valentin, les gnostiques, les marcio- 
iiites, fondaient leurs erreurs sur de 
prétendues traditions; ilsdisaient]que 
Jésus-Christ n'avait pas prêché pu- 
bliquement toute sa doctrine, mais 
qu'il avait confié plusieurs vérités à 
quelques-uns de ses di-ciples, sous 
condition qu'ils ne les révéleraient 
qu'à ceux qui seraient capables de 
les entendre et de les conserver. Saint 
Irénée rejette ces traditions avec rai- 
son ; il dit que si les apôtres avaient 
appris de Jésus-Christ des vérités ca- 
chées, ils les auraient transmises à 
ceux auxquels ils conliaient le soin 
des églises. Il dit aux marcionites : 
Lisez exacte u.ent les prophètes, lisez 
les évangélistes, vous trouverez dans 



i vérité, n'ont qu'à considérer la tradition des 
a apôtres manifestée donfl le monile entier. Kn inon- 
fl trant la tiadition qne l'Eylise a reçue des apôtres 

• et la foi anijODCée aux hommes, laquelle parvient 

• jusqu'à nous par les successions de» évoques, 

• nous confondons tons ceux qui, de quelque nia- 

• nière que ce soit, moissonnent oii ils ne doivent 
» pas... Par l'ordioalion divine et parla eorco-sion, 
I la tradition et la Jirédication de la vérité qui, 

• dans l'Eglise, vient des apôtres, arrive jnsqTi'rt 
I nous ; et c'est la miirque certaine que la nn^ no 
I etunique foi viviGoatrice se conserve dans l'Eglise 

• depuis les apôtres jusqu'à présent, transmise 
» avec vérité, u (Contra HaBvrs.f lib. 3, cap. 2.) 
Deux choses sont ici certaines: la première, que 
«int Irénée combat les hérétiques parla tradition, 
it qu'il la donne comme une règle de foi j la se- 
conde, que la tradition dont il parle est la tradition 
JOtt écrite et non pas l'Ecriture sainte. C'est la 
.radition qui découle lirs apôtres, par les biiccqs- 
lloas des évêques, c'es' i dire celle qui s'est trans- 
mise de honclie en liouclie, et qui s'est ainsi coa- 
lervée daos les diff.-reuts sièges. Si ce Père avait 
SDTue l'Ecriture sainte, il s'exprimerait autrement, 
i l'indiquerait c'aireœent. ~- De la Luzerne, ibid. 

GoussiiT. 



ces éciits toute la doctrine de Jésus- 
Christ. Ce n'est donc qu'au défaut des 
Ecritures que ce Père dit qu'il fau- 
drait recourir à \a tradition, Hasnage, 
Hist. de l'Eglise, 1. 9, c. 5 et suiv. 

Miiis quelle ressemblance y a-t-il 
entre les préteudu(^s<rn<^iYi!07!S cachées 
des hérétiques, desquelles il n'y avait 
point de témoins, et l'enseignement 
public, constant, uniforme des pas- 
teurs auxquels les apôtres avaient 
contié les églises, enseignement que 
saint Irénée appelle tradition ? C'est 
à celte règle qu'il veut que l'ou s'en 
rapporte en cas de dis}Mtcsiirlamnii'- 
drc 'pirstion : or, lorsque l'Ecriture 
garde le silence, n'est-ce pas la même 
chose que si l'on n'avait point d'E- 
criture pour s.ivoir ce qu'il y a de vrai 
et de certain ? Il soutient avec raison 
que s'il y av.iit eu des vérités ca- 
chées, les apôtres les auraient ensei- 
gnées aux pasteurs par préférence, 
puisque de tous les lidèles c'étaient 
les plus capables de comprendre ces 
vérités et de les conserver. Mais ce 
n'est point là l'idée que les protes- 
tants nous donnent de ces hommes 
apostoliques ; ils les peignent comme 
des hommes simples, ignorants, cré- 
dules, qui n'avaient ni discernement 
ni capacité. 

Quant aux marcionites, le cas était 
tout différent ; ils soutenaient que 
l'ancien Testament et le nouveu n'é- 
taient pas l'ouvrage du même Uieu ; 
pour prouver le contraire, Saint Iré- 
née leur dit : « Lisez exactement 
» l'Evangile que les apôtres nous ont 
» donné, lisez ensuite les prophètes, 
» vous trouverez que toutes les ac- 
» lions ton* es les souffrances de 
» Notre-Seignenr y sont prédites, I. 4, 
c. 34, n. I . S'ensuit-il de là que, 
dans toute question de doctrine, il 
suffit, comme dans celle-là, de con- 
fronter les évangélistes avec les pro- 
phètes ? Saint Irénée veut que l'on 
s'en tienne à la tradition. 

Au troisième siècle l'on n'avait pas 
changé de principes. Tertullien, de 
Prxscript., c. I!> et seq., ne voulait 
pas que l'on admit les héréti(|ues à 
disputer par l'Ecriture sainte, il sou- 
tient que c'est une complaisance 
inutile et déplacée, parce que l'Ecri- 
riture sainte n'a pas été donnée aux 



TRA. 



170 



TRA 



hf rftiques, mais à l'Eglise, et pour 
«♦lo feule, parce qu'ils en rejetaient 
ce qiÀ liur déplaisait, parce qu'ils 
en mutilaient ou altéraient les pas- 
sages, et parce qu'ils en détournaient 
le sens, ibid., c. 19. « L'ordre exige, 
11 dit-il, que l'on s'informe de qui, 
» p;ir qui, quand et à qui*a été don- 
i> née la doctrine qui nous rend chré- 
» tiens : où sera la vraie, là setrou- 
» vora aussi la vérité des Ecritures, 
» flcà explications (1) et de toutes les 
» Iraditions chrétiennes. » Ainsi ce 
Pérc veut que l'on établisse par la 
tradition, non-seulement l'authenti- 
cité et l'intégrité de l'Ecriture, mais 
encore le sens et les explications ; 
chap. 32 et 36, il renvoie les héréti- 
ques à la tradition des églises apos- 
toliques ; il soutient quecelles qui se 
forment tous les jours ne sont pas 
moins apostoliques que les plus an- 
ciennes, parce qu'elles tiennent la 
même doctrine, et qu'elles sont en 
communion les unes avec les autres. 
Cela n'a pas empêché nos adver- 
saires de nous opposer Tertullien. L. 
de Resurr. carnis, c. 3, il veut que 
l'on ôteaux hérétiquesles sentiments 
païens, qu'ils prouvent les leurs par 
les Ecritures seules ; alors, dit-il, ils 
ne pourront plus se soutenir. Mais 
il ajoute que l'instruction divine ne 
consiste point dansla superficie, mais 
dans la moelle, et qu'elle parait sou- 
vent contraire à l'évidence. Il le ré- 
pète, de Prxscript., c. 9. « Il faut 
» combattre, dit-il, par le sens des 
» Ecritures, sous la direction d'une 
» interprétation sûre. Aucune parole 
• de Dieu n'est assez étendue ni assez 



(1) « J'éiablU, dit Tcrilillien, cette fre«arip(ioa, 

■ qti'oo De doit pas proil<vor ce i[iie 'les KpùtrVB oui 
• pi'^'-Ii^, c'ei,t-à-dli'e ce que Jé»ri8-Chri8t loiir e 
V révélé, anlremeot que par les él^lrses qne 'lea 
1 ui'ùtres oDt foodées, eo leur prftchaut, soit de 
■f yîve roi], aoit eosnite pnr leurs épitrea. Cela 
1 étant, il est certain que toute doctrine qui s'ac- 

■ C'ii'de avec les ^gliiea-mères et origioBires de 
s la foi doit être remaniée comme la rérité... Ce 
> qni tst trouvé le même paitont o'est pas une 
» erroiir, c'est nnn IraditioD.t (^De Prgsirijt.j 
eap. SI.) Que Tertullien entende ici la tradition 
éciM'', 30 ne peut pas le contester. D'aiMrd il 
en fji:t une mention eipresse, eo parlant de la pré- 
Jicatin I faite de rive voix par les spâlres ; ensuite, 
s'il voulait parler de l'Ecriture sainte, pourquoi ne 
la numu^orah-il paa axpresséioent ? — De la Lu- 
■•rne, ibid. 

CooasaT» 



» exempte d'embarras pour en sou- 
)i tenir les mots, et non ce qu'ils si- 
» gnilient. » L. adv. Hermogen., c. 22, 
après avoir cité ces paroles : Au com- 
mencement Dieu a fait le ci(d et la terre, 
« J'adore, dit-il, la plénitude de 
» l'Ecriture, qui me montre l'ouvrier 
» et ce qu'il a fait Je n'y ai vu nulle 
» part qu'il a tout fait d'une manière 
» préexistante. Qu'Hermogène me 
» fasse voir que cela est écrit; s'il ne 
» l'est pas, qu'il craigne cette me- 
» nace : Malheur à ceux qui ajoutent 
« ou qui retranchent. » Il est évident 
que ce Père disputait contre les hé- 
rétiques dont l'un niait la création, 
l'autre la résurrection de la chair, et 
qui opposaient à ces deux dogmes 
les raisonnements et l'autorité des 
philosophes païens. Tertullien veut 
d'abord qu'ils renoncent à ces prin- 
cipes du paganisme, et qu'ils prou- 
vent leur sentiment par l'Ecriture; 
mais pour en tirer la moelle et pour 
en prendre le vrai sens, il veut que 
l'on soit dirigé par une interpréta- 
tion sûre. Où la trouver, sinon dans 
l'Eglise ou dans la tradition? 11 n'y a 
ni obscurité ni contradiction dans les 
principes de ce Père. 

Clément d'Alexandrie, Strom., 1.7, 
c. 16, p. 891, reproche aux héréti- 
qties les mêmes abus de l'Ecriture 
s.iinte que Tertullien. Ibid., 1. I, c. l, 
p. 322, il atteste que les maîtres par 
lesquels il avait été instruit gardaient 
fidèlement la doctrine reçue des apô- 
tres par tradition, et il la met par 
écrit, afin d'en conserver le souve- 
nir. Pour savoir si une doctrine est 
vraie ou fausse, orthodoxe ou héré- 
tique, il veut que l'on cnjuge non- 
seulement par l'Eciiture, mais parla 
tradition de l'Eglise. Il fait voir, 1. 7. 
c. 17, p. 898 et 899, que l'Eglise ca- ; 
tholique est plus ancienne que toutes 
les hérésies, qu'elle est une dans sa 
doctrine et dans sa foi, qu'elle les 
tire du Testament qui appartient à 
elle seule ; que comme la doctrine 
des aj»ôtres a été une il en est de 
même de la tradition qu'ils ont lais- 
sée jl). Potter et Beausobre ont tâché 

(1) Saint Clétuentd'AIoxaudrie, après avoir parlé 
de dillfif-nts saints personnages qu'il avait vus, qui 
ctiiicrit dsn«itne bni,t4< n 1irri.srt fini.'i.liAiafi"n, spé* 
emieuent «i an 'qq'fi avait r*clsttrclM> «h Ufl>T'*i 



TR.V 



171 



TRA 



de travestir le seus du mot irarlition 
dans ce passage et dans celui de saint 
Paul, II Thcss.. c. 2, ^ 14; ils n'y ont 
pas réussi. 

Origène, dans la préface de ses 
livres dfs Principes, n. 2, prescrit la 
même rè,trle. « Comme il y en a pln- 
» sieurs, dit-il, qui croient suivre la 
» doctrine de Jésus-Christ, et qui sont 
> cependant de divers sentiments ; 
» comme d'ailleurs l'Eglise conserve 
» la prédication qu'elle a reçue des 
» apôtres par succession, et que cette 
» doctrine y subsiste encore aujour- 
» d'hiii, ou ne doit tenir pour vérité 
» que ce qui ne s'écarte en rien de 
» la tradition ecclésiastique et apos- 
» tolique. » Cette profession de foi 
est si claire, qu'elle rend toute autre 
citation inutile. 

Saint Denis d'Alexandrie, disciple 
d'Origène, était dans le même senti- 
ment ; il est cité par saint Athanase 
et par saint Basile. 

Lorsque, au troisième siècle, il y eut 
contestation louchant la validité du 
baptême donné par les bérétiques, 
le pape saint Etienne n'opposa aux 
•évcques d'Afrique que ce seul mot : 
N'innovons rien; suivons la tradition. 
Saint Cyprien ne niait point la soli- 
dité de ce principe, mais il croyait 
que la tradition, que le pape lui op- 
posait, n'était ni certaine, ni an- 
cienne, ni universelle, et qu'elle 
était opposée à l'Ecriture sainte ; en 
quoi il se trompait, Ejnst. 74 ad 
Pompeium, etc. Aussi la tradition 
prévalut-elle à tous les arguments de 
ce Père. 

A tontes ces autorités les protes- 
tants répondent que l'on pouvait 



^n'il dît être iioe véiilalik' abeille «ie Sifile, recueil- 
lant le t-iic. des fleura (]>; la [rairio piophiHi(]iie et 
«poHiolifjiie, ajoute : n Ces hoinmes couserTaienl la 
» vraie tradition de la bieubeureuse doetriue don- 
» née par Pierre, Jean, Pan! et les saint» apAtres, 
■ de même .^n'un fils la recerrait de son ]ière. 
» Elles sont parvenues jusqu'à nous par la volonté 
f de Dieu, les semencfg upoRt-iliques données par 
' leurs tncêtrfls, et dont ils ont été les dépositai- 
• res. » [Stromat. y iih. 1, eap. 1.)ltne peut pas 
y avoir de iloute que la saint docteur ne parle 
dfl la tiadition nno écr'rte, outre que tout le con- 
texte l'annonee, outre que c'est nue tradition reçue 
comme du vtirc au Cls ; saint r.lciment dit qu'elle 
vient dei Y'^'res, dont plusietirs u'ont pas laissé 
décrit? pnriui les UVrea canoniques. — ^De la Lu- 
M'm, ibidU 

■ GotJSSET. 



suivre en siirelé la tradition des trois 
premiers siècles, parce qu'elle était 
encore toiile fraîche, qu'elle n'avait 
pas encore eu le temps de se cor- 
rompre, et (|iie la croyance chré- 
tienne était réduite à peu de dogmes, 
mais qu'il- n'en a pas été de même 
des siècles suivants, parce que cette 
tradition s'est altérée peu à peu, et 
que les dogmes se sont multipliés. 
Ils disent, en second lieu, que les 
anciens parlaient de la tradition en 
fait d'usages et de pratiques, et non 
en fait de dogmes et de doctrine. 

Rien n'est plus faux que cette ré- 
ponse, i' Il suffit de lire les passages 
que nous avons cités pour voir qu'il 
y est question de tradition en ma- 
tière de doctrine, et non en matière 
d'usage. 2° Lorsijue nous prouvons 
par la pratique du second siècle le 
culte rendu aux martyrs et à leurs re- 
liques, à !a hiérarchie, la présence 
réelle de Jé^us-GLrist dans l'eucha- 
ristie, etc., nos adversaires ne font pas 
plus de cas de cette tradition qu.; de 
celle des siècles suivants. Ils disent 
même que la doctrine de Jé--us-Chiist 
a commencé à .se corrompre immédia- 
tement après la mort des apôtres. Ils 
])lacent dans cenièmetemps les causes 
des prétendues erreurs qu'ils attri- 
buent au.t Pères de l'Eglise, savoir, 
leur ignorance, leur délaut de criti- 
que, la conliance excessive qu'ils ont 
eue à la version des Septante, trop 
de complaisaTice pour les Juifs et pour 
les païens, nliii de les attirer à la foi, 
trop d'attachement à la philosophie 
païenne, etc. 3° 11 est fau.\ que, dans 
ces premiers temps, la croyance chré- 
tienne ait été réduite à peu de dog- 
mes ; cette croyance n'a jamais aug- 
menté mi diminué : nous prouverons 
ci-après que non-seulement il ne s'y 
est introduit oucun nouvtil article, ' 
mais qu'il a été impossible d'y en in- 
troduire. 4° Nous avions déjà fait voir 
qu'en supposant que la tradition 'Çbxii 
perdre de son poids par le laps des 
.siècles. Ton at'aque la certitude des 
faits fondamentaux du christianisme. 
Entin la nécessité et l'autorité de la 
tradition en matière de foi est ou une 
vérité ou \\w. erreur; si c'est une vé- 
rité, le protestantisme est renversé 
par le fondement ; si c'est une erreur. 



TRA 



172 



TRA 



elle date du second siècle, elle vient 
des disciples immédiats des apôtres; 
c'est leur exemple qui a égaré les 
les siècles suivants. 

Quant lu quatrième siècle, nous 
avons déjà vu ce que pensait Eusèbe 
au sujet de saint Ignace et d'Hégé- 
sippe, et l'on est frappé, en lisant son 
Histoire ecclésiastique, de l'exactitude 
avec laquelle il rapporte les senti- 
ments des Pères des trois siècles pré- 
cédents, etcopie leurs propres termes. 
Dans les disputes qui survinrent entre 
les ariens et les catholiques, l'on op- 
posa toujours aux premiers la tradi- 
tion, le sentiment des docteurs qui 
avaient vécu depuis les apôtres. C'est 
l'argument qu'opposaient à Arius et 
à ses partisans, Alexandre son évê- 
que, et ceux de son patriarcat qu'il 
avait assemblés pour juger ces héré- 
tiques; ils leur reprochaient de se 
croire plus savants que tous les doc- 
teurs do l'Eglise, qui les avaient pré- 
cédés; Théodoret, Hist. ecclés., 1. I, 
c. 4, p. 17. On fitde même au concile 
de Nicée. Ainsi en agirent encore les 
évèqucs du concile de Rimini, soit 
avant, soit après avoir été séduits par 
les ariens. Voyez les Fragments de 
saint Hilaire de Poitiers, col. 1341 et 
1345. A la vérité les ariens mêmes 
voulurent se couvrir du manteau de 
la tradition pour rejeter les termes de 
substance et de consubstantiel, en par- 
lant du Fils de Dieu, desquels ils pré- 
tendaient que l'on ne s'était pas servi 
jusqu'alors. Ibid., col. 1308 et 1319. 
Ils appelaient ainsi tradition le silence 
des siècles précédents, pendant que 
les catholiques entendaient par là le 
témoignage formel et positif des doc- 
teurs de l'Eglise : ce sophisme est 
encore aujourd'hui renouvelé par les 
protestants. 

En 383, au cinquième concile de 
Constantinople, les ariens refusèrent 
encore d'être jugés par le sentiment 
des anciens Pères. Socrate, Hist. ec- 
clés., I. 5, cap. 10. 

Saint .\thanase les renvoyait conti- 
nuel loment à cette tradition, toujours 
respectée et toujours suivie dans l'E- 
glise (1). Orat. 3, co7itra Arian., n. 18, 

(1] a Nous démoQtrons, dit saint Atbaoaie aill 
ê trnis,qQe notredoclrÎDeaétà traoïmiae de pèrM 



p. 5C8; Epist. 1, ad Serap., n. 28, 
p. 676 ; n. 33, p. 682; L. de Spnodis, 
n. 5, p. 719; Epist. ad Jov., u. 2, 
p . 78 1 , etc. Saint Basile l'oppose à ces 
mêmes hérétiques, et aux macédo- 
niens ou pneumatomaques,L. de Spir. 
Sancto, c. 7 et 9 : il leur reproche 
leur atfectation de recourir à l'Ecri- 
ture sainte, comme si les Pères des 
trois siècles précédents ne l'avaient 
pas consultée aussi bien qu'eux; il 
prouve par saint Paul la nécessité de 
s'en tenir à la tradition, et il soutient 
que sans cette sauvegarde on renver- 
serait bientôt toute la doctrine chré- 
tienne, ibid., c. 19. 

Nous pourrions citer saint Grégoire 
de Nazianze, saint Ambroise, saint 
Jean Chrysostome, saint Jérôme et 
saint Augustin, (1) quoique les trois 



1 en pères, comme par la uiaia. Mais tous, Doureani 

■ juifs disciples de Caiphe, quels pères, quels 

• ancêtres montrez-vous de Totro enseigneuienl? 

• Voua De pouvez en citer aucun auteur parmi les 

■ hommes doctes et prudents. ■ (De DecrH. A'ï>. 
Synodic. n. 27.) C'est la doctrine transmis) de 
père en père comme de main en main, q <i est la 
Téritable selon saint Athanase. Si cplt'* traosoiis- 
sioD eiit une démonstratioo de la vraie foi, elle eu 
est évidemment une règle. 

(1] Ecoutons saint Basile, établissant l'autorità de 
la tradition aussi posilivcmeut qu'il soit possible. 
I Ce qui a été dit par uon ancêtres est ce qne 
s nous dison-^... Entre les dogmes et les institu- 

• tiens que l'ou précité dans l'Et^lis-^, nous en 
1 avons queiqiies-uos qui sont de la doctrine pro- 

■ dnite pai' écrit ; nous en recerons quelques au- 
I très de la traditiori des apôtres, transmise avae 

■ plus de secret. Les nos et les autres ont une 

■ égale force pour établir la piété, et ils ne 5onl 

■ contredite par aucun de ceux qui savent le uioius 

■ du monde quelles sont les lois de l'Eglise. Ctr 
a si nous entreprenons de rejeter, comme étarit da 
s peu de poids, les coutumes qui ne sont pas é'-rl- 
t tes, itous portons un grand pré|udice à l'Evan- 

> gile même, un plutôt nous réduisons à uu pur 

s (lom la prédication do la foi Un jour no suf- 

» Grait pas p'iur rapporter tous les d'igm*-8 transmis 
j» autrement que par écrit. Que ceux q'ii veul-'ot 

■ rejeter notre manière ie glorifier le Seigneur, 

• comme n'étant pas prescrite par écrit, non» 
s montrent et la profession de foi, et les autres 
s choies que nous admettons, prouvi^esparles Ecri* 

• tures... Contre ce qu'on allègue, que la gl.inH- 
» cation avec le Saint-Esprit mariquo de téuioi- 

• gnage, et n'existe pas dans les Ecritures, aoiu 

• répondons : S'il n'est rien reçi que ce qui e»l 

■ dans les Eci itures, nous consentons qfle cela luèma 

> ne le soit pas. Si au contraire un grand nombr* 
» de chopes sont reçues sans être comprises dans Us 

■ Ecritur*'S, nous reoerons aelîes-la avec beau- 

• couj- d'autres. Mais je suis persua rè qu'd est 

> l'ans In doctrine nuostotiqiie de u\ is atlsrlier 

■ même aux i;;i.iitioiis tmu êtrritcs. ôiiit Paul 
s dit : * Je voii^ loue do vous être soi.Tt-mis des 

■ Il éditions que je voua ai apportéeaj s «t ailltor*^ 



TRA 



173 



TRA 



derniers ne soient morts qu'au com- 
mcnct^meniducinquièmesiècle; mais 
les prolestants font peu de cas du 
sentiment de ces Pères. Ils se plai- 

• Con:(vi.'^ los tr.idilioDS que tous avez reçues, 

■ soit par mes discours, soit par mou épitre. ■ De 
a Gd Qomlire âst ce!le que ootii iraitoos ici, que 

■ ceux qui oot prêché dans le commeuceoieot out 
» trauBmis à leurs 6ucce~s«urs, et qtie par le laps 
:■ de temps ao long usage a euracioée daas les 
« i'çlises. t {de Spir. sancto, c. 7.) Il peut pa- 
raître étODuant d'entendre salut Baiile dire qu'eu 
rejetant la traditiou non écrite on porte préjudice à 
rÉvangile aiëme. Mais il faut fatro attention que 
U traditiou est d'abord l'interprète là plus ûdele 
de l'Eraugile, et ensuite le seul garant de son au- 
thenticité', qu'ainsi la rejeter, i-'ett be priver du 
moyen le plus sûr d'en connaître le vrai sens, et du 
seul moyen d'ôtre assuré qu'U est véritablement 
des auteurs sacrés dont il porte le nom. 

Saint Epiphane dit : m La tradition est ansil aé- 
1 cessaire, car ou ne peut pas tout chercher dans ies 

1 Ecritures. C'est pour cela que les saints apOtres 

• nous ont laissé des choses par écrit, et d'autres par 

2 tradition. Saint Paul l'assure en ces termes : 
< Comme je TOUS l'ai Iranstuis,» et ailleurs : « Ainsi 
« je l'enseigne, ainsi je l'ai transmis dans rE&;lise...s 

> Je dis que l'Eglise doit nécessairement observer 

■ le rit qu'elle a reçu, trantoiis par sen ancêtres. 
M Quelqu'un peut-il enfreindre la sanction mater- 
K nelle, ou la loi p^ilernelli?, selon ce que dit Salo- 

■ mon : ■ Ecoutez, mon fils, les discoucs de votre 

• père, et ne rejetez pas la loi de votre mère. • 
{Ùiercs.y 61, c. 6.) Ce serait obscurcir des textes 
aii>-âi clairs que ceux de saint Epiphane, que d'en- 
treprendre de les commenter. 

Saint Jérôme n'est pas moins formel et moins 
clair, et cela dans plusieurs endroits. Répoudant à 
des questions qui lui avaient été faites, il donne 
cet avis général que les traditions ecclésiastiques, 
et surtout celles qui ne portent aucun préjudice à 
la foi, doivent être observées de U manière qu'elles 
ont été transmises par les ancêtres, et que la cou- 
tume d'un pays n'est pas infirmée par l'usage con- 
traire des autres pays. Dans une autre épUre il dit 
que c'eH d'après la tradition àts apôtres que nous 
jeûnons pendant le carême et dans le cours de 
l'annce aux jours convenables. Il répond aux luci- 
fériens que, quand même il n'aurait pas l'autorité 
de la sajBte Ecriture, 1*^ ctin>en!ement de l'univers 
entier aurait la force t>ii précepte; car beaucoup 
d'autres choses, qui t^unt observées par tradition 
dans les églises, ont aoquib l'autorité de la loi écrite. 
[Epist. 1^, ad Lucinium ) 

Saïut .leau Chrysostome s'exprime aar notre objet 
aussi fortement que les précédents. « Ce n'est pas 

> seulement par ses lettres, c'est aussi par ses pa- 

• rôles que saint Paul déclare à. son disciple (Ti- 

> mutilée) ce qu'il doit faire. Il le montre en pin- 
" sieurs endroits, disant: t Soit par notre parole, 
» soit par l'épltre que nous vous avons envoyée. ■ 

> Pour que nous n'imaginions pas que nous avons 

■ une doctrine moins L'tuudue, il a transmis à ce 

■ disciple beaucoup de choses sans les écrire et 
» il les rappelle à son souvenir, en lui disant: Con- 

■ servez la forme des sainl<'s paroles que voua avez 

■ entendues de moi.u Expliquant daus une autre 
homélie ï" texte de l'épltre aux Thessalooicieus, 

• que j'ai ^tté, il s'exprime ainsi : fc C'est pourquoi, 

■ mes frères, soyez fermes, et conservez les tradi- 

• tioDs que vous avez apprises, soit par mes discours, 
a «oit par mon épitre. a U est clair par U que loi 



gnent de ce que depuis cette époqao 
lescommentateursde l'Ecriture sainte 
n'ont fait autrf. chose que compiler 
les explications des Pères, et que l'on 

■ apôtres n'ont pas tout enseigné dans leurs épitres, 
n mais qu'ils ont trnnsmiâ bea:tcûitp de chose» sanfa 

> écriturtfs; et celles-là doivent avoir aussi notre 

> croyance. En consi^quence, nous devons regarder 
B aussi la tradition du l'Egtise comme digne de foi, 
u C'est la tradition ; ne cherchez rien de plus. ■ 
(Ilomd. 3, in Epist. ad l^irti.) 

Ce serait un très-long ouvrage de rapporter tout 
ce qu'on lit dans les ouvragt-â de saint Augustio, 
sur l'autorité de la trailition non écrite. Bornons- 
nous à quelques passages, où sa doctrine est bien 
nettement exprimée, il oppose au pèlagien Julien 
l'autorjté des Pères qui l'ont précédé, et il la 
fonde sur le môxe motif que nous, a Ce qu'ils 

> ont trouvé dans l'Eglise iU l'ont conservé ; 

■ ce qu'ils ont appris, ils l'ont enseigné ; ce qu'ils 

■ ont reçu des Pérès, Us l'oot transmis aux en- 
» fants. B Parlant dans le mAme ouvrage du 
péché originel : « Quoiqu'on ne puisse, dit-il dé- 
I couvrir ce dogme par aucune raison, quoiqu'on 

■ ne puisse l'expliquer par aucun di.'^count, ce 

■ qui est prêché dt; toute antiquité comme la foi 

■ catholique, et cru par t<>ute l'Eglise, est une 

> vérité. • "Traitant de l'unité du baptême ■. «Nous 
I faisuns ainsi, dit-il, nous l'avons rec;u de nos 
» pères, uocs le t-onservons dans l'Eglise catho- 

> lique répandue par toute la terre, contre les 

■ nuages de la subidtté Ne nous obj'-ctez pas 

• l'autorité de Cypriea sur la réitération du bap- 
» tême, mais suivez avec tiousl'fxemplo do Cyprieu 
» pour la conservation de l'unité. Cette question 
» su:' le Lap:êuie n'était pas surtisamment appro- 

• foiidie ; mais cependant l'Eglise obseï vait la sa- 

■ lulaire coutume de corriger dans les héréli'juei 
1 et Ihs schiijmatiques ce qui est mauvais, de ne 
» point réitérer ce qui a été donné, de guérir ce 

■ qui a besoin de l'être^ de ne pas traiter ce qui 
a est sain. Je regarde celte coutume comme ve- 

■ nant de la tradition des ap>Ureb, ainsi que beau- 
< coup d'autres choses qu'on ne trouve ni dans 

• leurs épUres, ni dans les cnciles postérieurs ; et 
» cependant, comme ellessuut observées d'ins toute 

> l'Eglise, ou tient qu'elles ont été transmises et 
s recommandées par les apôtres.» Sur le bapténie des 
enfants, il s'exprima ainsi : iLaconiutne de l'Kglise 

> notre mère relativement au baptême dos petits 
» enfantit, ne doit être ni méprisée ni aurunemeot 

■ regardée comme 8U[>etnue, et on ne serait pat 
1 obligé d'y croire, si ce n'était pas une [ra.iitio» 
» apostolique. Si noua pouvions, dit-il dansnrj autre 
I ouvrage, consulter facileiu''nt le docti» Jérôme, 
1 combien il nous citerait d'écrivains <)e l'une ei de 

• l'autre langue, qui ont ou interprété les Ecritu- 
» res, on discuté les vérités du chri&tianiamr.>, qui, 
» depuis l'orifrino de l'Eglise, n'ont eu d'autre doa- 

• triuc que celle qu'ils avaient reçue de leurs pèresi 

• et qu'ils out enseignée à leurs descendants I 

• Nous autres, étabht-il ailleurs, professons la foi 
B catholique, qui vient de l'enseignement des apû* 

• très, plantée parmi nous, reçue par une suite <!q 
B successions, et que nous devons transmettre pure 

■ à la postérité. > Il développe dans plusieurs en- 
droits les princiiies sur l'origine des traditions nos 
écrites, sur l'obligation d'observet ^uimo venant 
des apôtres celles qui sont universelle», sur la con- 
venance de pratiquer les usages qui se pratiquent 
dans le pay* où on se trouve. Je n'en c/terai 
qu'ua seul passage relatif à nutro objet.' «Ces 



TRA 



174 



TUA 



s*en est tenu, à leur témoignage pour 
prouver les dogmes de la foi. Ils di- 
seii t que c'est principalement au 4^ que 
se sont faites les prétendues innova- 
tions dont ils se plaignent. Voyons si 
cela est possible. 
Huitième preuve. Les Pères ont con- 



> choses que doii» observoDS qui Boot, non pus 
I écrites, mais traosmises, et qui sout pratiquées 
I dans toute la terre, nous devoDS coin prendre 
» qu'elle» ODt été instituées, on par les ap6tres 
» eux mêmes, ou par les concileB, dont l'autorit»^ 

■ siiliita.re s'étend sur toute i'£gtise.» ( Contra 
JuL, 1. 2.C. 34) 

Sa nt Cyrille d'Alexandrie yeut que, pour réfor- 
niyr ses erreurs et pour rereDir à la vraie foj, on 
étudie avec soio les écrits des saints Pères, qui sont 
nuiverselbœeot loués pour l'exactitude et la certi- 
tU'i>3 du dogme. Tous ceux qui on: le cœur pur 
s'til irceat de se conformer à leurs opinions. La 
rai-iim qu'en donne ce Père, est que ces grands 
docteurs sVtant pénétrés de l'esprit et de la tradi- 
tion apostolique et érangéliqne, et ayant traité 
d'après les saintes Ecritures les paroles de la foi 
avec vérit'' et sans reprocbe) sont devenues les 
luuiiéres du monde, renfermant dans eux, ainsi 
qu'il est écrit, la parole de vie. {Adu. Orient-, 
aivc liber apolofjettrus^ anathema 8.) Nous voyons 
ici d'abord l'autorité des saints Pères établie, 
ensuite la distinction faite entre la tradition évan* 
géiique et apostolique, enGn l'usage de la tradi- 
tion pour l'iiiteHigence de l'Ecrittire* 

Vincent de Lérins établit de la manière lapins 
formelle la nécessité de joindra l'antorilë delà tradi- 
tion a celle de l'Ecriture, pourconoaltre la vraie foi. 
c Souvent, avec un grand soin et avec nne grande 
» attention, je me suis informé auprès de beaucoup 
I de personnages distingués par leursaiutiité et leur 
I science, comment et par quelle règle certaine 
t et générale ja puis discerner la vérité de la fo; 

■ catholique de la fausseté do la criminelle hérésie. 
» J'ai reçu constamment de presque tous cette ré- 

> poose: Quiconqu<^, soit mot, soit tout autre, vont 
s dé -ouvrir les fraudes des hérétiques, éviter leurs 
I pièges et demeurer pur et entier dans la foi, 
B doit, avec l'aide de Uien, munir sa foi de deux 

• manières : d'i)b>>id par l'autorité delà foi divine. 
I ensuite par la tradition de l'Eglise catholique, 
s Qielqu'nn demandera peut-être: Si le canoii de^ 
» Ecritures est parfait, s il te surOt snrtbondaœ- 
s ment, qu'est-il betoio d'y joindre l'autorité di) 

• l'iiiloliigence ^fcclésiaslique ? C'est parce que, ù 

■ raiaon mêina de sa hautour, l'Ecriture n'e^t pas 
s entendue par tous dans le même sens ; mais sl-s 

• expressions sontioterprétéea diversement par les 
k nTi>i et par les autres; en sorte qu'autant il y a 

• d'hommes, autant on peut en inféror d'opininus 

■ différentes. Novatieo, Pbotin, Sahellins, etr., 
I l'entendent tous de diverses manières. Et par 
s cette raison, à causa des détoars si multipliés et 
B si variés de l'erreur, il est nécessaire que l'in- 
B lerprétation de la doctrine prophétique et apos- 
B (clique Boit dirigée selon lo sens ecclésiastique 
B et ratlioli.pie. Dans l'Eglise catholique, il faut 

• avec le plus grand soin tenir ce qui partent, ci 
» ce qui touju-irs, ce qui par tons a été cru... C'est 

■ ce q'ii arrivera, si nous suivoes l'ont varsalité, 

> l'antiqnitâ, le ccosentement... Nons suivrons l'an- 
B tiquité, si nous nn nons écartons nullemank des 

• sentiments qu'il est manifeste que les Pères ont 
B publiés. Noua suivrons le coosentemeot, si dans 
a l'antiquité nous nous attackoas aux seoUinenU 



stammentsoutenu qu'il n*étaitpermi& 
à personne de s'écarter de la tradition 
ou de l'enseignement public et con- 
stant de TEglise, donc ils ne l'ont pas 
fait et n'ont pas pu le faire sans exci- 
ter contre eux Tind ignation des fidèles, 
et surtout de leurs collègues. Aenten- 

k et aux déSoitions de tous ou de presque tous tes 

• évoques et les maîtres. ■ {Comta*^. c. 1,2, 3.) 
Au conciliabule ap udé vulgairement le brigan- 
dage d'Epfaèae, Dioscore, iihef de l'hérésie euty- 
chienne, invoqua en faveur de sa cause l'autorité 
des maints Pères. Tout le concile, et les évéqnes 
catholiques commâ les antres, reconnurent cette 
autorité, dirent enathème à qui voudrait innover, 
et déclarèrent qu'ils conservaient la foi des saints 
Pères. (Inter Acta conc. Cbalued., acL (. Collect. 
Harduiiii, t. 8.Ï Ainsi c'était u;i prJ:icipo reconnu 
iiuiversellemeat, et par les hérétiques, et par les 
catholiques, quti la tradition «^t une règle de foi. 

Saint Léon reconnaît et établit disertament l'ait- 
torité ddâ saints Pères, que les hérétiques seals 
contredisent. ■ Pour que votre piété sache que 

■ nous sommes d'accord avec les instructions des 
a vénérables Pères, j'ai cru devoir ajouter à ce 

■ discours quelques-unes de leurs maximes. Si 

> vous daignez y f.iire attention, vous verrez que 
B nous ne professons que ce que nos Pi>ros ont en- 
s seigné à tout l'univers, et que personne ne 
B diffère d'eux, siuou les impies hérétiques. Votre 
ff sollicitude doit ejth'iter au progr'l-j >le 1 1 foi la 

■ peiipU, la clerg'- et toute la fiaternité, à'i ma- 
B nière à montrer que vous n'enseignez rien de 

■ nouveau, mais à laire pénétrer dans tous les 
« coeurs ce que l-ta Pères de vénérable mémoire ont 

■ enseigné par une piédication unanime, et aiix- 

■ quels notre épttra est c^'oform-î en tout point. 
B Vous devez, et par vos propres discours, et par 
B la récitation et l'exposition des écrits antérieurs, 
B faite couireitre au peuple que, dans la doctrine 
B actii«^lle, on lui prêche ce que les saint- Pères 
B avaient reçu do leurs prédécesseurs et ont trans- 
« mis à îeurs siicoesseiirs. Après avoir lu d'abord 

> les enseignements de ces anciens évèqucs, lisez- 
;> leur en&uite mes écrits, atiu do leur prouver que 
B nous n'enseign <rs pas autre chose qu4 ce que 
B nons avons rei^ii ite nos auteurs : qu'en toutes 

> choses donc, et dans la r/'gle de la foi, ot dans 

• Tobsorvation de la dis|^ip!ina, le tan-'ago de t'an- 
B tiquilé soit conservé. ■ (Epiât. 103, a<2/'rofertuni> 
Alex, epise., u. 2 et 3.) 

fl Les successeurs des divins apôtres, dit Tliéo- 

■ dorot, f irent dos hommes dont quolques-uos otc 
» entendu leurs voix sacrées, et ont nu le bo.'ihett' 

> de vivre dans leur admirable société. B'iaucoup 

• d'entre eux aus»i ont été décorés de la courn::De 
» du martyre. Vous est-il dune permis d'agiter 

■ contre eux uoolan-^ne bla&pbt'matoire. b (Dtal. I. 
Immutabilis.) Quel mal y aurait-il donc, q::el blas- 
phème, lie combatUe ta doctrine des succ->as*^iira 
des apolrea qu'ils avaient f-çue t>t tronsmi^d? 

VoiJii une longue snila de saints docteurs dii 
premiers et de^ plus beaux siècle* du cbristiaoisme 
et des temps où nos adversaires reconnaissent qne 
la foi de l'Eglise était pu'O, qui établls^ent d'une 
manière claire et tranchante l'autorité sacri-e de li 
tradition. S'il avaient prév i l'erreur des protes- 
tants sur ce sujet, qu'atiraient-ils pu dirn >i<i pi"* 
énergique pour la combattra ? — iJis^'-rtntiont 
sur tes kgUstt eathaUçuts 4t pro'-yla.it^, 
lom. 1. Çovtat. 



TRA 



175 



TRA 



I 



dre nos adTersaires, il semble que les 
Pères de l'Eglise aient été des doc- 
teurs isolés et sans conséquence, qui 
pouvaient imaginer, écrire, enseigner 
impuQéuieut tout ce qui leur plaisait, 
ou des fourbes qui contredisaient 
dans leurs livres ce qu'ils prêchaient 
en public. C'est pousser trop loin la 
prévention et la malignité. 

{' C'étaient presque tous des pas- 
teurs qui instruisaient un troupeau 
nombreux; les premiers parlaient à 
des assemblées de tidéles qui avaient 
été enseignés par les apôtres mêmes ; 
leurs successeurs étaient environnés 
d'un clergé et d'hommes avancés en 
âge qui avaient appris dès l'enfance 
la doctrine chrétienne, et dont plu- 
sieurs lisaient sans doute l'Ecriture 
sainte. Croirons-nous que si leur évè- 
que leur avait proposé une doctrine 
nouvelle, contraire à celle des apôtres, 
aucun d'eux n'aurait réclamé '? Nous 
Terrons bientôt des preuves du con- 
traire. 

2° Plusieurs de ces Pères attaquaient 
des hérétiques et leur opposaient la 
tnidition; ceux-ci ne l'auraient-ils pas 
invoquée à leur tour, si elle avait été 
pour eux. Ils ne l'ont pas fait; par 
les écrits des Pères nous voyons com- 
mont ces entêtés se défendaient; les 
uns faisaient profession de regarder 
les apôtres comme des ignorants, les 
autres prétendaient que les Pères en- 
tendaient mal la doctrine des apôtres ; 
laplupart alléguaient l'Ecriture sainte, 
la falsiliaient, et produisaient des li- 
vres apocryphes; presque tous fon- 
daient leurs erreurs sur des raison- 
nements philosophiques. Au milieu 
lie ces eiiiicniis il u'élaitpas aisé d'in- 
troduire de nouveaux dogmes jus- 
qu'alors inconnus. 

3° L'on sait ce qui est arrivé lors- 
qu'un évèqiie a eu cette témérité, 
quels qu'aient été ses talents, son cré- 
ait, son rang dans l'Eglise, il a été 
Knsuréftt dépossédé. S'il y eut jamais 
ies hommes capables de changer la 
woyance commune, ce sont Paul de 
Samosatc, Théodore de Mopsueste, 
Jvêque d'Antiiiche, et Nestorius, pa- 
triarche de Constantinople. On ne 
peut contester ni leur capacité, ni 
leur réputation, ni l'autorité qu'ils 
rtlaigut acquise ; dès qu'il» voulu- 



rent dogmatiser, ils furent condam- 
nés sans ménagement. Paul lut ac- 
cusé par son troupeau, Ne-iorius 
par son cierge; Théodore^ léguisa 
ses sentiments, sans quoi il aurait eu 
le même sort. Si tous les trois avaient 
fidèlement suivi la tradition, ils .se- 
raient au rang des Pères de l'Eglise. 
Comment ceux-ci, toujours surveillés 
par les fidèles, par leurs collègues et 
par les héréticiues, ont-ils pu altérer 
l'ancienne croyance? 

Ils l'ont fait, disent les protestants; 
donc ils l'ont pu, n'importe com- 
ment. Au quatrième sièc'e nous trou- 
vons des dogmes universellement crus, 
desquels il n'avait pas été qui'stion 
pendant les trois précédents, desquels 
même on avait enseigné le contraire ; 
contre ce fait 'positif et prouvé il est 
absurde d'alléguer de prétendues im- 
possibilités. Lorsque nous demandons 
aux protestants quels sont ces dogmes, 
ils en citent quelques-uns au hasard, 
sans s'accorder jamais sur l'époque 
dp, leur naissance. Comme en jiarlant 
de chacun de ces dogmes prétendus 
nouveaux , nous en avons prouvé 
l'antiquité, nous nous bornons ici 
des réllexions générales. 

1° C'est un abus des termes de 
nommer fait positif, prruve positive, 
le prétendu silence des trois premiers 
siêrles; ce n'est qu'une preuve néga- 
tive qui ne conclut rien. Il nous reste 
très-peu de monuments de ces temps- 
là, nous n'avons p^s la dixièmi' |iarlie 
des ouvrages faits par les auteurs 
chrétiens pendant toute la durée des 
persécutions; l'on peut s'en convain- 
cre par les catalogues des écrivains 
ecclé.siasti(|ues et de leurs ouvrages. 
De quel front peut-on soutenir que 
dans cette multitude de livres perdus 
il n'a jamais été fait mention des 
dogmes et des usages crus et prati- 
qués au quatrième siècle? Une preuve 
positive qu'il y en était parlé, c'est 
que les Pères de ce siècle, qui avaient 
ces écrits entre les mains, ont pro- 
testé qu'il ne leur était pas permis de 
s'écarter de ce qui avait été enseigné 
dans les trois siècles précédents. Con- 
tre ce témoignage universel et uni- 
forme, quelle force peut avoir un« 
preuve purement négative? 

2" Au quatrième siècle il y avait ds* 



TRA 



176 



TRA 



•églises établies uoii-^fiiilement dans 
touloi les provinces de l'etnpire ro- 
ruuiu mais iiors des limites de cet 
empite, en Afrique loin des côtes, 
dans l'intérieur de l'Arabie, dans la 
Mésopotamie et dans la Perse, chez 
les Ibères et chez les Scythes de la 
petite Tartarie, chez les Goths et les 
Sarmates. Cela est prouvé par le té- 
moignage des écrivains de ce siècle, 
et par les évèques de presque toutes 
ces contrées qui se trouvèrent au con- 
cile de Nicée l'an 323. Or, ces églises 
avaient été fondées pendant les deux 
siècles précédents, et quelques-unes 
par les apôtres mêmes. A-t-il pu y 
avoir de la collusion entre les évè- 
ques dont les sièges étaient si éloi- 
gnés les uns des autres, dont les 
moîurs et le langage étaient si diffé- 
rcnts"? Quel intérêt commun a pu les 
engager à recevoir des dogmes oppo- 
sés à ceux qui leur avaient été ensei- 
gnés par leurs fondateurs? On nous 
dira sans doute que cela s'est fait in- 
sensiblement et sans que l'on s'en soit 
aperçu. Mais outi'e l'absurdité de ce 
sommeil général qui aurait régné 
d'un bout de l'univers à l'autre, un 
changement positif' arrivai dans la doc- 
trine, prêché publiquement, a dû 
être sensible, étonner les esprits, ré- 
veiller l'attention. Où a-t-il com- 
mencé? où en sont les témoins? Le 
fait -posilif et certain est que toute 
innovation a fait du bruit, a excité des 
réclamations et des censures ; donc le 
fait contraire avancé par les protes- 
tants est un rêve et une absurdité. 

3° De tous les siècles, il n'en est 
aucun pendant lequel il ait pu le 
moins arriver lui changement dans 
la croyance qu'au quatrième. Dès que 
la paix eut été donnée il l'Eglise en 3 13, 
la communication devint plus libre et 
plus fréquente entre les dillérentes so- 
ciétés chrétiennes dispersées; c'est 
alors qu'il fut plus aisé de savoir ce qui 
était enseigné dans ces diverses égli- 
ses; c'est donc alors que la tradition 
imiverselle parut avec le plus d'éclat. 
Jamais aussi la foi chrétienne n'eut 
un plu? grand nombre d'ennemis qu'à 
ce*.'.'. ■' oque; il y avait des marcio- 
nitc . di!.« manichéens, des uovatiens, 
des /onatistes, des ariens de trois es- 
pè<«s, des montaoistes, etc., qui ne 



pardonnaient rien aux catholiques en 
fait de dogme, de culte ni discipline : 
était-ce là le moment d'introduire 
impunément quelque cnose de nou- 
veau? 11 est d'ailleurs ridicule de 
croire qu'un dogme n'a commencé 
que quand il s'est trouvé des héréti- 
ques pour le combattre. Mais il y a 
un fait singulier; jamais l'on n'a tra- 
vaillé avec plus de zèle que dans le 
troisième et le quatrième siècles, à tra- 
duire les livres saints, à les mettre à 
la portée des fidèles, à les expliquer, 
et jamais le nombre des erreurs n'a 
été plus grand ; grâce aux protes- 
tants, ce phénomène s'est renouvelé 
au seizième siècle. 

4° Quand un siècle commence, il 
n'elface pas le souvenir du précédent; 
le quatrième était composé d'abord 
d'ime grande partie de la génération 
née dans le cours du troisième. Il y 
avait parmi les évèques , comme 
parmi les fidèles, des vieillards qui en 
avaient vu écouler plus de la moitié, 
qui avaient assisté à plusieurs conci- 
les, qui ne pouvaient ignorer ce qui 
avait été enseigné jusqu'alors. Plu- 
sieurs av£(»ent été confesseurs de Jé- 
sus-Christ pendant la persécution de 
Dioclétien; ont-ils souffert que l'on 
changeât la doctrine pour laquelle ils 
s'étaient exposés au martyre? Les 
évèques du quatrième étaient leurs 
disciples, et l'on juge aisément com- 
bien ceux-ci devaient être attachés 
aux leçons de maîtres aussi vénéra- 
bles. C'était donc, à proprement par- 
ler, le troisième siècle qui parlait, 
enseignait et écrivait au ((uatrième, 
et ainsi de suite. 11 y a de la démence 
à mettre une ligne de séparation en- 
tre la tradition de ces deux siècles. 
L'enseignement de l'Eglise e«t un 
fleuve majestueux qui a coulé et qui 
coule sans interruption depuis les 
apôtres jusqu'à nous; il a passé d'un 
siècle à l'autre sans laisser troubler 
ses eaux; et si quelques insensés ont 
entrepris d'y mettre obstacle, ou il 
les a entraînés dans son cours, oi' il 
s'est détourné pour aller couler «!■ 
leurs. 

Neuvième preuve. Nos adversaire» 
auraient voulu persuader que le res- 
pect pour la tradition est un préjugé 
propre et particulier à l'Eglise ro- 



TRA 



177 



TRA 



maine; que les sectes de chrétiens 
orientaux, les Grecs schismatiques, les 
cophtes ,et les Syriens jacobites ou 
eutychiens, et les nestoriens ne re- 
connaissent point d'autre règle de foi 
que l'Ecriture sainte; c'est une faus- 
seté. On a fait voir que toutes ces 
sectes admettent les décrets des trois 
premiers conciles œcuméniques, et 
font profession de suivre la doctrine 
des Pères grecs des quatre premiers 
siècles; qu'ils en ont traduit plu- 
sieurs ouvrages dans leurs langues. 
Les nestoriens rejettent le concile 
d'Ephèse, parce qu'il les a condamnés, 
et sous le prétexte que ce concile a 
établi un nouveau dogme, au lieu que 
Nestorius soutenait l'ancienne doc- 
trine, ils ont le plus grand respect 
pour les livres de Théodore de Mop- 
sueste, de Uiodorc de Tarse et de 
Théodoret; ils regardent ces trois 
personnages comme les plus saints 
Pères de l'Eglise. Los jacobites au 
contraire reçoivent le concile d'Ephèse 
et rejettent le concile de Chalcôdoine : 
ils prétendent que celui-ci a contredit 
la doctrine du précédent; ils sont 
très-attachés aux écrits de saint Cy- 
rille d'Alexandrie. Le principal grief 
des Grecs schismatiques contre l'Eglise 
latine est qu'elle a ajouté au concile 
de Constantinople le mot Filioque, 
sans y être autorisée par un autre 
concile général. Toutes ces sectes 
orientales ont des recueils de canons 
des premiers conciles touchant la dis- 
cipline, et les suivent; leur croyance 
et leur conduite ne ressemblent en 
rien à celles des prolestants. Perpé- 
tuité de la foi, t. o, 1. 7, c. 1 et 2. 

Dixième preuve. L'exemple de ces 
derniers jjourrail suflire pour démon- 
trer que la doctrine ne peut se per- 
pétuer dans une société quelconque, 
sans le secours de la tradition. 

i" Les luthériens disaient dans la 
Confession d'Augsbourg; art. 21 : 
a Nous ne méprisons point le con- 
» sentement de l'Eglise catholique; 
» nous n'avons point dessein d'intro- 
» duire dans cette sainte Eglise aucun 
» dogniL nouveau et inconnu, ni de 
» soutenir les opinions impies et sé- 
» ditieuses que l'Eglise catholique a 
» condamnées. » On sait qu'ils n'ont 

xn. 



pas persévéré longtemps dans ce lan- 
gage. 

2° Quoique les anglicans, dans leur 
confession de foi, c. 20 et 21, rejet- 
tent formellement la tradition ou 
l'autorité de l'Eglise, et déclarent 
qu'elle ne peut rien décider que ce 
qui est enseigné dans l'Ecriture 
sainte, néanmoins dans le plan de 
leur religion dressé en 17(9, l'" part., 
c. i, ils font profession de recevoir 
comme authentiques, ou comme fai- 
sant autorité, les quatre premiers 
conciles et les sentiments des Pères 
des cinq premiers siècles. La raison, 
de cette contradiction est aisée à dé- 
couvrir. En lo02, lorsque leur confes- 
sion de foi fut dressée, le socinianisme 
n'était pas encore prêché en Angle- 
terre; mais en 1719, et même dans le 
siècle précédent, il y avait fait beau- 
coup de progrès. Les théologiens an- 
glicans, dans leurs disputes avec ces 
sectaires, avaient éprouvé qu'il était 
impossible de les convaincre par 
l'Ecriture sainte ; ils sentirent donc la 
nécessité de recourir à la tradition, 
pour prendre le vrai sens de l'Ecriture, 
aussi ont-ils fait grand usage de l'au- 
torité des Pères pour expliquer les 
passages dont les sociniens abusaientî 
Nous leur demandons pourquoi les 
conciles et les Pères postérieurs au 
cinquième siècle n'ont plus la même 
autorité que les précédents, et pour- 
quoi ils n'admettent pas tous les 
dogmes et tous les usages qui sont 
prouvés par la tradition des cinq pre- 
miers siècles. Aussi les luthériens et 
les calvinistes reprochent-ils aux an- 
glicans cette inconséquence, ils di- 
sent que la religion de ces derniers 
n'est qu'un semi-papisme. 

3° Mais eux-mêmes n'ont pas pu 
éviter cet embarras ; toutes les fois 
qu'ils se sont trouvés aux prises avec 
les sociniens, ils ont vu qu'ils ne ga- 
gnaient rien en citant l'Ecriture sainte 
il des adversaires auxquels ils avaient 
appris l'art de se jouer de tous les 
passages. Lorsqu'ils ont voulu allé- 
guer le sens que les Père? y ont 
donné en disputant contre les ariens, 
les sociniens leur ont demandé si, 
après avoir rejeté la tradition, ils la 
reprenaient pour règle de leur foL 

12 



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178 



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< 



Socin lui-même convenait que, s'il 
fallait >i consulter, les catholiques 
avaient j,ain de cause, Epist. ad Ra. 
decium; il est donc prouvé que, sans 
eette sauvegarde, les hérétiques ren- 
verseraient bientôt les articles les 
plus essentiels du christianisme, 
ffl Nois reconnaissons, dit Basnage, 
^ que Dieu ne nous a point donné de 
a moyen infaillible pour terminer 
» les controverses qui naissent.... Il 
» faut, selon saint Paul, qu'il y ait 
» des hérésies, et par la même raison, 
» il faut que ces hérésies subsistent, » 
Hist. de l'Eglise, liv. 27, chap. 2, § 17, 
pag. 1S77. 

4° Pour terminer les disputes qui 
s'étaient élevées en Hollande entre 
les arminiens et les gomaristes, les 
calvinistes convoquèrent àDordrecth, 
en 1618, un synode de toutes les 
églises réformées, afin de décider à 
la pluralité des voix quelle était la 
doctrine qu'il fallait suivre, et quel 
sens il fallait donner aux passages de 
l'Ecriture sainte que chacun des deux 
partis alléguait eu sa faveur; ils ont 
aonc rendu hommage à la nécessité 
de la tradition pour bien entendi'e 
l'Ecriture sainte. 

5° Ainsi après avoir méprisé haute- 
ment la tradition de l'Eglise univer- 
selle, les protestants se sont mis sous 
le joug de \a. tradition particulière de 
leur secte; à proprement parler, elle 
est leur seul guide. En elfet, avant de 
lire l'Ecriture sainte, un protestant, 
soit luthérien, soit anglican, soit 
calviniste, a déjà sa croyance toute 
formée par le catéchi>me qu'il a reçu 
dès l'enfance, par les instructions de 
ses parents et des ministres, par les 
discours dont il a eu les oreilles frap- 
pées. Lorsqu'il ouvre l'Ecriture sainte 
pour la première lois, il ne peut 
manquer de trouver dans chaque 
passage le sens que l'on y donne 
communément dans sa secte; les 
opinions dont il e^l imbu d'avance 
lui tiennent lieu de 1 inspiration du 
Saint-Esj)rit. S'il lui uii'ivuit de l'en- 
tendre Uuiiem-'nl cl de soutenir son 
interpi(Çiutu)u |i:ir!ii ulière , il serait 
exconiiuuiiié, pm c !■. •raité comme 
un hérétique. Telle u é é la conduite 
de tous les .-ect.iin-s i, |iiiis les pre- 
miers siècles. • Ceux qui nous con- 



» seillent les recherches, dit Tcrtul- 
» lien, veulentnousattirerchezeux.,. 
» Dès qu'ils nous tiennent, ils érigent 
» en dogmes et prescrivent avec hau- 
» leur ce qu'ils avaient feint d'abord 
» de soumettre à notre examen, » de 
Prœscript., cap. 8. et seq. On dirait 
qu'il a voulu peindre les prédicants 
de la réforme treize cents ans avant 
leur naissance. Une autre preuve de 
la croyance purement traditionnelle 
des protestants, c'est qu'ils répètent 
encore aujourd'hui les arguments, 
les impostures, les calomnies des 
prétendus réformateurs , quoiqu'on 
les ait réfutés cent fois, et ils y 
croient comme à la parole de Dieu. 

Onzième preuve. Ils conviennent 
comme nous qu'un ignorau lest obligé 
de faire des actes de foi, qu'un en- 
fant y est tenu dès qu'il est parvenu 
à l'âge de raison ; les sociniens ne 
donnent point le baptême avant cet 
âge, parce qu'ils soutiennent que la 
foi actuelle est une disposition né- 
cessaire à ce sacrement. Or, nous ne 
concevons pas comment l'un ou 
l'autre peut fonder sa foi sur l'Ecri- 
ture sainte. Qu'il la lise ou qu'il 
l'entende lire, il n'entend toujours 
qu'une version ; ce n'est point la 
langue des auteurs sacrés : comment 
sait-il que cette version est hdèle? II 
nen a point d'autre preuve que le 
témoignage des théologiens de sa 
secte; c'est toujours la tradition, mais 
qui n'est pas celle de l'Eglise univer- 
selle, et qui même y est contraire. 
C'est néanmoins le cas dans lequel se 
sont trouvés les trois quarts et demi 
de ceux qui ont embrassé le protes- 
tantisme dans les commencements; 
c'était une troupe d'ignorants con- 
duits à l'aveugle par les prédicants 
de la réforme. 

Bossiiet, dans sa conférence avec 
le ministre Claude, a fait voir qu'un 
protestaut ne s'entend pas lui-même, 
lorsqu'il dit en récitant le symbole : 
Je ci'ois la sainte Eylise catkolique. Si 
par là il entend la secte particulière 
dans laquelle il est né, c'est une er- 
reur, et il y croit sans aucun motif 
raisonnable. S'il entend, comme la 
plupart, l'assemblage de tous ceux 
qui vroient en Dieu el en Jésus Christ, 
il se contredit en ajoulujit : Je crois 



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ta communion des saints, puisque 
encore une fois il ne peut y avoir de 
communion entre ceux qui n'ont pas 
la même croyance. Au mot Foi, en 
faisant l'analyse de la foi d'un catho- 
lique ignorant ou enfant, nous avons 
fait voir qu'il a un motif très-solide 
de croire à l'Eglise catholique. 

Douzième pr(Mve. La chaîne des er- 
reurs qu'a fait naître la méthode des 
protestants démontre qu'elle est 
fausse; non-seulement elle a; donné 
lieu à celte multitude de sectes qui 
les divisent, mais elle conduit direc- 
tement au déisme et à l'incrédulité. 
En effet, pour décréditer la tradi- 
tion, les protestants ont noirci, tant 
qu'ils ont pu. les Pères de l'Eglise ; 
ils ont attaqué leur capacité, leur 
doctrine, leur morale, leurs actions, 
leurs intentions, leur bonne foi. Ce- 
pendant les plus anciens des Pères 
étaient les disciples immédiats des 
apôtres ; il est difficile d'avoir une 
haute opinion de maîtres qui ont 
formé de pareils élèves et qui les ont 
choisis pour successeurs. Aussi plu- 
sieurs protestants ont parlé des uns 
à peu près comme des autres. Si les 
apôtres eux-mêmes, disent-ils, ont 
été sujets à des erreurs et à des fai- 
blesses, faut-il s'étonner que leurs 
disciples les plus zélés en aient été 
susceptibles? Barbeyrac, Traité de la 
! morale des Pé7-es, c. 8, § 39; Chilling- 
I worth, la religion protestante, voie as- 
surée du salut, etc. Est-il croyable 
d'ailleurs que Jésus-Christ ait veillé 
sur son Eglise, en permettant qu'elle 
tombât entre les mains de pasteurs 
si capables de l'égarer? On conçoit 
tout l'avantage que ces accusations 
téméraires ont donné aux déistes; 
ils n'ont pas manqué de tourner 
contre les apôtres les môoies objec- 
tions que les protestants ont faites 
contre la personne et contre les écrits 
des Pères; bientôt ils ont osé les lan- 
cer contre Jésus-Christ lui-même. 
Quand on demandait : est-il possible 
^ue des hommes tels que Luther, 
Calvin et les autres, emportés par les 
passions les plus fougueuses, qui ont 
donné dans des erreurs dont leurs 
sectateurs rougissent aujourd'hui, 
aient été suscités de Dieu pour ré- 
former l'Eglise? Ceux-ci, plutôt que 



de demeurer muets, ont répondu 
que les fondateurs mômes et les pro- 
pagateurs du christianisme ont été 
sujets à des erreurs et à des faibles- 
ses. 

Lorsque nous soutenons qu'un 
tidèle doit user de sa raison pour con- 
naître quelle est la véritable église, 
et pour peser les preuves de son in- 
faillibilité, mais que dès qu'il la con- 
naît, il doit déférer à cette autorité, 
ils disent que cette conduite est ab- 
surde, que nous attribuons à l'Eglise 
le droit d'enseigner toutes sortes 
d'erreurs, sans qu'il nous soit permis 
d'examiner si nous devons les ad- 
mettre ou les rejeter; qu'il n'est pas 
plus difficile à la raison de juger 
quelle est la véritable doctrine, que 
de discerner quelle est la véritable 
église. Nouveau sujet de triomphe 
pom- les déistes : Selon vous, ont-ils 
dit, nous ne pouvons juger de la 
mission de Jésus-Christ, de celle des 
apôtres, de l'inspiration des livres 
saints, que par la raison ; donc c'est 
encore à elle de juger si la doctrine 
qu'ils enseignent est vraie ou fausse : 
il n'est pas plus diflicile de porter ce 
jugement que de voir si leur mission 
est divine ou humaine, si tels livres 
sont inspirés ou non. Conséquemment 
les déistes ont attaqué l'Ecriture 
sainte en général par les mêmes ar- 
guments que les prolestants ont faits 
contre certains livres qu'ils ont reje- 
tés du canon. 

Au mot Erreur nous avons fait 
voir la multitude de celles qui sont 
nées les unes des autres sur chacune 
des questions controversées entre les 
protestants et nous ; toutes sont ve- 
nues de l'opiniâtreté à rejeter la 
tradition : dès qu'une fois les protes- 
tants ont eu posé pour principe que 
nous ne devons croire que ce qui est 
expressément et formellement révélé 
dans l'Ecriture sainte, et que c'est à 
la raison d'en déterminer le vrai sens, 
les sociniens ont conclu d'abord : 
Donc nous ne devons croire révélé 
que ce qui est conforme à la raison ; 
etles déistes ont dit de leur côté : Donc 
la raison suffit pour connaître la vé- 
rité ; nous n'avons pas besoin de 
révélation. 

Nos adversaires nous répondront 



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180 



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sans doute qu'il n'est aucun principe 
si incontestable, que l'on ne puisse 
en abuser et en tirer de fausses con- 
séquences. Soit. Il fallait donc com- 
mencc'î ^.lar examiner si le leur était 
incontestable ; mais ils l'ont posé 
sans prévoir où il les conduirait : or, 
nous avons prouvé qu'il est non-seu- 
lement très-sujet à contestation, mais 
absolument faux et destructif du 
chrisliaDisme. 

Dans les divers articles relatifs à 
la question présente, nous avons ré- 
pondu aux principales objections 
des protestants ; mais la manière dont 
ils s'y sont pris pour dôcréditer les 
témoins de la tradition, mérite uq 
examen particulier. 

Le Clerc, Hist. ccclcs., deuxième 
siècle, an 101, commence par ob- 
server qu'à dater de la mort des 
apôtres, l'on entre dans des temps 
où l'on ne peut pas approuver tout 
ce qui a été dit et tout ce qui a été 
fait; que cependant Dieu a veillé sur 
son Eglise, et qu'il a empêché que le 
fond du christianisme ne fût changé. 
Les apôtres , dit-il , avaient puisé 
leurs connaissances dans trois sources : 
dans les livres originaux de l'ancieu 
Testament, dans les leçons de Jésus- 
Christ, dans des révélations immé- 
diates ; le Saint-Esprit leur enseignait 
toute vérité, et ses dons miraculeux 
en étaient la preuve, avantages que 
n'ont point eus ceux qui leur ont 
succédé. Ceux-ci étaient des Juifs 
hellénistes ou des Grecs; comme ils 
n'entendaient pas l'hébreu, ils se 
sont souvent trompés. Ils ont cru que 
les Sei)tante avaient été inspirés de 
Dieu, et ils n'ont pas vu que ces in- 
terprètes ont souvent très-mal traduit 
le texte sacré. Les apôtres n'ont cité 
cette version que pour se prêter au 
besoin des Juifs hellénistes qui ne 
savaient pas l'hébreu: D'où l'on voit 
que les Pères grecs ont été de mau- 
vais interprètes de l'Ecriture, à plus 
forte raison les Pères latias qui n'a- 
vaient qu'une mauvaise version faite 
sur celle des Sej*tantc. 

Uni; autre source d'erreurs est 
venue des traditions reçues de vive 
voix des apôtres, comme l'opinion 
que Jésus-Christ a vécu plus de qua- 
rante ans, son règne fului- de mille 



ans, le temps de îa célébration de la 
Pâque, etc. 

Attachés à la philosophie de Pla- 
ton, ils ont cherché à en concilier les 
dogmes avec ceux du christianisme ; 
ainsi ils ont adapté la Trinité chré- 
tienne à celle de Platon, ils ont cru { 
Dieu et les anges corporels. Igno- 
rants dans l'art de la dialectique etj 
dans celui de la critique, ils ont sou- 
vent raisonné faux, ils ont admis] 
comme vrais plusieurs écrits suppo-1 
ses. Empressés d'amener les païens à-| 
la foi chrétienne, ils se sont fréquem- 
ment rapprochés des opinions vul-l 
gaires, ils ont pris dans le sens le > 
plus commun des termes qui en 
avaient un très-différent dans les 
écrits des apôtres, comme celui de 
mystères en parlant des sacrements, 
et celui d'ûblation pour désigner l'eu- 
charistie. De là sont nés une multi- 
tude de dogmes qui ne sont point 
dans le nouveau Testament ; mais 
comme c'étaient des subtilités que le 
peuple n'entendait pas, il a eu des 
mœurs plus pures et une religion plus 
saine que ceux qui étaient chargés de 
l'enseigner. 

Le Clerc courronne cet exposéi 
pertide, moitié socinien et moitidj 
calviniste, en disant que la sincéritT 
d'un historien l'oblige à faire ces 
aveux, mais cette sincérité n'est 
qu'une hypocrisie malicieuse, il faut 
la démasquer. 

1" Ce portrait des Pères du second 
siècle est bien dillérent de celui qu'en_ 
a tracé lîeausobre, lorsqu'il a rele» 
l'intelligence, la capacité, la sag 
critique, avec lesquelles ces Pères 
ont procédé pour distinguer les livre» 
authentiques de l'Ecriture sainte 
d'avec les livres apocryphes ; voyet 
ci -dessus notre cinquième preuve. LT" 
Clerc n'a pas vu qu'en déprimant l6 _ 
qualités et le caractère personnel de 
ces témoins, il affaiblissait d'autant 
la certitude du jugement qu'ils 00 
porté sur le canon des livres saintr 
iMais un mécréant n'est presque JS" il 
mais guidé dans ses écrits que pW ij 
l'intérêt du moment. f j 

•i" Puisque les miracles opérés pïffl 
les apôtres prouvaient qu'ils étaient 
inspirés par le Saint-Esprit, nous 
demandons pourquoi les mirai'* 



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faits, pendant le second et le troisième 
siècle-, par les tidèles et par les pas- 
teurs, fie prouvaient pas qu'ils étaient 
aussi remplis du Saint-Esprit, quoi- 
qu'ils ne l'eussent pas reçu avec la 
même plénitude que les apôtres ? 
Jésus-Christ n'avait pas promis à ces 
derniers l'Esprit de vérité pour eux 
seuls ni pour un temps, mais pour 
toujours, Joan., c. 14, ^ 16, 17, 23. 
Il leur avait dit, c. 15, t '6 : " Jg 
1 vous ai choisis afin que vous alliez 
» faire du bruit, et que ce fruit soit 
« durable, » ut fructus vestcr mancat; 
mais ce fruit n'a été que passager, 
suivant l'opinion de notre disserta- 
teur, il a commencé à se détruire 
immédiatement après la mort des 
apôtres. 

3° Si ce qu'il dit est vrai, il ne l'est 
pas que Dieu ait conservé sain et 
sauf le fond on le capital du chris- 
tianisme. Comme Le Clerc, socinien 
déguisé, n'admet ni la création, ni 
la Trinité, ni l'incarnation, ni la ré- 
demption dans le sens propre, ni la 
transmission du péché originel, ni 
i'élerniié des peines de l'enfer, etc., 
le fond de son christianisme se réduit 
presque à rien : l'unité de Dieu, i'mi- 
mortalité de l'Ame, le bonheur futur 
des justes, la mission de Jésus- Christ, 
la Euflisance de l'Ecriture interprétée 
à sa manière, voilà tout son symbole. 
Or Dieu, selon lui, n'en a pas con- 
servé purs tous les articles dans le 
second siècle, puisque l'on y a com- 
mencé à enseigner la trinité des 
Personnes en Uieu, la nécessité de 
la tradition, le culte des martyrs, 
etc. : autant d'erreurs destructives 
du christianisme socinien. 

Nous ne contesterons pas au cri- 
tique que les apôtres n'aient reçu 
avec le don des langues la faculté 
d'entendre et de parler l'ancien hé- 
breu. Cette connaissance leur était 
nécessaire pour convaincre les doc- 
teurs juifs qui auraient pu leur op- 
poser les oracles de l'Ecriture suivant 
le texte original. Mais alors les 
apôtres en paraîtront plus coupables 
aux yeux de Le Clerc et de ses pa- 
reils. Convaincus de la nécessité de 
savoii l'hébreu, les apôtres n'ont 
commandé à personne de l'apprendre ; 
wnnaissant toute l'imperfection de la 



Version des Sentante, ils n'ont chargé 
personne d'eu faire une meilleure; 
en se servant de celle là, ils lui ont 
concilié un respect que sans cela on 
n'aurait pas eu pour elle. S'ils ont 
bien fait de se prêter ainsi au besoin 
des hellénistes, pourquoi leurs dis- 
ciples ont-ils mal fait au second 
siècle de suivre leur exemple? Nous 
ne le concevons pas. 

4° On nous cite avec emphase ces 
paroles de saint Paul à Timothée, 
Epist. 2, cap. 3, j^ 15 : « Comme 
» vous connaissez dès l'enfance les 
» saintes Ecritures, elles peuvent 
» vous instruire pour le salut, par la 
» foi en Jésus-Christ. Toute Ecriture 
» divinement inspirée est utile pour 
» enseigner, pour reprendre, pour 
» corriger, pour instruire dansla jus- 
» tice, pjour rendre parfait un homme 
» de Dieu, et le rendre propre à 
» toute bonne oiuvre, « Mais on ;ie 
fait pas attention que Timothée, né 
en Lycaonie, d'un père gentil, élevé 
par une mère et par une aïeule 
juives, n'avait pu lire l'Ecriture sainte 
que dans la Version des Septante ; ce- 
pendant cela suffisait selon saint Paul, 
pour lui donner la science du salut, 
pour le mettre en état d'enseigner, 
pour faire de lui un pasteur pai'fait ; 
comment cela ne sufUsait-il plus aux 
Pères du second siècle? Autre mys- 
tère. 

Disons hardiment que s'il avait 
paru pour lors une nouvelle version 
grecque de l'ancien '''estament, elle 
aurait été rejetée par les juifs hellé- 
nistes, prévenus d'estime pour celle 
des Septante, et accoutumés à la lire ; 
qu'elle aurait été suspecte, même aux 
gentils convertis, dès qu'ils auraient 
su qu'il yen avait une plus ancienne. 
C'est ce qui arriva au quatrième 
siècle, lorsque saint Jérôme entreprit 
de donner une nouvelle version latine 
sur l'hébreu. 

5° Du moins les Pères grecs da 
second siècle et du troisième enten- 
daient le texte grec du nouveau Tes- 
tament, et il est à présumer qu'ils le 
lisaient encore plus souvent que i'fiSS- 
cien. Comment cette lectut ne IiS» 
a-t-clle pas détrompés dfc„ erreurs 
qu'ils puisaient dans la traduction de 
celle-ci, faite par les Septaute? plu- 



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182 



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sieurs protestants ont dit que, quand 
il ne nous resterait que le seul Evan- 
gile de saint Matthieu, c'en serait 
assez pour fonder notre foi ; il est 
bien étonnant que le nouveau Testa- 
ment tout entier n'ait pas pu pré- 
server de toute erreur les disciples 
des apôtres et leurs successeurs. 

6° Suivant le sentiment des protes- 
tants, saint Paul a encore très-griève- 
ment péché en recommandant aux 
fidèles de garder la tradition; il de- 
vait au contraire leur défendre d'y 
avoir égard, puisque c'a été une 
source intarissable d'erreurs. Mais 
laquelle des fausses traditions citées 
par Le Clerc a-t-elle passé en dogme 
"ians TEglise, et a-t-elle été généra- 
iement adoptée? car c'est ici le point 
de la question. Jamais on ne s'est 
avisé d'appeler tradition le sentiment 
particulier d'un ou de deux Pères de 
l'Eglise, mais le sentiment du plus 
grand nombre, conlirmé et perpétué 
par l'enseignement de l'Eglise. Saint 
Irénée est le seul qui ait cru que 
Jésus-Christ avait vécu plus de qua- 
rante ans, et il fondait cette opinion 
sur l'Evangile, Joan., c. 8, ^ 57 ; les 
millénaires appuyaient la leur sur 
l'Apocalypse, et les quartodécimans 
pouvaient se prévaloir de ce que 
Jésus-Christ avait dit, Luc, c. 22, 
^ 16: a Je ne mangerai plus cette 
» pâque jusqu'à ce qu'elle s'accom- 
plisse dans le royaume de Dieu » ; 
or, il l'avait mangée le quatorzième 
de la lune de mars. Lorsqu'un pro- 
testant vient nous dire : Mez-vous 
après cela aux traditions ; un déiste 
peut ajouter sur le même ton : Fiez- 
vous après cela à l'Ecriture sainte, sur 
laquelle on a étayé toutes les erreurs 
possibles. 

"o Si les Pères du second siècle 
étaient eu général ignorants, cré- 
dules, mauvais raisonneurs, incapa- 
bles d'entendre et d'interpréter l'Ecri- 
ture sainte, les apôtres ont été bien 
mal inspirés par le Saint-Esprit, lors- 
qu'ils ont choisi de tels hommes pour 
leur succc'flcr ; n'y en avaiUil donc 
point de plus capables? Saint Irénôc 
nous en ^onne une idée fort dilfé- 
nmte. çdiitra Hseï:, liv. 3, c. 3, n. i ; 
il devait les connaître, puisqu'il avait 
vécu avec eux. Le Clerc convient ce- 



pendant, n. 22, que le christianisme 
lit de grands progrès dans ce siècle, 
par les restes de miracles opérés par 
les disciples des apôtres, par \'\ réfu- 
tation des erreurs des païens, par la 
constance des martyrs, par la pureté 
des mœurs des chrétiens. Quoi? Dieu 
a employé ces moyens surnaturels 
pour propager une doctrine qui se 
corrompait déjà, et dont les erreurs 
allaient croître pendaul quinze siècles 
entiers? C'est une supposition non 
moins absurde qu'impie. 

Enfin, nous prions Le Clerc de nous 
dire où les fidèles du second siècle, 
instruits par les pasteurs de ce temps- 
là, avaient puisé des mœurs plus 
pures et une religion plus sainte que 
celles de ceux qui étaient chargés de 
les enseigner : est-ce encoi'e dans le 
texte hébreu de l'Ecriture sainte ? On 
est tenté de croire que Le Clerc était 
en délire lorsqu'il a écrit toutes ces 
inepties. 

Mosheim n'a été guère plus rai- 
sonnable ; il soutient que les chrétiens 
ont été imbus de plusieurs erreurs, 
dont les unes venaient des juifs, les 
autres des païens; donc il ne faut pas 
croire, dit-il, qu'une opinion tient à 
la doctrine chrétienne, parce qu'elle 
a régné dès le premier siècle et dn 
temps des apôtres. Il met au rang 
des eiTeurs judaïques l'opinion de la 
fin prochaine du monde, de la venue 
de l'antechrist, des guerres et des 
forfaits dont il serait l'auteur, du 
règne de mille ans, du feu qui puri- 
fierait les âmes à la fin du monde. Il 
attribue aux païens ce que l'on pen- 
sait des esprits ou génies bons ou 
mauvais, des spectres et des fantô- 
mes, de lélat des morts, de l'effica- 
cité du jeune pour écarter les mau- 
vais esprits, du nombre des cieux, 
etc. Il n'y a rien de tout cela, dit-il, 
dans les écrits des apôtres; c'est ce 
qui prouve la nécessité de nous en 
tenir à l'Ecriture sainte plutôt qu'aux 
leçons d'aucun docteur, quelque an- 
cien qu'il soit, Instit. hist. christ, ma- 
jores, c. 3, § 17. 

Ce critiiiue avait-il réfléchi avant 
d'écrire? 1° S'il entend seulement 
que, parmi les premiers chrétiens, 
quelques particuliers ont retenu des 
opinions juivis ou puioimes qui u'if 



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183 



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talent contraires à aucun dogme da 
îhristianisme, nous ne disputerons 
pas; nous n'avons aucun intérêt à 
javoir quels ont été les sentiments de 
chaque individu converti par les apô- 
tres ou par leurs successeurs. S'ilveut 
que ces opinions indiirérentes aient 
été assez communes pour former une 
tradition parmi les docteurs chré- 
tiens, nous nous inscrivons en faux 
contre cette supposition. 

2" Si elle était vraie, et que les apô- 
tres ne se fussent pas attachés à ré- 
futer ces erreurs, ils en seraient res- 
ponsables, et ce serait à eux qu'il 
faudrait s'en prendre. Aussi les in- 
crédules ont-ils attribué aux apcMres 
mêmes toutes les erreurs dont Mos- 
heim veut charger les premiers chré- 
tiens, et ils ont prétendu les trouver 
dans les écrits du nouveau Testament. 
Ils ont soutenu que la lin prochaine 
du monde est enseignée par Jésus- 
Christ, MattlL., c. 24, y 34; par saint 
Paul, I Thcss., c. 4, f 14; par saint 
Pierre, Epist 2, c. 3, ^ 9 et seq. La 
venue et le règne de l'antechrist sont 
prédits, II Thessal., cap. 2, ^3; 
i Joan., c. 2, jt 18. Le règne de mille 
ans est promis, Ajjoc, c. 20 j^ 8 et 
seq.; II Petr., c. 3, f 13. Saint Paul 
a parlé du l'eu purifiant, I Cor., cap. 3, 
f 13, et saint Pierre, itiid., ^ 7 et 
10. La distinction entre les bons 
anges et les mauvais est enseignée 
clairement dans les livres de l'ancien 
et du nouveau' Testament; on a jugé 
des inclinations des mauvais anges 
par ce qui en -est dit dans le livre de 
Tobie, chap. 4, y 8, et chap. 6, f 8, 
etc. Il est parlé de fantômes, Matth., 
c. 14, f 20, et Lue., c. 24, ^ 37. On 
a raisonné sui l'état des morts d'après 
la parabole du m.iuvais riche, Luc, 
c. 16, f 22, d'après un passage de 
saint Pierre, Erist. 1, c. 3, y 19, et 
d'après ce que dit saint Paul de la 
résurrection future. L'efiicacilé du 
jeûne est fondée sur l'exemple de 
Jésus-Christ, de saint Jean-Baptiste, 
des apôtres et des prophètes; il est 
fait mention du troisième ciel. II Cor., 
c- 12, ^2 et 4. 

_ Quoique parmi ces opinions il y en 
ait de vraies, de fausses ou de dou- 
teuses, nous délions les protestants 



de les réfuter par l'Ecriture feule. 
Une preuve que les anciens Pères, 
qui ont suivi les unes ou les autres, 
les ont puisées dans l'Ecriture, et non 
ailleurs, c'est qu'ils citent l'Ecriture, 
et point d'autres livres. La fureiirda 
nos adversaires est d'attribuer toutes 
les erreurs aux fausses tniditions', 
nous soutenons que quand il y en <«, 
eu, elles sont venues de fausses ia- 
terprétations de l'Ecriture, et que 
c'est la tradition seule qui a décidé, 
entre les dill'èrentes interprétations, 
quelles étaient les vraies et quelles 
étaient les fausses. Ils cherchent à 
tromper, en disant qu'ils s'en tien- 
nent à l'Ecriture; encore une fois 
l'Ecriture et l'interprétation de l'Ecri- 
ture ne sont pas la même chose. 

3" Moslu.'im lui-même, en réfutant 
le système erroné d'un auteur mo- 
derne sur le mystère de la sainte- 
Trinité, lui oppose le silence de l'an- 
tiquité, Diascrt. sw l'hist. ecc/és., 
tom. 2, p. oGi-. Si le témoignage des 
anciens ne prouve rieu, leur silence 
prouve ciuuire moins. Il y a plus : ce 
critique, réfutant l'ouvrage de To- 
land, intitulé Nazarcnus, en 1722, 
blâme en général la mauvaise foi de 
ceux qui, poiu' se débarrasser du 
témoignage des Pères, commencent 
par leur reproclu^r des erreurs, des 
infidélités, de l'ignorance, etc. : il dit 
qu'en suivant cette méthode il ne 
reste plus rien de certain dans l'his- 
toire : et c'est justement celle qu'il a 
suivie dans tous se^ ouvrages, Vin- 
dicix antiqiise christ ianoram disci- 
plinx, etc., sect. 4, c. o, § 3, p. 92. 

4" Ce critique n'est pas pardon- 
nable d'attaquer par de simples 
probabilités ce que nous lisons dans 
les anciens touelianl l'innocence et 
la pureté des mœurs des premiers 
chrétiens; ])lusieurs auteur.s païens 
en sont convenus, et Le Clerc avoue 
que c'est une des causes qui ont con- 
tribué à étendre les progrès du chris- 
tianisme pondant le second siècle. 
Mosheim dit qu'en y ajoutant foi, 
nous nous exix sons à 1^ dérision 
des incrédules : que nous importe le 
mépris des insensés? C'est lui-même 
qui livre notre religion aux sarcasmes 
de ses ennemis, en voulant prouver 



TRA 



184 



TRA. 



que, dès l'origine, c'a été un cli&os 
d'erreurs empruntées des juifs et des 
païens. 

Il a montré peu de sincérité en 
parlant de la règle de foi de l'Eglise 
romaine. Ses docteurs, dit-il, préten- 
dent unanimement que c'est la parole 
de Dieu écrite et non écrite, ou, en 
d'autres termes, que c'est l'Ecriture 
et la tradition; mais ils ne sont point 
d'accord pour savoir qui a droit d'in- 
terpréter ces deux oracles. Les uns 
prétendent que c'est le pape, les au- 
tres que c'est le concile général; 
qu'en attendant, les évèques et les 
docteurs ont droit de consulter les 
sources sacrées de l'Ecriture et de la 
tradition, et d'en tirer des règles de 
foi et de mœurs pour eux et pour 
leur troupeau. Comme il n'y aura 
peut-être jamais de juge pour con- 
cilier ces deux sentiments, nous ne 
pouvons espérer de connaître jamais 
au vrai les doctrines de l'Eglise ro- 
maine, ni de voir acquérir une forme 
stable et permanente à cette reli- 
gion; Hist. ecclés., seizième siècle, 
sect. 3, 1" part., c. 1, § 'aS; Thèse 
sur la validité des Ordin. anglicanes, 
c. 3, § 3, et suiv. 

On voit ici dans tout son jour le 
génie artiiicieux de l'hérésie. 

t° Aucun catholique n'a jamais 
nié que la décision d'un concile gé- 
néral touchant le sens de l'Ecriture 
et de la tradition, en fait de dogmes 
et de mœurs (1), ne soit une règle de 
foi inviolable; ainsi toutes les déci- 
sions du concile de Trente sur ces 
deux chefs sont inconlestablemeut 
reçues par tous les catholiques sans 
exception, et quiconque oserait les 
attaquer serait condamné comme 
hérétique. Sur tous ces points les 
protestants sont donc bien assurés do 
connaître au vrai la doctrine de l'E- 
glise romainj. Voyez Trente. En y 
ajoutant le symbole placé à la tête de 



ce concile, quel dogme y a-t-il sur 
lequel un prc estant puisse ignorer 
ce que nous croyons? Bossuet, 
Réponse à un mémoire de Leibnitz, 
touchant le concile de Trente; Espiit 
de Leibnitz, tom. 2, p. 97 et suiv. 

2" Tout théologien catholique re- 
connaît qu'une décision du souverain 
pontife en matière de foi et de 
mœurs, adressée à toute l'Eglise, 
reçue par tous les évèques ou par le 
très-grand nombre, soit par une ac- 
ceptation formelle, soit par un silence 
absolu, a autant d'autorité que si 
elle était portée dans un concile gé- 
néral, parce que le consentement 
des pasteurs de l'Eglise dispersés 
dans leurs sièges n'a pas moins de 
force que s'ils étaient rassemblés, il 
ne fait pas moins tradition. Toute la 
différence, c'est que, dans le premier 
cas, ce consentement est moins so- 
lennel et moins promptement connu 
que dans le second. En vertu de son 
caractère et du serment qu'il a fait 
d'enseigner et de défendre la foi ca- 
tholique, tout évèque est essentiel- 
lement obligé de réclamer contre 
une décision du pape qui lui parai- 
trait fausse (l). Si dans ce siècle il y 
a eu quelques théologiens qui ont 
contesté ces principes, c'étaient des 
demi-protestants; ils sont regardés 
par l'Eglise universelle comme des 
hérétiques. Les protestants l'ont si 
bien compris, que depuis les der- 
nières décisions des papes sur les 
matières de la grâce, ils n'ont pas 
cessé de répéter que l'Eglise romaine 
professe hautement le pélagiauisme ; 
cependant œs décisions n'ont pas 
été données dans un concile général. 

3» Il n'importe en rien de savoir 
s'il y a des docteurs catholiques qui 
portent plus loin l'autorité du pape, 
et qui soutiennent que sa décision 
a force de loi, indépendamment de 
toute acceptation ; ces docteurs n'en 



(1) On voit ici que Bergier, après tons les théo- 
logiens sérieux et savants, établit exactement la 
même récrie que nous avons établie dans notre 
dissertation prélimiuaite sur le concile du Vatican, 
à savoir qu'il faut qu'il s'agisse d'une doctrine de 
foi ou de morale. La seule différeDce entre notre 
époqtie et celte de Bosquet, c'est qu'au'ourd'hui 
OD doit appliquer au Pape ce qu'alors les Gallicans 
n'appliquaient qu'A l'Eglise et au Pape après ac- 
c*f Ulioa de l'Eglise. La Noia. 



(I) Depuis la décision du concile du Vatican, la 
distinction que fait ici Beririer entre une décision 
papale acceptée explicitement ou tacitement pac 
tonte l'Egliiie. sur une que>liiin de foi «t de moralei 
et une décision papale de même nature qui_ D< 
serait pas acceptée do la sorte, n'a plus sa raiSM 
d'être, puisque le concile du Vat'can a dit qna » 
Pape tout seul est infadhble sur utie telle qucfitiol 
ex sete non autem ex consensu E^elesit- 

La Non. 



TRA 



18o 



TRA 



sont pas moins soumis à une dt'ci- 
sion acceptée, ni à celle d'un concile 
général; ils n'en sont pas moins 
persuadés do la nécessité de consulter 
l'Ecriture sainte et la tradition des 
siècles passés. Y a-t-il aujourd'hui 
une décision des papes en matière 
de foi ou de mœurs, de laquelle on 
puisse douter si elle a été acceptée 
ou rejetée ? 

4" C'est nous qui sommes réduits 
à ignorer quelle est la croyance de 
chacune des sectes protestantes ; tout 
particulier 3' jouit dudroit d'entendre 
l'Ecriture sainte comme il lui plaît ; 
pourvu qu'il ne fasse pas de hruit, 
aucun n'est obligé de se conformer 
à la confession de foi de sa secte ; 
toutes en ont changé plus d'une fois, 
elles peuvent bien en changer encore. 
C'est donc à nous d'assurer que leur 
religion n'aura jamais une forme 
stable et permanente; elles ne sub- 
sistent que par la rivalité (jui règne 
entre elles, et par la haine qu'elles 
ont toutes jurées à l'Eglise romaine. 
La forme de la nôtre est stable et 
permanente depuis les apôtres ; les 
divers conciles tenus dans les diflé- 
rents siècles n'ont rien décidé de ce 
qui était déjà cru auparavant; ils 
n'ont point établi de nouveaux 
dogmes, puisqu'ils ont tous fait pro- 
fession de s'en tenir à la iraditiun ; 
cette règle invariable assure la per- 
pétuité et la stabilité de notre reli- 
gion jusqu'à la lin des siècles (d). 

Basnage, dans son Histoire de l'E- 
glise, 1. 9, c. 5, 6 et 7, a fait une 
espèce de traité très-long et très- 
confus contre l'autorilé de la tradi- 
tion : il prétend que l'ancienne Eglise 
n'admettait des traditions qu'en ma- 
tière défaits, d'usages et de pratiques ; 
nous avons prouvé le contraire, et 
nous avons fait voir qu'en matière 
même de doctrine la tradition se 
réduit à un fait sensible, éclatant et 
public. 



(1) L'EçIite ne fait jamais Je dogmes nouveaux, 
Bans Jonle, en ce sens qu'elle uajoute point de 
vérités nouvelles à celles qui sont reufertnnes soit 
■explicitnment, suit implicitement dans l'Ecriture et 
la tiaiiition ; mais il ne s'en fait pas moins, chez 
elle, lui .léveloppe nnnl de la science divine, dans 
la même dogimitique, ainsi que l'a expliqué Pie IX 
et que le suppose clairi'ment le concile du Vatican. 
Voyez PnoGRÉs oàns I'Eolise, L» Nota. 



Il nous oppose un grand nombre 
de Pères de l'Eglise, en particulier 
saint Irénée et Tertullien ; nous avons 
montré qu'il n'en a pas pris le sens. 
11 en allègue d'autres qui jisent, 
comme saint (>yrille de Jérusalem, 
CatccJi. i, en |)arlaut du Saint-Esprit, 
qu'on neiloit rien expliquer louchant 
nos divins mystères qu'on ne l'éta- 
blisse par des témoignages de l'E- 
criture. Ce Père ajoute : « Ne croyez 
M pas même ce que je vous dis, si je 
» ne vous le prouve par riy'l'iture 
» sainte . » Saint Cyrille avait raison, 
et nous pensons encore comme lui. 
Il parlait à des fidèles dociles, il était 
assuré qu'ils ne lui contesteraient 
pas le sens qu'il donnait aux paroles 
de l'Ecriture. Mais si ce Père avait eu 
pour auditeurs des sectateurs de Ma- 
cédcmius, qui niaient la divinité du 
Saint-Esprit, qui auraient disputé sur 
le sens de tous les passages, qui lui 
en auraient opposé d'autres, etc., 
comment aurait-il prouvé h; vrai 
sens, sinon par la tradition? Lui- 
même recommande aux lidèles de 
garder soigneusement la doctrine 
qu'ils ont reçue par tradition ; il les 
avertit que s'ils nourrissent des 
doutes, ils seront aisément séduits 
par les hérétiques, Catcch. 5, à la lin. 

Lactance, Divin. Instit., lib. 6, 
c. 21, argumente contre les païens 
qui ne faisaient aucun cas de nos 
Ecritures, parce qu'ils n'y trouvaient 
pas autant d'art ni d'éloquence que 
dans leurs poètes et dans leurs ora- 
teurs. « Quoi donc, dit-il. Dieu créa- 
» teur d(! l'esprit, de la parole et de 
I) la langue, ne peut-il pas parler ? 
» Par une providence très-sage il a 
» voulu que ses leçons divines fus- 
» sent sans fard, atin que tous en- 
» tendissent ce qu'il disait à tous. » 
Sur ce passage les ])rotestants triom- 
phent. Mais la simjilicité du style de 
l'Ecriture met-elle tes vérités qu'elle 
enseigne à la portée de l'intelligence, 
de tout le monde? Si cela était, 
pourquoi tant de disputes sur les 
passages mêmes qui paraissent les 
plus clairs? Pourquoi tant de com- 
mentaires, de notes, d'explications 
chez les protestants mêmes ? Le seul 
premier verset de la Genèse a donné 
lieu à des volumes entiers, et le sens 



TRA 



86 



TRÂ 



en est encore contesté aujourd'hui 
par les sociniens. Ces courtes paroles 
de Jésus-Christ : Ceci est mon Corps, 
ceci est mon Sang, sont entendues par 
les protestants dans trois sens dif- 
férents. Lactance n'avait à justifier 
que la simplicité du style de l'Ecri- 
ture; il n'est point entré dans la 
question de savoir si tout le monde 
pouvait entendre l'hébreu, s'assurer 
de la fidélité des versions, saisir le 
vrai sens de tous les passages essen- 
tiels, sans danger de se tromper. 
Vainement on nous répétera ces pa- 
roles : Dieu ne peut-il donc pas 
parler? Il le peut sans doute, puis- 
qu'il l'a fait : mais encore une fois, 
il n'a changé ni la nature du langage 
humain ni la bizarrerie de l'esprit 
des hommes; il a parlé aux uns en 
hébreu, aux autres en grec; donc il 
a voulu qu'il y eût des interprètes 
pour les peuples qui n'entendent ni 
l'un ni l'autre. Le seul interprète in- 
faillible est l'Eglise; tout autre est 
suspect et sujet à l'erreur. 

Hasuage observe que les Pères se 
servaient contre les hérétiques de l'ar- 
gument négatif, et leur opposaient le 
silence de l'Ecriture dans les disputes, 
mais que ceux-ci le rétorquaient aussi 
contre les Pères. Il établit neuf ou 
dix règles pour discerner les cas dans 
lesquels cet argument est ou solide 
ou sans force. Comme ces prétendues 
règles ne servent qu'à embrouiller la 
question, nous nous bornons à soute- 
nir que cet argument était solide 
Contre les hérétiques qui eu appe- 
laient toujours ù l'Ecriture, comme 
font encore les protestants, et qui ne 
pouvaient citer aucune tradition cer- 
taine en leur faveur, mais qu'il ne 
prouve rien contre les Pères ni 
contre les catholiques, parce que chez 
eux la tradition de l'Eglise a toujours 
suppléé au silence de l'Ecriture ou à 
son obscurité. 

Il entreprend de réfuter la règle 
que donne Vincent de Lérins, savoir, 
que ce qui a toujours tté cru partout 
doit être regardé comme véritable ; 
qu'il faut consulter l'antiquité, l'uni- 
versalité et le consentement de tous 
les docteurs : Quod itbiquc, quod sem- 

per, qvjid nh omnibus creditiim est 

tequamur universiiatem, antiquitatem. 



consensionem; Commonit., c. 2. Bas» 
nage y oppose, i° que si l'oii*doit 
mettre au nombre des docteurs les 
apôtres et leurs disciples, il faut donc 
en revenir à consulter leurs écrits. 
Qui en doute ? Mais la question est de 
savoir si lorsqu'ils gardent le silence, 
ou ne l'expliquent pas assez claire- 
ment, on ne doit pas suivre le senti- 
ment de ceux qui leur ont succédé, 
et qui font profession de n'enseigner 
que ce qu'ils ont appris de ces pre- 
miers fondateurs du christianisme. 
Nous soutenons avec Vincent de Lé- 
rins qu'on le doit, et nous l'avons 
prouvé (1). 

2° Il dit que l'on ne peut jamais 
connaître le sentiment de l'universa- 
lité des docteurs, puisque ceux qui 
ont écrit ne sont pas la millième 
partie de ceux qui auraient pw écrire 
et dont on ignore les opinions. Nous 
répondons en premier lieu que quand 
un concile général a parlé (2), on ne 
peut plus douter de l'universalité de 
la croyance. En second lieu, que ceux 
qui n'ont pas écrit pensaient comme 
ceux qui ont écrit, puisqu'ils n'ont 
pas réclamé. Toutes les fois qu'un 
évoque ou un docteur s'est écarté du 
sentiment général de ses collègues, il 
a été accusé et condamné, ou pen- 
dant sa vie ou après sa mort; l'his- 
toire ecclésiastique en fournit cent 
exemples. 

3° 11 objecte que, parmi ceux qui 
ont écrit, il fl'y en a souvent que 
deux ou trois qui aient traité une 
question, et encore n'en ont-ils parlé 
qu'eu termes obscurs; que s'ils fai- 
saient autorité, les hérétiques en au- 
raient pu citer de leur côté; qu'enfin 
ce petit nombre a pu se tromper. 
Nous répliquons que, quand trois ou 
quatre docteurs de réputation, placés 
quelquefois à cent lieues l'uu de 
l'autre, se sont exprimés de même 
sur un dogme, sans exciter nulle part 



(1) Bergier n'en cite pan Bssez \n He saiot Vincent 
de Lérins, qui, loin de nier le développement, en 
pose le principe. (V. Vincent de Lérius.) B^rçier 
appartient à nos gailicant, qtii étaient trop rigoitrenjc 
dans l'interprétation de cette formule : l'Eglise Dt 
fait jamais de dogmes nouveaux. 

Li Nota. 

(J) Aujourd'hui Bergier diioit : Quand le Pop" a 
parlé <x eathtdra. 

1,1 Noio* 



TRA 



187 



TRxV 



lucune réclamation, nous sommes 
;ertains que tous les autres ont été 
de même sentiment. Tout évèque, 
tout pasteur, s'est toujours cru essen- 
tiellement obligé à veiller sur le dépôt 
ie la foi, à élever la voix contre qui- 
conque y donnait atteinte, à écarter, 
de son troupeau, tout danger d'er- 
reur;. les apôtres le leur avaient for- 
mellement commandé et leur en 
avaient donné l'exemple. Aujourd'hui 
les protestants leur font un crime de 
ce zèle toujours attentif et prévoyant; 
ils disent que les Pères étaient des 
hommes inquiets, soupçonneux, ja- 
loux, qiierelleurs, toujours prêts à 
taxer d'hérésie quiconque ne pensait 
pas comme eux. Tant mieux, pou- 
vons-nous leur répondre, c'est ce qui 
rend la tradition plus certaine ; aucune 
erreur n'a pu naître impunément. 

De là même il s'ensuit que les hé- 
rétiques n'ont jamais pu citer des 
docteurs qui aient pensé comme eux, 
sans avoir fait du bruit et sans avoir 
été notés. Que chacun des docteurs 
c.itholiques ait été capable de se 
tromper, cela ne fait rien à la ques- 
tion; nous sommes siir qu'ils ne se 
sont pas trompés, dès qu'ils n'ont pas 
été blâmés et censurés. Quel docteur 
mérita jamais mieux d'être ménagé 
Iqu'Origène? Non-seulement on ne 
lui a passé aucune erreur, mais on 
ne lui a pas pardonné ses doutes. Si 
donc quelques-uns n'avaient parlé 
qu'en termes obscurs, on les aurait 
I forcés de s'expliquer. 

Basnage en impose, lorsqu'il dit 
I que saint Augustin donnait la même 
réponse que lui aux semi-pélagiens 
qui alléguaient en leur faveur le sen- 
timent des anciens Pjres. Rien n'est 
plus faux. Ce saint docteur a toujours 
fait profession de suivre la doctrine 
des Pères qui l'avaient précédé, et il 
l|le prouve en citant leurs ouvrages. 
«Lorsque saint Prosper lui objecta 
pleur autorité touchant la prédestina- 
l'ion, il répondit d'abord que ces 
ttaints personnages n'avaient pas eu 
Bliesoin de traiter cette question, au 
jlieu qu'il avait été forcé d'y entrer 
j pour réfuter les pélagiens, L. de Prse- 
Uest., c. 14, n. 27. Mais, après y avoir 
[ toieuï pensé, il lit voir que les anciens 
[Pères ont suflisamment soutenu la 



prédestinât: on gratuite, en enseignant 
que toute grâce de Dieu est gratuite. 
Sanct. L. de Dono Pers., c. 19 et 20. 
n. 48-51. Par là même nous voyons 
de quelle prédestination il s'agissait. 
Donc saint Augustin était bien éloi- 
gné de vouloir s'écarter de leur sen- 
timent; et quand il serait vrai qu'il 
s'est exprimé autrement qu'eux, nous 
serions encore eu droit do soutenir 
qu'il a pensé comme eux. « Us ont 
» gardé, dit-il, ce qu'ils avaient trouvé 
» établi dans l'Eglise; ils n'ont ensei- 
» gné que ce qu'ils avaient appris; et 
» ils ont élé attentifs à enseigner à 
» leurs enfants ce qu'ils avaient reçu 
B de leurs pères, Contra .lui., lib. 2, 
» n. 34. » Voyez Prédestination, 
Semi-Pklagianisme. 

Lorsque certains théologiens dé- 
clarent qu'ils s'en tiennent au senti- 
ment de saint Augustin seul, sur les 
matières de la grâce et de la prédes- 
tination, ils méritent qu'on leur de- 
mande s'ils sont soudoyés par les 
protestants, pour annuler la tradition 
des quatre jiremiers sièclesde l'Eglise, 
et pour supposer que ce saint doc- 
teur en a établi une nouvelle qui a 
subjugué toute l'Eglise : c'était ce que 
voulaient Luther et Calvin. Que Bas- 
nage et ses pareils taxent de semi- 
pélagianisme Vincent de Lérins, cela 
ne nous surprend pas ; ils ne lui par- 
donneront jamais la netteté, la force, 
la sagacité avec laquelle il a établi 
l'autorité de la tradition ; mais que 
des théologiens qui se disent catholi- 
ques appuient cette accusation, et 
n'en voient pas les conséquences, cela 
est très-étonnant. 

Si nous avions trouvé des objec- 
tions plus fortes dans quelque auteur 
protestant ou ailleurs, nous ne les 
aurions pas passées sous silence; mais 
ce que nous avons dit sul'iit pour dé- 
montrer que nos adversaii'es, en at- 
taquant la tradition, n'ont pas seule- 
ment compris le véritable état de la I 
question. Beugier. 

TRADUCIANISME {Théol. mixt. 
scien. physiol. philos, psychol.) — 
V. Génératianisme. 

TRADIJCIENS, c'est le nom que 
les pélagiens donnaient aux catholi- 



1: 






TRA 



188 



TRA 



ques par dérision, parce que ceux-ci 
soutenaient que le péché originel 
passe et se communique des pères 
aux enfants, traducitiir ; et que plu- 
sieurs, pour concevoir cette commu- 
nication, avaient imaginé que l'âme 
d'un enfant émane de celle de son 
père, et naît ex traduce. Pendant 
longtemps saint Augustin pencha 
vers cette opinion, parce qu'elle lui 
semblait la plus commode pour ex- 
pliquer la transmission ou la transfu- 
sion du péché originel, mais il ne 
l'embrassa jamais positivement ; il 
semble même l'avoir abandonnée 
dans son dernier ouvrage contre les 
pélagiens. 

Ces hérétiques avaient évidemment 
tort, quand ils exigeaient qu'on ex- 
pliquât comment cela se fait : dès 
qu'un dogme est clairement révélé 
par l'Ecriture sainte et par la tradi- 
tion, il est absurde d'examiner si 
nous pouvons ou si nous ne pouvons 
pas le comprendre; c'est supposer 
que Dieu ne peut pas faire plus que 
nous ne concevons, et que notre in- 
telligence très-bornée est la mesure 
de la puissance, de la sagesse et de la 
justice divine. On ne doit cependant 
pas blâmer les Pères de l'Eglise, parce 
qu'ils ont tenté d'expliquer jusqu'à un 
certain point nos mystères, et de les 
accorder avec les notions de la philo- 
sophie (1), afin de satisfaire aux re- 
proches et aux objections des héréti- 
ques et des incrédules. Voyez Péché 
ORIGINEL, Pélagiens. 

Quoique l'Ecrituresainte n'enseigne 
pas positivement que Dieu crée les 
âmes en détail à mesure qu'il se 
forme de nouveaux corps, c'est ce- 
pendant le sentiment le plus proba- 
ble. En effet, il n'y a aucune raison 
de penser qu'à la naissance du monde 
Dieu a exercé tout son pouvoir créa- 
teur, et qu'il a résolu do ne plus en 
faire aucun usage. Il n'est donc pas 
étonnant que le sentiment dont nous 
parlons soit devenu la croyance gé- 
nérale de l'Eglise. Beausobre a fort 
mal raisonné, lorsqu'il a dit que l'hy- 

(1) A U boDDe heure I le travail de la raison tbéo- 
lo/riqiie esr lonj/Mirs eo vue da cet accord ; il fut «d- 
mirablo aux trni-i.Miio, quatrième et cinquième lie- 
■db^f an treizitfUit] et au diz-ieptième. 

Lu Now. 



pothèse de la préexistence des âmes 
fait honneur à Dieu, parct qu'elle 
suppose que sa puissance et sa bonté 
n'ont jamais été sans agir et sans se 
communiquer aux créatures, Hist. du 
Manich., 1. 6, c. 1, § la. C'est juste- 
ment pour cela qu'il y a lieu de croire 
que Dieu agit encore en créant de 
nouvelles âmes. 

Bergieb. 

TRADUCTION. Voy. Version. 

TRAIT de la messe. Suite de plu- 
sieurs versets qui se chantent à la 
messe, et qui succèdent au graduel. 
Autrefois ces versets étaient chantés, 
tantôt sans interruption tractim, par 
un seul chantre, et tantôt par plu- 
sieurs alternativement. Comme un 
psaume avait quelque chose de plus 
triste quand il était continué par une 
seule personne que quand plusieurs 
chantres se répondaient, l'usage s'est 
établi, dans les temps consacrés à la 
pénitence ou à la mémoire de la pas- 
sion du Sauveur, et dans les messes 
pour les morts, de faire chanter en 
trait les versets, par un seul ou par 
deux chantres auxquels le chœur ne 
répond point. Dans les jours de fêtes 
consacrés à la joie, au lieu de trait on 
chante alléluia, et il est répété parle 
chœur. Le Brun, Explic. des cérémo- 
nies de la messe, tome 1 , pag. 205. 

LilîRGIER. 

TRANSFIGURATION de Jésus- 
Christ. Nous lisons dans saint Mat- 
thieu, c. 17, dans saint Marc, c. 9, 
et dans saint Luc, c. 9, que le Sau- 
veur conduisit ses disciples, Pierre, 
Jacques et Jean, sur une montagne 
haute et écartée ; que pendant sa 
prière son visage devint resplendis- 
sant comme le soleil, et ses vêtements 
d'une blancheur éblouissante; que 
Moïse et Elle apparurent et s'entre- 
tinrent avec lui de ce qu'il devait 
souffrir à Jérusalem ; qu'ils furent 
environnés d'une nuée lumineuse de 
laquelle sortit une voix qui dit : « Voilà 
» mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis 
» mes complaisances; écoutez-le. » 
L''s évangélistes ajoutent qu'à la vue 
de ce spectacle, Pierre s'écria : « Sei- 
» gneur, nous sommes bien ici, fai- 



à 



TRA 



189 



TRI 



» sons-y trois tentes, une pour vous, 
» une pour Moïse, et une pour Elle, » 
ne sachant ce qu'il disait; que les 
trois disciples eti'rayés tombèrent sur 
lear visage; que Jésus les releva, les 
rassura, et leur défendit de publier ce 
miracle avant sa résurrection. On 
conjecture qu'il arriva environ deux 
ans avant sa mort. 

Pour le révoquer en doute, quel- 
ques incrédules ont dit que ces trois 
disciples dormaient, saint Luc le re- 
marque expressément; qu'ainsi ce fut 
un rêve. Mais trois hommes ne rêvent 
pas de même; lorsque ces trois disci- 
ples tombèrent par terre, que Jésus 
les releva et leur parla en descendant 
de la montagne, ils ne rêvaient pas. 
Pourquoi leur défendre de publier 
pour lors ce qu'ils avaient vu, s'il 
avait voulu les retenir dans l'erreur? 
Toutes les circonstances démontrent 
que Jésus-Christ ne recherchait ni sa 
propre gloire ni à tromper ses disci- 
ples; que par des prodiges de toute 
espèce il voulait les convaincre plei- 
nement de sa mission, et les prémunir 
contre le scandale de ses souffrances 
et de sa mort. Une preuve que les 
apôtres ne pensaient pas non plus à 
mulliiilier ses miracles, c'est que 
saint Jean, qui avait été témoin de 
celui-ci, n'en parle point dans ses 
écrits; saint Pierre en a fait mention 
très-brièvement, Epist. il, cap. 1, 

y 17. 

La fête de la transfiguration est an- 
cienne dans l'Eglise, puisqu'au cin- 
quième siècle saint Léon a fait un 
sermon sur ce sujet. Saint Ildefonse, 
évèque d'Espagne en 845, en parle 
comme de l'une des grandes solenni- 
tés de l'année : Baronius en a trouvé 
la mémoire dans un martyrologe de 
l'an 830. Ainsi, lorsque l'an llo2, 
Pothon, prêtre de Prum, la regardait 
comme une nouvelle fête établie par 
des moines, il était mal informé. 
En 14.')7, If! pape Calixte III ordonna 
qu'elle fût célébrée par un oflice 
propre, et avec les mêmes indulgences 
que la fête du saint Sacrement ; cela 
prouve qu'elle n'était pas alors solen- 
nisèe partout, mais non qu'il eu lut 
l'instituteur , comme quelques-uns 
l'ont cru. Vies des Féres et des Mar- 



tyrs, t. 7, p. 172; Thomassin, Traité 
des fêtes, \. 2, c. 19, § 14 et Kl. 

BEU(ilER. 

TRANSLATIOiN des reliques d'un 
saint. L'usage de transporter d'un lieu 
à un autre les reliques d'un martyr ou 
d'un autre saint dont on chérissait la 
mémoire, est venu d'un sentiment 
très-naturel et très-religieux. Lors- 
qu'un saiut évèque avait soullert la 
mort pour Jésus-Christ dans un lieu 
éloigné de son siège, il n'est pas 
étonnant que ses ouailles aient désiré 
de posséder ses reliques, aient de- 
mandé que du lieu de son martyre 
elles fussent portées dans son Eglise. 
Ainsi, l'an 107, les restes des os de 
saint Ignace, martyrisé à Rome, fu- 
rent transportés dans sa ville èpisco- 
pale d'Antioche, et r^çus par les lidè- 
les comme un trésor inestimable, snivant 
l'expression des actes de son martyre. 
Or, à cette époque, il y avait certai- 
nement encore dans cette Eglise un 
bon nombre de chrétiens qui avaient 
été instruits dans la foi par les apô- 
tres mêmes. Lorsqu'un laïque avait 
reçu la même couronne, le res])ectet 
l'amour inspiraient le même empres- 
sement à ses concitoyens; et quoi (jue 
l'on en puisse dire, c'est un ellet na- 
turel de la vénération qu'iuspire la 
vertu. •- 

Ce zèle augmenta lorsque l'on vit 
qu'il se faisait des miracles au tom- 
beau des martyrs ; on regarda leurs 
reliques comme un ga.Te assuré des 
faveurs du ciel, et dans chaque Eglise 
on fut jaloux de s'en procurer. Dans 
la suite des tem])s, lorsque les Barba- 
res firent des incursions dans nos 
provinces, brûlèrent les églises el les 
reliques des saints, l'on s'empressa de 
dérober à leur fureur ces précieux 
dépôts, on les porta dans des lieux oi'i 
l'on avait lieu de penser que les Barba- 
res ne pénétreraient pas, surtout dans 
les monastères écartés. Ily aplusieurs 
exemples de reliques ainsi portées de 
l'un des bouts de la France à l'autre; 
quelques-unes furent ensuite repor- 
tées dans les lieux où elles avaient 
reposé d'abord. 

Quand on examine cet usage san 
prévention, l'on n'y voit rien oup de 




^ 



TRA 



190 



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louable; mais ce n'est point ainsi que 
l'ont envisagé les protestants. Obsti- 
nés à soutenir que le culte des reli- 
ques des saints est une superstition 
imitée des païens, ils ont trouvé 
beau, lorsqu'ils avaient les armes à 
la main, de suivre l'exemple des Bar- 
bares, de fouiller dans les tombeaux 
des saints, d'en enlever les orne- 
ments, de profaner et de brûler les 
reliques; leurs écrivains ont ensuite 
déployé leur éloquence pour justifier 
ces excès, et pour jeter du ridicule sur 
toutes les pratiques des catholiques à 
cet égard. 

Basnage, Hist. de l'Eglise, 1. 18, 
chap. 14, s'est beaucoup étendu sur 
ce sujet; il a fait tous ses efforts pour 
prouver que, pendant les trois pre- 
miers siècles, on ne s'était point avisé 
de toucher aux tombeaux des mar- 
tyrs, d'en tirer leurs os, ni de les pla- 
cer dans les églises ou sur les autels ; 
que cet abus n'a commencé que vers 
la fin du quatrième siècle, et que ce 
sont les ariens qui ont le plus contri- 
bué à l'introduire. Au mot Saint, § 3, 
nous avons réfuté cette imagination 
ridicule; aux mots Martyrs et Reli- 
QDEs, nous avons fait voir que leur 
culte est aussi ancien que le christia- 
nisme, et que dès le commencement 
c'a été vme espèce de profession de 
foi de la résurrection future. S'il s"y 
est glissé des abus dans les siècles 
d'ignorance, ils n'ont jamais été aussi 
grands ni aussi fréquents que les pi"o- 
testants le prétendent, et il en est ré- 
sulté beaucoup plus de bien que de 
mal. Une înûnité de pécheurs ont été 
pénétrés de componction en visitant 
le tombeau des saints, Dieu y a sou- 
vent récompensé par des miracles la 
foi des fidèles, ils y ont reçu du sou- 
lagement dans leurs maux; la fureur 
même des Barbares a respecté plus 
d'une ibis ces sanctuaires de la piété. 
Quoi que l'on en dise, il est bon que 
les enfants de l'Eglise conservent ces 
objets de consolation et de confiance, 
desquels ses ennemis se sont volon- 
tairement privés. 

Bergier. 

TRANSFUSION (la) {Théol. mixt. 
scien. méd.) — S'il était possible que 
l'art médical arrivât jaraais à trouver 



le remède à la vieillesse et le secret 
de rajeunir, il semble naturel de 
supposer que ce remède et ce secret 
consisteraient dans la transfusion du 
sang d'un jeune homme Jans le^ 
veines d'un vieillard. Descartes a dit 
non pas sans doute que la science et 
l'art trouveront les moyens de rendre 
l'homme immortel, mais qu'ils arri- 
veront à lui épargner les maladies, 
les infirmités, et à le conduire à une 
vieillesse toujours paisible, douce 
avant-courrière de la mort. Un tel 
rèvc, fait par l'homme de génie qui 
fut le moins propre à concevoir des 
illusions, ne parait pas dépasser les 
limites du possible ; mais il faut re- 
connaître que sa réalisation, si elle 
doit se produire, est très-éloignée. 
Par cette voie conjecturale, nous 
serions encore porté à reculer la fin 
du monde de plus d'un million d'an- 
nées. En attendant, exposons l'état 
présent de la science et de l'art thé- 
rapeutique sur la transfusion. 

Il parait que l'idée de transvaser 
le sang d'un corps vivant dans un 
autre corps qui a perdu le sien par 
une iiémorrhagie ou par une autre 
cause, était venue aux anciens; et 
comment, en effet, ne lour serait-elle 
pas venue? Elle est si naturelle. Quoi 
qu'il en soit pourtant, ce n'est que 
du milieu du xvn» siècle que datent 
les essais authentiques de cette opé- 
ration. On la pratiqua en Angleterre 
et en Allemagne en 1664, sur des ani- 
maux, et quelques succès furent 
obtenus. Trois années après, Denis 
osa ressayer, en France, sur l'homme 
et réussit; on peut lire dans le Jour- 
nal des savants de 1667, la relation 
de cette tentative heureuse. L'année 
suivante, des médecins s'y risquèt'ent 
en Italie, et réussirent encore. Mais, 
dans la même année, beaucoup de 
praticiens français, trop encouragés 
par ces premières réussites, en abu- 
sèrent, et par suite surtout de l'igno- 
rance dans laquelle était encore la 
physiologie sur la composition du 
sang, les accidents devini-cat nom- 
breux, et une sentence r*.-) Châtelet 
du 17 avril 1768, proscrivit la trans- 
/^Sion jusqu'à ce qu'elle fût approuvée 
par la Faculté de médecine; or l'ap- 
probation de la Faculté ne vint ja- 



TUxV 



191 



TRA 



maij, en sorte que les essais de trans- 
fusion fureut abandonnés pendant 
plus d'un ?iècle. 

Il y0,ivait, dans cet abandon, si 
longuement prolongé, une réaction 
exagérée; c'est ce qui arrive toujours 
ians cette pauvre humanité qui ne 
sait guère que se jeter d'un excès 
dans un autre. Le bon sens ne dit-il 
pas, à première vue, qu'il peut y avoir 
là un remède souverain dans certains 
cas, et que ce moyen, en supposant 
qu'il fût employé avec les précautions 
et conditions minutieuses qu'il de- 
mande, peut être une ressource à 
l'aide de laquelle la chirurgie opérera 
un jour des merveilles? 

Ce ne fut qu'en 1818 que la ques- 
tion si intéressante de la transfusion 
fut rappelée à l'étude des physiolo- 
gistes. En Angleterre, Harwood et 
lilundell ouvrirent la marche; à Ge- 
nève, quelques années après, Prévost 
et Dumas s'en occupèrent; en Alle- 
magne, Dieffenbach suivit leur exem- 
ple, etenlin Brown-Séquard, à Paris, 
avec beaucoup d'autres qui vinrent à 
son aide et rivalisèrent de zèle pour 
tâcher de résoudre un point de thé- 
rapeutique aussi capital. 

On lit d'abord de nombreuses expé- 
riences sur des animaux d'espèces 
diverses et l'on crut constater que la 
transfusion ne devait se faire qu'entre 
animaux de même espèce ou d'es- 
pèces très-rapprochées. On regarda 
comme démontré, par exemple, que 
« le sang des mammifères transfusé 
aux oiseaux agissait, en quelque 
sorte, comme un poison sur ces der- 
niers », telles sont les paroles mêmes 
du professeur Longet [Traité de phy- 
siologie, 3^ édition). On expliqua ce 
phénomène par la différence de forme 
et de , volume des globules du sang 
des uns et des autres; mais plus tard 
(18Sb), Bischofî fit d'autres expérien- 
ces d'après lesquelles cette différence 
des globules n'était plus la véritable 
cause de l'effet toxique, mais bien 
plutôt la présence dans le sang in- 
jecté de la fibrine coagulable : ces 
expériences, en effet, consistèrent à 
délibriner du sang de mammifère 
avant de le transfuser à un oiseau, et 
vice versa ; et il n'en résulta plus l'effet 



toxique. D'autres physiologistes obtin- 
rent des résultats semblables. 

En 1866 M. Orè, de Bordeaux, a 
réussi à injecter du sang veineux de 
chien dans des vaisseaux de canard 
et réciproquement, en ayant soin 
seulement que le liquide passât im- 
médiatement et sans exposition à l'air 
des veines d'un animal dans celles de 
l'autre. 

J'expliquerai plus loin comment on 
obtient ce résultat. Toujours est-il 
qu'il suit de ces derniers faits que ce 
n'était ni la différence des globules, 
ni la différence des tibrines qui em- 
pêchait de réussir dans les épreuves 
antécédentes, mais seulement sans 
doute la transformation qui s'opérait 
dans le sang transvasé pendant le 
temps qu'il était exposé à l'air, durant 
le passage. 

Oublions pour un moment, ces der- 
niers résultats, résumons la question 
de la transfusion telle qu'elle se posait 
avant l'invention et les perfectionne- 
ments de l'appareil Moncocq et Ma- 
thieu, que nous devrons expliquer. 

X cette date il était donc admis 
parmi les médecins qu'il fallait choisir, 
pour que la transfusion réussit, des 
animaux de même espèce; qu'il était 
utile, sinon indispensable, (jue le sang 
transfusé fût passé par le détibrinage; 
qu'il valait mieux se servir du sang 
veineux que du sang artériel; qu'il 
convenait de n'injecter qu'une petite 
partie du liquide à la fois; qu'il fallait 
enfin prendre soin à ce quïl n'entrât, 
avec le sang, dans la veine, que le 
moinspossible d'air ambiant. (Longet, 
Traité de •physiologie.) 

Toutes les conditions que je viens 
de résumer se conçoivent facilement, 
excepté une : le déUbrinage. En quoi 
consistait cette opération? on va le 
comprendre. 

La fibrine est une substance qui 
est à l'état de solution dans le sang 
et qui sert à former, dans les parties 
solides du corps, la libre musculaire, 
le tissu de la chair. Lorsque du sang 
a été extrait d'une veine, il se divise 
en un liquide qui est le sérum, et une 
masse solide qu'on nomme le caillot. 
Or la fibrine se trouve dans le caillot : 
et c'est elle qui, en se coagulant, a en- 





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192 



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traîné les globules composant l'autre 
partie de ce caillot; elle ressemble à 
l'albumine et se compose, chimique- 
ment , de carbone , d'hydrogène , 
d'oxygène, d'azote et de soufre. 

Pour défibriner du sang au sortir 
de la veine, on le bat vivement avec 
un faisceau de petites baguettes; la 
fibrine s'attache aux baguettes, sous 
forme de petits filaments très-déliés, 
un peu rougeâtres, et le sang est dé- 
fibi'iné. 

On conçoit déjà, d'après ce qui a 
été dit des dernières découvertes de 
M. Oré, que ce qui faisait que cette 
fibrine était mortelle pour l'animal 
injecté d'après l'ancienne méthode 
de transfusion, ce n'était pas la fi- 
brine elle-même, mais le commen- 
cement de coagulation qu'elle avait 
subie au contact de l'air dans le pas- 
sage. 

Pour qu'une transfusion soit bien 
faite, pour que ce soit du véritable 
sang qui soit transfusé, il ne faut pas 
qu'il soit défibriné ; il faut, au con- 
traire, que la fibrine y reste dans son 
état de solution naturelle, ce que nous 
verrous qu'on obtient à p résent à l'aide 
de l'appareil Moncocq. 

Il en est de même de plusieurs des 
autres conditions : celle de l'identité 
d'espèce reste sans doute pour les 
cas ordinaires, mais cesse pourtant 
d'être aussi absolue, dès lors qu'on 
est assuré, par l'usage du même ap- 
pareil, que le sang, dans son trans- 
versemcut n'a point subi d'altération ; 
et l'on conçoit, d'ailleurs, qu'il puisse 
arriver que certains sangs très-ditl'é- 
rents d'espèce, injectés de la sorte 
dans leur nature, soient des remèdes 
à certains maux. 

Quant à l'usage du sang veineux 
préférablement au sang artériel, ne 
semble-t-il pas encore que, depuis 
l'appareil en question, ce serait plutôt 
la condition inverse qu'il conviendrait 
de mettre en pratique, lorsque l'ani- 
mal qui fournit le sang n'est point à 
ménager. La raison, en elfet, qui fai- 
sait préférer le sang veineux, ne de- 
vait-elle pas venir simplement de ce 
que 11 sang artériel plus sensible à 
l'air, subissait plus vite une altéra- 
tion ? 

Quant à la dernière condition, celle 



d'éviter un mélange d'air trop con- 
sidérable, elle est pleinement accom- 
plie paijrappareil Moncocq et Mathieu, 
et ne l'avait jamais été auparavant. 

Expliquons donc cet appareil qui 
permet la transfusion immédiate, la 
seule bonne et celle à l'aide de la- 
quelle nos praticiens opèrent aujour- 
d'hui, assez communément, de véri- 
tables merveilles. 

Imaginez un élégant tube en cristal 
dont la partie inférieure se termine 
en cupule, c'est-à-dire en forme de 
calotte renversée, portant un trou 
en son milieu. Cette cupule ou godet 
renversé est d'un petit diamètre. 
Toute la partie supérieure du tube, 
au-dessus de la cupule, est un corps 
de pompe dans lequel va et vient uil 
piston disposé de manière, à l'aide 
de soupapes, à former une pompe 
aspirante et foulante ; aspirante par 
en bas, foulante par en haut. Les sou- 
papes s'ouvrent pour laisser passer 
le sang aspiré et se ferment pour l'em- 
pêcher de retourner eu arrière. 

A la partie supérieure du corps de 
pompe est adapté un tube en caout- 
chouc qui va introduire un petit bec, 
par lequel il se termine, dans la veine 
ouverte dans laquelle le sang doit 
être injecté. Le tube en caoulchouc 
passe, d'ailleurs, au travers d'une 
étuve chaude à point pour cn]i)ccher 
le sang de se refroidir pendant le 
passage. Enfin le piston joue, dans le 
corps de pompe, à l'aide d'une roue 
dentée à cremaillète grailuée. 

Pour transfuser, ou ouvre la veiue 
qui doit fournir le nouveau sang, par 
un coup de lancette comme si l'on 
pratiquait une saij,iiée ordinaire, et 
aussitôt l'on applique la cupule du 
corps de pom[ie sur la veiue ainsi 
percée, absolument comme une ven- 
touse On a mis, d'autre part, le bec 
de tube de transmission dans la veine, 
également percée, du malade, et l'on 
fait jouer la pompe aspiraalo et fou- 
lante par petites saccades ressemblant 
aux mouvements du pouls. Le sang 
pa-ife, de la sorte, d'une veine dans 
l'autre sans subir aucune altération, 
et l'on peut dire que le problème de; 
la tratisfusion immédiite esf résolu. 

Depuis que cet appareil e.visie l<i 
transfusion est assez souveni appli- 



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193 



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quée. M. Longet l'a plusieurs fois pra- 
tiquée dans ses le-çons, devant ses au- 
diteurs, avec un plein succès, et les 
annales de la médecine en ont enre- 
gistré, dans ces dernières années, un 
assez grand nombre de cas- heureux. 
Les journaux racontaient dernière- 
ment les détails d'un de ces cas : 

Il s'agissait d'une jeune femme de 
vingt et un ans qui s'était fait trans- 
porter à l'Hôtel-Dieu dans un état 
d'affaissement qui annonçait la mort, 
à la suite d'une abondante métror- 
rhagie (mefer, métros, mère) qui avait 
duré plusieurs jours et qu'elle n'avait 
pas ménagée. M. Behier pratiqua, avec 
l'aide de M. Mathieu, sur la malade, 
qui était presque expirante, la trans- 
fusion avec l'appareil qui vient d'être 
décrit. Ce fut un interne, M. Strauss, 
qui fournit le sang nouveau, et ce 
sang fut transvasé immédiatement, de 
la veine du jeune homme dans celle 
de la malade, en sa nature parfaite; 
ce fut la veine médiane céphalique 
qui fournit la porte d'entrée, et le 
sang étranger fut introduit à la dose 
•de 80 grammes. 

Il était d 1 teures du malin. Dix mi- 
nutes après l'opération, la malade 
peut soulever la tête et boire de l'eau 
rougie ; deux heures après, les mains 
se réchauffent et la parole revient; 
trois heures après la vois est rede- 
venue distincte, et la présence d'es- 
prit complète pour une conversation 
suivie ; cinq heures après l'opéiatioo, 
l'appétit renail et le pouls se fortifie, 
tout suintement sanguin cesse, le vin 
et le bouillon passent. Le lendemain, 
le mieux s'accentue avec rapidité. Le 
surlendemain, la malade, assise sur 
son lit, cause avec les voisines, et les 
muqueuses commencent à prendre le 
ton rose. Le troisième jour, l'appétit 
«st insatiable. Le quatrième, la gué- 
rison est parfaite; et la jeune femme 
s'en va, remerciant M. Strauss de lui 
avoir rendu la vie en lui donnant de 
son sang. 

Est-ce là tout ce que nous pouvons 
attendre de la transfusion ? Nous ne 
le croyons pas. Les sangs de divers 
animaux doivent tous être bons pour 
guérir, soit un mal, soit un autre 
mal, soit tel animal, soit tel autre 
■animal. Il ne s'agit que de tror-ier 
XII. 



l'application exacte, et ce sera le pro- 
grès expérimental qui dévoilera ces 
énigmes. La vraie méthode de trans- 
fusion est inventée ; c'est un grand 
pas de fait; reste à trouver de quelle 
affection tel ou tel sang sera le spé- 
cifique. 11 y a là tout un monde nou- 
veau ouvert aux spéculations du génie 
et aux chances heureuses du tâton- 
nement pratique, qui est le guide 
lent, mais sur. 

Il est aujourd'hui des affections, 
des anémies, pour lesquelles on fait 
boire du sang de bœuf tout chaud 
dans les abattoirs de Paris. Ce peut 
être un bon remède; mais le sang, 
pris ainsi comme aliment, ne peut 
agir qu'en la manière des autres ali- 
ments; il est décomposé dans l'esto- 
mac par le suc gastrique, dans l'in- 
testin par la bile, etc., et quand il est 
rendu au sang vivant, par les vais- 
seaux Ij mpathiques et par le canal 
thoracique, quelques-uns seulement 
des principes dont il était composé 
d'abord peuvent agir, ce n'est plus 
du sang de bœuf ou d'un autre ani- 
mal qui s'offre à l'action du principe 
vital. Par la transfusion seule d'un 
sang pur et non décomposé dans le 
sang d'un malade, le sang sera vrai- 
ment appliqué comme remède. 

Le Noir. 

TRANSFORMISME (le) des espèces 

PAR SÉLECTION NATUIiELLE, OU LE DAR- 
WINISME DEVANT LA GÉOLOGIE [Théol. 

mixt. physiol. et puléontol.) — Ceux 
qui ont lu nos articles de géologie 
et de paléontologie se rappellent 
sans doute qu'un de nos arguments 
contre la théorie du transformisme 
par sélection naturelle dans la lutte 
vitale, renouvelée de Lamarck par 
Darwin dans ces derniers temps, 
consiste à dire aux darwinistes: Mon- 
trez-nous donc dans les couches géo- 
logiques des terrains fossilifères, des 
types incontestables et continus de 
transformation d'une espèce en une 
autre espèce. Nous ne sommes pas le 
premier à avoir fait cette objection; 
M. de Quatrefages, Agassiz, Pictet et 
beaucoup d'autres l'ont également 
faite ; Darwin l'a prévenue (1) et ma- 

(I) f Assllréoient, dit Darwin lni-mëme,IagéoIogie 
le nous révèlo pas encore l'exislecce d'ima cbblas 

13 



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194 



TRA 



dame Clémencfi Royer, son traduc- 
teur, à qui la France doit de le con- 
naître, y répond dans la préface de 
la troisième édition de son ouvrage 
de l'Origine des espèces, en disant que 
les types de transition sont en nom- 
bre infini ; mais comment le prouve- 
t-elle ? Elle le prouve en appelant à 
son aide MM. Premetier, Gaudry, 
Huxley et plusieurs autres, et citant 
avec eux de nombreux exemples de 
types de transition dont beaucoup 
existent encore aujourd'hui ou pré- 
sentent des équivalents dans les es- 
pèces et variétés existantes. Or tout 
cela ne prouve rien. Qui ne sait que 
la nature fait en partie consister sa 
richesse à occuper toutes les grada- 
tions, par des êtres qui servent de 
passage d'êtres moins parfaits à des 
êtres plus parfaits? Elle le fait con- 
stamment sous nos yeux ; ses va- 
riantes sont à rinhni et contempo- 
raines les unes aux autres ; mais les 
espèces n'en existent pas moins et 
n'en sont pas moins fixées par ses 
lois avec tant de rigueur que les 
métis (1) et les hybrides (2), qui 
tendraient à former des variétés ou 
des espèces nouvelles, ne sont jamais 
reproductrices indéfiniment, pour, 
peu que la différence fût accentuée 
entre leur père etJeur mère ; leurs 
produits, s'ils en donnent, tendent 
aussitôt à se refondre dans l'une des 
deux espèces ou variétés primitives. 
Il y a un jeu laissé par la nature à 
l'art, à la domestication, et à beau- 
coup d'autres circonstances inté- 
rieures ou extérieures, soit dépen- 
dantes d'une liberté, soit mises par 
elle-même en concurrence avec ses 
grandes mesures générales ; mais ce 
jeu ne dépasse pas certaines limites 



organique montrant dans chaque couche stratUiàe 
des furtno!} de transition ; et c est eu cela peut-être 

Î[ne consiste la plus sérieuse objection au'uu puisse 
«ire à ma théorie, i [De l'origine aei espèces, 
chap. IV,) 

B Cl) que les recherches Kéologiques ne nous ont 
pas encore révélé, dit-il encore, c'est r6xist(;nce de 
nombreux degrés de transition, aiiaai serrés que 
nos variétés actuelles, et reliant entre elles toutiïs 
les espèces connues : telle est la plus iuiporlsnta 
des objections qu'on puisaa élefer coniie n*.' 
théorie, i (lbi>l.) 

(1) Produits de croisements do Tariétés di^é- 
rentes dans la même espèce. 

{%) rroduita de croisement! d'i 



que l'observation et l'anologie suffi- 
sent pour nous révéler. \ 

Ce qu'il s'agirait d'étabiir par la 
paléontologie, ce serait l'existence, 
dans les médail.es de la vie organi- 
que, de types successifs de transition, 
démontrant que la nature a tiré avec 
le temps, qui ne lui a pas manqué, 
les espèces les unes des autres à 
partir d'un ou de plusieurs premiers 
types de vie très-simples; or, nous 
disons que, loin d'établir un semblable 
fait dans le passé de notre globe, la 
géologie en réfute l'hypothèse. 

Il ne faut pas oublier que nous 
avons, dans les couches terrestres, 
l'histoire complète des développe- 
ments de la vie organique sur le 
globe que nous habitons ; nous avons 
cette histoire depuis ses débuts qui 
ne sauraient remonter plus haut que 
les terrains primitifs ou ignés n'ac- 
cusant aucune trace de vie. Suppo- 
sons, par exemple, que le premier 
animal, le premier type d'organisme 
vivant ait été, ainsi que quelques- 
uns l'ont cru tout dernièrement, cet 
eozoon ou animal aurore dont nous 
parlons au mot Laurentien (terrain), 
n'aurons-nous pas, dès lors, l'histoire 
complète de la vie animale sur la 
terre à partir du terrain Canadien ou 
Laurentien sa première matrice, jus- 
qu'aux couches supérieures qui ne 
contiennent plus que des débris d'a- 
nimaux encore existants? iNousauron» 
donc, par là même, entre ces deux 
limites les traces de tout ce qui s'est 
passé dans le travail de la nature or- 
ganique animale, et par conséquent 
de tout ce qu'imagine M. Darwin en 
transformations, si l'on suppose que 
son système soit en conformité avec 
les procédés de la nature. M^is alors, 
que devrons-nous trouver? Nous de- 
vrons trouver dans une couche de 
formation postérieure à celle de 
l'éozoon, qui fut par hypothèse le 
premier type de vie animale, des 
restes d'un éozoon perfectionné accu- 
sant un progrès vers des tj'pes plus 
parfaits; nous devrons trouver dans 
une couche subséquente d'autre types 
vés du précédent, assez simples encore 
pou" en avoir pu rationnellement 
sortir ; et ainsi de suite jusqu'aux cou- 
sbes qre nous donneront les grands 



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195 



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sauriens, puis les mastodontes, puis 
les singes, puis l'iiomme ; et nous 
dex'rons pouvoir constater les pro- 
gressions correspondantes à l'ancien- 
neté relative des terrains aussi i)ien 
que les transitions organiques. Si la 
nature a procédé comme l'imagine le 
darwinisme, il est impossible que l'ob- 
servation géologique ne donne pas 
des résultantes générales qui en té- 
moignent avec évidence. e 
Or en est-il de la sorte ? Nous pre- 
nons par exemple cet éozoon que 
nous supposons le premier animal ; 
c'est un foraminifère; quelle échelle 
de transition la géologie vous donne- 
t-elle entre ce foraminifère et la 
première huître qui en dut sortir 
d'après votre système ? Elle ne vous 
en donne point; et, d'un autre cûté, 
comment se fait-il que les lits de nos 
océans nous montrent encore aujour- 
d'hui des foraminifères complètement 
semblables à celui des origines? Sur 
l'huître nous raisonnerons de même : 
les huîtres antiques sont absolument 
semblables aux huîtres de nos jours; 
point de progrès dans l'espèce; on ne 
voit pas une huître qui tende à deve- 
nir un animal articulé, moins encore 
un vertébré. Il en est de même de 
toutes les espèces contemporaines 
d'un âgepaléontologique; il y a bien, 
entre celles des âges à grands déve- 
loppements, une échelle presque in- 
déliuie de l'animal le moins parfait à 
l'animal le plus parfait de l'époque ; 
mais le tout est contemporain, simul- 
tané ; il y a parfois disparition et ap- 
parition nouvelle d'un âge à l'autre ; 
il n'y a point transition insensible 
par succession. On expliquera comme 
on voudra les apparitions de faunes 
et de flores nouvelles, soit par créa- 
tions proprement dites s'échelonnant 
le long des âges selon un progrès 
conçu et sans cesse réalisé par le 
Créateur, soit par générations, im- 
proprement dites spontanées, se pro- 
duisant naturellement sous la simple 
influence de lois et de forces physico- 
chimiques et biologiques (1), mises 
dans la nature à celte lin par celui 



^1) Pourquoi n'y aurait-i! pas dans la nature, un 
flni(io (niiiiiix : /br''ç)gétiéra] Uiolof^ique, commeil y 
• un tluide électrique, un IluiJe moguéliquo, otc? 



qui la lança dès l'origine ùauslavoi» 
des développements et des harmonies 
progressives ; c'est ce dernier système 
qui nous sourit le mieux ainsi qu'on 
peut le voir dans quelques-uns de 
nos articles, pur exemple au mot 
Génékations spontanées. Mais il n'y a 
point, c'est le fait paléontologique 
qui le démontre, de transformation 
d'une espèce dans une autre espèce. 
« Nous voyons, dit M. Darwin, do 
rares animaux, tels que l'ornithorhyn- 
que et le lépidosirène, (V. ces mots) 
qui, à quelques égards, rattachent 
l'un à l'autre, par des affinités, deux 
embranchements principaux de l'or- 
ganisme animal , arriver jusqu'à 
notre époque, apparemment sous- 
traits aux fatalités de la concurrenc» 
vitale par la situation 'protectrice de 
leur station (1) » C'est ainsi qu'il 
explique la conservation jusqu'à nos 
jours de certains types de transition, 
qui ne sont plus qu'extrêmement 
rares, mais qui d'après son système, 
ont dû, pendant les temps géologiques, 
être en nombre infini. Nous sommes 
donc en droit de lui demander com- 
ment il se fait que les gisements de 
ces divers âges depuis les primaires 
jusqu'aux quaternaires, ne nous en 
montrent pas des restes par multi- 
tudes. 11 y en a bien quelques-uns, 
par exemple le ptérodactyle qui était 
un reptile volant et qui semblait 
former une transition entre le rep- 
tile et l'oiseau; mais qu'est-ce que 
cela? est-ce un type de transforma- 
tion? nullement. Nous avons encore 
le dragon qui est un reptile de même 
caractère; nous avons la chauve- 
souris qui est un mammifère, volant 
véritablement comme volait le pté- 
rodactyle, mais qui n'a rien de l'oi- 
seau, SI ce n'est pour l'aimable far 
buliste : 

Je suis oiseau ; voyez mes aili^a. 

et si durant les âges qui «e son! 
écoulés entre la formation sous les 
eaux des terrains laurentiens [Y, ce 
mot) et la formation du diluvium,. 
toutes les espèces animales et végé- 
tales s'étaient produites par transfor- 
nuitious successives d'un éozoon, 

(1) De l'Origine des espèces, ûm^. i\. A.ésumé, 



TRA 



196 



TRA 



combien ne devrait-on pas trouver de 
fossiles qui repz'ésenteraient de véri- 
tables et incontestablc-^'u/pes de ces 
transformations à tous lés degrés ? 

II n'en est point ainsi ; et M. Dar- 
win ne trouve d'autre réponse à cette 
protestation des couches terrestres 
contre son système, qu'une série de 
raisonnements sans portée tendant à 
démontrer que les documents géolo- 
giques sont et doivent être insuf- 
fisants pour l'établir. Eh. ! sans doute, 
îa géologie ne saurait démontrer, pai 
les faits qu'elle révèle, ce qui n'a ja- 
mais existé que dans les conceptions 
de M. Darwin ; elle ne dit et ne dira 
que ce qui s'est passé matérielle- 
ment à la surface du globe ; les rêves 
des utopistes ne sont rien pour elle. 

Prenons ce qu'elle nous dit et 
n'allons point au delà. Que nous dit- 
elle, comme vérité générale paléon- 
tologique ? Uniquement .ceci : qu'à 
la fin comme dans tous les âges du 
développement anatomique et phy- 
siologique, la nature présente une 
échelle simultanée de l'être le plus 
simple à l'être le plus parfait propre 
à l'âge dont il s'agit, que les types 
les plus imparfaits existent encore 
comme ils existaient au commence- 
ment et que les plus parfaits d'au- 
jourd'hui n'ont rien gagné comme 
organisme depuis qu'ils ont apparu 
pour la première fois dans l'état où 
nous les ont conservés les couches 
antiques. Est-ce que le squelette hu- 
main de nos jours, par exemple, 
diffère, en perfection, du squelette 
de cet homme de Menton auquel on 
attribue tant de milliers d'années 
d'ancienneté ? Ce squelette, que tout 
le monde peut voir, au musée an- 
thropologique de notre Jardin des 
Plantes, est aussi beau que le plus 
beau d'aujourd'hui; entre cet homme 
at le singe, il y avait, certes, autant 
de différence qu'il y en a, sous nos 
yeux, entre un beau Français ou un 
beau nègre et un orang-outang : la 
nature se ressemble toujours à elle- 
même ; que l'on étudie bien ses pro- 
duits les plus anciens en les compa- 
rant àses produits de même espèce des 
temps les plus modernes, on les trou- 
vera toujours semblables. L'oiseau 
qu'on nomme le manchot a toujours 



été, dejiuis qu'il existe ce qu'il est au- 
jourd'hui; ses membres antérieurs 
ne sont pas plus sous nos yeux de 
véritables bras ni de véritables ail es 
qu'ils ne le furent dans les temps an- 
tiques et l'on ne peut remarquer dans 
son espèce aucun signe de transfor- 
mation. Quand on a découvert, au 
grand étoimement des géologues qui 
avaient ffxé l'apparition des verté- 
brés au commencement de la série 
tertiaire, des types de vertébrés dès 
les étages moyens de la série secon- 
daire, et même dans le grès rouge 
qui est presque à la tête de cette sé- 
rie (un poissou), on les a trouvés 
parfaits, dans la constitution de ver- 
tébrés comme ceux qui ne sont venus 
que des multitudes de siècles plus 
tard ; nulle apparence de transfor- 
misme. Il en a été de même de la 
découverte des singes dans le mio- 
cène après qu'on les avait crus beau- 
coup plus modernes ; ces singes an- 
tiques sont de véritables singes dans 
leur perfection comme les singes de 
nos jours. L'oiseau, que le professeur 
Owen a trouvé dans le grès vert su- 
périeur, est un oiseau incontestable 
existant dans sa perfection d'oiseau 
comme tous ceux dont on découvre 
les restes dans les terrains tertiaires ; 
l'archéoptérix n'est point un type 
de transition ainsi que cherche à l'in- 
sinuer madame Royer en disautqu'il 
avait une queue ; c'est un oiseau vé- 
ritable et parfait. .Si haut qu'on re- 
monte et qu'on découvre des types, 
ces types sont toujours complets, pré- 
cis dans leur espèce; nulle indécision, 
nul signe de tâtonnement ni de ten- 
dance vers une forme supérieure. 
S'il y a des transitions d'une classe 
à une autre classe, même d'un em- 
branchement â un autre embranche- 
ment, ces transitions existent encore 
aujourd'hui ou du moins ont toutes 
des similitudes qui n'ont pas changé 
et qui ne changent pas. 

Il est encore une autre objection 
terrible contre la théorie du trans- 
formisme, et nous n'avons point 
souvenance que Darwin s'occupe do 
celle-li : M. de Verneuil a constaté, 
en faisant ses études comparées des 
types découverts dansdes pays divers, 
par exemple dans l'ancien et dans le 



TI'.A 



197 



TRA 



Nouveau Moude, à des époques à peu 
près correspondantes, que partout 
sur la surface du globe, ce sont les 
mêmes organismes ou du moins des 
organismes presque tout à fait sem- 
blables qui apparaissent. Comment 
cela eût-il pu se faire si les espèces 
fussent sorties très-lentement les unes 
des autres? La nature aurait donc 
travaillé sur toute la surface du globe, 
et parallèlement, à ses transforma- 
tions ; elle aurait tiré l'huître, par 
exemple, du foraminifère , dans 
toutes les mers à la fois et à des épo- 
ques à peu près contemporaines. 
Une telle supposition rapprochée de 
l'absence d'une échelle de transition, 
porte tous ies caractères de l'invrai- 
semblance. 

Oui, le transformisme que l'on ima- 
gine ne devient devant l'ob. ervateur 
sérieux qu'une chimère. G îtte chi- 
mère pourrait être une réalité sans 
doute, car nul de nous n'a le droit 
de délimiter ses procédés au créa- 
teur; mais ce n'est point là la réalité 
qui correspond à notre monde ter- 
restre ; la géologie nous le démontre 
en nous développant dans ses os- 
suaires de toutes les époques depuis 
l'apparition de la vie, desfauneset des 
flores qui portent, chacune, le cachet 
d'une perfection déterminée. La na- 
ture ne connaît pas le tâtonnement; 
elle va droit et d'un œil sûr à ses 
fins. Le moins parfait de ses pro- 
duits n'est point une ébauche; c'est 
un chef-d'œuvre dans son espèce. 
Elle met en lutte la vie avec la vie, 
sans doute; c'est un immense combat. 
La concurrence vitale, pour user des 
expressions de Darwin, se joue dans 
ses domaines; elle y produit des ré- 
sultats d'une complication savante 
qui dépasse toujours l'étendue de 
notre esprit; mais ses grandes lois 
sont fixes, elles sont calculées en vue 
d'un progrès et d'une fin qu'elles ne 
manquent jamais, et qui ne peuvent 
être la confusion. C'est, au reste, ce 
que M. Dai-wiu ne nie point, puisque, 
par une sorte de contradiction qui se 
reproduit à chaque page dans son 
livre, il répond aux objections qu'on 
lui fait, et qu'il ne dissimule point, 
en invoquant des raisons de sagesse 



et d'utilité qui supposent dans la na- 
ture un directeur intelligent. 

Ajoutons, pour être juste à l'égard 
de M. Darwin, qu'il est beaucoup plus 
modéré et plus raisonnable dans ses 
ouvrages que ne le sont, d'un côté, 
la plupart des darwinistes et d'un 
autre côté, la plupart de ses adver- 
saires. Nous avons dit quelque part, 
avant de l'avoir lu, sur le témoignage 
de M. Théodore-Henri Martin, qu'il 
ne parle jamais de Dieu ; ce n'est pas 
exact. Il n'est point athée, ne sent 
même pas l'athéisme ; il nomme Dieu 
parfois explicitement comme l'auteur 
de la nature, et il reconnaît que la 
force qu'il nomme sélection naturelle 
est une force intelligente .Une recule 
pas, non plus, devant l'aveu des dif- 
ficultés que présente sa théorie ; il 
reconnaît qu'elle est sujette à des 
objections qui lui donnent parfois à 
lui-même de terribles doutes; une de 
ces objections est celle-là même que 
nous venons d'exposer : absence de 
documents géologiques suffisants à 
son appui ; il retourne en tous sens son 
ingéniosité pour en atténuer l'impor- 
tance, et ses répon^i's Mint toutes 
mauvaises ne consi-^ rit ijne dans 
des subtilités dugenio Lie celles des 
scolastiques ; mais il avoue toute la 
gravité de l'observation et s'en réfère 
à l'avenir qui, cspère-t-il, fournira 
le réponse : il attendra longtemps. 

Quant à l'origine première des 
organismes, des instincts, des volontés 
libres, des spontanéités, des intelli- 
gences, des formes elles-mêmes, il 
la réserve toujours, n'en attaque ja- 
mais la discussion : « Je dois déclarer, 
dit-il, que je ne prétends point re- 
chercher l'origine première des facul- 
tés mentales des êtres vivants, pas 
plus que l'origine de la vie elle- 
même (1). » 

Un pareil livre ne saurait donc 
être considéré comme favorisant 
l'athéisme ; ce n'est qu'un livre da 
théories scientifiques qui i soin de 
s'enfermer dans le relatif et dont le 
caractère erroné n'a rien d'ontolo- 
gique. C'est aux faits seuls qu'il faut 
s'adresser pour le réfuter, nullemeni 

(I) 04 l'Origini dea espèces, cliap. vi, instinct. 



TUA 



198 



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auxraisonncmenls aiviori. Or, en ce 
qui est des faits biologiques, passés 
et présents, tant dans l'ordre végétal 
que dans l'ordre aniaial, des monta- 
ges de difficnllés s'en élèvent contre 
le système que ce livre consiste à dé- 
velopper, et l'auteur ne répond à ces 
difficultés que par des échappatoires 
purement hypothétiques. 

Au reste, M. Darn'in ne dissimule 
pas ces difticullés, et il montre de la 
bonne foi en les faisant connaître lui- 
même. Outre ce que nous avons déjà 
citéde luisurce point, voici ce qu'il dit 
dans son iîesïfwé du chapitre intitulé : 
Insuffisance des documents géologi- 
ques :o.ie viens d'énumérer plusieurs 
des plus graves objections que sou- 
lève ma théorie : c'est d'abord que, 
quoique nous trouvions dans nos 
formations géologiques un grand 
nombre de chaînons intermédiaires 
entre les espèces qui vivent aujour- 
d'hui et celles qui ont vécu antérieu- 
rement (1), cependant nous ne trou- 
vons pas d'innombrables formes de 
transition parfaitement reliées et 
graduées pour les rattacher les unes 
aux autres ; secondement, c'est l'ap- 
parition brusque dans nos formations 
européennes de groupes entiers d'es- 
pèces ; troisièmement, c'est l'absence 
presque complète, du moins jusqu'à 
présent, de formations fossilifères 
antérieures aux strates siluriennes. 
Toutes ces objections sont très-gra- 
ves sans nul doute ; si graves même 
que d'éminents paléontologistes, tels 
que Cuvier, Forbcs, MM. Agassiz, 
Barrande, Pictet, Falconer, etc., de 
même que nos grands géologces, 
MM. Lyell, Murchison , Sedgwick, 
etc., ont unanimement, et parfois 
avec force, soutenu le principe de 
l'immutabilité des espèces. » 



(1) Nous aTODB répoodu que ces chatoonB ioter- 
métiiaires 0q pr^seiiteut encore dans uos faunes et 
fl.>re« eontetuporaÎDefl, soit abaolumeo: ideutî- 
quea, aoit, qui^ut 4 ceux qui oot diopara, rem- 
ptacés par des similitudei ; et, par cooséqueut, 
^9 la eoDcIujioD où conduit la géologie sous ce 
tapport est seulaoïeat celle-ci ; qoe ia nature tend 
èaéTeloppor sa puisaaace et à naontrer l'iafini de 
■ea ricbetises on étalant simitltauéuieat dans ses 
tycles d'or, une i^clielle iudéGnie dont tous les 
éehelons sont ocrupôs par un type de vie. N-tu» 
somoies dans un de ces grands cycles oi^ tous les 
étf^réê sont remplis. 



Darwin dit encore dans son cha- 
pitre Récaputilaiion et Conclusion : 
« Pourquoi chaque formation géolo- 
gique ne présente-t-elle pas la série 
complète des formes de passage ? 
Pourquoi chaque collection de fos- 
siles ne montre-t-elle pas avec une en- 
tière évidence la gradation et la mo- 
bilité des formes de la vie? Bien que 
les recherches géologiques aient in- 
dubitablement révélé l'existence an- 
térieure de plusieurs de ces chaînons 
intermédiaires, qui relient de plus 
près les unes aux autres de nom- 
breuses formes vivantes, elles ne nous 
montrent pas entre les espèces pas- 
sées et présentes les degrés de tran- 
sition infiniment nombreux et serrés 
que requiert ma théorie ; et cette 
objection est la plus importante de 
toutes celles qu'on peut lui faire. 
Pourquoi encore des groupes entiers 
d'espèces alliées semblent-ils appa- 
raître soudain dans les divers étages 
géologiques, bien que souvent, il est 
vrai, cette apparition se soit trouvée 
trompeuse? Pourquoi ne trouvons- 
nous pas au-dessous du système silu- 
rien (1) de puissantes assises de strate 
renfermant les restes des ancêtres 
du groupe de fossiles de cette 
époque? Car, d'après ma théorie, de 
telles strates doivent avoir été dépo- 
sées à ces époques anciennes et com- 
plètement inconnues de l'histoire da 
monde. 

« Je ne puis répondre à ces ques- 
tions et résoudre ces diflicultés qu'en 
supposant que les documents géolo- 
giques sont beaucoup plus incomplets 
que la plupart des géologues ne le 
pensent. On ne saurait objecter que 
le temps nécessaire à des change- 
ments organiques si considérables a 
manqué, car la longueur des temps 
écoulés est absolument incommen- 
surable pour l'entendement humain. 
Tous les spécimens de nos musées 
réunis ne sont absolument rien au- 
près des innombrables générations 
d'innombrables espèces qui ont cer- 
tainement existé. » 

Ainsi la seule réponse de Darwin 
réside, comme tout son système, 
dans une hypothèse : il suppose que 

(t) To/ei 4 ce propos Liuauiiim 



TRA 



199 



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les flécouvertes géologiques sont in- 
suffisantes pour nous révéler l'his- 
toire de la vie sur le globe, et il 
espère qu'en se complétant, elles nous 
en montreront des pages de plus en 
plus lisibles et longues. Mais il y a 
déjà beaucoup plus qu'il ne veut bien 
le dire, dans les pages trouvées et 
lues jusqu'à présent . Il y a bien assez 
pour rendre son système inconciliable 
avec elles et pour en établir une véri- 
table réfutation. C'est ce qui résulte 
de notre étude, toute sommaire qu'elle 
soit. i 

Darwin ajoute : « J'ai trop lour- 
dement senti ces difficultés pendant 
de longues années pour douter de 
leur poids; mais il faut expressément 
noter que les objections les plus im- 
portantes se rapportent à des ques- 
tions sur lesquelles nous confessons 
notre ignorance, sans savoir même 
jusqu'à quel point nous sommes igno- 
rants » (1). 

On voit que M. Darwin est un sa- 
vant sérieux qui, s'il fait un gros 
livre pour développer une hypothèse, 
ne la présente pas du moins en char- 
latan. 

Nous ajouterons, pour donner une 
idée juste de son système, qu'il pré- 
tend ti peu à établir une philosophie 
négative de la divinité comme cause 
première, qu'il ne va même pas, 
ainsi que semblerait l'y forcer la lo- 
gique de sa théorie, jusqu'à faire 
sortii' les organismes animaux et les 
oigunismes végétaux d'un type uni- 
que de vitalité; il se borne à dire 
sur ce point : a Je ne puis douter que 
ma théorie de descendance ne con- 
prenne tous les membres d'une même 
classe. Je pense que tout le règne 
animal est descendu de quatre ou 
cinq types primitifs tout au plus, et 
le règne végétal d'un nombre égal ou 
moindre. L'anologie me conduirait 
même un peu plus loin, c'est-à-dire 
à la croyance que tous les animaux 
et toutes les plantes descendent d'un 
seul prototype ; mais l'analogie peut 
être ini guide trompeur. » 

Enlin, M. Darwin, que nos positi- 
vistes ont affecté de représenter 



(1) De l'Oriqine dea r'spé/ies chan. ^iv. tnà^vit 
tioD de M"" Clùmouce Iloyor, 3e éiiit p. 58S. 



comme un athée pouvant leur servir 
de point d'appui, ne l'est pas du 
tout, il sufUra pour effacer de son 
front cette étiquette, de reproduire 
les deux phrases suivantes de la der- 
nière pnge de son livre : 

« On reconnaîtra plus tard que 
toute l'histoire du monde, telle que 
nous la connais aujourd'liui, 

quoique d'une longuciir incalculable 
pour notre esprit, n'est cependant i 
qu'une fraction insignitiaute du cours ' 
''■" '■"mns, en comparaison des âges 
t„o.^xcb depuis que la première créa- 
1ure, le progéniteur d'innombrables 
descendants vivants et détruits, a été 
créé. » S'il y a eu une première créa- 
ture, génératioi' de toutes les autres, 
et si ce premier progéniteur a été 
créé, c'est donc qu'il y a un créateur 
éternel, c'est-à-dire n'ayant pas été 
créé, et par conséquent cause pre- 
mière. Dieu. 

» Il y a de la grandeur, fmit-il par 
dire en parlant de son système, dans 
une telle manière d'envisager la vie 
et ses diverses puissances, animant à 
l'origine quelques formes ou une 
forme unique sous un souille du 
créateur. » Le naturaliste, s'il fait 
une digression dans la métaphysique, 
ne s'arrête pas comme nos positivistes 
dans le cercle du relatif — relatif à 
quoi?... — U se jette, d'un bond, 
au cou de l'absolu, seule explication 
radicale de toutes choses, de quel- 
que manière qu'en en construise la 
chaîne. 

Le Noir. 

TRANSMIGRATION des âmes. Plu- 
sieurs anciens philosophes, comme 4^ 
Empédocle, Pythagore et Platon, î- 
avaient imaginé que les âmes, après ? 
la mort, passaient du corps qu'elles 
venaient de quitter, dans un autre 
corps, afin d'y être puriliées avant do 
parvenir à l'état de béatitude. Ler 
uns pensaient que ce passage se fai- 
sait seulement d'un corps humain 
dans un autre de même espèce, d'au- 
tres soutenaient que certaines âmes 
entraient dans le corps d'un animal 
ou dans celui d'une plante. Cette 
transmigration était nommée par les 
Grecs riiétempsycosc et mélensomatose. 
C'est encore aujourd'hui un des pria- 



TRA 



200 



TRA 



cipaux articles de la croyance des 
Indiens. c> 

Nous n'avons aucun intérêt à re- 
chercher l'origine de cette ^ision, ni 
la manière dont elle est venue à l'es- 
prit des philosophes; les conjectures 
des savants sur ce point ne s'accor- 
dent pas; mais nous nous trouvons 
obligé de faire voir que cette erreur 
n'est fondée sur aucun principe cer- 
tain ni sur aucun des dogmes de la 
foi chrétienne, qu'il est faux que 
plusieurs docteui's chrétiens l'aient 
adoptée, ni qu'elle soit plus raison- 
nable que le sentiment de l'Eglise 
catholique touchant le purgatoire ou 
la purification des âmes après la 
mort. On voit assez par quel motif 
quelques protestants ont trouvé bon 
d'avancer tous ces paradoxes. 

Peu nous importe encore de savoir 
si parmi les Juifs les pharisiens ont 
cru la transmigration des âmes, si 
c'est encore aujourd'hui un des dog- 
mes des cabalistes, si c'a été l'opi- 
nion commune des Egyptiens, ou 
seulement celle de quelques-uns de 
leurs philosophes; nous nous bor- 
nons à exammer si elle a pu être 
tirée de quelque vérité contenue dans 
la révélation, et si elle a contribué 
en quelque chose à corrompre la pu- 
reté de la foi dans l'Eglise chrétienne, 
comme certains critiques le préten- 
dent. 

Beausobre est celui de tous les pro- 
testants qui a poussé le plus loin la 
témérité sur ce sujet. Hist. du Ma- 
nich., 1. 7, c. 5, § 5, t. 2, p. 492. Il 
soutient, 1" qu'Origène a cru la 
transmigration des âmes, qu'il a seu- 
lement douté si celles des pécheurs 
passent du corps d'un homme dans 
celui d'un animal. Il cite en preuve 
le témoignage d'un auteur anonyme 
dans Photius, qui accuse Origène 
d'avoir pensé que l'âme de notre 
Sauveur était celle d'Adam, et celui 
de saint Jérôme, Epist. 94 ad Avitum. 

Quant au premier de ces témoins, 
Beausobre se rend d'abord coupable 
d'imposture. L'anonyme dont parle 
Photius, Cad. 117, était un apologiste 
et non un accusateur d'Origène ; il 
avait entrepris de le défendre sur 
quinze chefs d'accusation, dont le 
quatrième était d avoir soutenu que 



les âmes de quelques hommes passent 
après leur mort dans le corps des 
brutes, et le sixième d'avoir dit que 
l'âme de Jésus-Christ était celle d'A- 
dam. Que cet auteur ait réussi ou 
non à justifier Origène, cela ne fait 
rien à la question ; il en résulte seu- 
lement que les anciens ennemis de 
ce Père n'ont épargné aucune calom- 
nie pour le noircir. 

Saint Jérôme n'accuse point Ori- 
gène d'avoir assuré que l'âme des 
pécheurs en général peut passer dans 
le corps des brutes, mais d'avoir dit 
qu'à la fin du monde un ange, une 
âme, un démon peut devenir une 
brute et le désirer, dans la violence 
des tourments et des ardeurs du feu 
qu'il endure. Il est donc ici question 
d'un damné, et non d'un autre pé- 
cheur, et il est à croire qu'Origène 
avait seulement dit qu'un damné 
peut désirer le sort d'une brute, et 
non qu'il peut l'obtenir. On sait assez 
que saint Jérôme n'a pas toujours 
pris la peine de vérifier les passages 
cités par les ennemis d'Origène, 
D'ailleurs, il avoue qu'Origène ajou- 
tait : « Tout ceci ne sont point des 
» dogmes, mais des doutes et des 
» conjectures hasardées, pour ne rien 
» passer sous silence. • S. Eieron., 
t. 4, col. 762 et 763. Beausobre con- 
vient que ces passages allégués par 
saint Jérôme ne se trouvent plus 
dans Origène, sur quoi donc fondé 
ose-t-il avancer qu'il est certain et 
qu'il n'y a nul doute que ce Père n'ait 
admis la transmigration des âmes? 

C'est le contraire qui est certain, 
et Beausobre n'est pas pardonnable 
de l'avoir dissimulé. En effet, dans 
huit ou dix endroits de ses ouvrages, 
Origène a formellement réfuté non- 
seulement les philosophes qui pré- 
tendaient que l'âme d'un homme 
peut passer dans le corps d'un ani- 
mal, mais encore ceux qui suppo- 
saient qu'elle peut entrer dans le 
corps d'un autre homme. Il dit que 
ce dernier sentiment est contraire à 
la foi de l'Eglise, qu'il n'est ni ensei- 
gné par les apôtres ni révélé dans 
l'Ecriture, qu'il est même opposé à 
plusieurs passages de l'Evangile, et 
il cite ces passages, t. 13, in Matth., 
n. 1, etc.; on en verra quelques-un» 



TRA 



201 



TRA 



ci-après. Il est donc faux qu'Origène 
n'ait pas cru que le dogme de la mé- 
tempsycose blessât en aucune sorte les 
fondements de la foi, comme il plaît 
à Beausobre de l'assurer. Mais en 
copiant dans Huet tout ce qu'il a dit 
au désavantage de ce Père, il a laissé 
de côté ce qui sert à le justitier, 
Origenian., liv, 2, q. 6, n. 19 et 20. 

La même accusation intentée contre 
Synésius est également injuste. Cet 
évêque dit dans ses poésies, hynin. 3, 
y 725 : « Père, accordez que mon 
» âme réimie à la lumière ne soit 
» plus plongée dans les ordures de 
» la terre! » Pour changer le sens, 
Beausobre a mis replongée. 

Enfin il cite Chalcidius : mais on 
sait que c'était un philosophe éclec- 
tique du quatrième siècle, entêté du 
système de Platon, qui a donné beau- 
coup plus de preuves d'attachement 
au paganisme qu'au christianisme ; il 
ne mérite donc pas d'être placé parmi 
les philosophes chrétiens d'un grand 
mérite et d'une haute vertu, qui, selon 
Beausobre, ont enseigné le dogme de 
la transmigration des âmes. Voilà 
déjà trois ou quatre infidélités qui ne 
font pas honneur à l'accusateur des 
Pérès. 

2° Pour en pallier la turpitude, il 
prétend que les principes sur lesquels 
était l'ondée l'opinion de la métemp- 
sycose, n'avaient rien de fort dérai- 
sonnable; elle tira, dit-il, son origine 
de l'hypothèse de la préexistence des 
âmes, comme M. Huet l'a prouvé. 

Nous avouons que M. Huet l'a dit, 
mais nous nions qu'il l'ait prouvé, et 
nous défions son copiste de nous 
montrer aucune liaison entre ces 
deux erreui's; jamais les Pères de 
l'Eglise ne l'ont aperçue. En effet, 
quand il serait vrai que l'âme a existé 
avant le corps, il s'ensuivrïit seule- 
ment qu'elle peut exister encore sans 
lui après la mort, et non qu'elle doit 
entrer dans un autre corps. 

3» L'une et l'autre de ces deux 
opinions, continue notre critique, 
parurent nécessaires pour maintenir 
l'immortalité de l'âme. Autre faus- 
seté ; aufiun des Pères n'a connu cette 
nécessité. Convaincus de l'immorta- 
lité de l'âme par la révélation, ils 
n'ont eu besoin ni de deux erreurs 



ni d'une fausse logique pour soutenir 
ce dogme. Dès que l'Ecriture sainte 
nous apprend que Dieu a créé l'.hne 
immortelle, qu'importe qu'il lui ait 
donné l'être avant de former le corps, 
ou en même temps, qu'après sa sé- 
paration du corps, elle entre dans un 
autre, ou qu'elle aille incontinent 
recevoir la récompense ou la puni- 
tion qu'elle a méritée? Si un philoso- 
phe niait tout à la fois l'immortalité 
de l'àme, sa préexistence et sa trans- 
migration, nous voudrions savoir le- 
quel de ces trois points il faudrait 
prouver d'abord, afin d'en conclure- 
les deux autres. 

4" Beausobre ajoute que la néces- 
sité de la purification des âmes avant 
d'être reçues dans le ciel, est un sen- 
timent qui ne fait point de déshon- 
neur à la raison ; il a paru conforme 
à l'Ecriture, il a été embrassé par 
plusieurs Pères, mais il a fourni à la 
superstition le prétexte d'inventer le- 
piu'gatoire. 

11 est fort singulier de voir un pro- 
testant zélé reconnaître la justesse 
et la solidité du principe sur lequel 
est fondé le dogme du purgatoire, 
pendant que ses pareils ont fait des 
livres pour prouver que ce principe 
est faux et contraire à l'Ecriture 
sainte. Mais, pour ne pas paraître 
infidèle à sa secte, il soutient que le 
purgatoire des philosophes, qui con- 
sistait dans la transmigration des 
âmes, l'emporte infiuiment sur celui 
de l'Eglise romaine, et au côté de la 
raison, et par l'ancienneté, et par la 
pluralité des suffrages ; qu'il vaut 
mieux à tous égards, et qvi'il ne pou- 
vait pas produire les mêmes abus. 

A toutes ces absurdités nous ré- 
pondons d'abord, qu'en fait de dogmes 
révélés la raison n'a rien à y voir ; 
ce n'est point à elle de juger s'ils 
sont vrais ou s'ils sont faux ; tout ca 
qui est clairement révélé est certai- 
nement vrai, tout ce qui est opposé 
à la révélation est nécessairement 
faux : vouloir en juger par une autre 
méthode, c'est établir le déisiie. 
Voyez ExAsiEN, Or, le purgatoire ca- 
thohque est enseigné dans l'Ecriture 
sainte, nous l'avons prouvé dans son 
lieu, et la transmigration des âmes 
y est contredite. Nous Usons dans 



TUA 



£i,ini Luc, c. 16, ^ 22, que le pauvre 
Lazare mourut et fut porté par les 
anges dans le sein d'Abraham, que 
le mauvais riche après sa mort fat 
enseveli dans l'enfer, lieu de tour- 
ments ; ces deux âmes ne passèrent 
point dan? d'autres corps. Voilà ce 
qui a fondé les décrets du deuxième 
concile de Lyon et de celui de Flo- 
rence par lesquels il est décidé que 
la récompense des justes et la puni- 
tion des méchants ne sont point re- 
tardées jusqu'au jugement dernier. 
L'hypothèse des transmigrations est 
opposée à ce qui est dit dans l'ancien 
et le nouveau Testament, des résur- 
rections miraculeuses ; dans cette 
hypothèse, pour ressusciter un hom- 
me, il aurait fallu, en tuer un autre. 
Il s'ensuivrait qu'aucun pécheur ne 
serait damné, parce que tous seraient 
punis par des transmigrations; Jésus- 
Christ dit au contraire que les mé- 
chants iront au supplice éternel, et 
les justes à la vie éternelle. Matth., 
c. 25, t 4-6. Origène a très-bien vu 
cette conséquence, t. 13, in Matth., 
n. 1. 

En second lieu, l'antiquité ne 
donne aucun poids aux erreurs, mais 
elle rend la vérité plus respectable ; 
or, la foi des patriarches qui dési- 
raient et qui espéraient de dormir 
avec leurs pères, Gen., c. 47, ^ 30, 
est beaucoup plus ancienne que les 
rêveries des philosophes transplanta- 
teurs des âmes. Après bien des 
transmigrations, ceux-ci ne pouvaient 
rien espérer de mieux que d'être 
absorbés dans l'essence divine où ils 
ne sentiraient plus rien. 

La pluralité des suffrages prouve 
encore moins, et elle est ici fausse- 
ment supposée ; la métempsycose 
n'a pour elle que les suifrages des 

Ï)hilosophes païens et des Indiens, 
e purgatoire a celui des écrivains 
sacrés, des Juifs, des Pères de toute 
l'Eglise catholique. 

Enfin, il est faux que ce dogme ait 
produit d'aussi mauvais effets que 
l'erreur précédente. La transmigra- 
tion des âmes, admise par les Indiens, 
leur fait envisager les maux de cette 
vie, non comme une épreuve utile à 
la vertu, mais comme la punition 
des crimes commis dans uo autie 



i^rps; n'ayant aucun sou,«ctL- c!» 
ces crimes, leur croyance ne peut 
servir à leur en faire éviter aucun. 
Elle fait condamner les veuves à un 
célibat perpétuel, elle inspire de 
l'horreur pour la caste ou la tribu 
des parias, parce que l'on suppose 
que ce sont des hommes qui ont 
commis des crimes affreux dans une 
vie précédente. Elle donne aux In- 
diens plus de charité pour les ani- 
maux, même nuisibles, que pour 
les hommes, et une aversion invin- 
cible pour les Européens, parce qu'ils 
tuent les animaux et en mangent la 
viande. La multitude des transmi- 
grations fait envisager les récom- 
penses de la vertu dans un si grand 
éloignement, que l'on n'a plus le 
courage de les mériter, etc. Au mot 
Purgatoire, nous avons fait voir que 
ce dogme n'a jamais produit les 
mauvais effets que les protestants lui 
attribuent. 

Si l'on demande à quel dessein 
Beausobre a rassemblé tant d'impos- 
tures et tant d'absurdités à ce sujet, 
il l'a fait assez connaître : il voulait, 
aux dépens des Pères de l'Eglise et 
des catholiques, justifier les mani- 
chéens et les autres hérétiques qui 
ont enseigné la transmigration des 
âmes. 

Les Juifs ont appelé transmigra- 
tion de Babylone, leur retour dans la 
Judée après la captivité ; mais il est 
faux qu'ils aient fait du dogme que 
nous venons de réfuter, la base de 
leur religion, comme quelques demi- 
philosophes très-mal instruits l'ont 
dit au hasard dans les relations ré- 
centes, en parlant des Indiens. 

BERGrER. 

TRANSSUBSTANTIATION. V. Eu- 
charistie, § 2. « 



TRAPPE, célèbre abbaye de l'é- 
troite observance de Cîteaux, située 
dans le Perche, aux confins de la 
Normandie, à quatre lieues de Mor 
tagne, vers le nord. Elle fut fondée 
l'an H40, sous le pontificat d'Inno- 
cent II et sous le règne de Louis VII, 
ar Rotrou, comte du Perche, et 
ut d'abord de l'ordre de Savigny. 
L'an 1148, cet ordre se réunit à celui 



l 



TRA 



203 



TRA 



de Citeaux, à la sollicitation de saiut 
Bernard. Cette maisoa fut d'abord 
distinguée par la sainteté de ses re- 
ligieux : quoiqu'elle eût été saccagée 
plusieurs t'ois par les Anglais pendant 
les guerres que nous avions pour 
lors avec eux, les moines eurent le 
courage d'y demeurer encore pen- 
dant quelque temps ; enlin la conti- 
nuité du danger auquel ils étaient 
eiposés, les en fit sortir. La guerre 
ayant cessé, ils y revinrent tous ; 
mais ils avaient eu le temps de se 
relâcher dans le monde, et de perdre 
leur première ferveur. En lo26 la 
Trai^pe eut des abbés commenda- 
taires; en 1062 l'abbé Armand Jean 
Le Bouthillier de Rancé, qui la pos- 
sédait, entreprit d'y mettre la ré- 
forme, et il en vint à bout ; il y 
rétablit l'étroite observance de la 
règle de saint Bernard, en l'embras- 
sant lui-même, et depuis ce temps- 
là elle s'y est soutenue jusqu'à nos 
jours. Si l'on veut voir un détail 
abrégé et très-éditiant de la vie de 
ces religieux, on le trouvera dans 
les Vies des Pères et des Martyrs, t. 3, 
page 722, vie de saint Robert, abbé de 
Mûlesme. 

Comme leur règle esttrès-austère, 
les épicuriens de notre siècle, co- 
pistes des protestants, ont fait ce qu'ils 
ont pu pour en empoisonner les 
motifs, et pour en faire craindre les 
eifets. Ils ont dit que la Trappe est la 
retraite de ceux qui ont commis de 
grands crimes dont les remords les 
poursuivent, ou qui sont tourmentés 
par des vapeurs mélancoliques et 
religieuses. Quand cela serait vrai, 
on devrait encore leur applaudir; 
il est mieux d'expier les crimes que 
d'y persévérer; ceux qui ont suc- 
combé aux dangers du monde, font 
bien de s'en éloigner ; il n'est pas 
nécessaire' que les mélancoliques 
ennuient la société. Mais c'est une 
pure calomnie. La plupart de ceux 
qui se retirent à la Trappe sont des 
hommes qui ont mené dans le monde 
une vie très-régulière et qui se sentent 
appelés de Dieu à en embrasser une 
encore plus parfaite. La paix, la sé- 
rénité, la douceur, la charité, qui 
règuent parmi ces cénobites, ne sont 



pas des marques de mélancolie ni 
d'un caraclèie sauvage. 

Ce sont, dit-on encore, des hommes 
qui ont de Dieu des idées terribles, 
qui se figurent qu'il aime à voir 
souffrir ses eréalures, qui oublient 
sa miséricorde, et qui semblent se 
délier des mérites de Jéï^us-Christ. 
S'ils avaient ces idées, ils se livre- 
raient au désespoir comme les mal- 
faiteurs. C'est au contraire parce 
qu'ils comptent sur la miséricorde de 
Dieu, et sur les mérites de Jésus- 
Christ, qu'ils embrassent une vie 
pénitente puisque sans ces mérites 
elle ne serTirait de rien ; mnis ils se 
souviennent que pour avoir part à 
sa gloire, il faut souffrir avec lui, 
Rom., cap. 8, t 1'^'; H Cor., c. 1, 
^ 7; Phîlipp., c. 3, t 10; I Petr., 
c. 4, >> 13, etc. Ils ont une très- 
grande idée de la miséricorde de 
Dieu, puisqu'ils'll'implorent, non- 
seulement pour eux-mêmes, mais pour 
tons les pécheurs, et qu'ils prient 
pour ceux mêmes qui leur insultent 
et les calomnient. Dans les pratiques 
d'une mortification et d'une solitude 
continuelles, ils trouvent la paix 
qu'ils n'ont pu goiiter dans le tu- 
multe et dans les plaisirs du monde, 
délivrés des passions qui sont la 
source de presque toutes nos peines, 
ils vivent sans trouble et meurent 
avec confiance. La plupart de ceux 
qui les ont vus de près ont été tentés 
de les imiter. 

On dit enfin que ces religieux pra- 
tiquent des austérités qui abrègent la 
vie et font injure à la Divinité. Ce- 
pendant il se trouve beaucoup da 
vieillards à la Trappe; etàSept-Fonds, 
où l'on vit de même, il y a moinsda 
malades qu'ailleurs; il en meurtmoins 
à proportion par l'excès des austéri- 
tés, qu'il n'en périt ailleurs par les 
suites de l'intempérance, de la dé- 
bauche, d'un régime absurde et con- 
traire à la nature. Ce n'est point la 
pénitence qui fait injure à Dieu, puis- 
qu'elle le suppose miséricordieux: 
c'est plut&t l'épicuréisme spéculatif 
et pratique des philosophes qui se 
persuadent que Dieu ne fait aucuns 
attention à la conduite de ses créa» 
turcs, qu'il voit d'un oeil égal le vicg 



TRA 



204 



TUA 



et la vertu. Pendant qu'ils travaillent 
à corrompre l'univers entier, il est 
bon qu'il y ait encore des asiles où la 
fragilité humaine puisse se réfugier, 
et des hommes qui prouvent par leur 
exemple que la nature se contente de 
peu, et que les vertus des anciens so- 
litaires ne sont pas des fables. • 

Il faut que ce genre de vie ne soit 
pas si terrible, puisque les deux mo- 
nastères dont nous venons de parler 
sont toujours fort nombreux, et que 
des filles ont le courage d'embrasser 
la même, règle. On sait que les reli- 
gieuses des Clairets, qui sont sous la 
direction de l'abbé de la Trappe, imi- 
tent la solitude, le silence, le travail, 
la pauvreté, les mortifications des re- 
ligieux. 

Bergibh. 

TRANSYLVANIE (le christianisme 
en) {Théol. hist. égl. part.) — Cette 
province de la monarchie autri- 
chienne tire son nom latin Tran- 
sylvania de son nom hongrois Erdé- 
lyordszag, qui signifie au delà des 
forêts, et qui exprime bien sa situa- 
tion par rapport à la Hongrie. En 
allemand elle est nommée Sieben- 
burgen, mot qui rappelle les sept 
principaux forts du pays. Elle est 
habitée par trois races distinctes, 
des Hongrois purs, les Szehlers, des- 
cendants de Hongrois et des anciens 
Petschenègues, parlant également 
le hongrois, et des Saxons venus des 
Flandres, de la Saxe et de la Haute- 
Allemagne. Ces trois races habitent 
des districts différents. Voici ce que 
dit M. Zulka de l'introduction du 
christianisme en Transylvanie : 

« Les présomptions des historiens 
relatives à l'époque où les premières 
semences du Chi'istianisme furent 
répandues dans ce pays ne sont pas 
unanimes. Le protestant Godefroy 
Schwartz prétend, d'après Jean Scy- 
litzes Curopalates, dont Cédrénus et 
Zonare répètent mot pour mot le 
récit, que le Christianisme y fut 
implanté au dixième siècle par l'É- 
glise grecque. Il s'appuie sur ce 
qui suit. 

» Bolozudes et Gylas, deux Hon- 
grois de marque (nommés Turci par 
par l'historien cité), tirent, au milieu 



du dixième siècle, un voyage à 
Constantinople, y reçurent le bap- 
tême, et emmenèrent avec eux à leur 
retour un moine nommé Hiérothéus, 
que Théophylacte, le patriarche, 
sacra évèque des Hongrois, Turcorum. 
episcopum ordinavit. Celui-ci aurait 
ensuite, à l'aide de plusieurs prêtres, 
converti le peuple de Transylvanie. 
Mais, ajoute Schwartz, Bolozudes 
serait retombé dans le paganisme, 
tandis que Gylas serait demeura 
chrétien. Sa lille, la belle Sarolta, 
après avoir épousé le prince de 
Hongrie, Geyza, aurait amené son 
mari et son fils à saint Etienne, qui 
aurait gagné toute la nation hon- 
groise au Christianisme. 

» Malgré ce récit, c'est à l'Église 
latine, et non à l'Église grecque, 
qu'il faut attribuer la conversion de 
la Transylvanie. Des savants hon- 
grois, tels que Salagi, Katona, et le 
prévôt George Fejer (1), s'appuyant 
sur les témoignages des écrivains de 
l'Occident, ont ébranlé si radicalement 
l'opinion de Schwartz qu'on peut 
soutenir que la conversion de la 
Transylvanie est due à l'Église latine 
et remonte au commencement du 
onzième siècle, et envoicilespreuves. 

» i. Les auteurs grecs ne disent 
pas un mot du récit de Curopalates, 

» 2. Constantin Porphyrogénète, 
d'après Curopalates, parrain de Bolo- 
zudes, parle bien des Hongrois el 
notamment de Bolozudes, mais ne 
dit rien du prétendu baptême, et 
affirme au contraire, positivement 
que les Hongrois n'étaient point 
baptisés. 

» 3. L'opinion de Schwartz que 
Gylas est un nom propre est une pure 
présomption, attendu que d'autres 
soutiennent que Gylas est le nom 
d'une dignité. Ce n'est également 
qu'une conjecture que de faire de 
Sarolta la fille de ce Gylas plutôt qu« 
d'un autre. 

» 4. Suivant Ranzanus et SiraoD 
Kéza, Sarolta, étant déjà mariée à 
Geiza, fut baptisée en Hongrie. 

p 5. Les dates ne sont pas d]accord. 

» 6. Il est certain que saint Etienne, 

( 1) Gforge F«jer, ReligionU et EeeUsia Chris- 
tiaiw «pua Bungarot initia, Budie, 184(, p. ^i 



IRA 



203 



TRE 



roi de Hongrie, fit la guerre en i 003 
contre un ennemi déclaré du Chrif- 
tianisme, savoir le jeune Guyla de 
Transylvanie, qui était un neveu du 
vieux Gyula, père légitime de Sarolta 
et frère de Zombor. Si donc le récit 
do Curopalates était vrai, on ne 
comprendrait pas comment ce Gyula, 
neveu de Gylas, baptisé suivant 
Schwartz, se serait si vivement sou- 
levé avec tout son peuple contre le 
christianisme au bout '^e cinquante 
ans. <■ 

Saint Etienne, fils dévoué de l'E- 
glise latine (1), conquit la Transyl- 
vanie et y fonda l'évêché et le cha- 
pitre de Carlsbourg (Aita Juha, plus 
tard Alba CaroUna) ('2), qui devint la 
pépinière du christianisme en Tran- 
sylvanie. Au douzième siècle les 
Saxons fondèrent à Hermannstadt 
un prieuré qui, exempt de la juri- 
diction de l'évoque de Transylvanie, 
appartenait à celle de l'archevêque 
de Gran. Plus tard l'évèque Milllo- 
v inus, fuyant la Valachie et la Mol- 
davie pour échapper à la fureur des 
Turcs et des Grecs schismatiqués, 
.'idministra, avec l'autorisation du 
pape Jules II, comme vicaire de l'ar- 
clievêque de Gran, les décanats des 
environs d'Hermanustadt. » 

Au seizième siècle, dès (1529), la 
réforme luthérienne fut introduite 
dans ces contrées par les moines 
saxons; vers 1554, les doctrines de 
Calvin s'y tirent jour, et Martin 
Zalmanczy prédicateur luthérien y 
répandit un mélange de luthéranisme 
et de calvinisme, qui devint une secte 
nouvelle. Les calvinistes nommèrent 
leur religion la foi hongroise, et celle 
de Luther la foi allemande; les ca- 
tholiques gardèrent le nom de la 
vraie foi. Le socinianisme y fut aussi 
introduit par Jean Sigismond qui 
se laissa entraîner vers la doctrine 
de Socin par son médecin Blandrata 
«t par François Davidis. On vit des 
anabaptistes en Transylvanie, car on 
remarque dans la loi de 1599, et dans 
d'autres lois, des dispositions contre 
eux. On y vit encore les sabbatiens, 



(Il V. HOBGaiE. 

{t) Cf. George Pray, Spécimen Sierorchis 
■Bmgariox, Posoni, 1779, U, p. 20Î. 



qui, d'après Erasme, célébraient lo 
sabbat avec tant de rigueur qu'ils 
n'auraient pas remué la main pour 
se tirer de l'œil un fétu. Les Grecs 
schismatiqués sont nombreux en 
Transylvanie, ils y ont un évêque 
propre; mais les Grecs unis y sont 
nombreux aussi et y ont également 
un évèché de leur rite. Eufln les Juifs 
y ont un grand rabbiu. L'évèque ca- 
tholique latin de Transylvanie compte 
aujourd'hui environ -240 mille fi- 
dèïts et l'évèque catholique grec 
près de 700 mille. 

Le NoiB. 

TRAVAIL. Voyez Oisiveté. 

TREMBLEMENTS DE TERRE (les) 
[Théol. mixt. scien. gcol.) — Quand on 
s'est fait, par l'étude de notre his- 
toire géologique contemporaine, une 
idée exacte de ces phénomènes gran- 
dioses et terribles, on ne dourte pas 
qu'il ne se passe, au centre du globe, 
de grandes agitations, dont les vol- 
cans ne soient que des espèces de 
soupapes de sûreté, et l'on s'étonne 
de l'assurance avec laquelle l'homme 
bâtit ses grandes cités. Que le sol 
français qui porte Paris soit secoué, 
dans une nuit, par un fort tremble- 
ment de terre comme celui qui dé- 
truisit Lisbonne en 1755, toutes les 
maisons seront renversées et tout ce 
qu'il y a de vivant dans la ville, ani- 
maux et hommes, sera écrasé, tué, 
enseveli sous les décombres ; et voilà 
ce qu'on peut craindre à tout instant ; 
car on ne peut s'empêcher de c msi- 
dèrer comme infiniment probable, à 
la pensée de ces phénomènes qui se 
passent sans cesse quelque part en 
des degrés divers d'intensité, que 
nous ne soyons les pieds sur une 
grande mine menaçant toujours d'é- 
clater, et qui peut, d'un moment à 
l'autre opérer sa grande décharge, et 
déterminer l'universel effondrement 
en réalisant ses avertissements sécu- 
laires. Quand un homme est sérieu- 
sement menacé d'apoplexie fou- 
droyante , il en est averti par de 
petits accidents, tels qu'engourdisse- 
ments locaux, étourdissemcnts, som- 
meils trop profonds, paralysies mo- 
mentanées ou partielles, puis vient le 



TRE 



206 



TRE 




grand jonr où tout se réalise par le 
coup de foudre qui tue. Ne pourrait- 
on pas supposer la même chose pour 
la terre? Déjà une de ses sœurs a 
éclaté dans l'espace, celle qui occu- 
pait la place, aujourd'hui vide de tout 
grand astre, entre Mars et Jupiter, et 
n'offrant plus que des multitudes de 
ses débris dans les petites planètes et 
dans les milliers de milliers d'asté- 
roïdes. Nous ignorons notre lende- 
main, et quand nous l'estimons à de 
longs siècles encore (l#jaillion, 2S0 
mille ans), certes nous ne sommes 
point assuré de notre calcul, et nos 
prévisions pourraient s'évanouir, dès 
demain, dans la tombe universelle. 

Nous avons cité le tremblement de 
terre qui détruisit la capitale du Por- 
tugal il y a cent vingt ans; c'est un 
de ceux qui ont été les plus désas- 
treux dans les temps modernes ; mais 
il s'en est manifesté bien d'autres. 
En Europe seulement, l'an 408 (avril). 
Vienne en Dauphiné est détruite par 
un tremblement de terre; l'an 842 
(24 octobre), tout le Nord de la 
France est secoué pendant sept jours 
par un tremblement de terre ; l'an 1354 
(18 octobre), Bâle est ébranlée par un 
tremblement de terre et 300 personnes 
y périssent; l'an 1466 (en été). Sois- 
sons est dévastée par un tremblement 
de teire; l'an 1564 (juillet), sept vil- 
lages en province sont renversés par 
un tremblement de terre; l'an 1682 
(16 mai), Remiremont en Lorraine 
est dévastée par un tremblement de 
terre; ici se place celui de Lisbonne 
du i" novembre 1755; l'an 1769 
(8 décembre), une partie du village 
de Bédarrides dans le Vaucluse est 
ruinée par un tremblement de terre; 
l'an 1772 (octobre), le village d'Arudy 
en Béarn est détruit par un tremble- 
ment de terre; l'an 1812 (20 mars), 
le village de Beaumont est détruit par 
un tremblement de terre; l'an 1818 
|24 février), Vence, dans le Var, est 
dévastée par un tremblement de terre; 
8t nous ne venons de citer que les 
plus célèbres pour l'Europe seule- 
ment. Si l'on considère le globe en- 
tier et toutes ses secousses grandes et 
petites, on trouve qu'il n'est pas de 
jour où il ne s'en fasse sentir. 

Tantôt ces mouvements sont an- 



noncés ou accompagnés de bruit» 
sourds, de roulements souterrains; 
tantôt la secousse est subite; tantôt 
elle se prolonge pendant des minutes ; 
tantôt elle se répète à des intervalles 
variés; on a va de ces crises redou- 
tables se reproduire, à intervalles k 
peu près égaux, pendant des mois et 
même pendant des années. Les oscil- 
lations sont de toute espèce ; elles peu- 
vent être horizontales et comme celles 
du pendule de dro'lte à gauche, puis 
de gauche à droite ; elles peuvent être 
tournoyantes sur elles-mêmes; elles 
peuvent être verticales, s'abaissant et 
s'élevant tour à tour; le sol dans ca 
dernier cas, semble aspirer et expirer 
avec violence ; quand il ai-rive que les 
divers genres de mouvement se mélan- 
gent, la force destructive du tremble- 
ment est incalculable. Quant à l'éten- 
duede la surface agitée, elle peut être 
petite, tout à fait locale, très-grande 
ou même immense. En 1828 l'île d'Is- 
chia, dans le golfe de Naplcs, fut 
seule agitée, et en 1826 le tremble- 
ment du sol qui s'était fait sentir à la ' 
Nouvelle-Grenade avait remué, à la 
fois, plusieurs rayriamètrcs îarrés. 
Celui de Lisbonnne de 1755 s'était 
étendu de la Laponie aux Antilles 
(à la Martinique), et du Groenland en 
Afrique où il avait détruit les villes 
de Maroc, de Fez et de Méquinez; 
l'Europe entière avait été agitée. 

De Tan 1010 à l'an 1848, on compte 
dans la France seulement qui est' 
beaucoup moins sujette à ces secous- 
ses que l'Italie etlaTurquie,4oO 
blements de terre enregisli'és ; coi i 
n'en a-t-on pas oublié? De Isui» i 
1840, époque durant laquelleonleseBr 
registra sans doute à peu près tous, 
on en compte 175; la seule année 1843 
en compte à son bilan 18 ; nous ne 
parlons que de la France. 

Nous n'avons pas nommé, dans 
notre énumération des plus célèl-i'-s 
celui de 1783 qui s'étendit de la villo 
de Messine jusque dans la Calabre, 
détruisit la moitié de Messine et aux 
environs de cette ville 29 bourgs on 
villages. 

Il faut reconnaître que , si la terre 
devait finir, un de ces jours, comme 
sa sœur aînée, par une explosiuii ;:•■'- 
uérale des matières qui fermentent. 



TRE 



207 



TRK 



autour de son noyau, les avertisse- 
ments ae nous auraient pas manqué. 
Le Noir. 

TRENTE (concile de). Le concile 
tenu dans cette ville d'Italie est le 
dà-huilième et le dernier des con- 
ciles généraux ; il com mença l'an 1 543, 
sous le pontificat do Paul III; il con- 
tinua sous ceux de Jules III et de 
Paul IV, et finit sous celui de Pie IV, 
l'an 1563. Jamais concile ne fut as- 
semblé pour un sujet plus important; 
il no s'agissait pas soulement do con- 
damner une ou deux hérésies, mais 
de proscrire la multitude des erreurs 
que les protestants avaient répandues 
dans une grande p»rtie de l'Europe ; 
d'y expliquer la croyance de l'Eglise 
catholique sur les divers points de 
doctrine qui étaient contestés; de 
justifier son culte que les hérétiques 
traitaient de superstition et d'ido- 
lâtrie ; enfin de réformer les abus qui 
s'étaient introduits dans la discipline 
pendant les siècles précédents. Aussi 
jamais assemblée ecclésiastique na 
fut plus célèbre ; plus de deux cent 
cinquante évéques ou prélats des dif- 
férentes nations catholiques, les plus 
sav.ints théologiens, les plus habiles 
juisconsultes, les ambassadeurs des 
divers souverains, y assistèrent. 

Quand on en examine les décrets 

sans prévention, l'on reconnaît qu'ils 

fc ont été formés avec toute la clarté, 

'la précision et la sagesse possibles, 
après les discussions et les examens 
les plus exacts faits par les théolo- 
giens et les canonistes. Ceux qui re- 
gardent le dogme sont fondés sur 
l'Ecriture sainte et sur la tradition, 
sur le sentiment des Pères, sur les 
décisions des conciles précédents, sur 
la croyance constante et universelle 

.de l'Eglise. Les règlements de disci- 
:pline, après avoir excité d'abord des 
réclamations, ont été pour la plupart 
adoptés par les souverains catholi- 

Rques; un grand nombre sont obser- 
ïés parmi nous, en vertu des ordon- 
nances de nos rois; la prévention et 
l'attachement aux anciens usages ont 
eédé peu à peu à la sagesse qui les 
a dictés. 
On conçoit aisément que les pro- 

ttestants n'ont rien omis pour décrier 



la conduite et les décisions d'un con- 
cile qui les a condamnés; mais leur 
procédé à cet égard nn^t au grand 
jiiur l'esprit dont ils ont toujours été 
animés. Lorsque Luther eut été cen- 
suré par Léon X en lo20, il appela 
de cette sentence au concile général. 
En 1530, les princes luthériens d'Alle- 
magne présentèrent à la diète d'Augs- 
buurg leur confession de foi, dans 
laquelle ils appckdent de nouveau à 
la décision du conrile. Jusqu'en 1540 
ils ne cessèrent de déclamer contre le 
Pape, parce qu'il ne se pressait pas 
assez de convoquer le concile. Mais 
à peine la bulle de convocation eut- 
elle été donnée l'an 1542, que Luther 
publia divers écrits pour piévenirses 
partisans, et pour les indisposer d'a- 
vance contre tout ce qui pourrait y 
être décidé. En 1,')47, ai)rès les sept 
premières sessions, Calvin composa 
son Antidote contre le concile de Trente, 
dans lequel il déclama avec toute la 
fougue et l'indécence que Luther 
aurait pu se permettre, s'il avait en- 
core vécu. Eu 1549, dans une seconde 
diète d'Augsbourg, lorsque l'on de- 
manda aux princes luthériens s'ils se 
soumettraient aux décrets du concile, 
Maurice, électeur de Saxe, ne permit 
d'y acquiescer que sous trois condi- 
tions, savoir, 1° que l'on discuterait 
de nouveau les points de doctrine qui 
avaient été déjà décidés; 2° que les 
théologiens luthériens seraient admis 
à cette assemblée, qu'ils y auraient 
voix déliliéi'alive, cl que leurs sullVa- 
ges seraient comptés avec ceux des 
évêques; 3" que le Pape n'y préside- 
rait plus ni par lui-même ni par ses 
légats. L'on prit avec raison caV^ ré- 
ponse pour un refus formol. 

En elTet, l'an 1560, lorsque Pie IV 
eut donné la bulle qui ordonnait la 
reprise et la continuation des séances 
du concile de Trente, les princes lu- 
thériens d'Allemagne publièrent leurs 
griefs contre les décrets de ce concile 
et les raisons qu'ils avaient de les re- 
jeter. Elles sont rassemblées dans un 
ouvrage qui parut pour lors en alle- 
mand, et qui ensuite a été traduit en 
iatiu sous ce titre : Concilii Tridentini 
decretis opposita gravamina. Depuis 
ce tumps-là ces mêmes griefs ont 
été répétés par une foule d'auteurs 






TRE 



208 



TRE 



protestants et par leurs copistes, 
Heidegger, Anatome concilii Trident., 
par Basnage, Hist. de l'Eglise, 1. 7, 
c. 3; par Mosheim, Hist. ecclés., sei- 
zième siècle, sect. 3, l"part., c. 1, 
§ 23; par son traducteur et par d'au- 
tres Anglais; par Fra-Paolo, dans son 
Histoire du concile de Trente, et dans 
les notes de Le Courayer sur cette 
histoire, etc. 

On sait d'abord que Fra-Paolo était 
un religieux vénitien de l'ordre des 
servîtes, qui était protestant dans le 
cœur, qui avait des ressentiments per- 
sonnels contre la cour de Rome, qui, 
en exhalant sa bile contre le concile 
de Trente, crut faire sa cour au sénat 
de Venise brouillé pour lors avec 
Paul V. Lorsque ce différend eut été 
terminé par la médiation d'Henri IV, 
l'auteur n'osa faire imprimer son livre 
en Italie ; il le remit à Marc Antoine de 
fiominis, autre apostat qui alla le faire 
imprimer en Angleterre. Pour réfu- 
ter cette histoire, le cardinal Palla- 
vicini en fit une autre plus sincère et 
îuslifiée par les actes originaux du 
'concile, elle parut vers l'an 1605. Le 
<,ourayer, autrefois chanoine régulier 
de Sainte-Geneviève, retiré aussi en 
Angleterre, y fît réimprimer en fran- 
çais l'histoire de Fra-Paolo avec des 
notes aussi peu orthodoxes que le 
te.xte ; il était déjà connu par d'autres 
ouvrages qui avaient attiré sur lui sa 
condamnation par le clergé de France. 
■Cette histoire et les no tes ont été réfu- 
tées dans un ouvrage intitulé : L'hon- 
neur de l'Eglise catholique et des souve- 
rains pontifes défendu contre l'histoire 
du concile de Trente, "par Fra-Vaolo, elles 
notes du père Le Courayer, 2 vol. in-12, 
imprimé à Nancy en 1742, et que l'on 
attribue à dom Gervais, ancien abbé 
de la Trappe. Ce livre aurait été plus 
recherché, s'il était écrit en meilleur 
style, avec moins d'humeur et plus 
de précision, mais le fond en est so- 
lide. Une partie des plaintes des pro- 
testants a été aussi réfutée dans VHis- 
toire de l'Eglise gallicane, 1. 53 et 34, 
an 1545 et suiv. Il y a lieu de regret- 
ter que cette histoire n'ait pas été 
«ontiauée jusqu'à la fin du concile. 

Quoi qu'il en soit, voici les griefs 
allégués par les protestants, tels que 



nous avons pu les recueillir dans li 
divers ouvrages dont nous venons di 
parler. 

Ils disent, 1 " que le pape n'a aU' 
cun droit de convoquer les conciles, 
ni d'y présider; qu'il s'était rendu 
suspect en condamnant les protes- 
tants d'avance ; que c'était à l'empe- 
reur d'assembler le concile dont od 
avait besoin ; qu'il fallait le tenir en 
Allemagne où était le principal foyer 
des disputes. 

Répo7ïse. Au mot Co.n'cile, nous 
avons fait voir que depuis que le 
christianisme est établi chez diffé- 
rentes nations, et dans divers royau- 
mes, le pape, en qualité de chef et 
de pasteur de l'Eglise universelle, 
peut légitimement et convenablement 
convoquer un concile général ; peu 
importe que les protestants lui con- 
testent ce droit, dès que l'Eglise 
catholique le lui accorde. Aucun 
souverain particulier ne peut se l'at- 
tribuer. La cause des protestants 
n'intéressait pas l'Allemagne seule, 
elle concernait toute l'Eglise, leurs 
erreurs faisaient le plus grand bruit 
en France ; ils avaient fait des effoi 
pour les introduire en Espagne el 
en Italie; bientôt elles pénétrèrent en 
Angleterre et en Hollande. Quand 
l'empereur aurait convoqué un con- 
cile en Allemagne, comment aurait- 
on pu engager les évèques et les 
théologiens des autres contrées de 
l'Europe à y assister? Les souverains 
s'y seraient opposés avec raison. En 
condamnant et excommuniant Lu- 
theravant tous sesadhérents, Léon X 
avait fait son devoir , Luther lui- 
même avait appelé à ce jugement, et 
toute l'Eglise avait applaudi à la sen- 
tence du pape ; mais les protestants, 
déjà tiers de leur multitude et de 
leurs forces, se croyaient en droit de 
tenir tète à l'Eglise catholique. 

2'> Le concile de Trente n'a pas fi 
général ou œcuménique, il n'a j* 
mais été composé que d'un petil 
nombre d'évèques, presque tous il»' 
liens et dévoués au pape ; les pro- 
testants n'y ont pas été entendus, il» 
ne pouvaient même s'y rendre en 
sûreté, malgré les sauf-conduits qu|on 
leur accordait, parce qu'il est décid* 




TRE 



209 



TRE 



N 



dans l'Eglise romaine que l'on, n'est 
pas obligé de garder la foi aux hé- 
rétiques.^ 

Répojuc . Ce concile a été véritable- 
ment œcuménique, puisque les bulles 
de convocation et de continuation 
étaient adressées à tous les évêques, 
à tous les souverains, en un mot, à 
toute l'Eglise. La plupart des évêques 
étaient chargés de la procuration de 
leurs confrères, parce qu'il ne s'agis- 
sait pas de créer une nouvelle doc- 
trine, mais de rendre témoignage de 
ce qui était déjà cru et professé dans 
les églises des différentes nations. 
Osera-t-on soutenir que le cardinal 
de Lorraine, le cardinal Polus, les 
évêques espagnols les plus célèbres, 
etc., n'étaient pas en état d'attester 
ce qui était cru, prêché et professé 
en France, en Angleterre et en Espa- 
gne, avant que Luther fût venu au 
monde ? Quand ils auraient pu l'igno- 
rer, du moins les théologiens les plus 
tabiles qu'ils avaient amenés avec 
eux ne l'ignoraient pas. Pour con- 
naître les sentiments, les preuves, 
les objections des protestants , il 
n'était plus nécessaire de les entendre, 
CQ avait sous les yeux leurs livres, 
ils en avaient inondé l'Europe en- 
tière, plusieurs princes d'Allemagne 
avaient envoyé au concile leur pro- 
fession de foi, qui avait été dressée 
par leurs théologiens. On n'y a jugé 
personnellement ni Luther , ni 
Zwingle, ni Calvin, ni aucun autre 
sectaire ; on a prononcé sur les er- 
reurs contenues dans leurs écrits, elles 
J sont encore ; ces titres subsistent 
'toujours et justifient la censure du 
«oncile ; si depuis ce temps-là les 
protestants ont changé de croyance, 

Iles Pères de Trente n'étaient pas obli- 
gés de le prévoir. Suivant leur pré- 
tention il aurait fallu entendre non- 
seulement les luthériens, mais les 
' anabaptistes, les zwingliens, les mé- 
laachtoniens, les calvinistes, etc. ; 
nous n'ajoutons pas les anglicans, 
lear religion n'était pas encore née. 
Qu'aur lit-on pu décider au milieu 
Ne ce/ te cohue de disputeurs, qui 
f n'ont jamais pu s'entendre ni s'ac- 
|corder lorsqu'ils se sont assemblés 
pou'', comparer leur docti'ine? Le 
-toucile de Trente n'en a pas établi 

xn. 



une nouvelle, il a rendu 'témoignagt 
de ce qui était déjà cru dans l'Eglis» 
catholique avant cette époque ; celte 
foi est encore la même, e' elle ne 
changera jamais. Au mol hcssiTKs, 
nous avons réfuté la calomnie des 
protestants au sujet des sauf-conduils 
et de la foi donnée aux hérétiques. 
Après avoir déclaré cent fois à la face 
de l'Europe entière qu'il n'y a peint 
d'autre règle de foi que l'Ecriture 
sainte ; qu'aucun concile n'a le droit 
de décider de la doctrine, et que per- 
sonne n'est obligé de se soumettre à 
ses décrets ; après avoir protesté d'a- 
vance contre tous ceux qui se feraient 
à Trente, nos adversaires n'ont-ils 
pas bonne grâce de se plaindre de 
n'avoir été ni appelés ni entendus au 
concile? 

3° Les opinions n'y étaient pas li- 
bres ; le pape y dominait despotique- 
ment par ses légats ; les Italiens, 
tous dévoués au pape, subjuguaient 
les autres ; les évoques étaient ordi- 
nairement réduits à dire leur avis par 
un placet. A proprement parler c'a 
été un concile du pape, et non une 
assemblée de l'Eglise. Les disputes y 
furent souvent poussées jusqu'à l'in- 
décence et à la violence ; c'était une 
cohue dans laquelle on ne s'enten- 
dait pas. 

Réponse. La contradiction entre ces 
deux reproches est déjà sensible : 
s'il y eut quelquefois trop de chaleur 
dans les disputes, toutie monde avait 
donc liberté d'y dire son avis ; mais 
les protestants et leurs copistes, 
qui ont voulu tout brouiller, ont 
confondu les examens dans lesquels 
on prenait l'avis des théologiens, et 
où on leur permettait de disputer, 
les congrégations dans lesquelles les 
légats recueillaient les suUVages des 
évêques, et où les décrets étaient ré- 
digés à la pluralité des voix, et les 
sessions dans lesquelles ces décrets 
étaient lus et publiés. Qu'il y ait eu 
souvent trop de vivacité dans la ma- 
nière dont certains théologiens sou- 
tenaient leur senlimeut, cela est très- 
probable ; c'est un défaut qui u'a 
que trop souvent paru dans 1er dis- 
putes des protestants aussi bien que 
dans celles des catholiques, et du- 
quel les premiers sont convenus plus 
14 




TRE 



210 



TRÉ 



j/une fois. Il leur sied donc très-mal 
d'en faire un reproche à ceux du 
concile de Trente. Mais que, dans les 
congrégations où il s'agissait de ré- 
diger lesdécisions, les évéques n'aient 
pas osé dire ce qu'ils pensaient, 
qu'ils aient été gênés par la crainte 
de déplaire au pape ou à ses légats, 
c'est une supposition non-seulement 
fausse, mais absurde. Qu'importait à 
l'autorité du pape qu'un dogme quel- 
conque fût décidé' d'une manière ou 
d'une autre? Le pape, les légats, les 
évêques, étaient tous catholiques, 
sans doute ; ils avaient donc tous le 
même intérêt ou plutôt la même ob- 
ligation deveilleràce que la croyance 
catholique ne fût altérée en rien, et 
que le dogme fût conservé et ex- 
primé tel qu'il était. Si donc l'intérêt 
du pape était capable d'intimider 
les évê(jues, ce ne pouvart être que 
dans les matières de discipline, dans 
lesquelles le pape voulait conserver 
le même degré d'autorité dont il avait 
joui jusqu'alors, le pouvoir de dis- 
poser des bénélices, de restreindre 
la juridiction des évêques, de dis- 
penser des canons, etc. Cependant il 
est prouvé, soit par les actes du con- 
cile, soit par les relations des am- 
bassadeurs, soit par les aveux de 
Fra-Paolo et de son commentateur, 
que les évêques de France et d'Es- 
pagne opinèrent souvent sur ces ma- 
tières avec une fermeté qui devait 
déplaire beaucoup à la cour de Rome 
et aux ultramontains. Quand ils au- 
raient été plus complaisants ou plus 
timides sur ce point, le pape n'y au- 
rait rien gagné, puisque les règle- 
ments de discipline, qui ont paru 
trop favorables à son autorité, n'ont 
point été reçus en France, non plus 
que dans quelques autres royaumes, 
comme nous le verrons ci-après. 

Dans les sessions où les légats de- 
mandaient l'avis des Pères par le 
mot placet ne vobis, il n'était ques- 
tion ni de dogme ni d« discipline, 
mais de fixer le jour de la session 
prochaine, d'interrompre ou de con- 
tinuer les sessions, etc. Neus défions 
les détracteurs du concile de citer un 
seul article de doctrine sur lequel les 
évêques aieni opiné sur un simple 
placet, ou sur lequel les théologiens 



aient continué de disputer, après 
qu'il avait été examiné, décidé à la 
pluralité des voix , rédigé p?r écrit et 
publié par une session. 

4"' Le très-grand nombre des évê- 
ques était non-seulement des igno- 
rants, mais des hommes vicieux, 
coupables de simonie, d'abus dans la 
possession et l'administration des 
bénéfices, de taxes et d'exactions à 
l'égard des fidèles, et d'autres désor- 
dres qui les avaient rendus odieux. 
Les théologiens qui les guidaient 
n'étaient que de plats scolastiques qui 
n'avaient étudié ni l'Ecriture sainte, 
ni la tradition, ni la morale chré- 
tienne. 

Réponse. La ressource ordinaire de 
plaideurs condamnés par un tribunal 
(juelconque est de calomnier leurs 
juges. Il est constant qu'un grand 
nombre des Pères du concile de 
Trente étaient des hommes recom- 
mandables par leurs talents, par leurs 
vertus, par leur capacité dans les 
sciences ecclésiastiques. Le cardinal 
Polus, archevêque de Cantorbéry; le 
cardinal Hosius, évèque de Warmie 
en Pologne ; Antoine Augustin, évè- 
que de Lérida et ensuite archevêque 
de Tarragone ; dom Barthélemi des 
Martyrs, archevêque de Brague ; Bar- 
thélemi Caranza, archevêque de To- 
lède ; Thomas Campége, évêque de 
Fcltri ; Louis Lippoman, évêque de 
Vérone ; Jean- François Comniendon, 
évêque de Zacynthe, et ensuite car- 
dinal, etc., etc., ont fait honneur à 
leur siècle, et ont laissé des ouvrages 
qui attestent leur mérite. Les prélats 
français qui parurent à Trente n'é- 
taientni des ignorants ni des hommes 
vicieux ; les légats témoignèrent plus 
d'une fois le cas qu'ils faisaient de 
leurs lumières et de leur capacité. 

Parmi les cent cinquante théolo- 
giens qui parurent successivement an 
concile, il en est peu qui n'aient joui 
pour lors d'une très-grande célébrité, 
et qui n'aient composé de savants 
ouvrages ; plusieurs avaient eu des 
disputes avec les prolestants, dans 
lesquelles ces derniers n'avaient pas 
eu I avantage. Mais parce que ceux-ci 
faisaient beaucoup de livres dans 
lesquels ils répétaient les mêmes so- 
phismes, les mômes plaintes, les 



TRE 



21t 



TRE 



i 

I 



i 




iiifmes dficlamalioiis que Luther et 
talvin, lis se croyaient les seuls sa- 
flntsde'J'univers, et ils avaient ins- 
iWré le même orgueil aux particuliers 
les plus ignorants. Il suffit de lire, 
iia iin du 17= vol. de VHist. de l'E- 
se GalL, le discours sur l'état de 
itte Eglise, à la naissance des héré- 
ies du seizième siècle, pour se con- 
ncre qu'il n'était point tel que les 
itestants ont atfecté de le repré- 
ter. 

5° Dans le concile de Trente les 
pstions controversées n'ont point 
Ité décidées par l'Ecriture sainte, 
Jnais plutôt contre le texte formel de 
te livre divin ; les évèqucs et les 
jBiéologiens se sont uniquement fon- 
iis sur de prétendues traditions, sur 
es canons, et souvent sur les fausses 
iécrétales des papes. 
Réponse. Le contraire est prouvé 
far la simple lecture des décrets de 
ce concile. Dans les chapitres qui 
précèdent les canons ou règles de 
doctrine, il n'y a pas un seul dogme 
Clair et précis de l'Ecrilure sainte ; 
à la vérité on n'y a point affecté 
d'accumuler, comme font les protes- 
taûts, des textes de l'Ecriture qui ne 
prouvent rien, et qui souvent sont 
absolument étrangers à la question; 
qnelquefois l'on n'en a cité qu'un ou 
deux, lorsqu'ils sont décisifs et sans 
réplique. Mais parce que le concile 
o'a pas donné le sens faux et erroné 
qiT donnent les protestants, ils di- 
sent qu'il a contredit l'Ecriture sainte, 
lorsque ce livre divin garde le silence 
pur un dogme ou sur un usage qui a 
toujours été observé dans l'Eglise, 
JOB qu'il ne s'exprime pas assez clai- 
tement, le concile a décidé qu'il faut 
le conserver en vertu de la tradition 
c'est-à-dire de l'enseignement perpé- 
M et général de cette sainte société, 
iàu mot Tradition, nous avons fait 
wir que cela ne se peut et ne se doit 
pas faire autrwnent, que cette mé- 
Unide est fondée sur l'Ecriture même, 
^ que les protestants la suivent en 
affectant de la blâmer. Quant à la 
feipline, elle ne pouvait être mieux 
réglée que sur les anciens canons ; 
Kîis il est faux que le concile ait 
fait aucun usage des fausses décré- 
tales. 



60 L'on y a travesti en articles de 
foi plusieurs opinions de scolasliques 
sur lesquelles on avait jusqueSâalors 
disputi' avec pleine liberté; ce sont 
donc autant de nouveaux dogmes in- 
connus auparavant, ù l'occasion des- 
quels le concile aprodipué très-injus- 
tement les analhèmes. D'autre part, 
il a omis de décider plusieurs arti- 
cles qui sont cependant cz'us et pro- 
fessés dans l'Eglise romaine. 

Réponse. Nos adversaires se jOlai- 
gnent donc de ce que le concile a 
décidé trop d'articles de foi, et de 
ce qu'il en a décidé trop peu ; mais 
l'un de ces reproches est aussi mal 
fondé que l'autre. Avant cette épo- 
que aucun théologien n'avait examioé 
l'Ecriture sainte et la tradition avec 
autant d'exactitude et de soin qu'on 
l'a fait au concile de Trente ; aucun 
n'avait eu autant de facilité que là de 
comparer les sentiments des docteurs 
des différentes écoles catholiques «t 
des différentes nations, et d'en comp- 
ter les voix ; aucun n'avait pu pré- 
voir les fausses conséquences que les 
hérétiques tireraient d'une telle ex- 
plication de l'Ecriture sainte, od 
d'une telle opinion qui paraissait in- 
nocente ; il avait donc pu être permis 
jusqu'alors de disputer là-dessus, 
faute de lumière suflisante. Mais dans 
le concile tout fut mis au grand jour: 
l'on examina, l'on disputa, l'on com- 
para toutes les raisons et tous les 
sentiments, l'on vit de quel côté était 
la tradition la plus constante ; oa 
aperçut les conséquences par la mul- 
titude même des erreurs des protes- 
tants, et par la témérité avec laquelle 
ils adoptaient les sentiments les moins 
probables de quelques théologiens 
ti'op hardis. On sentit donc la né- 
cessité de terminer ces disputes par 
une décision formelle. Ainsi l'on en 
avait agi dans tous les conciles pré- 
cédents, à commencer depuis celui 
de Nicée jusqu'à celui de Florence,, 
qui était le dernier. Ce sont donc les 
protestants qui sont la cause de la 
multitude de décrets et d'anatbèmes 
qu'ils osent reprocher au concile de 
Trente. 

Ce concile n'a point parlé des an- 
tres articles de foi que nous croyons, 
soit en en vertu de passages clairs et 



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312 



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formels de l'Ecriture sainte, soit 
pnrce ■qu'ils ont été décidés par les 
conciles précédents ; à quel propos y 
anrait-on traité des points de doc- 
trine dont il n'était pas question 
pour lors î Cette plainte est aussi ri- 
tiicule que celle des sociniens et des 
déistes, qui savent mauvais gré au 
ecncile de Nicéede n'avoir pas décidé 
îa divinité et la procession du Saint- 
Esprit, qui ne furent contestées que 
soixante ans après. 

En accusant celui de Trente d'avoir 
forgé des articles de foi nouveaux et 
inconnus jusqu'alors, ils prennent 
soin de l'absoudre et d'établir le fait 
eontraire, puisqu'ils disent que nous 
«"loyons les dogmes décidés par ce 
foncile,non par respect pour son au- 
torité, mais parce qu'on les croyait 
déjà auparavant. Voyez le discours de 
Le Couraycr sur la réception du con- 
cile de Trente, pag. 790, et un écrit 
de Leibnitz, dont nous parlerons ci- 
après. Nous ne concevons pas en quel 
sens les dogmes que l'on croyait déjà 
étaient des dogmes nouveaux et in- 
connus. 

7» La plupart des décrets de ce 
concile sont obscurs et ambigus, sus- 
ceptibles de différents sens ; il parait 
même que cette obscurité est souvent 
affectée, parce qu'il ne voulait pas 
condamner certaines opinions des 
théologiens. L'on a si bien senti cet 
inconvénient, que le pape a établi 
une congrégation de cardinaux et de 
docteurs, pour interpréter les déci- 
sions du concile de Trente. Aussi, 
loin de terminer les disputes, ses 
dècretsen ontfait naître de nouvelles, 
et, pour suppléer à leur insuffisance, 
les papes ont été obligés de doimer 
plusieurs bulles pour décider ce qui 
ne J'était pas, en particulier sur les 
matières de la grâce, etc. 

Réponse. Si le concile avait proscrit 
toutes les opinions douteuses et sur 
lesquelles on peut disputer, on lui re- 
procherait cette sévérité avec encore 
plus d'aigreur. Quelle nécessité y 
avait-il de condamner des opinions 
qui ne touchent point au fond du 
aogme, <*, dont les défenseurs font 
profession de croire tout ce qui est 
expressément décidé ? E>igcr qu'un 
concile ait fait cesser toutes les dis- 



putes, c'est vouloir qu'il ait fait un 
miracle que l'Ecriture n'a pas opéré 
depuis dix-sept cents ansv Quelque 
clair que puisse être un livre ou une 
décision, il se trouvera toujours des 
esprits subtils et bizarres qui, par 
des interprétations forcées, parvien- 
dront à en obscurcir le sens et à en 
esquiver les conséquences. Voilà ce 
que nous répondent les protestants 
eux-mêmes, lorsque nous leur objec- 
tons l'insuffisance de l'Ecriture sainte 
pour terminer les contestations eo 
matière de foi. Mais il y a une très- 
grande différence entre les dispiUes 
qui régnent entre eux touchant les 
divers sens de l'Ecriture, et celles 
qui ont lieu entre les théologiens ca- 
tholiques sur les points de doctrine 
non décidés. Celles-ci ne les divisent 
point dans la foi, ne causent entre 
eux aucun schisme ; ils ne se regar- 
dent pas mutuellement comme héré- 
tiques dignes d'anathème ; tous ceux 
qui sont sincèrement catholiques se- 
raient prêts à renoncer à leur senti- 
ment, s'il intervenait une décision de 
l'Eglise qui le condamnât. Chez lespre- 
miers, au contraire, ily a un schisme 
et une séparation absolue entre les 
différentes sectes, elles n'ont ni la 
même croyance sur des articles 
qu'ellesjugent cependant nécessaires, 
ni le même culte extérieur, ni la 
même discipline, et l'on sait qu'elle» 
ont les unes contre les autres autant 
de haine que contre l'Eglise catho- 
lique. 

Il n'aurait pas été besoin de bulles 
des papes touchant les dernière» 
contestations sur la grâce, si ceux 
qui les ont élevées avaient été sin- 
cèrement soumis aux décisions du 
concOe de Trente; mais on sait qu'il» 
en ont quelquefois parlé avec ausâ 
peu de respect que les protestant», 
que sur les passages de l'Ecriture 
sainte et ceux de saint Augustin qui 
semblent les favoriser, ils ont adopli 
le sens et les explications des pro- 
testants, et qu'ils nous accusent de 
semi-pélagianisme, comme les pro- 
testants en accusent le concile de 
Trente. C'est donc assez mal à propos 
que ces derniers se glorifient d'' '' 
levain de protestantisme que le con- 
cile n'a pas pu extirper; s'il avait pi 



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213 



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le prévoir, il l'aurait condamné 
d'avance. 

80 Plusieurs de ces décrets qui 
sont conçus en termes très-étudiés, 
et qui, pris à la lettre, sont assez 
raisonnables, ont un tout autre sens 
dans la pratique; tels sont ceux qui 
regardent le purgatoire, l'invocation 
des saints, le culte des images et des 
reliques ; les théologiens les pren- 
nent peut-être dans le même sens 
que le concile; mais le peuple, en 
les suivant, se livre évidemment à 
l'idolâtrie. 

Réponse. Une calomnie cent fois 
réfutée ne fera jamais honneur à 
ceax qui la répètent. Les catéchismes 
destinés à instruire le peuple sont 
entre les mains de tout le monde ; 
que nos adversaires nous y montrent 
quelque chose de plus ou de moins 
que ce qu'il y a dans le concile de 
frmte. Le peuple est donc instruit 
chez nous de la même manière et 
dans les mêmes termes que les théo- 
logiens. Le concile a expressément 
ordonné aux évêques de veiller à ce 
flu'il ne se glisse dans les pratiques 
aont nous parlons, aucun abus, au- 
cune superstition, aucune fausse dé- 
Totion; les évêques y veillent en 
effet, puisque ce sont eux qui don- 
nent les catéchismes à leurs dio- 
césains. Si, malgré ces précautions, 
le peuple, par stupidité, par opiniâ- 
treté, par indocilité à l'égard des 
pasteurs, tombait dans le crime que 
les protestants s'obstinent à nous 
reprocher, à qui pourrait-on s'en 
prendre? Oseraisnl-ils nous répondre 
que parmi eux le peuple entend, 
avec la même subtilité que leurs 
théologiens, les dogmes de la foi 
iusliûante, de l'inamissibilité de la 
justice, de la nullité de nos mérites 
et de nos bonnes œuvres, de la 
prédestination absolue, etc., et que 
jamais il n'en tire de fausses consé- 
quences? S'ils avaient cette témérité, 
nous les confondrions par les aveur 
de leurs propres docteurs. 

Puisque les décrets du concile tou- 
chant les pratiques dont nous par- 
lons leur paraissent assez raisonna- 
lies, qu'ils les adoptent et les 
enseignent tels qu'ils sont, en con- 
damnant les abus tant qu'il leur 



I laira : on ne leur en demande pas 
davantage. 

9° A l'égard de la discipline, les 
légats du pape s'opposèrent à la 
réforme de plusieurs abus ; ceux 
mêmes que l'on condamna ont con- 
tinuécomme auparavant, et plusieurs 
durent encore. 

Réponse. On doit faire attention 
qu'en matière de discipline il n'était 
pas aisé de dresser des règlements 
qui pussent s'accorder avec les lois 
des divers souverains, et avec le drûi.t 
canonique suivi chez les différentes 
nations. De même que leurs ambas- 
sadeurs étaient très-attentifs à pro- 
tester contre tout ce qui pouvait y 
donner atteinte, on ne doit pas ètr» 
surpris de ce que les légats refusaient 
de restreindre les droits dont le sou- 
verain pontife jouissait depuis un 
temps immémorial. Au mot Pape, 
nous avons fait voir que ces droits 
n'étaient ni aussi abusifs, ni aussi 
préjudiciables au bien général de 
l'Eglise, que les protestants le pré- 
tendent. 11 est aisé de déclamer contre 
les abus ; la difficulté est de voir si 
les remèdes que l'on veut y apporter 
n'en feront pas naître d'autres. Les 
passions humaines, seules causes 
de tous les désordres, savent souvent 
tourner à leur avantage le freia 
même par lequel on a voulu les ré- 
primer. On ne peut pas nier que les 
règlements faits par le concile de 
Trente n'aient été très-sages et n'a: eut 
fait cesser plusieurs abus : les autres 
auraient été mieux suivis, s'il n'y 
avait pas eu des hommes puissants 
intéressés à en empêcher l'exécution. 

II est absurde de soutenir d'un c6té 
que l'Eglise n'a aucun droit de faire 
des lois, que c'est une usurpation de 
l'autorité des souverains, et de l'autre 
de lui reprocher qu'elle n'a pas le 
pouvoir de les faire exécuter. En 
secouant le joug de l'autorité de l'E- 
glise, les protestants ont fait sem- 
blant de se mettre sous celui de la 
puissance des souverains; mais ils se 
sont révoltés contre elle toutes les 
fois qu'elle leur a paru trop gênante. 
On dirait, à les entendre, qu'j^ n'y a 
plus d'abus parmi eux ; y en a-t-il un 
plus grand que la liberté de dogma- 
tiser et de former des schismes toutes 



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214 



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les fois qu'un prédicant trouve le 
secret de se faire des partisans? Lors- 
qu'ils avaient en France le privilège 
de tenir des synodes, ils ont fait des 
lois de discipline, oseraient-ils sou- 
tenii •qu'aucune n'a jamais été 
violée? 

10» Le concile de Trente n'a été 
reçu ni en France ni en Hongrie, il 
ne l'a été en Espagne et dans les 
Pays-Bas qu'avec des restrictions ; 
son autorité prétendue a donc été 
regardée comme nulle par les catho- 
liques mêmes. 

Réponse. Il n'a point été reçu quant 
à la discipline, pour les raisons que 
nous venons d'exposer, mais quant 
aux décrets de doctrine et aux déci- 
sions de foi, il n'est aucun pays 
catholique où l'cm se permette d'en- 
seigner le contraire, et quiconque 
oserait le faire serait regardé comme 
hérétique. Le Courayer a été forcé 
d'en convenir dans son Discours sur 
ia réception du concile de Trente, par- 
ticulièrement en France, qui est à la 
suite de son histoire de ce concile, 
§ 27. Il observe, §11, que quand le 
nonce de Grégoire XIIJ demanda au 
roi Henri III la publication du con- 
cile, ce prince répondit qu'U ne 
fallait point de publication pour ce 
oui était de foi, que c'était chose gardcn 
dans son royaume ; mais que pour 
quelques autres articles particuliers, 
il ferait exécuter par ses ordonnances 
ce qui était porté par le concile ; il 
le fit en effet dans l'ordonnance de 
Blois, publiée l'an 1579. Lorsque 
l'assemblée du clergé, tenue à Melun 
pendant cette même année, renouvela 
les mêmes instances, le roi répondit, 

■ Que quant à la réformation qu'on 
> prétendait tirer du concile, il es- 

■ timait n'y être pas tant nécessaire 
« qu'on dirait, étant averti qu'U y 
» avait en d'autres conciles plusieurs 
» canons et décrets auxquels on pou- 
» vsdt se conformer, et d'où même 
» les statuts du concile étaient pris, » 
ïbid., § 12. Dans les vingt-trois ar- 
ticles que les jurisconsultes trou- 
Taient contraires aux maximes et 
aux libertés de l'église gallicane il 
n'y en a pas un seul qui regarde le 
dogme ou la doctrine, § 26. 

C'est donc très-mal à propos qae 



Le Courayer insiste sur le préambule 
de l'édit de pacification que Henri III 
accorda aux calvinistes l'an 1577, 
dans lequel il déclara, « Qu'il don- 
» nait cet édit en attendant qu'il eût 
» plu à Dieu de lui faire la grâce, 
» par le moyen d'un hou, libre et 
» légitime concile, de réunir tons 
» ses sujets à l'Eglise catholique, > et 
qu'il en conclut que le concile da 
Trente n'était dune pas regardé 
comme tel dans le royaume. On sait 
que dans ce moment le gouverne- 
ment devenu très-faible, et réduit 
à tout craindre de la part des hu- 
guenots, était forcé de les ménager 
beaucoup, surtout à cause de Henri IV 
qui était alors à leur tête. Leur 
réunion à l'Eglise catholique poo- 
vait-elle se faire sans l'acceptatioo 
de la doctrine du concile de Trenkf 
Les instances réitérées du clergé 
pour faire accepter de même les n- 
glements de discipline, ne prouvent 
rien, sinon qu'il désirait la réfa^ 
mation de tous les abus. 

Il ne sert k rien de dire que quant 
à la doctrine, elle n'a été reçue que 
tacitement et implicitement, et non 
solennellement ou dans les forints 
ordinaires. Ce critique se réfute loi- 
même, en avouant que, dans toutes 
les disputes qui se sont élevées an 
France, l'on a toujours pris pour rè- 
gle les décisions du concile de Trenk; 
que la profession de foi de Pie IV J 
a été adoptée pas tous les évèquea; 
que les prélats de ce royaume, soit 
dans leurs conciles provinciaux ao 
diocésains, soit dans les assemblées 
du clergé, ont toujours fait profession 
de se soumettre à sa doctrine, etquf, 
dans les oppositions même que Iw 
états ou les parlements du royaume 
ont formées à l'acceptation de tt 
concile, ils ont toujours déclaré qu'As 
embrassaient la foi contenue dan»** 
décrets, ibid , § 27. Est-ce là oW 
acceptation tacite? Nous voudrioiJ 
savoir quelle est la f<irme ordinaifi 
dans laquelle ont été acceptés les ar- 
ticles de foi décidés dans les autres 
conciles généraux tenus depui» J* 
fondation de la monarchie, et »'»• 
ont eu besoin de lettres patentes <I0 
roi, enregistrées dans les cours iov 
veraiucs. 



TRE 



215 



TRE 



Le Courayer pousse plus loin la 
témérité, en ajoutant qu'à l'égard 
même de la doctrine, le concile avait 
peut-être autant besoin de modifi- 
cations qu'à l'égard des décrets de 
discipline; il tenait le lamgage des 
protestants; aussi Mosheim et son 
traducteur ont-ils cité ce discours avec 
éloge, Uist. eccléb., 16° siècle, sect. 3, 
1" part., chap. i, § 23, et en général 
les protestants voudraient persuader 
que le concile de Trente n'a été reçu 
en France, ni quant an dogme ni 
quant à la discipline. 

Ainsi le prétendait Leibnitz dans un 
mémoire qu'il dressa sur les moyens 
de réunir les catholiques aux protes- 
tants; il aurait voulu que pour préli- 
minaire l'on commençât par regarder 
ce concile comme non avenu. Bossuet 
réfuta ce mémoire avec la force or- 
dinaire de son raisonnement ; il pose 
d'abord les principes fondamentaux 
de la croyance catholique touchant 
l'infaillibilité de l'Eglise en matière 
de foi ; il fait voir qu'elle énonce sa 
foi par l'organe de ses pasteurs, ftt 
que leur consentement unanime dans 
la doctrine n'a pas moins d'autorité 
lorsqu'ils sont dispersés que lorsqu'ils 
sont assemblés. Il prouve que ce 
consentement des évêques est una- 
nime dans toute l'Eglise catholique 
touchant l'œcuménicité du concile de 
Trente et touchant l'autorité infaillible 
de ses décisions en matière de foi (1); 
qu'il n'y eut jamais de doute sur ce 
point en France, non plus qu'ailleurs. 
Il en conclut que mettre en question 
si l'on recevra ce concile, ou si on ne 
le recevra pas, c'est vouloir délibérer 
pour savoir si l'on sera catholique ou 
si l'on sera hérétique. Voyez l'Esprit 
de Leibnitz, t. 2, p. 65 et suiv. 

Après ces vérités incontestables, 
peu importe de savoir la manière 
dont le concile a été reçu dans les 
autres pays catholiques. Nos adver- 
saires avouent qu'en Italie, en Alle- 
magne et en Pologne, il l'a été sans 
réserve ; que dans les Etats du roi 
d'Espagne il a été reçu sans préjudice 

(l) On vr.i: !jt!Q Bossuet avait bien soin de distia- 
?uecla matière sur laquelle porto riufailtibilité, ainsi 
^ne nous la faisons dans Dotra diMertatloû prélimi- 
oaira. 

Lb HoiB. 



des droits et des prérogatives de ca 
monarque : or, un des droits du roi 
catholique n'est certainement pas de 
rejeter les décisions de foi d'un con- 
cile général. On sait que le clergé da 
Hongrie est dans les mêmes princi- 
pes et suit les mômes maximes que 
le clergé de France ; il n'est donc pas 
étonnant qu'il ait gardé la même 
conduite. De tout cela il résulte qu'au- 
cun concile général n'a été reçu plus 
authentiquenient ni jilus solennelle- 
ment, quant à ta doctrine, dans tout» 
1 Eglise catholique, que le concile a« 
Traite; les protestants n'y ont opposé 
aucune objection qui ne puisse èir« 
tournée contre tous les autres conci- 
les. Lorsqu'en 1019 les arminiens le» 
alléguèrent contre le synode de Dor- 
dreclit qui les avait condauinés, ie» 
calvinistes n'en tinrent aucun compta.-, 
et traitèrent ces sectaires comme dea 
rebelles. Voyez AnMiMUNs. 

Bergibs. 

TRÉPASSÉS. Voyez Morts. 

TRÊVE DE DIEU OU DU SEI- 
GNEUR. Pendant le cours du onzième 
siècle, lorsque les seigneurs ne ces- 
saient de se faire la guerre entre eux, 
et ne connaissaient d'autre voie que 
les armes pour venger leurs injures 
réelles ou imaginaires, les évêques 
cherchèrent un moyen d'arrêter ce 
brigandage qui rendait les peuples 
malheureux. Il fut ordonné dans plu- 
sieurs conciles, sous peine d'excom- 
munication, à tous les seigneurs et 
chevaliers, de cesser toutes hostilité» 
depuis le mercredi au soir de chaque 
semaine jusqu'au lundi suivant, et 
pendant l'avent et le carême. L'on 
obtint ainsi pour les peiiples qu,-lque 
temps de repos et de sûi'otê. L'époque 
la plus ancienne à laquelle on puisse 
rapporter cette institution, est l'an 
1032 ou lOOi. Peu à peu elle fut 
adoptée en France et en Angleterre, 
mais non sans résistance, surtout de 
la part des Normands. Elle fut con- 
lirmée par le pape Urbain II, au con- 
cile tenu à Clermont l'an 109S. Ainsi 
les motifs de religion produisirent 
sur des âmes féroces l'ellcl qu'auraient 
dîi faire la raison et les principei de 
justice. 



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216 



TRI 





C'est aux historiens de rapporter 

les .époques de cet établissement dans 
les ditïérentes contrées, les variétés 
que l'on y introduisit, les infractions 
qu'il essuya, etc. Autant les seigneurs 
cherchaient à le restreindre, autant 
le clergé travaillait à l'étendre et à 
l'augmenter. Le grand nombre des 
conciles assemblés à ce sujet dans 
l'Aquitaine, dans les Gaules, en Alle- 
magne, en Espagne et en Angleterre, 
pour confirmer cette institution sa- 
lutaire, montre assez la grandeur des 
maux qui affligeaient les peuples, et 
les obstacles qu'il y avait à surmon- 
ter pour établir en Europe une espèce 
de police. Les plus zélés prédicateurs 
de la trévede ilit'it furent saint Odilon, 
abbé de Cluni, et le bienheureux Ri- 
chard, abbé de Vannes, auxquels se 
joignirent les plus saints personnages 
qui vivaient pour lors, soit dans le 
oiergé, soit parmi les laïques ; et 
l'application avec laquelle plusieurs 
souverains vertueux travaillèrent à 
cette bonne œuvre, n'a pas peu con- 
tribué à leur faire décerner un culte 
après leur mort. Les croisades entre- 
prises sur la lia de ce même siècle 
contribuèrent encore plus efficace- 
ment à é teindre le feu des guerres 
particulières. Voyez Ducange, au mot 
Treva Bei. 

Bergier. 

TRIAS (le) [Théol. mixt. scien. géol. 
et paléont.) — Le ù'ias est un terrain. 
à trois étages appartenant aux forma- 
tions secondaires inférieures aux 
couches jurassiques, mais supérieures 
aux couches pénéennes ; les trois 
étages qui le composent sont le grés 
bigarré, le calcaire conchylien ou cc- 
quillier, en allemand muschclkalk 
(chaux à coquilles), et les marnes 
irisées. On appelle encore le terrain 
du trias terrain salifère, parce qu'il 
renferme des dépôts adventifs de sel 
gemme. 

Ce terrain est riche en fossiles du 
règne animal ; on y remarque parmi 
les zoophytes Vencrinite monilif'orme ; 
il n'y a plus de trilobites (annelés 
crustacés), ni d'orthoccratiies (mollus- 
ques céphalopodes) ; mais apparais- 
sent les ammonites qui ne cesseront 
qu'avec les terrains secondaires. Les 



proditctus très abondantes encore dan» 
le calcaire pénéen disparaissent dans 
le trias. Le grés bigarré présente -des 
empreintes curieuses d»^pas d'oi'.«aux 
de diverses espèces et de p3 j d'un 
reptile énorme batracien qu'on a 
nommé le chirothérium ou animal à 
mains, parce que ses empreintes indi- 
quent des pattes en forme de mains. 
Le calcaire conchylien révèle les pre- 
mières apparitions des ichthyosaures 
et des plésiosaures. Des marnes iri- 
sées renferment des fossiles de coni- 
fères et de fougères. 

Le Nom. 

TRIBU, famille. Les Israélites for- 
mèrent entre eux douze tribus, selon 
le nombre des enfants de Jacob ; mais 
ce patriarche ayant adopté en mou- 
rant les deux fils de Joseph, Ephraïm 
et Manassé, il se trouva ainsi treize 
chefs de tribus, savoir, Ruben, Si- 
méon, Lévi, Juda, Issachar, Zabulon, 
Dan, Nephtali, Gad, Aser, Benjamin, 
Ephraïm et Manassé. Cependant la 
Palestine ou terre promise ne fut 
partagée qu'entre douze tribus ; celle 
de Lévi n'eut point de part au par- 
tage, parce qu'elle était consacrée au 
service religieux. Mais Moïse avait 
pourvu à sa subsistance, en assignant 
aux différentes familles de lévites 
leur demeure dans les villes desdouzes 
autres tribus, avec une étendue de 
territoire, et en leur attribuant la 
dîme des fruits, les prémices et les 
oblations du peuple. Jacob au lit de 
la mort avait prédit à cette tribu qu'elle 
serait disper»ée dans Israël, Gen,, 
cap. 49, t 7. Son sort n'était donc 
pas capable d'exciter la jalousie de» 
autres. Voy. Lévite. 

Après la mort de Saiil leur premier 
roi, dix tribus denieurèrent attachées 
à Isboseth son fils. David son succes- 
seur ne régna d'abord que sur les 
deux tribus de Juda et de Benjamin ; 
mais après la mort d'Isboseth, toute» 
se réunirent sous l'obéissance de 
David. Autant que l'on en peut juger 
par conjecture, l'origine de cette 
première séparation fut la jalousie 
des autres tribus contre celle de Juda 
qui était la plus nombreuse, et à 
laquelle le sceptre de la royauté avait 
été promis par le testament de Jacob, 



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217 



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ibid. Elles retardèrent tant qu'elles 
purent l'exécution de cette promesse. 
Ce fut aussi le germe du schisme qui 
se lit entre elle sous le règne de Ro- 
boam, iils de Salomon : dix tribus se 
révoltèrent, se donnèrent un roi 
particulier, et furent nommées le 
royaume d' Israël, dont la capitale était 
Samarie ; les deux seules tribus de 
Juda et de Benjamin demeurèrent 
fidèles à Roboam et à ses successeurs ; 
elles furent appelées le royaume de 
Juda, dont le chef-lieu était Jérusa- 
lem. 1\ y eut des dissensions et des 
rnerres presque continuelles entre 
les souverains de ces deux royaumes ; 
presque tous les rois d'Israël tombè- 
rent dans l'idolâtrie et y entraînèrent 
leurs sujets : ceux de Juda retinrent 
ordinairement les leurs dans l'obser- 
vation de la loi du Seigneur. Cette 
division continua jusqu'à la captivité 
de Babylone, 

Il nous paraît qu'à n'envisager que 
l'intérêt politique, la distribution de 
la nation entière en différentes tribus, 
dont les possessions étaient séparées, 
et qui ne formaient entre elles au- 
cune alliance, devait produire de 
très-bons effets. Elle attachait chaque 
jttjk tribu au sol qui lui était tombé en 
partage, elle mettait chaque chef de 
famille dans la nécessité de faire 
valoir sa portion, et de conserver 
ainsi l'héritage de ses pères. Elle pré- 
venait l'agrandissement des familles 
ambitieuses, par conséquent les usur- 
pations qu'elles auraient pu faire, 
et entretenait l'égalité entre tous les 
membres de l'Etat. Il ne pouvait en 
résulter le même inconvénient que 
cause parmi les Indiens la distinction 
des castes ou des tribus : la sépara- 
tion de celles-ci fondôe sur des idées 
fausses et sur une croyance absurde, 
produit la haine, le mépris, l'aversion 
des castes supérieures à l'égard des 
autres; la distinction des Juifs en 
différentes familles toutes égales les 
faisait souvenir qu'ils étaient tous 
nés du sang de Jacob, et obligés de 
se regarder comme frères. Voyez 
Juifs. 

Beagier. 

TRIBUNAL INTERNATIONAL 
D'ARBITRAGE. (Théol. mixt. scien. 



social.) — Il y a vingt ans, nous écri- ^ 
viens ce qui suit dans nos Haruo.mes : 

« Quand on s'est demandé qur- est 
le souverain dans l'Etat, et ce que 
peut le souverain sur les membres de 
l'Etat, il reste à se demander encore, 
pour épuiser la question politique, ce 
que peuvent et doivent faire les sou- 
verains entre eux, considérés par 
états divers, dans leurs rapports in- 
ternationaux. 

» Or, sur cette matière, nous de- 
vons dire que la doctrine chrétienne 
devance la science d'une distance 
énorme. Elle prêche aux Etals la cha- 
rité et la paix, comme aux individus; 
elle condamne la guerre, non pas 
dans l'opprimé qui se défend contre 
d'injustes attaques, mais en principe 
général; elle la dit fille du diable, et 
engage les nations à s'unir dans la 
fédérationd'une paix universelle. Per- 
sonne ne niera que tel ne soit l'es- 
prit de l'Evangile. 

» Quant à la science, elle n'est pas 
encore arrivée au degré de clarté qui 
convainc toutes les âmes, mais elle 
prédit une réalisation prochaine de 
l'utopie et elle commence à mani- 
fester des principes et des elforts 
dont la tendance annonce un accord 
futur avec l'esprit évangélique. Déjà, 
elle reconnaît assez universellement 
les vérités suivantes : 

» L'intervention d'une souveraineté 
nationale à l'égard des autres est un 
crime quand elle a pour but d'agir 
contre la liberté de l'une d'elles. 

» Cette intervention est un devoir 
de charité, quand elle a pour but de 
sauvegarder la liberté de l'une d'elles 
contre une tyrannie quelconque. 

» Que ces deux vérités viennent à 
triompher dans l'application ; que 
tous les Etats s'y rallient, et ne les 
violent jamais, on arrivera à la con- 
corde évangélique. 

» La science va plus loin. Elle ma- 
nifeste quelques aspirations, et quel- 
ques théories de fraternité nationale. 
Plus d'un penseur a publié des plans 
pour la fondation d'une haute cour 
arbitrale d'abord européenne, et =*p- 
pelée à devenir cosmopolite, qiîi ju- 
gerait les différends entre nations 
comme les trihunaux jugent les dif- 
férends des particulieis. Nous devons 



À 



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218 



TRI 




•citer, à celte occasion, M. Gilliot qui, 
duiis sa Physiologie du sentiment dé- 
vclop}iP des idées pacitiques et huma- 
nitaires en avant de sou siècle, mais 
qui auront un jour leur triomphe. 
Nous devons rappeler aussi les con- 
grès de la paix, jiremière éclosion 
pratique de ces pensées, hien faible 
encore, mais féconde pour l'avenir. » 

On peut juger par notre article 
International (tribunal d'orbitraye), 
combien la question a marché depuis 
vingt ans, non pas certes dans la 
pratique, puisque nous avons eu, 
depuis cette époque, par suite des 
rivalités des dynasties et des gouver- 
nements, plus de guerres et de plus 
grandioses que l'histoire n'en pré- 
senta dans aucun temps, mais dans 
les idées. Ajoutons à ces renseigne- 
ments l'article suivant de la Critique 
philosophique, qui annonce de nou- 
velles adhésions et en particulier 
celle de la Chambre des Etats-Unis. 

« Nous sommes heureux de faire 
connaître à nos lecteurs cette adhé- 
sion de la grande république améri- 
caine au principe fécond de l'arbi- 
trage international. Le 19 juin dernier 
(1), dans la Chambre des représen- 
tants, M. Boardman Smith, de New- 
York, a soumis à cette assemblée une 
résolution tendant à faire insérer 
désormais, dans tous les traités à in- 
tervenir entre les États-Unis et les 
puissances étrangères, une clause 
recommandant le principe de Varbi- 
trage. A l'appui de sa motion , 
M. Smith a rappelé qu'il était en 
Europe l'armée dernière; qu'il avait 
vu avec bonheur le Parlement anglais 
adopter, le 8 juillet 1873, le principe 
de ['arbitrage ; qu'une décision dans 
le même sens avait été rendue en 
septembre de la même année par la 
Chambre italienne, et qu'il avait 
promis alors à plusieurs des parti- 
sans les plus éminenls de la paix de 
présenter à la Chambre des États-Unis 
une proposition analogue. Il a ajouté 
que, sans aller jusqu'à espérer l'ins- 
tallatiim 'inmédiate d'un congrès in- 
ternational ni la production à court 
délai d un véritable code des nations, 
il croit qu'on peut, par une série de 

(1) 1874. 



traités, assurer à un certain nombre 
de nations les bienfaits de la paix e< 
de la vraie civilisation, et voir ainsi 
diminuer peu à peu, grâce au temps 
et au progrès des relations, le do- 
maine de la guerre et de la barbarie. 

M. Orth, président du comité des 
affaires étrangères, a, peu de tenipi 
après, présenté son rapport sur la 
motion Smith, ainsi amendée : 

« Attendu qu'en tout temps la 
» guerreblesselcsinlérêtsdupeuple ; 
» — que ses tendances sont démora- 
» lisantes et en opposition directe au 
» sentiment d'un public éclairé : 

» Considérant que les différends 
» qui surgissent entre nations de- 
» vraient, dans l'intérêt de l'humanité 
» et de la fraternité, être résolus s'il 
» est possible par un arbitrage inter- 

• national; 

» Cette assemblée décide : 

» Que le peuple des États-Unis, 

» dévoué à la politique de la paix 

» avec tout le genre humain, jouis- 

» saut des bienfaits de cette paix et 

• espérant son maintien et son adop- 
» tion universelle, recommande par 
» la présente résolution votée par ses 
» représentants assemblés en con- 
» grès, qu'un ar6rtraç/e semblable soit 
» désormais substitué à la guerre 
» par cette nation, et il recommande 
» en outre au pouvoir chargé par le 
» gouvernement de faire des traités, 
» de pourvoir à ce que dorénavant, 
» chaque fois que cela sera prati- 
» cable, dans les traités qui seront 
» conclus entre les États-Unis et les 
i> puissances étrangères, la guerre ne 
» puisse être déclarée par l'une des 
» parties contractantes à l'autre que 
» quand des efforts sérieux auront 
» été faits pour ajuster toutes les dif- 
» ficultés au moyen d'un arbitrage 
» impartial. » 

Ce rapport du comité a été adopté 
par la Chambre sans division. Le 
même jour , sur la motion de 
M. Woodford, la Chambre a adopté 
également la résolution suivante, qui 
conlirmait un vote préalable du 
Sénat: 

« Il a été décidé par le Sénat et la 
» Chambre des représentants que le 
» président des Étals-Unis est, par la 
» présente résolution, autorisé à, et 



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TRI 



» requis de négocier avec toutes les 
« puissances civilisées qui peuvent 
» être désireuses d'entrer en pareille 
» négociation, en vue de l'établisse- 
» ment "^'un système international, 
» par le moyen duquel toutes les 
» matières en litige entre différents 
" gouvernements , s'accordant en 
» cela, puissent être ajustées par 
• voie d'arbitrage , et, si possible, 
» sans recours à la guerre. » 

Depuis la rédaction de cet article, 
sont venues de nouvelles adhésions; 
l'Europe seule fournit aujourd'hui 
(1875), cinq parlements. 

Le Nom. 

TRILOBITES {Théol. mixt. scien. 
palôont.) — ■ Les trilobites, ainsi nom- 
més de ce que leur corps se compo- 
sait d'une série d'anneaux divisés en 
trois parties ou trois lobes, la tète, 
le thorax et l'abdomen, furent des 
animaux aquatiques très-communs 
dans la période primaire, mais qui 
disparurent complètement à la lin 
de cette période et qui paraissent ne 
plus exister, sous aucune variété, 
depuis ces temps antiques. C'étaient 
des espèces de crustacés, du moins 
telle a été l'opinion de Ad. Brongniart, 
et à cette opinion se sont ralliés Gu- 
vier d'abord, puis Milne Edwards et 
le plus grand nombre. Leur tête avait 
la forme d'un bouclier, et portait 
deux yeux très-saillants ; le reste du 
corps se composait d'anneaux articulés 
de plus en plus petits ; on suppose 
qu'il existait des pattes qui ne se sont 
pas conservées parce qu'elles étaient 
membraneuses. 

Le Nom. 

TRLN'ITAIRES, terme qui a reçu 
différentes signitications arbitraires. 
Souvent l'on s'en est servi pour dé- 
signer toutes les sectes hérétiques 
qui ont enseigné des erreurs tou- 
chant le mystère de la sainte Trinité, 
en particulier les sociniens; mais il 
est beaucoup mieux de les appeler 
unitaires, comme on le fait aujour- 
d'hui. Ce sont eux qui ont coutume 
de donner le nom de trinitaires et 
diathanaciem aux catholiques et aux 
protestants qui reconnaissent un seul 
Dieu en trois personnes, et qui pro- 



fessent le symbole de saint Athauasa. 
Voyez Sociniens. 

Bekgier. 

TRINITAIRES, ordre religieux, ins^ 
titué à l'honneur de la sainte Tri- 
nité, pour la rédemption des chrétiens 
réduits à l'efclavage chez les infi- 
dèles. On les appelle en France 
mathurins, parce que la première 
église qu'ils out eue à Paris, et qui 
leur fut donnée par le chapitre de la 
cathédrale, était sous l'invocation de 
saint Mathurin. Ils sont habillés de 
blanc et portent sur la poitrine une 
croix mi-partie de rouge et de bleu. 
En faisant profession ils s'engagent à 
travailler au rachat des chrétiens 
détenus en esclavage dans les répu- 
bliques d'Alger, de Tripoli, de Tunis, 
et dans les royaumes do Fez et de 
Maroc; ils emploient à cette bonne 
œuvre le tiers du revenu de leurs 
maisons et les aumônes qu'ils peuvent 
recueillir dans les diftëreutes pro- 
vinces. Ils sont sous une règle parti- 
culière, quoique plusieurs auteurs 
aient cru qu'ils suivaient celle de 
saint Augustin. 

Cet ordre prit naissance en Frfince, 
l'an H98, sous le poalilicat d'Inno- 
cent III; ses fondateurs furent saint 
Jean de Matha et saint Félix de Valois. 
Le premier était né à Faucon en 
Provence ; le second était probable- 
ment originaire de la petite province 
de Valois dans la Brie, et non de la 
famille royale de Valois, qui ne com- 
mença que plus d'un siècle après, 
Gauthier de Châtillon leur donna 
dans ses terres un lieu nommé Cer^ 
froid, dans la Brie, au diocèse de 
Meaux, pour y bâtir un couvent qui 
est devenu la chef-lieu de tout l'ordre. 
Ce nom parait être une corruption , 
des mots celtiques, sarta fréta, ter- 
rain défriché. Voyez le Dict. de Du- 
cange. Honoré III confirma leur règle 
qui était très- austère dans l'origine : 
les religieux ne devaient manger ni 
viande ni poisson, excepté les jours 
de grandes fêtes ; ils vivaient d'œufs, 
de laitage, de légumes assaisonnés 
d'huile, il leur était défendu de 
voyager à cheval. Mais en 1267, Clé- 
ment IV comprit qu'il était morale- 
ment impossible à des religieux obii- 



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220 



TRI 



gés de voyager souvent et de séjourner 
parmi }es inOdèles, d'observer cons- 
tamment un régime aussi austère : 
il leur accorda un adoucissement en 
leur permettant de se servir d'un 
cheval, de manger du poisson et de 
la viande. 

Les trinitaires possèdent environ 
deux cent cinquante maisons distri- 
buées en treize provinces, dont six 
sont en France, trois en Espagne, 
trois en Italie, et une en Portugal. 
Ils ont eu autrefois quarante-trois 
maisons en Angleterre, neuf en Ecosse, 
et cinquante-deux en Irlande. La 
prétendue réformation, en détruisant 
ces établissements inspirés par la 
charité, a fait cesser dans ces 
royaumes la bonne œuvre à laquelle 
ils étaient co.isacrés. 

En 1573 et en 1576, dans les deux 
chapitres généraux tenus pour lors, 
il se trouva un nombre de religieux 
assez fervents pour souhaiter de re- 
prendre l'observation de la règle dans 
toute la rigueur primitive, comme 
l'avaient déjà fait plusieurs en Por- 
tugal, l'an 1454. On leur en laissa la 
liberté, et on leur assigna des mai- 
sons où ils pourraient exécuter leur 
dessein ; Grégoire XIII et Paul V 
approuvèrent cette réforme. 

Le frère Jérôme Hallies, religieux 
français, l'établit dans le couvent de 
Rome, et trois ans après dans celui 
d'Aix en Provence. Il ajouta aux 
anciennes austérités la nudité des 
pieds; de là l'origine des trinitaires 
déchaussés. 

Ce nouvel institut fut introduit en 
Espagne, l'an 1594, par le père Jean- 
Baptifte de la Conception, mort en 
odeur de sainteté l'an 1613; l'on dé- 
signa dans chaque province deux ou 
trois maisons pour ceux qui vou- 
draient s'y astreindre, en leur lais- 
sant néanmoins la liberté de retourner 
dans leur ancien couvent quand bon 
leur semblerait. Peu à peu cette ré- 
forme lit des progrès en Italie, en 
Allemagne et en Pologne. En 1670, 
les rélormés eurent assez de maisons 
en Fr<»nce pour en forner une pro- 
vince, et dans cette même année ils 
tinrent leur premier chapitre général. 

En 1635, Urbain VIII commit par 
OQ bref le cardinal de la Rochefou- 



cauld pour établir plus de régularité 
dans les maisons de trinitairei dans 
lesquelles il y avait du relâcheraent. 
Conséquemment ce cardinal rendit 
un décret par lequel il fut ordonné 
aux religieux d'observer la règle pri- 
mitive, telle qu'elle avait été mitigée 
par Clément lY. Cela fut exécuté 
dans la plupart des couvents, en 
particulier à Cer-froid, chef-lieu 
de l'ordre. Ceux qui s'y conforment 
ne portent point de linge, disent 
matines à minuit, ne font gras que 
le dimanche, etc. 

Il ne faut pas confondre avec les 
trinitaires, les pères de la Merci, ou 
de la Rédemption des Captifs, insti- 
tués dans le même dessein à Barce- 
lone l'an 1223, par saint Pierre No- 
lasque, gentilhomme français ; nous 
en avons parlé au mot Merci. 

Un célèbre incrédule de «otre 
siècle n'a pu s'empêcher de donner 
des éloges à cette institution. .\près 
avoir parlé de plusieurs congréga- 
tions dévouées au service du prochain : 
« Il en est, dit-il, un autre plus hé- 
» roïque : car ce nom convient aux 
» trinitaires de la rédemption des 
» catifs, établis vers l'an H20, par 
» un gentilhomme nommé Jean de 
» Matha. Ces religieux se consacrent 
» depuis cinq siècles à briser les 
» chaînes des chrétiens chez les 
» Maures. Ils emploient à payer les 
» rançons des esclaves leurs revenus 
» et les aumônes qu'ils recueillent et 
» qu'ils portent eux-mêmes en Afri- 
» que. » Essais sur l'Hist. gén., 
c. 135. 

Bergier. 

TRINITAIRES, religieuses. Saint 
Jean de Matha avait établi d'abord 
en Espagne une congrégation de filles 
de la sainte Trinité, qui n'étaient que 
des oblates, et qui ne faisaient point 
de vœux; en 1201, l'infante Cons- 
tance, fille de Pierre II, roi d'Ara- 
gon, leur lit bâtir un monastiire, les 
engagea par son exemple à y faire la 
profession religieuse, et elle y fut la 
première supérieure. Vers l'an 1612, 
Françoise de Romero, fille d'ui^ 'ieu- 
tenant général des armées d'Espagne, 
voulant se consacrer à Dieu, rassem- 
bla des compagnes ; elles se mirent 



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221 



TRI 



sous la direction du père Jean-Baji- 
tiste de la Conception, qui avait établi 
les trinitaires déchaussés, elles prirent 
rhabit*et embrassèrent l'institut de 
cet ordre. Les religieux ayant refusé 
de se charger du gouvernement de 
ces filles, elles s'adressèrent à l'ar- 
chevêque de Tolède, qui leur permit 
de vivre suivant la règle qu'elles 
avaient choisie. On ne nous dit point 
à quelle bonne œuvre particulière 
elles se destinèrent. 

Enfin il y a encore un tiers-ordre 
de trinitaires. Yoyez Tiers-Ordre. 
Bergier. 

TRINITÉ. Le mystère de la sainte 
Trinité est Dieu lui-même subsistant 
en trois personnes, le Père, le Fils et 
le Saint-Esprit, réellement distingués 
l'un de l'autre, et qui possèdent tous 
trois la même nature divine, numé- 
rique et individuelle. 

Il n'y a qu'un seul Dieu ; cette vé- 
rité est le fondement de la foi chré- 
tienne ; mais cette même foi nous 
enseigne que l'unité même de Dieu 
est féconde, que la nature divine, 
sans cesser d'être une, se commu- 
nique par le Père au Fils, parle Père 
et le Fils au Saint-Esprit, sans au- 
cune division ou diminution de ses 
attributs ou de ses perfections. Ainsi 
le mot Trinité signifie l'unité des 
trois personnes divines, quant à la 
nature, et leur distinction réeUe, 
quant à la personnalitéi. 

Ce mystère est incompréhensible 
sans doute, mais il est formellement 
révélé dans l'Ecriture sainte et dans 
la tradition. 

Nous devons donc, i" en apporter 
les preuves ; 2° voir ce que les hé- 
rétiques y opposent; 3° justifier le 
langage des Pères de l'Eglise et des 
théologiens. Dans l'article suivant, 
nous examinons si ce mystère est tiré 
de la philosophie de Platon. 

§ 1='. Preuves du dogme de la sainte 
Trinité, lo Matth., c. 28, f 19, .lésus- 
Christ dit à ses apôtres : a Allez en- 
» seigner toutes les nations, bapti- 
» sez-les au nom du Père, et du Fils, 
» et du Saint-Esprit. » Le dessein de 
notre Sauveur ne fut certainement 
jamais de faire baptiser les fidèles en 
un autre nom que celui de Dieu, ni 



de les consacrer à d'autres êtres qu'à 
Dieu ; voilà cependant trois person- 
nes au nom desquelles il veu* ^ue le 
baptême soit donné : il faut donc que 
chacune des trois soit véritablement 
Dieu, sans qu'il s'ensuive de là qu'il 
y a trois dieux, par conséquent, que 
la nature ou l'essence divine soit 
commune à toutes les trois sans au- 
cune division. Aussi les Pères d« 
l'Eglise et les théologiens observent 
que Jésus-Christ a dit, au nom, sans 
se servir du pluriel, afin de marquer 
l'unité de la nature divine ; qu'il 
ajoute, du Père, et du Fils, et du 
Saint-Esprit, en répétant la conjonc- 
tion copulative, afin de faire sentir 
l'égalité parfaite de ces trois person- 
nes distinctes. 

Ce ne sont donc pas ici trois déno- 
minations seulement, trois manières 
d'envi»tiger uae seule et même per- 
sonne, trois attributs relatifs à ses 
diflërentes opérations, comme le 
prétendent quelques sociniens : que 
signifierait le baptême donné au nom 
de trois attributs ou de trois opéra- 
tions de la Divinité? lî est dit ailleurs 
qu'il est donné au nom de Jésus- 
Christ; il faut donc que ce divin Sau- 
veur soit l'une des trois personnes 
qu'il désigne, et que les deux autres 
soient des Êtres aussi réellement sub- 
sistants que lui. Voyez Personne. 

On nous objecte que le nom de 
personne n'est donné dans l'Ecriture 
ni au Fils ni au Saint-Esprit. Mais il 
n'y est pas non plus attribué au 
Père : aucun hérétique n'a cependant 
nié que Dieu le Père ne fût une per- 
sonne, un Être subsistant et intelli- 
gent. D'ailleurs, lorsque saint Paul, 
Philipp., cap. 2, f 6, dit de Jésus- 
Christ, Qui cum in forma Dei esset, 
etc., nous soutenons qu'il faut tra- 
duire, qui étant une personne divine, 
puisque cela ne peut pas signifier 
qu'il avait la figure, l'extérieur, les 
apparences de la Divinité. Et lorsque 
le même apôtre dit, II Cor., c. 2, jlr 
10 : « Si j'ai accordé quelque chose, 
» je l'ai fait dans la personne de Jé- 
» sus-Christ, » cela signifie évidem- 
ment, je l'ai fait de sa part, par son 
autorité, comme le représentant et 
tenant sa place. Ce ne sont point là 
de simples dénominations. 



TRI 



Cfaa 



TRI 



2» Nous lisons dans saint Jean, 
Epist. 1, c. S, t 7 : « Il y en a trois 
» qui rendent témoignage dans le 
» ciel : le Père, le Verbe et le Saint- 
» Esprit, et ces trois sont une unité, 
» unum; f 8, et il y en a trois qui 
» rendent témoignage sur la terre, 
» l'esprit, l'eau et le sang, et ces 
» trois sont une même chose. » LV'.s- 
prit, Veau et le sang sont les dons 
miraculeux du Saint-Esprit, le bap- 
tême et le martyre. Si les trois té- 
moins du jlr 7 étaient de même 
espèce, ils ne rendraient point té- 
moignage dans le ciel, mais sur la 
terre, comme ceux du f 8. Or, dans 
le temps auquel l'apôtre parlait, le 
Père, le Verbe et le Saint-Esprit 
étaient certainement dans le ciel. 

Nous savons que l'authenticité du 
f 7 est contestée, non-seulement par 
les sociniens, mais encore par de s»i- 
vants catholiques. Il ne se trouve 
point, disent-ils, dans le très-grand 
nombre des anciens manuscrits ; il a 
donc été ajouté dans les autres par 
des copistes téméraires. Mais il y a 
aussi des manuscrits non moins an- 
ciens, dans lesquels il se trouve. On 
conçoit aisémentque la ressemblance 
des premiers et des derniers mots du 
y 7 avec ceux du ^ 8 a pu donner 
lieu à des copistes peu attentifs de 
sauter le septième ; mais qui aurait 
été l'écrivain assez hardi pour ajou- 
ter au texte de saint Jean un verset 
qui n'y était pas^ Une preuve que la 
diflférence des manuscrits est venue 
d'une omission involontaire et non 
d'une infidélité préméditée, est que, 
dans plusieurs, le ^ 7 est ajouté à la 
marge, delà propre main du copiste. 
En second lieu, dans le f 6, l'apôtre 
a déjà fait mention de l'eau, du sang 
et de l'esprit qui rendent témoignage 
à Jésus-Christ : est-il probable qu'il 
ait répété tout de suite la même 
chose dans le f 8, sans aucan inter- 
médiaire? L'ordre et la clarté du 
discours exigent absolunrvent! que le 
y 7 soit placé entre deux. Enfin ceux 
qui soutiennent que le 7« verset est 
une fourrure, sont obligés de soute- 
nir que ces mots du verset 8 sur la 
terre, ont encore été ajoutés au texte, 
parce qu'ils sont relatifs à ceux du 
Tersct précédent, iaiis le ciel. C'est 



pousser trop loin la témérité des 
conjectures. 

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au 
troisième siècle, près de cent ans 
avant le concile de Nicée, Tertullien 
et saint Cyprien ont cité ces mots du 
y ~i, ces trois sont un, le premier lib. 
adv. Prax., c. 2 ; le second, lib. de 
Unitate Ecci, p. 196. Nous n'avons 
point de manuscrits qui datent de si 
loin. Aussi les plus habiles critiques, 
soit catholiques, soit protestants, 
soutiennent l'authenticité de ce pas- 
sage ; dom Calmot les a cités dans 
une dissertation sur ce snjet. Bible 
d'Avignon, t. 16, p. 462. 

On nous demande pourquoi il n'a 
pas été allégué par les Pères du qua- 
trième siècle, dans leurs disputes 
contre les ariens, et dans leurs trai- 
tés sur la Trinité. 1° Saint Hilaire 
répond pour nous que la foi des chré- 
tiens était suffisamment fondée sur 
la forme du baptême, 1. 2, de Trinit., 
n. 1. Il ajoute qu'il ne faut pas blâ- 
mer une omission, lorsque l'on a 
l'abondance pour choisir, I, 6, n. 41. 
2° Contre les ariens il n'était pas 
question de prouver la divinité des 
trois personnes , mais seulement 
celle du Fils. 3» Ces hérétiques, so- 
phistes aussi pointilleux que ceux 
d'aujourd'hui, en comparant le ^ 7 
avec le y 8, auraient conclu que les 
trois personnes divines n'avaient 
entre elles qu'une unité de témoi- 
gnage, comme l'esprit, l'eau et le 
sang. 4" Plusieurs des Pères ont pu 
avoir des exemplaires dans lesquels 
le t 7 était omis. Mais enfin sommes- 
nous obligés de rendre raison de 
tout ce que les Pères ont dit ou n'ont 
pas dit? Jamais question de critique 
n'a mieux prouvé que celle-ci la né- 
cessité de nous en tenir à la tradi- 
tion, ou à l'enseignement commun 
et constant de l'Egilse, touchant le 
nombre, l'authenticité, l'intégrité des 
livres de l'Ecriture sainte et de toutes 
leurs parties. 

3o Le dogme de la sainte Trinité 
est fondé sur tous les passages que 
nous avons cités pour prouver la di- 
vinité du Fils de Dieu et celle du 
Saint-Esprit. Voyez ces deux mots. 
Saint Paul, II Cor., c. 13, M3, salue 
ainsi les fidèles: « Que la grâce de 



TRI 



223 



TRI 



» Notre-Seigtieur Jésus-Christ, l'a- 
• mourde Dieu ot la commariication 
» du Saint-Esprit soit avec vous 
» tous. » Saini Pierre, Epist. i, cap. 
4, ^ 1, parle à ceux qui sont élus, 
« selon la prescience de Dieu le Père, 
» pour être sanctifiés par l'esprit, 
» pour lui obéir et pour être lavés 
» par le sang de Jésus-Christ. » Voilà 
des opérations qui ne peuvent être 
attribuées qu'à des personnes ou à 
des êtres subsistants. 

Les explications forcées que les 
socinieus donnent à tous ces pas- 
sages, les subtilités par lesquelles ils 
en détournent le sens, démontrent 
qu'ils sont dans l'erreur; jamais des 
interprélatiiins aussi extraordinaires 
n'ont pu venir à l'esprit des premiers 
fidèles. Si les apôtres avaient parlé 
le langage de ces hérétiques, ils au- 
raient tendu à leurs prosélytes un 
piège inévitable d'erreur. Cependant 
s'il y a une question essentielle au 
christianisme, c'est de savoir s'il y a 
un seul Dieu ou s'il y en a trois. 
Comment peut-on soutenir d'un côté 
que l'Ecriture sainte est claire et 
très-intelligible sur tous b^s articles 
fondamentaux ou nécessaires au 
salut, et de l'autre, prêter aux écri- 
vains sacrés un style aussi énigma- 
tique? 

4° La pratiqxie constante de l'E- 
glise chrétienne, depuis les apôtres 
jusqu'à nous, prouve aussi évidem- 
ment que l'Ecriture sainte, la vérité 
de sa croyance. Il est certain que 
dans les trois premiers siècles, à 
dater depuis les apôtres, le culte de 
latrie, le culte suprême, l'adoration 
prise en rigueur, a été rendu aux 
trois personnes de la sainte Trinité, 
et à chacune en particulier ; donc 
l'on a cru que chacune est Vérita- 
blement Dieu Nous poui'l'iioBs le 
prouver par les témoignages de saint 
Justin, de saint Irénée, d'Athénagore, 
de saint Théophile d'Antroche, qui 
tons ont vécu au second siècle ; mais 
nos adversaires y prélérerout peut- 
être celui de nos ennemis. Or, il est 
constant que Praxéas et Sabellius 
ont accusé les orthodoxes de tri- 
théisme, à cause de cette adoration, 
TertuUian. ad Prax., c. 2, 3 et 13. 
L'auteur du dialogue intitulé Philo- 



jiatris, qui a écrit sous le ''èti^ne de 
Trajan, au comtneucemen'i. du se- 
cond siècle, tourne les chrétiens en 
ridicule, au sujet de ce même culte. 
« Jure-moi, dit-il, par le Dieu du 
» ciel, éternel, et souverain Seigneur, 
» par le Fils du Père, par l'Esprit 
» qui procède du Père, un en trois, 
» et trois en un; c'est le vrai Jupiter 
» et le vrai Dieu. » Il fallait que la 
croyance des chrétiens fût déjà Ijien 
connue, pour qu'un païen pût l'ex- 
primer ainsi. 

Cette foi était d'ailleurs attestée 
par la forme du baptême; le 50'= ca- 
non des apôtres ordonne de l'admi- 
nistrer par trois immersions, et avec 
les paroles de Jésus-Christ ; c'était, 
selon les Pères, une tradition des 
apôtres et un rit établi pour marquer 
la distinction des trois personnes 
divines. Voyei les Notes de Bùvéridge 
sur ce canon. Dans la suite on ajouta 
la doxologie, le trisagion, le Kyrie 
répété trois fois en l'honneur de 
chaque personne, etc., pour incul- 
quer toujours la même vérité. 

5° Une preuve non moins frappante 
de la vérité du dogme catholique 
touchant ce mystère, est le chaos 
d'erreurs dans lequel lessocinieris se 
sont plongés, dès qu'ils l'ont attaqué ; 
erreurs qui sont les conséquences 
l'une de l'autre. Dès ce moment ils 
ont été obligés de nier l'incarnation 
du Verbe et la divinité de Jésus- 
Christ, la rédemption du monde dans 
le sens propre, les mérites intinis de 
ce divin Sauveur, la satisfaction qu'il 
a faite à la justice divine pour les 
péchés de tous les hommes ; plu- 
sieurs ont enseigné qu'on ne doit 
F as lui rendre le culte suprême ou 
adoration proprement dite. Il a 
fallu nier le péché originel, ou du 
m'oins sa communication à tous les 
enfants d"Adam, le besoin qu'ils 
avaient d'une rédemption et d'une 
grâce sanctihante pour être rétablis 
dans la justice, la validité du bap- 
tême des enfants, l'eflicacité des 
sacrements, la nécessité d'un secours 
naturel pour faire les œuvres méri- 
toires, etc. Eu ajoutant à toutes ces 
erreurs celles des protestants, les 
sociniens ont réduit leur christia- 
nisme à un pur déisme, et plusieurs 




TRI 



224 



TRI 





.] .'jailli. I 




n'en sont pas demeurés là. Voyez 

SOCINIANISME. 

Après te progrès d'impiété qui 
avait été prévu par les théologiens, 
les incrédules n'ont-ils pas bonne 
grâce de nous demander à quoi sert 
le dogme inintelligible et incompré- 
hensible de la Trinité?U sert à con- 
server dans son entier le christianisme 
tel que Jésus-Christ et les apôtres 
l'ont prêché, et à prévenir la chaîne 
d'erri*ursque nous venons d'exposer; 
à soumettre à la parole de Dieu notre 
raison et notre intelligence, hom- 
mage le plus profond et le plus pur 
qu'une créature puisse rendre à son 
souverain maître ; à nous inspirer la 
reconnaissance, l'amour, la confiance 
pour un Dieu dont toute l'essence 
est, pour ainsi dire, appropriée à 
notre salut éternel. Il sert eniin à 
nous faire comprendre que notre re- 
ligion n'est pas l'ouvrage des hom- 
mes, puisque l'idée qu'elle nous 
donne de la Divinité n'a jamais pu 
leur venir naturellement à l'esprit ; 
aucun d'eux n'était capable de former 
un système de croyance si bien lié, 
que l'on ne peut en nier un seul 
article sans renverser tous les au- 
tres, à moins que l'on ne veuille se 
contredire. 11 est démontré que si 
celui des sociniens était vrai, le 
christianisme, tel que nous le pro- 
fessons, serait une religion plus 
fausse et plus absurde que le niaho- 
métisme ; qu'à en juger par l'évéue- 
meut, la venue de Jésus-Christ sur 
la terre y aurait produit plus de mal 
que de bien. Voy. Abadie, Traité de 
la divinité de Jésus-Christ. 

§ 11. Objections des hétérodoxes. On 
nous demande s'il y a de la raison et 
du bon sens à croire ce que nous no 
concevons pas ;nou3 répondons qu'il 
n'y aurait ni raison ni bon sens à 
refuser de croire. Nous imitons la 
conduite d'un enfant qui, instruit 
par son père, croit à ses leçons, 
quoiqu'il ne les comprenne pas, parce 
qu'il compte sur les connaissances, 
sur la droiture et sur la tendresse de 
son père ; celle d'un aveugle-né qui 
croit ce qu'on lui dit touchant la 
lumière et les couleurs, auxquelles 
il ne conçoit rien, parce qu'il sent 
que ceux qui ont des yeur. n'ont 



aucun intérêt à le tromper, at que 
tous ne peuvent pas se réunii ■ pour 
lui en imposer; celle d'un vojMgeur 
qui, obligé de marcher dans un -pays 
inconnu, prend un guide et se lie à 
lui, persuadé de l'expérience de cet 
homme et de sa probité, etc. Avons- 
nous tort de croire à la parole de 
Dieu, pendant qu'à tout moment 
nous sommes forcés de nous en 
rapporter à celle des hommes ? Il y 
a lieu d'espérer que si les incrédules 
parviennent à bannir de l'univers la 
loi divine, du moins ils ne détruiront 
pas la foi humaine. 

Il est fâcheux que les protestants 
aient ouvert la porte au socinianisme, 
dont les principes conduisent à de si 
affreuses conséquences. On sait que 
Luther et Calvin ont parlé de la 
Trinité d'une manière très peu res- 
pectueuse, et malheureusement leurs 
sectateurs tiennent souvent à peu 
près le même langage. 

Ils disent que le mot Trinité n'est 
point dans l'Ecriture sainte, que 
Théophile d'Antioche est le premier 
qui s'en soit servi, que l'Eglise chré- 
tienne lui est très-peu redevable de 
cette invention; que l'usage de ce 
terme et de plusieurs autres, in- 
connus aux écrivains sacrés, et aux- 
quels les hommes n'attachent au- 
cune idée, ou seulement de fausses, 
a nui à la charité et à la praix, sans 
les rendre plus savants, et a occa- 
sionné des hérésies très-pernicieuses. 

Ce dernier fait est absolument 
faux : saint Théophile n'a vécu que 
sur la lin du second siècle ; dès le 
premier et du temps des apôtres, 
Simon le Magicien, Cérinthe , les 
gnostiques, avaient dogmatisé contre 
le mystère de la Trinité, contre l'in- 
carnation, contre la divinité de 
Jésus-Christ : saint Jean les a réfutés 
dans ses lettres et dans son Evangile; 
ces mystères ne s'accordaient point 
avec les éons des valentiniens, avec 
leurs généalogies dont saint Paul a 
parlé au commencement du second ; 
les ébionites, les carpocratiens, les 
basilidiens, les ménandriens, les dif- 
férentes branches de gnostiques, ne 
croyaient pas plus à la Trinité ni à 
l'iiiLaniation que leurs prédécesseurs; 
saint Ignace, mort l'an 107, las 



TRI 



225 



TRI 



attagac dans ses lettres, leur système 
forgé dans l'école d'Alexandrie était 
incompatible avec tous nos mystères. 
Les disputes et les hérésies avaient 
donc commencé longtemps avant 
l'invention du terme de trinité ; celles 
de Praxéas, de Noêt, de Sabellius, 
de Paul de Samosate, d'Arius, etc., 
qui sont venues à la suite, n'étaient 
qu'une propagation des premières. 
D'ailleurs, qu'a fait saint Théophile, 
sinon d'exprimer par un seul mot ce 
qui avait été dit par saint Jean dans 
le célèbre passage dont nous avons 
prouvé l'authenticité? Ce n'est donc 
pas ce mot qui a occasionné les dis- 
putes et qui a troublé la paix ; c'est 
le fond et la substance même du 
mystère, que les raisonneurs entêtés 
n'ont jamais pu se résoudre à croire ; 
il ne sied guère à ceux qui ont al- 
lumé le feu de crier contre l'incendie. 

D'autres disent que pendant les 
trois premiers siècles on n'avait rien 
prescrit à la foi des chrétiens sur ce 
mystère, du moins sur la manière 
dont le Père, le Fils, et le Saint-Es- 
prit sont distingués l'un de l'autre, 
ni Uxé les expressions dont on devait 
se servir; que les docteurs chrétiens 
avaient différents sentiments sur ce 
sujet, Mosheim, Hist. ecclés., 4° siè- 
cle, 2° partie, c. S, § 9; Hist. christ., 
S8PC. 3, § 31. 

Nouveau trait de témérité; dès le 
temps des apôtres, la foi des chrétiens 
était prescrite par les paroles de Jé- 
sus-Christ, qui sont la forme du bap- 
tême, comme saint Hilaire l'a remar- 
qué, en nommant le Père, le Fils, et 
le Saint-Esprit, tout fidèle savait que 
l'un n'est pas l'autre, que chacun des 
trois est Dieu, que cependant ce ne 
sont pas trois Dieux : nous n'en sa- 
vons pas plus aujourd'hui. Aussitôt 
que des raisonneurs voulurent l'en- 
tendre autrement, ils furent regardés 
comme hérétiques. Tous les doc- 
teurs chrétiens étaient donc de môme 
sentiment, lors même que leurs ex- 
pressions étaient différentes. Mosheim 
lui-même a remarqué que chez les 
anciens Pères, les mots substance, 
nature^ forme, chose, personne, ont la 
même signitication, Dissert, sur l'hist. 
ecclés., i. 2, p. 533, 534. 

Ce n'est plus de même aujourd'hui, 
XII. 



parce que les équivoques et les so-. 
phismes des hérétiques ont forcé les 
Pères à y mettre de la distinction. Il 
y a donc de l'injustice à juger de leur 
sentiment par des expressions qui ne 
sont plus conformes au langage actuel 
de la théologie. 

Mosheim a commis une faute en- 
core plus griève, en disant que les 
chrétiens d'Egypte pensaient comme 
Origène, savoir que le Fils était à 
l'égard de Dieu ce que la raison est 
dans l'homme, et que le Saint-Esprit 
n'était que la force active ou l'énergie 
divine. 1» Il aurait fallu citer le pas- 
sage dans lequel Origène s'est ainsi 
exprimé (1). Les éditeurs de ces ou- 
vrages ont fait voir qu'il a soutenu 
que les personnes sont trois êtres 
subsistants, réellement distincts, et 
non trois actions ou trois dénomina- 
tions, Ongenian., c. 2, q. 1, u. 4. 
2» Il est taux que les chrétiens d'E- 
gypte aient été dans l'opinion que ce 
critique leur prête, il n'en a donné 
aucune preuve. En réfutant le senti- 
ment faux d'un auteur moderne, il 
admet en Dieu une seule substance 
absolue, et trois substances relatives; 
ce n'est point ainsi que parlent ordi- 
nairement les orthodoxes ; aurait-il 
trouvé bon que son adversaire le taxât 
d'hérésie? L'on a commis une intinité 
d'autres injustices à l'égard d'Origèue. 

Beausobre, dans son Hist. du Ma- 
nich., 1. 3, c. 8, § 2, dit que les Pères, 
pour réfuter les ariens qui accusaient 
les catholiques d'admettre trois dieux, 
soutinrent, 1" que la nature divine 
est une dans les trois personnes, 
comme la nature humaine est une 
dans trois hommes, ce qui n'est 
qu'une unité par abstraction, une 
unité d'espèce ou de ressemblance, et 
non une véritable unité; 2» que celte 
unité est cependant parfaite, parce 
que le Père seul est sans principe, au 
lieu que les deux autres tirent leur 
origine du Père, et en reçoivent la 
communication de tous les attributs 
de la nature divine. Il cite en preuve 



(i}Nou3 citerons dans ûolre art. Trinité un pas- 
sage de saÎDt Auguslip, où ce père exprime la mèiuo 
idée. Esl-ce que cette idée est contraire à celle 
d'élres siibsistaots, de persoDoes au sens du sym- 
bole catholique? 

Lb Noir. ^ 



15 



TRI 



226 



TRI 







-'fJÉjWBl^; t ' 




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pf .fSiS 


] 1 



de ce fait Pétau, de Trinit., 1. 4, c. 9, 
10 et 12, et Cudworth, Syst. intel., 
c. 4, § 36, p. 396. 

Si ces critiques protestants avaient 
été de bonne foi, ils auraient avoué 
ce que Petau a prouvé, ibid., c. 14 et 
seq., savoir, l» que les mêmes Pères, 
qu'il a cités nommément, se sont en- 
suite expliqués plus correctement; 
qu^ils ont admis dans la nature di- 
vine l'unité numérique, la singularité 
et la parfaite simplicité; 2" qu'ils ont 
donné de cette unité deux autres rai- 
sons essentielles, savoir la singularité 
d'action et la circumini:ession, ou 
l'existence intime des trois personnes, 
l'une dans l'autre, suivant ces paroles 
de Jésus-Christ ; « Je fais les œuvres 
» de mon Père...; mon Père est en 
» moi et moi en lui, » Joan., c. 10, 
f 37 et 38. Comme les purs ariens 
soutenaient que le Fils de Dieu est 
une créature, ils n'avouaient point 
qu'il participe à tous les attributs de 
la Divinité, surtout à l'éternité du 
Père. Il fallait donc établir contre epx 
que le Fils et le Saint-Esprit partici- 
pent aussi réellement à tous les attri- 
buts de la nature divine, que trois 
hommes participent à tous les attri- 
buts de la nature humaine, c'est par 
là que les Pères commençaient; mais 
ce n'est là, pour ainsi dire, que le pre- 
mier degré de l'unité ; le second est 
l'unité d'origine de la seconde et de 
la troisième personne ; le troisième 
est l'unité d'action entre toutes les 
trois ; le quatrième est l'existence in- 
time ou la circumincession. Il ne faut 
donc pas couper la chaîne du raison- 
nement des Pères, pour se donner la 
satisfaction de les accuser d'erreur. Au 
mot Emanation, nous avons prouvé la 
fausseté des autres reproches que 
' Beaxisobre a faits aux Pères sur ce 
même sujet. 

Plusieurs censeurs ont affecté de 
dire que les Pères, en voulant expli- 
quer ce mystère, ont employé dés 
comparaisons, qui, prises à la lettre, 
enseignent des erreurs. Mais ces saints 
docteurs ont eu soin d'avertir qu'au- 
cune comparaison tirée des choses 
créées ne pouvait répondre à la su- 
blimité de ce mystère, ni en donner 
une idée claire : c'est donc aller con- 



tre leur intention de vouloir les 
prendre à la lettre. Mosheim a cité à 
ce sujet saint Hilaire, saint Augustin, 
saint Cyrille d'Alexandrie, saiiA /ean 
Damascène, Cosmas Ipdicopleutes, on 
pourrait en ajouter d'autres; Notes 
sur Cudworth, p. 920. En cela les Pè- 
res n'ont fait qu'imiter les apôti'es. 
Saint Jean compare Dieu le Fils à la 
parole et à la lumière, saint Paul dit 
qu'il est la splendeur de la gloire et 
la figure de la substance du Père, etc. 
Ces comparaisons ne peuvent certai- 
nement nous donner une idée claire 
de la nature du Fils de Dieu (1). 

D'autres enfin ont été scandalisés 
de ce qu'a dit saint Augustin, de Tri- 
nit., lib. 5, c. 9 : « Nous disons une 
» essence, et trois personnes, comme 
» plusieurs auteurs latins très-res- 
» pectables se sont exprimés, ne 
» trouvant point de manière plus pro- 
» pre à énoncer par des paroles ce 
» qu'ils entendaient sans parler. En 
» effet, puisque le Père n'est pas le 
» Fils, que le Fils n'est pas lé Père, 
» et que le Saint-Esprit qui est aussi 
» appelé un don de Dieu, n'est ni le 
» Père ni le Fils, ils sont trois sans 
» doute. C'est pour cela qu'il est dit 
» au pluriel : Mon Père et moi sommes 
» une même chose. Mais quand on de- 
» mande : Que sont ces trois? le lan- 
» gage humain se trouve bien stérile. 
» On a dit cependant trois personnes, 
)) non pour dire quelque chose, mais 
» pour ne pas demeurer muet. » De 
là les incrédules ont conclu que, sui- 
vant saint Augustin, tout ce que Ton 
dit de la Trinité ne signilie rien. 

Il ne signifie rien de clair, nous en 
convenons; mais il exprime quelque 
chose d'obscur, comme les mots lu- 
mière, couleur, miroir, perspective, etc., 
dans la bouche d'un aveuglé-né; il 
n'est pas pour cela blâmable de s'en 
servir. Si en parlant de la sainte Tri- 
nité, l'on veut concevoir la nature et 
la personne divine, comme l'on con- 
çoit une nature et une pei'sonne hu- 
maine, on ne manquera pas de con- 

(1) Ces exprôsaîons des écrivains sacrés sont pré- 
cisément celles qui donnent de Dieti i'idéo ia phis 
exacte, la plus profonde, la plus philosophique et la. 
plus claire. 

ts Noie. 



TUi 



227 



TRI 



dure comme les incrédules, qu'une 
seule nature numérique en trois per- 
sonnes distinctes est une contradic- 
tion. Mais on raisonnera aussi mal 
qn'uQ aveugle-né, qui, en comparant 
la sensation de la vue avec celle du 
tact, soutiendrait qu'une superficie 
plate telle qu'un miroir et une pers- 
pective ne peut pas produire une sen- 
sation de profondeur. Voyez Mystère. 

De tous Its articles de notre foi, il 
n'en est aucun qui ait été attaqué 
aussi promptement, avec autant d'o- 
pini